| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18513 messages postés |
| Posté le 02-02-2010 à 12:13:43
| Tandis que les relations entre les USA et la Chine se dégradent (ventes d'armes à Taïwan et nouvelle visite du Dalaï Lama aux USA), le site Voltaire publie un article significatif sur l'évolution des alliances entre la Chine, l'Iran et la Russie. Le Turkménistan réserve ses fournitures de gaz à la Chine, la Russie et lIran La géopolitique des pipelines à un tournant capital par M. K. Bhadrakumar * 1ER FEVRIER 2010 Le 6 janvier 2010, lIran et le Turkménistan inauguraient le gazoduc Dovletabat-Sarakhs-Khangiran, un projet commun dune ampleur exceptionnelle. Ce grand pas en avant pourrait véritablement bouleverser la donne dans le « Grand échiquier » pour le contrôle de lénergie : les États-Unis sont mis hors-jeu par leurs concurrents sans que ces derniers ne provoquent les agressions et les effusions de sang dont les États-uniens sétaient rendus responsables au cours des seules opérations de sécurisation des routes daccès. Si lavenir de lénergie se trouve non pas dans le pétrole mais dans le gaz, alors le contrôle du Proche-Orient pourrait bien passer par celui du bassin de la mer Caspienne. Le Président du Turkménistan, Gurbanguli Berdymukhamedov (au centre) et son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad (à gauche) sentretenant avec Ahamed Mohamad Ali, président de la Banque islamique de développement (à droite) lors de la cérémonie dinauguration du nouveau gazoduc (Achgabat, Turkménistan, 6 janvier 2010). En janvier dernier, linauguration du gazoduc Dauletabad-Sarakhs-Khangiran reliant le nord de lIran dans le bassin de la mer Caspienne aux gisements gaziers turkmènes est sans doute passée inaperçue dans la cacophonie médiatique occidentale, pour qui le régime islamique de Téhéran vit son Apocalypse Now. Lévénement est lourd de messages concernant la sécurité de la région. En lespace de trois semaines, le Turkménistan a décidé dattribuer la totalité de ses exportations de gaz à la Chine, la Russie et lIran : il est dautant moins intéressé par les projets de tracés proposés par les États-Unis et lUnion Européenne. Entendons-nous au loin les notes dune symphonie jouée de concert par la Russie, la Chine et lIran ? Ce gazoduc, long de 182 km, a beau démarrer modestement avec une capacité de 8 milliards de mètres cubes (8 G.m3) de gaz, sa capacité annuelle nen est pas moins de 20 G.m3. Ce volume satisferait, en Iran, les besoins des habitants de la plaine côtière de la mer Caspienne et permettrait à Téhéran de réserver à lexportation la production des puits gaziers exploités dans le sud de son territoire. Le contrat satisfait pleinement les deux parties : Achgabat sassure un marché à ses portes ; le nord de lIran na plus à réduire sa consommation par crainte des pénuries en hiver et Téhéran peut donc affecter ses surplus à lexportation. De plus, via lIran, le Turkménistan peut développer dautres voies de transport vers le reste du monde. Aussi lIran peut-il espérer jouir pleinement des avantages de sa position géographique parfaite pour servir de terminal aux exportations gazières turkmènes. Nous assistons à une redistribution des cartes de la coopération énergétique au niveau régional qui na que faire des « supermajors » du pétrole [1]. Comme daccoutumée, la Russie mène le jeu ; la Chine et lIran suivent lexemple. La Russie, lIran et le Turkménistan occupent respectivement le premier, le second et le quatrième rang mondial pour ce qui est des réserves de gaz. Par ailleurs la Chine va simposer, au cours de ce siècle, le grand pays importateur par excellence. Tout cela a des conséquences capitales sur la stratégie globale des États-Unis. Le gazoduc construit par lIran et le Turkménistan fait fi de la politique américaine envers lIran. Les États-Unis menacent lIran de nouvelles sanctions et prétendent que « Téhéran se trouve de plus en plus isolé. » Mais lon voit malgré tout Mahmoud Ahmadinejad parcourir lAsie Centrale à bord de son jet présidentiel, être accueilli sur un tapis rouge à Achgabat par son homologue Gurbanguly Berdymukhammedov, et devant nos yeux émerge un nouvel axe économique. La diplomatie coercitive des États-Unis na pas porté ses fruits. Le Turkménistan, dont le produit national brut atteint 18,3 milliards de dollars, a bravé lunique superpuissance (au PNB de 14,2 billions de dollars 14,2.1012 ou 14 200 milliards). Pire encore, il a traité le dossier comme une affaire courante. Ce drame comporte aussi ses ramifications. Pour commencer , Téhéran affirme avoir scellé un accord avec Ankara pour exporter le gaz turkmène vers la Turquie en passant par le gazoduc existant, long de 2 577 km, reliant Tabriz, dans le nord de lIran, et Ankara. On le voit, la Turquie mène sa politique étrangère de manière indépendante, aspirant elle aussi à devenir une plaque-tournante dans la distribution de gaz vers les marchés européens. LEurope pourrait ainsi perdre la bataille quelle mène pour soctroyer un accès direct aux réserves du bassin de la mer Caspienne. Deuxièmement, la Russie ne semble pas sinquiéter à lidée que la Chine trouve des sources dapprovisionnement énergétique Asie Centrale. La demande européenne de gaz russe a chuté et les pays producteurs dAsie Centrale sinstallent sur le marché chinois. La Russie ne devrait connaître aucun problème dapprovisionnement particulier en conséquence des importations chinoises (que ce soit pour sa consommation intérieure ou pour ses exportations). Elle est suffisamment bien implantée sur le marché de lénergie en Asie Centrale, et autour de la mer Caspienne, pour éviter toute pénurie dénergie. Ce qui importe plus que tout, pour la Russie, cest de ne pas voir séroder son statut de premier fournisseur dénergie vers lEurope. Tant que les pays producteurs dAsie Centrale ne manifestent aucune demande pressante pour la construction de nouveaux pipelines transcaspiens sous tutelle américaine, la Russie na rien à redire. Au cours de sa récente visite à Achgabat, le Président russe Dmitri Medvedev a normalisé les relations entre la Russie et le Turkménistan au sujet des questions énergétiques. Ce resserrement des liens avec le Turkménistan constitue une avancée majeure pour les deux pays. Premièrement, le réchauffement significatif de leurs relations permet au Turkménistan de maintenir lexportation vers la Russie dun volume annuel de 30 G.m3 de gaz. Deuxièmement, pour citer Medvedev : « Pour la première fois dans lhistoire des relations qui unissent la Russie et le Turkménistan, la base de calcul de prix pour lapprovisionnement en gaz sera élaborée de manière absolument comparable à celle des marchés européens. » Certains commentateurs russes affirment que Gazprom ne tirera aucun profit à acheter le gaz turkmène et quen outre, si Moscou a accepté de payer le prix fort, cest dabord parce que le Kremlin est résolu à ne pas laisser un seul mètre cube de gaz à la disposition dautres projets de gazoducs, et surtout pas le Nabucco, un projet soutenu par les États-Unis. Troisièmement , et contrairement à ce que distille la propagande occidentale, Achgabat ne voit pas dans le gazoduc chinois une solution de remplacement à Gazprom. La politique des prix pratiquée par la Russie constitue une garantie que Gazprom demeure un client irremplaçable pour le Turkménistan. Les négociations sur le prix de vente du gaz attribué à la Chine se poursuivent, mais le tarif final ne pourra jamais concurrencer loffre russe. Quatrièmement , la Russie et le Turkménistan ont réitéré leur engagement pour développer le gazoduc transcaspien le long de la côte est de la mer Caspienne jusquà la Russie, dont la capacité atteindra 30 G.m3. A lévidence, grâce aux réserves turkmènes (et kazakhs), la Russie espère centraliser de plus grandes quantités de gaz naturel en provenance dAsie Centrale. Cinquièmement , Moscou et Achgabat se sont également entendus pour construire conjointement un gazoduc est-ouest reliant tous les puits de gaz turkmènes à un même réseau afin de permettre lacheminement de gaz vers la Russie, la Chine et lIran depuis nimporte quel gisement. On le voit bien, dans le contexte dintensification des avancées américaines en Asie Centrale, la visite de Medvedev à Achgabat nest pas sans conséquences sur la sécurité de la région. Lors dune conférence de presse commune avec Medvedev, Berdymukhammedov déclarait que Moscou et Achgabat partageaient une vision générale sur la situation de la zone, en particulier à propos de lAsie Centrale et du bassin de la mer Caspienne. Il a également souligné le fait que les deux pays ne considèrent pas la sécurité de lun sans envisager celle de lautre. Medvedev confirmait quant à lui la similitude de leurs analyses, partagées unanimement, sur les sujets sécuritaires et leur volonté de travailler ensemble. En cherchant à contourner la Russie, à laisser la Chine sur le bas-côté et à isoler lIran, la stratégie diplomatique de développement des pipelines mise en uvre par les États-Unis dans la région de la mer Caspienne na pas fonctionné. La Russie prévoit à présent de doubler son importation de gaz en provenance dAzerbaïdjan, entravant ainsi davantage les efforts occidentaux pour faire de Bakou un fournisseur du Nabucco. Aux côtés de la Russie, lIran émerge en tant quimportateur de gaz azerbaïdjanais. En décembre, lAzerbaïdjan signait un accord pour livrer du gaz à lIran via le gazoduc Kazi-Magomed-Astara qui sétend sur 1 400 km. Le moteur de ces développements est lirrépressible élan pris par le South Stream et le North Stream russes, qui alimenteront en gaz lEurope du Nord et du Sud. Les obstacles érigés contre le North Stream ont été levés après le feu vert, sur le plan environnemental, du Danemark (en octobre), de la Finlande, de la Suède (en novembre) et de lAllemagne (en décembre). Les travaux de construction du gazoduc démarreront au printemps. Gazprom, les industriels allemands E.ON Ruhrgas et BASF-Wintershall, et Gasunie, une entreprise néerlandaise de transport gazier, ont investi ensemble 12 milliards de dollars pour la construction du gazoduc North Stream, dont le parcours évite le tracé des voies de transit datant de lépoque soviétique traversant lUkraine, la Pologne et la Biélorussie. Long de 1 220 km, il part du port de Vyborg dans le nord-ouest de la Russie, passe sous la mer Baltique et débouche dans le port allemand de Greifswald. La capacité de 27,5 G.m3 (par an) sera atteinte lannée prochaine avec la mise en service dun premier tronçon, avant de doubler en 2012. Le North Stream va profondément affecter la géopolitique de lEurasie, les équations transatlantiques et les liens entre la Russie et lEurope. De toute évidence, lannée 2009 a été une année historique dans la « guerre de lénergie ». Dabord, linauguration du gazoduc chinois par le président Hu Jintao le 14 décembre, ensuite, celle du terminal pétrolier près du port de Nakhodka en Sibérie Orientale par le Premier Ministre Vladimir Poutine le 27 décembre (loléoduc qui le rejoint et qui relie les nouveaux gisements de la Sibérie Orientale à la Chine et aux nouveaux marchés asiatiques sur le Pacifique, pour un budget conséquent de 22 milliards de dollars), et enfin, celle du gazoduc iranien par Ahmadinejad le 6 janvier dernier. Subtilement, cest presque toute la carte énergétique de lEurasie et de la région de la mer Caspienne qui sest vue redessinée. Lannée 2010 démarre sur cette nouvelle interrogation fascinante : la Russie, la Chine et lIran vont-ils coordonner leurs prochaines actions ou, au moins, harmoniser leurs intérêts conflictuels ? M. K. Bhadrakumar M. K. Bhadrakumar a mené une carrière de diplomate au sein du Ministère des Affaires Étrangères indien. Parmi ses affectations figurent lURSS, la Corée du Nord, le Sri Lanka, lAllemagne, le Pakistan, lOuzbékistan, le Koweït et la Turquie
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
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