Sujet :

Suite au débat sur "Que faire ?" - le journal

Xuan
   Posté le 14-08-2022 à 00:04:38   

quel journal pour organiser les communistes ?
Formation-débat : Que faire ?


https://lepcf.fr/quel-journal-pour-organiser-les-communistes?bonjour=oui&id_article=5078&id_objet=5078&id_forum=0#forum5737
Vendredi 12 août 2022, par pam

J’avais préparé ces notes pour la formation-débat "Que Faire", organisée par "socialisme en débat"

Elles commencent par trois extraits du texte de Lénine, et se poursuivent par quelques commentaires sur l’actualité de ces citations...

Peut-être une lecture de vacance utile pour la mobilisation des communistes pour leur journal... ?

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Pour sortir du travail artisanal et construire une organisation révolutionnaire, "Que Faire ?" propose un outil, le journal. Avant d’aborder comment cette question se pose aujourd’hui, relisons les trois points du "plan d’un journal politique pour toute la Russie", dernier chapitre de Que Faire ?.

Le premier extrait répond comme souvent dans les écrits de Lénine à la polémique autour d’un texte précédent intitulé "Par où commencer" et qui mettait en avant cette nécessité d’un journal pour construire une organisation. C’est le meilleur texte "pour commencer !"


Par où commencer ?

… Avant tout, il nous faut un journal, sans quoi, toute propagande et toute agitation systématiques, fidèles aux principes et embrassant les divers aspects de la vie, sont impossibles. C’est pourtant là la tâche constante et essentielle de la social-démocratie, tâche particulièrement pressante aujourd’hui, où l’intérêt pour la politique et le socialisme s’est éveillé dans les couches les plus larges de la population. Jamais encore on n’avait senti avec autant de force qu’aujourd’hui le besoin de compléter l’agitation fragmentaire (…) par cette agitation généralisée et régulière que seule la presse périodique permet. (…) la fréquence et la régularité de parution (et de diffusion) du journal permet de mesurer de la façon la plus exacte le degré d’organisation atteint dans ce secteur vraiment primordial et essentiel de notre activité militaire. Ensuite, il nous faut, très précisément, un journal pour toute la Russie. (…) tant que nous n’arriverons pas à unifier l’action que nous exerçons sur le peuple et sur le gouvernement par la presse, ce sera une utopie de penser coordonner d’autres modes d’action plus complexes, plus difficiles, mais aussi plus décisifs. Ce dont notre mouvement souffre le plus, sur le plan idéologique et sur celui de la pratique, de l’organisation, c’est de la dispersion, du fait que l’immense majorité des social-démocrates est à peu près totalement absorbée par des besognes purement locales qui réduisent à la fois leur horizon, l’envergure de leurs efforts, leur accoutumance et leur aptitude à l’action clandestine. (…) Aussi le premier pas à franchir pour échapper à ce défaut, pour faire converger plusieurs mouvements locaux en un seul mouvement commun à toute la Russie, doit être la fondation d’un journal pour toute la Russie. Enfin, il nous faut absolument, un journal politique. Sans journal politique, dans l’Europe moderne, pas de mouvement qui puisse mériter la qualification de politique. Sans cela, impossible de venir à bout de notre tâche concentrer tous les éléments de mécontentement et de protestation politiques pour en féconder le mouvement révolutionnaire du prolétariat. Nous avons fait le premier pas, nous avons suscité dans la classe ouvrière la passion des révélations « économiques », touchant la vie des fabriques. Nous devons faire le pas suivant : éveiller dans tous les éléments un peu conscients de la population la passion des révélations politiques.

(...)
Le journal ne borne pas cependant son rôle à la diffusion des idées, à l’éducation politique et au recrutement d’alliés politiques. Il n’est pas seulement un propagandiste collectif et un agitateur collectif ; il est aussi un organisateur collectif. (...) Avec l’aide et à propos du journal se constituera d’elle-même une organisation permanente, qui ne s’occupera pas seulement d’un travail local mais aussi général et régulier, habituant ses membres à suivre de près les événements politiques, à apprécier leur rôle et leur influence sur les diverses catégories de la population, à trouver pour le parti révolutionnaire la meilleure façon d’agir sur ces événements. Les problèmes techniques - la fourniture dûment organisée au journal de matériaux, sa bonne diffusion - obligent déjà à avoir un réseau d’agents locaux au service d’un seul et même parti, d’agents en relations personnelles les uns avec les autres, connaissant la situation générale, s’exerçant à exécuter régulièrement les diverses fonctions fragmentaires d’un travail à l’échelle de toute la Russie, s’essayant à la préparation de telle ou telle action révolutionnaire. (…) Aujourd’hui nous incombe la tâche relativement facile de soutenir les étudiants qui manifestent dans les rues des grandes villes. Demain la tâche sera peut-être plus malaisée, comme celle de soutenir le mouvement des sans-travail dans telle ou telle région. Après-demain, nous devrons être à nos postes pour prendre une part révolutionnaire à une révolte paysanne. Aujourd’hui nous devons exploiter la tension politique qu’a engendrée le gouvernement par sa campagne contre les zemstvos. Demain nous devrons encourager l’indignation de la population contre les abus de tel ou tel bachi-bouzouk tsariste et contribuer, par le boycottage, les campagnes d’excitation, les manifestations, etc., à lui infliger une leçon qui le fasse battre on retraite publiquement. Pour arriver à ce degré de préparation au combat, il faut l’activité permanente d’une armée régulière. Et si nous groupons nos forces dans un journal commun, nous verrons se former à l’oeuvre et sortir du rang non seulement les plus habiles propagandistes, mais encore les organisateurs les plus avertis, les chefs politiques les plus capables du Parti, qui sauront à point nommé lancer le mot d’ordre de la lutte finale et on assumer la direction.



Dernière lecture dans le troisième point abordé sur le journal par Lénine, le lien entre le journal, l’effort d’organisation et la situation politique. Lénine affirme que cet effort est nécessaire qu’on soit en période révolutionnaire ou en période de recul.


Que Faire ?
c) DE QUEL TYPE D’ORGANISATION AVONS-NOUS BESOIN ?


(…) l’activité essentielle de notre Parti, le foyer de son activité doit être un travail qui est possible et nécessaire aussi bien dans les périodes des plus violentes explosions que dans celles de pleine accalmie, c’est-à-dire un travail d’agitation politique unifiée pour toute la Russie, qui mettrait en lumière tous les aspects de la vie et s’adresserait aux plus grandes masses. Or ce travail ne saurait se concevoir dans la Russie actuelle sans un journal intéressant le pays entier et paraissant très fréquemment. L’organisation qui se constituera d’elle-même autour de ce journal, l’organisation de ses collaborateurs (au sens large du mot, c’est-à-dire de tous ceux qui travaillent pour lui) sera prête à tout, aussi bien à sauver l’honneur, le prestige et la continuité dans le travail du Parti aux moments de la pire “oppression” des révolutionnaires, qu’à préparer, fixer et réaliser l’insurrection armée du peuple.


Que Faire en 2022 ?
La question du journal en 2022 pose évidemment la question de l’Humanité, qui n’est plus depuis longtemps le journal des communistes et qui est même devenu un journal se battant contre les orientations politiques des communistes, le comble étant atteint avec la une d’affiche de Mélenchon le lundi des négociations législatives difficiles entre PCF et LFI.

Mais la question est aussi de ce que doit être un « journal » pour la reconstruction du parti communiste dans un monde d’information dominé par les pratiques numériques, en tenant compte de la fracture numérique et de la domination des plateformes US. Et peut-être que poser cette question, c’est se donner des armes dans la reconquête par les communistes de leur journal, car les multiples sites internets et pages de réseaux sociaux ne contribuent que faiblement à organiser, centraliser, unir, même quand leur contenu s’inscrit dans la perspective de la reconstruction d’un parti communiste marxiste-léniniste. .

L’immense majorité des jeunes, ceux qui feront ou qui ne feront pas le parti communiste demain, ne lisent pas vraiment de journaux, mais lisent chaque jour des messages, des tweets, des notifications, des pages, et beaucoup de vidéos...

Reprenons le rôle que Lénine donne au journal :

- la diffusion partout d’une position politique, le journal est par nature un outil centralisé permettant au "centre" de jouer son rôle, il "centralise"
- un effort d’organisation formateur pour les militants, il "organise"
- être alimenté par les militants en contribuant à la construction de cet intellectuel collectif qui permet la confiance et la légitimité... il "unit".

Un journal est aujourd’hui un un réseau social numérique dont l’édition papier n’est qu’une version. Reconstruire un journal communiste, c’est chercher comment un réseau social peut organiser, centraliser et unir. Pour l’instant, les tentatives numériques du PCF n’ont jamais répondu à cette question de l’organisation des militants. Il faut donc redéfinir un tel journal-réseau social comme l’outil de l’organisation elle-même, la gestion des adhérents, des cotisations, des contacts amis, et aussi de son activité, les agendas, les documents de travail, l’actualité sur laquelle les communistes peuvent faire de l’agitation.

C’est pour accompagner sa mutation réformiste que le parti communiste a laissé dépérir une organisation historiquement distribuée (les cellules, les sections, le carnet du trésorier, les timbres...) pour choisir une informatisation totalement centralisée, avec Le logiciel communiste COCIEL : l’outil du centralisme technocratique alors que le numérique permet de concilier centralisation et organisation. Un journal-réseau social peut être distribué, avec un centre qui porte le point de vue « pour toute le France » et des structures à différents niveaux qui relaient, enrichissent, éditorialisent dans des contextes locaux différents, jusqu’à fournir un outil pour la vie des cellules, devenant un reseau-social-communiste. Il peut ainsi aider à reconstruire dans un contexte hétérogène d’un parti émietté et qui a perdu depuis des décennies sa direction révolutionnaire. De ce point de vue, l’expérience des sites internet est utile, mais doit être dépassé dans un vrai projet de "journal-réseau pour tout le parti communiste Français".

Par rapport aux plateformes numériques existantes, il devrait permettre
- le centralisme démocratique, quand les solutions existantes sont certes centralisées, mais ne permettent pas la démocratie interne.
- une forte sécurisation, quand facebook expose la vie militante à tous nos ennemis
- de se construire d’en bas et d’en haut
- d’évoluer au fil des progrès de l’organisation, et non pas des besoins marketings des plateformes

Pour toutes ces raisons, je propose de poser la question du journal d’abord comme un objectif d’organisation dans la reconstruction des bases militantes du parti.