Sujet :

Staline et la réforme démocratique Grover Furr

Xuan
   Posté le 31-05-2021 à 09:13:34   

La conclusion de Plaristes est particulièrement imbécile.

Sur ce sujet comme sur d'autres Plaristes ramasse tous les arguments qui traînent, sans égard pour la position qu'il défend.

Je signale que la dénonciation du tankisme relève de la ligne anti autoritaire qu'on retrouve ici. https://mars-infos.org/est-ce-que-la-negation-de-genocide-4698, soit dit en passant.
'L’appélation de "Tankiste" désigne ces communistes qui en apprenant la répression de l’insurrection hongroise de 1956 par l’envoi de tanks de l’armée rouge, s’étaient dépéché.e.s de la justifier'
Précisément les marxistes-léninistes n'ont jamais soutenu l'insurrection contre-révolutionnaire de Hongrie en 1956, alors que le camp socialiste existait encore, et l'accusation de "tankiste" relève des tentatives de restauration du capitalisme.
Khrouchtchev n'était pas encore au pouvoir en 1956.
Cette insurrection était d'origine étudiante et visait ouvertement tous les symboles communistes.
La manière dont cette révolte a été réprimée pourrait faire l'objet de débats pour les communistes hongrois ou russes, afin de corriger ce qui peut l'être dans l'avenir.
La Chine de son côté avait connu des manifestations d'étudiants ou d'intellectuels sans conséquences, qui ont donné lieu au texte de Mao Zedong " de la juste solution des contradictions au sein du peuple".
Les troubles de 1981 à Pékin n'ont jamais occasionné les milliers de morts annoncés dans la presse bourgeoise. Le PCC y avait mis fin et c'est une juste application de la dictature du prolétariat. Affirmer le contraire c'est défendre la restauration du capitalisme, le "partage" du pouvoir entre les classes, en fait l'éviction du parti communiste du pouvoir pour le remettre entre les mains de la bourgeoisie.

Confusion sur les liens entre le parti communiste et l'Etat socialiste

Plaristes écrit :
"Les tankistes prônant la fusion de l'état et du parti sont dans un délire révisionniste."
"les tankies qui refusent la séparation de l'état et du parti"


Entre fusion de l'Etat et du parti et séparation de l'état et du parti il y a plus qu'une marge, dont Plaristes ne tient absolument aucun compte.
Mais en toute logique la fusion et la séparation ne sont pas l'inverse l'une de l'autre. L'inverse de la séparation c'est la liaison et non la fusion.

La fusion signifie que l'Etat et le parti sont une seule et même chose.
Pour ce qui nous concerne nous n'avons jamais préconisé la "fusion" de l'Etat et du parti, ce qui signifierait que l'un et l'autre se confondent.
Et aucun ml n'a jamais défendu une telle théorie.
Pour informé le PCC ne l'a jamais fait non plus et il existe plusieurs partis qui acceptent la direction du PCC, et dont les représentants peuvent être élus.
Il y a même au sein du PCC des capitalistes qui acceptent cette direction.

Mais ce n'est qu'un aspect du sujet parce que les âneries de Plaristes ne se limitent pas à ceci.


Edité le 31-05-2021 e 12:09:48 par Xuan


Xuan
   Posté le 31-05-2021 à 14:16:20   

Conception métaphysique de la transition au socialisme

La question du lien entre le parti communiste et l'Etat socialiste relève évidemment de la dictature démocratique du prolétariat, c'est-à-dire du rapport entre dictature et démocratie.
Le prolétariat lui-même dirige cette dictature démocratique à l'aide de son parti, en se donnant les institutions adéquates.
Celles-ci peuvent comprendre des membres du parti communiste ou pas, mais c'est le parti qui dirige car c'est lui qui doit conduire la société du capitalisme au socialisme, puis au communisme, société sans Etat.
On devine, bien que cette situation ne se soit encore jamais présentée historiquement, que l'extinction de l'Etat ne peut pas être menée par l'Etat lui-même mais par le parti communiste, dont la mission outrepasse l'étape du socialisme.

Pour l'heure ce ne sont que des spéculations.
Par contre l'histoire du PCUS et celle du PCC montrent que la dictature démocratique du prolétariat s'exerce différemment selon la situation historique et les caractéristiques de la lutte des classes. Définir des principes intangibles sur ce rapport relève de la métaphysique.

La lutte des classes en URSS et les positions de Staline

Sans reprendre l'histoire de l'URSS dans ses grandes longueurs, deux ou trois textes de Staline montrent que la dictature du prolétariat s'exerce différemment selon la situation de la lutte ces classes.

Dans la brochure "contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit" en ligne sur le site des Editions Prolétariennes, le chapitre VIII - l'antagonisme dans la contradiction comprend une partie consacrée à "la poursuite de la lutte des classes dans la société socialiste" - p 169.
La contre-révolution en Hongrie y est évoquée, puis les contradictions de classe dans la société socialiste :


......Mais les contradictions au sein du peuple ne sont pas les seules contradictions dans la société socialiste. L'expérience des premiers états socialistes démontre que si la bourgeoisie a disparu en tant que classe, ses résidus ne cessent pas pour autant d'exister durant la période transitoire du socialisme et tentent de le renverser avec l'appui des puissances impérialistes, et que dans le parti communiste lui-même l'ancienne société trouve également son reflet, notamment à travers la corruption.

Au tout début de la seconde expérience de dictature du prolétariat (après celle de la Commune de Paris), Staline expose les caractéristiques de la transition du capitalisme au socialisme dans « Des principes du léninisme » (Conférences faites à l'université Sverdlov au début d'avril 1924 [Staline : les questions du léninisme - des principes du léninisme IV - la dictature du prolétariat) :

« La transition du capitalisme au communisme, dit Lénine, c'est toute une époque historique. Tant qu'elle n'est pas terminée, les exploiteurs gardent inéluctablement l'espoir d'une restauration, espoir qui se transforme en tentatives de restauration. A la suite d'une première défaite sérieuse, les exploiteurs qui ne s'attendaient point à être renversés, qui n'en croyaient rien et n'en admettaient pas l'idée, se lancent dans la bataille avec une énergie décuplée, avec une passion furieuse, avec une haine centuplée implacable à la bataille pour reconquérir le « paradis » perdu, pour leurs familles qui menaient une si douce existence et que, maintenant, la « vile populace » condamne maintenant à la ruine et à la misère (ou au « vil » labeur...). Et derrière les capitalistes exploiteurs se traîne la masse de la petite-bourgeoisie qui - des dizaines d'années d'expérience historique dans tous les pays en font foi - hésite et balance, qui aujourd'hui suit le prolétariat et demain, effrayée des difficultés de la révolution, est prise de panique à la première défaite ou demi-défaite des ouvriers, s’affole, s’agite, court d’un camp à l’autre
[Lénine - La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky - t . XXIII, p335].

La bourgeoisie a ses raisons de faire des tentatives de restauration, car après son renversement, elle reste longtemps encore plus forte que le prolétariat qui l’a renversée. Si les exploiteurs, dit Lénine, ne sont battus que dans un seul pays - et c’est là bien entendu le cas typique, la révolution simultanée dans plusieurs pays étant une rare exception - ils restent toutefois plus forts que les exploités [ibidem, p354]

En quoi réside la force de la bourgeoisie renversée ?

Premièrement, « dans la force du capital international, dans les forces et la solidité des liaisons internationales de la bourgeoisie » [Lénine - La maladie infantile du communisme (« le gauchisme »), t. XXV, p.173].

Deuxièmement, dans le fait que « longtemps après la révolution, les exploiteurs conservent nécessairement une série de réels et notables avantages : il leur reste l’argent (impossible de le supprimer d’un coup), quelques biens mobiliers, souvent considérables ; il leur reste des relations, des habitudes d’organisation et de gestion, la connaissance de tous les « secrets » de l’administration (coutumes, procédés, moyens, possibilités) ; il leur reste une instruction plus poussée, des affinités avec le haut personnel technique (bourgeois par sa vie et son idéologie) ; il leur reste une expérience infiniment supérieure de l’art militaire (ce qui est très important), etc., etc. [Lénine - La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky - t . XXIII, p354].

Troisièmement, « dans la force de l’habitude, dans la force de la petite production, car, malheureusement, il reste encore au monde une très, très grande quantité de petite production ; or, la petite production engendre le capitalisme et la bourgeoisie constamment, chaque jour, à chaque heure, d’une manière spontanée et dans de vastes proportions » …car « supprimer les classes, ce n’est pas seulement chasser les grands propriétaires fonciers et les capitalistes - ce qui nous a été relativement facile - c’est aussi supprimer les petits producteurs de marchandises ; or, ceux-ci on ne peut pas les chasser, on ne peut pas les écraser, il faut faire bon ménage avec eux. On peut (et on doit) les transformer, les rééduquer - mais seulement par un très long travail d’organisation, très lent et très prudent [Lénine - La maladie infantile du communisme (« le gauchisme »), t. XXV, p.173 et 189]. »

Quelques années plus tard en 1929, par suite de l’aggravation des rapports de classe en URSS et dans les pays capitalistes, Staline insistait ainsi :

« A quoi tient cette aggravation? A deux causes. D'abord, à notre progression, à notre offensive, à la croissance des formes socialistes de l'économie et dans l'industrie et dans l'agriculture, croissance qu'accompagne une éviction correspondante des catégories correspondantes de capitalistes de la ville et des campagnes.
La situation est telle que nous vivons selon la formule de Lénine: «Qui l'emportera?»
Ou bien nous ferons toucher les épaules à terre aux capitalistes et leur livrerons, comme disait Lénine, le dernier combat décisif, ou bien ce sont eux qui nous feront toucher les épaules à terre. En second lieu, cela tient à ce que les éléments capitalistes ne veulent pas quitter la scène de bon gré: ils résistent et continueront de résister au socialisme, car ils voient arriver leurs derniers jours.
Or, pour le moment, ils peuvent encore résister; malgré la baisse de leur importance, ils n'en croissent pas moins en chiffres absolus: la petite bourgeoisie urbaine et rurale, comme l'a dit Lénine, engendre dans son sein chaque jour et à chaque heure, capitalistes et tout petits capitalistes, et ceux-ci - ces éléments capitalistes - prennent toutes les mesures pour sauvegarder leur existence. On n'a encore jamais vu dans l'histoire que des classes agonisantes aient quitté la scène de bon gré. On n'a encore jamais vu dans l'histoire que la bourgeoisie agonisante n'ait pas mis en oeuvre tout ce qui lui restait de force pour essayer de sauvegarder son existence. Que notre appareil soviétique de base soit bon ou mauvais, notre progression, notre offensive réduiront le nombre des éléments capitalistes et les évinceront; et les classes agonisantes, elles, résisteront envers et contre tout. Telle est la base sociale de l'aggravation de la lutte de classes. »

[J. Staline "les questions du léninisme" de la déviation de droite dans le PC(b) de l’URSS]


Or ces positions correspondent à des périodes particulières de l'URSS, celles qui ont précédé la deuxième guerre mondiale, la liquidation des koulaks et l'élaboration de la constitution.
Après la « liquidation des débris boukhariniens et trotskistes » et l'élection des députés au suffrage universel, Staline écrivait :

« Ce qu'il y a de particulier dans la société soviétique de notre époque, à la différence de toute société capitaliste, c'est qu'elle n'a plus dans son sein de classes antagonistes, ennemies; que les classes exploiteuses ont été liquidées et que les ouvriers, les paysans et les intellectuels formant la société soviétique, vivent et travaillent en collaboration fraternelle.
Alors que la société capitaliste est déchirée par des antagonismes irréconciliables entre ouvriers et capitalistes, entre paysans et grands propriétaires fonciers, ce qui conduit à l'instabilité de sa situation intérieure, - la société soviétique, libérée du joug de l'exploitation, ignore ces antagonismes; elle est affranchie des collisions de classes et offre l'image d'une collaboration fraternelle entre ouvriers, paysans, intellectuels.

C'est sur la base de cette communauté d'intérêts que se sont développées des forces motrices comme l'unité politique et morale de la société soviétique, l'amitié des peuples de l'U.R.S.S., le patriotisme soviétique.
C'est cette même base qui a donné naissance à la Constitution de l'U.R.S.S. adoptée en novembre 1936, et à la démocratisation totale des élections aux organismes suprêmes du pays ». […] « La fonction de répression militaire à l'intérieur du pays est devenue superflue, elle a disparu, puisque l'exploitation a été supprimée, les exploiteurs n'existent plus et il n'y a plus personne à réprimer. La fonction de répression a fait place à la fonction de protection de la propriété socialiste contre les voleurs et les dilapidateurs du bien public. La fonction de défense militaire du pays contre l'agression du dehors s'est conservée intégralement. Par conséquent, on a conservé aussi l'Armée rouge, la Marine militaire ainsi que les organismes punitifs et les services de renseignements, nécessaires pour capturer et châtier les espions, les assassins, les saboteurs dépêchés dans notre pays par les services d'espionnage étrangers. »
[Staline - les questions du léninisme - Rapport au XVIIIe congrès du PC(b) de l’URSS]


On trouve une formulation très proche dans "le projet de Constitution"
"...le projet de la nouvelle Constitution de l'URSS part du fait que dans la société il n'existe plus de classes antagonistes..."

Il est clair ici que pour Staline le caractère antagonique de la lutte des classes a disparu dans la société soviétique. Il ne parle pas de la lutte des classes en elle-même, et il justifie alors le maintien de l'Etat principalement à cause de l'encerclement capitaliste.

Ceci est lié à des conditions historiques précises, à la transformation des rapports de classe dans la société soviétique dans une période donnée.
Il est hors de question d'exporter de telles conclusions dans n'importe quelle autre société socialiste, sans rapport avec le lieu et le temps.
Et il n'est pas dit non plus que cette situation soit irréversible, que dans des conditions données la lutte des classes ne puisse redevenir antagonique.

Le 14 juillet 1964, le Renmin Ribao et le Hongqi publient un texte critique sur la restauration du capitalisme par Khrouchtchev, qui comprenait aussi des appréciations critiques sur Staline à propos de la lutte des classes sous le socialisme.
On verra que ce sujet, tournant autour du rôle des résidus des anciennes classes dominantes, de l'attitude qu'elles adoptent envers le socialisme et qu'il de celle qu'il faut adopter envers elles, fut au centre de la révolution culturelle et de sa critique ultérieure :

« Du fait que l'Union soviétique était le premier pays, et à l'époque le seul, à édifier le socialisme et qu'elle ne disposait d'aucune expérience étrangère à laquelle se référer, du fait également que Staline s'était éloigné de la dialectique du marxisme-léninisme par son interprétation des lois de la lutte de classe dans la société socialiste, il proclama prématurément, après la réalisation essentielle de la collectivisation de l'agriculture, qu'en Union soviétique, "il n'existe plus de classes antagonistes" ("Sur le projet de Constitution de l'U.R.S.S." in Les Questions du léninisme) et qu'"elle [la société soviétique] est affranchie des collisions de classes" ('Rapport au XVIIIe Congrès du P.C. (b) de l'U.R.S.S.", Les Questions du léninisme). Mettant l'accent uniquement sur l'unité de la société socialiste, il négligeait les contradictions au sein de celle-ci, il ne s'appuyait pas sur la classe ouvrière et les larges masses dans la lutte contre les forces capitalistes et considérait que la possibilité de restauration du capitalisme provenait uniquement de l'attaque armée de l'impérialisme international. Cela est faux, tant en théorie qu'en pratique. Cependant, Staline n'en demeure pas moins un grand marxiste-léniniste » .

Cependant les contradictions de classe et les antagonismes de classes sont deux choses différentes. Mao Zedong les distinguait très clairement dans le chapitre "du caractère antagoniste de la contradiction" dans "De la contradiction".

L'autocritique du PCC en 1981 écrit ceci à propos de la révolution culturelle :

« A la 10e session plénière du C.C. issu du 8e congrès du Parti tenue en septembre 1962, le camarade Mao Zedong donna à la lutte de classes, qui existe en société socialiste dans un cadre déterminé, une ampleur exagérée et lui attribua un rôle absolu, développant ainsi le point de vue qu'il avait avancé en 1957 à la suite de la lutte contre les droitiers, selon lequel la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie demeurerait la contradiction principale de notre société; il affirma même que, durant toute la période historique du socialisme, la bourgeoisie existerait et tenterait de restaurer son pouvoir, et que cela constituait l'origine du révisionnisme au sein du Parti. »

La lutte des classes n'est pas niée, c'est son caractère de contradiction principale qui l'est, de même que la bourgeoisie en tant que classe antagoniste .

Dans d'autres documents on trouve :
"Avec la mise en place du système de base du socialisme, la lutte des classes à grande échelle est terminée, la plupart des contradictions de la société socialiste relèvent de contradictions au sein du peuple » .
A ce titre sont dénoncés par Xi Jinping et le PCC : « le formalisme, le bureaucratisme, l'hédonisme et l'extravagance dans le style de travail » .

On pourrait encore pinailler sur la différence entre contradictions antagonistes et lutte de classe à grande échelle . Le juge de paix en l'occurrence ce sont les rapports de classe réels dans la société chinoise.
Ainsi les différends avec Jack Ma, mais aussi avec tous les magnats de la high tech, ont été réglés sans effusion de sang. Les capitalistes se sont pliés à la loi socialiste. Ils n'ont fomenté ni soulèvement, ni complot, ni révolte. Cela signifie que les capitalistes ont été liquidés en tant que classe et qu'ils ne peuvent mener une lutte à grande échelle.
Bien entendu ils se plient parce qu'il existe un organisme chargé de traquer les corrompus, ou de surveiller les mouvements de fonds, une police, une justice et des prisons.

Naturellement cette situation n'est pas immuable et pourrait se transformer dans des conditions différentes mais la Chine n'en est pas là.
En tout état de cause l'histoire a montré que la lutte des classes se poursuit, qu'elle peut redevenir antagonique, voire aboutir à une restauration temporaire de l'ordre ancien.

Ces positions différentes de Staline, justifiées par des situations différentes, ne sont pas comparables avec celle de Khrouchtchev qui prétendait construire un Etat du peuple entier et l'imminence du communisme.
Je reprends le texte de "contrairement à une opinion répandue..." p 172 :

Cette position était dans tous les cas aux antipodes de la position révisionniste qui fut défendue ensuite au XXIIe congrès du PCUS par Khrouchtchev, selon qui la dictature du prolétariat n'était plus nécessaire en Union Soviétique, où l'Etat serait devenu un ' "Etat du peuple tout entier" et le parti communiste un "parti du peuple tout entier' '. Il proclamait alors l'entrée de l'Union soviétique dans la phase de l'édification en grand de la société communiste. " ...nous construirons la société communiste pour l'essentiel en 20 ans" . [Rapport sur le programme présenté par Khrouchtchev au XXIIe Congrès du PCUS]. Dans ce cas l'Etat aurait cessé de constituer un instrument de domination d'une classe sur une autre et aurait perdu sa raison d'être. De toute évidence la contre-révolution khrouchtchévienne et la restauration du capitalisme qui s'en est suivie en URSS prouve que l'observation de Lénine et de Staline était fondée.

Lors des 8èmes rencontres internationalistes 2017 de Vénissieux, Tatiana Desiatova représentante du KPFR, critiqua dans ses réponses aux questions du public l'abandon par Khrouchtchev de la dictature du prolétariat et la négation de la lutte des classes. « Quand on oublie des concepts comme la dictature du prolétariat dans l'histoire de mon pays malheureusement cela a joué un rôle destructeur après la mort de Staline. Khrouchtchev a commencé à renoncer à la dictature du prolétariat, à nier le concept de lutte des classes » . [25'45 de l'enregistrement]



Edité le 31-05-2021 e 20:26:48 par Xuan


Xuan
   Posté le 31-05-2021 à 16:36:17   

Sur la critique de Grover Furr contre Khrouchtchev

C'est naturellement une bonne chose que Khrouchtchev soit critiqué et Staline réhabilité. Le PCC et les ml l'ont fait dès les années 60. Le livre de Furr a été stigmatisé par les trotskistes, jusque sur la page wikipedia.

Selon le premier texte mis en ligne par Plaristes, Staline aurait voulu "détacher" le parti de l'Etat et n'en faire qu'un organe d'agit'prop. Mais les preuves à l'appui ne sont pas des textes de Staline, plutôt des déclarations d'épigones ou de contemporains.
Et Staline, comme tous les dirigeants communistes, n'était pas non plus omniscient.

Quoi qu'il en soit il ne s'agit pas d'une réponse définitive sur la voie à suivre d'un état prolétarien. Comme les dirigeants chinois, les dirigeants soviétiques expérimentaient le socialisme, "traversant la rivière en tâtant les pierres" avec des méthodes adaptées à leur propre situation et à leurs propres difficultés.
Les essais, les erreurs et les succès constituent des indications. D'après Furr la constitution soviétique n'a jamais été appliquée.
Que peut-on en conclure par conséquent ?
La politique des cent fleurs en Chine, les dérives et l'échec de la révolution culturelle (celle-ci n'opposait pas le parti à l'Etat mais un pouvoir parallèle au parti), la lutte contre la corruption aujourd'hui, ou encore le rôle dévolu à l'expression sur les réseaux sociaux, constituent autant de réponses à ces questions. Elles n'épuisent pas le sujet.

Beaucoup plus prudent que les spéculations de Plaristes, Grover Furr écrit ceci dans sa conclusion :


"Quelle forme peut prendre la "démocratie" dans une société socialiste avec le but d'aller vers une société sans classes ?

Est-ce que la mise en oeuvre de la constitution de 1936 envisagée par Staline aurait servi à la fois pour démocratiser l'Union soviétique et pour redonner au Parti bolchevique son rôle original, en tant qu'organisation de véritables révolutionnaires dont le travail principal était de mener le pays vers le communisme ?

Ou alors, ce modèle comportait-il déjà de nombreux concepts bourgeois de la démocratie capitaliste qui aurait pu accélérer, plutôt qu'empêcher, l'évolution de l'URSS vers le capitalisme ? Quel est le rôle approprié d'un parti communiste dans une telle société ? Quelles sont les formes spécifiques de direction politique qui sont compatibles avec la responsabilisation démocratique de la classe ouvrière ?
Quelle forme de direction politique (et économique) est en contradiction avec ces buts ? Une fois que nous avançons l'idée que des élections et un gouvernement "représentatif" sont suffisants pour que l'État exprime les intérêts des ouvriers et des paysans, il s'ensuit que la constitution 1936, même si elle avait été mise en application, n'aurait pas mieux réalisé cette tâche.

Ceci pourrait suggérer que la "solution" ne soit pas de rendre l'État plus fort et le parti plus faible &ndash comme semblent le penser Staline et Béria. Les marxistes pensent que l'État est dominé par une classe ou par une autre. Ainsi, si une nouvelle classe émerge de la strate supérieure du parti, ou de n'importe quelle autre partie de la société, elle régnera, et changera l'essence de l'État pour rendre sa domination plus efficace.

Ceci suggère en fait que la distinction entre parti et état est artificielle et trompeuse, et devrait être éliminée". Le terme "bureaucratisme /bureaucratie," pose un autre genre de problème et en cache d'autres.

Je propose que les deux questions ci-dessus &ndash démocratie et rôle du parti &ndash nous engagent d'une manière plus fructueuse et plus matérialiste, à réfléchir au problème du rapport entre la partie organisée et politiquement consciente et la partie moins organisée et moins politiquement consciente, mais économiquement productive de la population d'une société socialiste ou communiste.
Les bolcheviks en général et Staline ont spécifiquement fait une grande distinction entre la politique et les compétences techniques ou l'éducation. Mais ils n'ont jamais traité de manière adéquate la contradiction entre «rouge» et «expert», comme ce dilemme a été appelé pendant la révolution culturelle chinoise. L'idée partagée par pratiquement tous les socialistes selon laquelle le «contrôle» ou la «supervision» politique pouvait être séparé de la connaissance et de la production techniques reflétait, en partie, l'idée erronée selon laquelle la «technique» - la science - était politiquement neutre, et que si elle était effectuée efficacement, la production économique elle-même était politiquement «de gauche» ou «communiste».

Le dilemme de la contradiction État-parti en découle. Que signifie "démocratie à l'intérieur du Parti" dans le contexte d'un parti communiste ? En URSS, nombre des forces d'opposition dont les positions ont été défaites aux conférences et aux congrès du parti durant les années 20 ont dérivées vers la conspiration, visant finalement l'assassinat des dirigeants du parti, les coups d'état, la collaboration avec l'ennemi et l'espionnage pour des puissances capitalistes hostiles. En même temps, les chefs locaux du parti ont développé des habitudes autoritaires, qui les ont coupés des adhérents de base du parti (et bien sûr de la population non-communiste beaucoup plus nombreuse), tout en se s'octroyant des privilèges matériels.

Les avantages matériels des plus hauts responsables du parti doivent avoir joué un rôle important, et même décisif, dans le développement de la strate appelée la nomenklatura. De même, le but évident de Staline d'enlever le contrôle au Parti et de le cantonner à l'agitation et à la propagande pourrait suggérer une certaine conscience de cette contradiction par Staline lui-même, et peut-être aussi par d'autres.

Dans quelle mesure les grands différentiels de salaire étaient-ils essentiels pour stimuler l'industrialisation en URSS ? S'ils étaient essentiels, était-ce une erreur de permettre l'accès aux privilèges matériels aux membres du parti - salaire élevé, meilleur logement, magasins spéciaux, etc. ? Le contexte politique dans lequel ces décisions ont été prises, vers la fin des années 20 et au début des années 30, doit être exploré plus profondément.
Les discussions, actuellement indisponibles, autour du salaire maximum quelque part au début des années 30 doivent être découvertes et étudiées. Zhukov et Mukhin semblent croire que la tactique qu'ils perçoivent, et qu'ils attribuent à Staline et Béria &ndash celle de couper les dirigeants du parti de la direction de l'État &ndash était en effet la meilleure chance d'empêcher le parti de dégénérer. Comme je le suggère plus haut, peut-être la vraie cause de leur dégénérescence est la défense de leurs propres privilèges, plutôt que la contradiction "rouge contre expert".

Naturellement, les incitations matérielles avaient été jugées nécessaires, pour recruter les intellectuels bourgeois compétents mais anticommunistes et anti-prolétarien afin de participer à la construction de la base industrielle de l'URSS. Partant de là on peut argumenter qu'un salaire plus élevé était nécessaire pour encourager les personnes techniquement habiles (ouvriers habiles y compris) à rejoindre le parti bolchevique ou pour travailler dur dans des conditions de travail défavorables souvent mettant en danger leur santé et au risque d'y sacrifier sa vie de famille. En cela l'utilisation de la panoplie des inégalités capitalistes était justifiée.

Peut-être que Staline et Béria ont cru que cantonner le Parti à une fonction "purement politique" pourrait empêcher sa dégénérescence. Comme ce plan - s'il était d'eux - n'a été jamais mis en oeuvre, nous ne pouvons pas vraiment le savoir. Mais je suspecte que la question "des incitations matérielles," c'est-à-dire des inégalités économiques, en soit la cause fondamentale. Dans les conversations avec Felix Chuev, Molotov âgé, réfléchit au sujet de la nécessité d'avoir encore et toujours plus «d’égalité» et s'inquiète du futur du socialisme en URSS alors qu'il voit croître les inégalités. Molotov ne fait pas remonter ce développement des inégalités à l'époque de Staline ou de Lénine.

En fait Molotov, comme Staline, ne pouvait envisager le legs de Lénine en critique. Cependant la nécessité de préserver et augmenter des inégalités afin de stimuler la production doit remonter au moins à Lénine, voir au Marx de La Critique du programme de Gotha. Les questions que l'on se pose reflètent et exposent inévitablement nos propres préoccupations politiques, et les miennes ne font pas exception. Je crois que l'histoire du parti bolchevique pendant les années de Staline - une histoire obscurcie par des mensonges anticommunistes et encore à écrire - a beaucoup à apprendre aux générations futures. Les militants politiques qui se tournent vers le passé pour obtenir des conseils et les chercheurs politiquement conscients qui veulent apporter leur contribution à l'édification d'un monde meilleur peuvent le faire par l'étude des luttes du passé et peuvent apprendre beaucoup des legs laissés par l'Union soviétique.

Comme les marins médiévaux dont les cartes étaient plus imaginaires qu'exactes, nous avons été trompés par des histoires canoniques sur l'URSS qui sont principalement fausses. Le processus pour découvrir la vraie histoire de la première expérience socialiste du monde vient à peine de commencer. Comme le lecteur de cet essai a pu s'en apercevoir, cela a une immense importance pour notre futur.



Edité le 31-05-2021 e 18:26:53 par Xuan


Xuan
   Posté le 31-05-2021 à 20:02:10   

En annexe, et puisque Plaristes s'était découvert une vocation hoxaïste, le sommaire du rapport présenté au VIIe congrès du PTA comporte un chapitre 1- Le rôle dirigeant du Parti dans toute la vie du pays, garantie de l'édification intégrale de la société socialiste

On lit :
"Le rôle dirigeant du Parti à tous les niveaux s'est constamment renforcé en lutte contre toute influence bureaucratique et technocratique des organismes étatiques, économiques ou militaires, sur les organisations de base. Une telle influence s'est fortement fait sentir sur certaines organisations de base des institutions centrales, come par exemple la Commission du Plan d'Etat, le ministère de l'Industrie et des Mines, le ministère du Commerce et le ministère de l'Agriculture, les entreprises du pétrole, l'Armée et certains établissements éducatifs et culturels. Cette influence a conduit à l'affaiblissement du rôle de ces organisations, à la tendance à mettre la technique au-dessus de la politique, le rôle du spécialiste au-dessus de celui du Parti. Ici on a vu aussi se manifester des conceptions non marxistes selon lesquelles ce sont des cadres qui dirigent et orientent et non pas le Parti avec ses organes et ses organisations...

Le Parti bolchévik a été étouffé par les "apparatchiks" de triste renom.

En même temps que les autres cadres bureaucratisés de l'appareil d'Etat qui s'étaient écartés de la voie de la classe ouvrière, des enseignements de Lénine et de Staline, ils sont devenus le principal appui de Khrouchtchev et de Brejnev et des autres usurpateurs, qui ont fait la contre-révolution et ont ravi la direction à la classe ouvrière et à son Parti."

[rapport d'activité du CC du PTA présenté au VIIe congrès du PTA le 1er novembre 1976 - nouveau bureau d'édition - p74]

D'où il ressort que la "séparation" de l'Etat et du Parti n'existe que sur les plans administratifs et institutionnel et non politique, et que le danger qui menace la démocratie et la défense des intérêts du peuple peut apparaître tout autant dans les strates de l'Etat que dans l'encadrement du parti communiste.
Accroître leur séparation n'apporte donc aucune garantie.

Rappelons comment a été restauré le capitalisme en Albanie, suivant wikipedia :

Après la mort de Enver Hoxha en 1985, le communiste Ramiz Alia prend la tête du pays mais le régime s'ouvre au multipartisme en suivant le mouvement amorcé dans d'autres pays post-staliniens européens. En 1992, le Parti démocrate albanais domine le Parti de travailleurs de l'ancien dictateur et Sali Berisha devient le premier président démocratiquement élu. Une nouvelle constitution ratifiée en 1998 pose les bases d'un État de droit garantissant les libertés individuelles. Depuis, la majorité a déjà changé plusieurs fois de camp.

En d'autres termes, c'est en renonçant au rôle dirigeant du parti communiste que la porte a été ouverte à la contre-révolution.

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On trouvera une présentation et des extraits de "Khrouchtchev a menti" de Grover Furr sur le site https://www.legrandsoir.info/khrouchtchev-a-menti.html
Et sur le site des Editions Delga https://editionsdelga.fr/portfolio/grover-furr/


Edité le 31-05-2021 e 22:55:18 par Xuan