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Finimore
A propos des 2 textes publiés plus haut ( " La décroissance, un point de vue parfaitement réactionnaire " et " (dé)croissance de quoi pour qui ? " Il faut préciser que celui signé de l'Union Communiste Internationaliste est en fait d'une organisation trotskiste (UCI) dont est membre Lutte Ouvrière (LO). Le texte ne mentionne pas l'URSS de Staline, contrairement à celui signé par pam publié sur pcf.fr qui n'hésite pas à écrire " un projet politique de « retour au village » , de dénonciation de la gabegie des villes et de la société de consommation des élites… c’est un certain Pol Pot qui l’organisa au nom du socialisme dans la terreur que l’on sait depuis…Pour un communiste qui continue à s’interroger sur les causes des crimes du stalinisme, c’est un conseil a un ami écologiste ! ".
Xuan
J'ai vu pendant les nuit debout ce type d'écolo proposer le troc comme solution : "Je t'échange mon pull en laine du Diois contre tes Picodons"
Et l'assemblée de l'écouter dans un silence religieux...

Là c'est le côté comique, mais la confusion des esprits est une entrave au combat contre le capitalisme et aussi pour l'écologie.
Finimore
LA DÉCROISSANCE, UN POINT DE VUE PARFAITEMENT RÉACTIONNAIRE

http://lesenrages-antifa.fr/2019/04/25/la-decroissance-un-point-de-vue-parfaitement-reactionnaire/

LA DÉCROISSANCE, UN POINT DE VUE PARFAITEMENT RÉACTIONNAIRE
25 avril 2019
La décroissance, un point de vue parfaitement réactionnaire

Si les années quatre-vingt-dix ont vu émerger et se développer les idées de l’altermondialisme, ce courant est aujourd’hui concurrencé, chez un certain nombre de jeunes et moins jeunes plus ou moins contestataires, par un courant qui s’est baptisé : la décroissance. Refus de la croissance économique, « antiproductivisme », lutte contre la consommation, volonté de revenir à une économie locale, rejet du progrès technique, démarche de « sobriété » ou de « simplicité volontaire », sont les piliers de ce nouvel évangile.

Il est difficile de savoir si le relatif succès de ce courant sera un phénomène durable. Mais il est incontestable qu’il est, pour l’instant, à la mode. Certes, cela ne s’est pas vu lors des récentes élections européennes, où les listes Europe Décroissance n’ont recueilli que des scores insignifiants – entre 0,02 et 0,04 % suivant les circonscriptions. Mais la percée électorale des listes Europe-écologie reflète, en partie du moins, cette tendance, car nombre de partisans de la décroissance ont apporté leurs voix, au nom d’une sorte de « vote écologique utile », aux listes menées par Daniel Cohn-Bendit.

L’intérêt pour la décroissance d’une partie de la petite bourgeoisie intellectuelle, d’une frange de la jeunesse étudiante, paraît indéniable. En témoigne entre autres le relatif succès du journal La Décroissance, qui tire à quelque 50 000 exemplaires – ce qui est conséquent pour un journal politique.

Il est clair que le glissement vers la décroissance d’une partie des partisans de l’altermondialisme serait un recul, du point de vue des idées.

L’altermondialisme en effet, malgré ses limites et son caractère profondément réformiste, se situe au moins sur le terrain de la dénonciation des inégalités, et prétend vouloir mieux répartir les richesses entre les différentes régions de la planète.

La décroissance, elle, ou plutôt la nébuleuse d’organisations, de journaux et d’individus qui se réclament d’elle, se situe sur un tout autre terrain : celui des idées franchement réactionnaires. Ses partisans ne le nient d’ailleurs pas vraiment : Serge Latouche, le principal porte-parole de la décroissance en France, dénonce par exemple, dans l’introduction de son Petit traité de la décroissance sereine, « le totalitarisme développementiste et progressiste ». Le « totalitarisme progressiste » ! Il faut se pincer pour y croire. Il est peu probable que les femmes africaines qui font des dizaines de kilomètres à pied pour trouver un peu d’eau potable, ou les centaines de milliers de gens dans le tiers-monde qui meurent du sida faute de trithérapies, se réjouissent de ne pas être victimes du « totalitarisme progressiste ». On retrouve le même type de propagande anti-progrès dans un numéro de la revue décroissante Silences, qui a publié en Une un dessin montrant trois personnages monstrueux, mi-humains mi-reptiles, sous la légende : « Ils veulent détruire le monde ». Ces trois personnages étaient ainsi présentés : « La trilogie maléfique : croissance, consommation, progrès. »

Le décor est planté. Le courant décroissant affiche clairement non seulement son refus du progrès, mais sa volonté de revenir en arrière : un certain nombre de partisans de la décroissance ont pris par exemple le nom de « rétrogradeurs ».

Il n’y a rien de surprenant à ce qu’un courant de ce type apparaisse, ou plutôt réapparaisse, dans une période de crise comme celle que nous vivons. Les idées de « lutte contre la croissance », ainsi que leur pendant en matière de démographie, le malthusianisme, refont régulièrement surface pour tenter de répondre aux angoisses nées des crises. Cela n’a rien de réjouissant pour autant. Et nous pensons que les communistes révolutionnaires, même s’ils ne sont nullement des partisans de la croissance à tout prix, ni des « productivistes » acharnés, doivent militer résolument contre de tels courants. Tout simplement parce que nous nous plaçons, nous, sur le terrain du progrès humain et scientifique plutôt que sur celui d’un retour en arrière général de la société.

Le recyclage de vieilles idées


Les idées de décroissance sont apparues il y a une trentaine d’années. Des auteurs des années soixante et soixante-dix—–, économistes, sociologues ou… théologiens, en ont posé les bases : Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994), le « révérend père » Ivan Illitch (1926-2002), ou le malthusien Paul Ehrlich (né en 1932).

Ce courant s’est développé en même temps que la crise du capitalisme, au début des années soixante-dix, s’approfondissait. C’est à cette même époque que des groupes de réflexion, dont le plus célèbre s’appelait le Club de Rome, ont remis au goût du jour les théories de Malthus (1766-1834), qui professait que l’accroissement de la population conduisait forcément l’humanité à sa perte. Rien de nouveau sous le soleil : il y a plus d’un siècle, le socialiste Bebel écrivait déjà que les idées malthusiennes se développaient toujours « dans les périodes de décadence de l’ordre social, [où] le mécontentement général est toujours attribué à l’abondance d’hommes et au manque de vivres et non pas à la manière dont on les obtient et les divise ».

Ce sont également les années soixante-dix qui ont vu émerger, dans la mouvance hippie, les idées plus ou moins farfelues de retour à la nature, d’une plus grande communion avec celle-ci, d’un rejet de la technique et du « productivisme », de constitution de petites communautés indépendantes – toutes idées que l’on retrouve aujourd’hui dans la décroissance.

Un courant aux idées confuses


Parmi les penseurs de la décroissance, on trouve de tout. Car la décroissance n’est pas une théorie scientifique, mais un conglomérat d’idées parfois totalement contradictoires.

Cette hétérogénéité permet à ce courant de dire tout et n’importe quoi, et explique que certains de ses partisans se réclament de l’extrême gauche et d’autres, comme Alain de Benoist, clairement de l’extrême droite. Citons, à titre d’exemple et sans chercher à généraliser ce type de propos à tout le courant décroissant, le théologien Jacques Ellul, considéré comme un des pères de la décroissance, qui écrivait en 1986 : « Nous constatons que dans la Bible, l’intervention divine a lieu quand l’inhumanité, quand le mal moral et physique dépasse les bornes. Dieu provoque un événement approprié à cet excès d’inhumanité, qui placera l’homme devant le choix de se repentir ou de mourir. Je suis convaincu que l’apparition du virus du sida correspond à cet ordre d’action de Dieu .»

La décroissance se résume à un mélange confus d’écologie, d’anarchisme, d’anticapitalisme et de malthusianisme. Partant de l’affirmation que les ressources naturelles sont limitées et que la production s’accroît sans tenir compte de ces limites, la décroissance prône la lutte contre la croissance économique, contre la consommation de masse et le développement de la technique. Elle préconise le retour à l’artisanat contre l’industrie, la production locale et la vie à la campagne – s’inspirant en la matière de l’anarchisme proudhonien. Certains intégristes de la décroissance vont jusqu’à prôner le refus du développement pour les pays les plus pauvres, et même… de la médecine, pour certains d’entre eux. Exagération ? Pas du tout : l’un des principaux théoriciens de la décroissance, Ivan Illich, dénonçait la médecine moderne sous prétexte qu’elle détourne de l’autodiagnostic et de l’automédication. Notons au passage que le même Illich militait contre l’école – une « drogue » censée préparer les futurs adultes à consommer et à en faire des esclaves. Illich a par exemple publié, en 1971, un article sur « le potentiel révolutionnaire de la déscolarisation ». Même si tous les décroissants ne partagent pas forcément ce point de vue, se réclamer aujourd’hui d’un tel auteur est choquant, à une époque où des dizaines de milliers de jeunes des quartiers pauvres, en France, sont « déscolarisés », sans que le « potentiel révolutionnaire » de cette catastrophe sociale saute aux yeux…

Tout naturellement ce type d’élucubrations conduit certains décroissants à lutter contre l’idée qu’il faudrait construire des hôpitaux et des écoles dans le tiers-monde. Pour eux, les pays pauvres sont des îlots préservés du vice de la consommation – forcément – et y implanter écoles et hôpitaux reviendrait à les pervertir. D’ailleurs, si l’on suit cette logique, les pays pauvres sont forcément, du point de vue des décroissants, des endroits merveilleux, justement parce qu’ils sont pauvres et préservés des dérives consuméristes. La décroissance, sous le vocabulaire pudique d’un retour à la « simplicité volontaire », prône le retour à la pauvreté. Serge Latouche cite par exemple dans un de ses ouvrages un livre dont il estime qu’il est « le précurseur des idées de la décroissance ». Ce livre s’appelle : « La pauvreté, richesse des peuples ».

Bien entendu, tous les décroissants ne profèrent pas de semblables insanités. Si une partie de ce courant considère le sous-développement comme un bienfait, d’autres disent vouloir combattre celui-ci, mais en préconisant que les habitants des pays dits riches… se serrent la ceinture. L’idée étant que, le gâteau n’étant pas assez gros pour tout le monde, il faut que les pays occidentaux mangent moins pour que les pays pauvres mangent plus. Il s’agit ici de culpabiliser les prétendus « riches » que seraient les habitants des pays développés. Cette façon de raisonner, finalement pas très éloignée d’une conception chrétienne de la charité, n’est évidemment pas non plus la nôtre. Comme l’écrivait Bertolt Brecht dans sa Chanson de Salomon : « Saint Martin a donné la moitié de son manteau à un pauvre. Comme ça ils sont morts de froid tous les deux ». Serions-nous d’odieux « productivistes », parce que nous préférons lutter pour un système qui permettrait de produire autant de manteaux qu’il y a de gens qui ont froid ?



Quelle que soit la tendance à laquelle ils appartiennent, cette thématique du retour à la pauvreté est constamment présente dans la propagande des décroissants. Jusqu’à la nausée : la Une du journal La Décroissance, en septembre 2004, osait clamer sur cinq colonnes : « Vive la pauvreté ! ». Il n’est pas sûr que les six millions de personnes en France qui vivent des minima sociaux, que les 3 000 chômeurs supplémentaires par jour, qui vont s’inscrire en ce moment au Pôle emploi, apprécient. De même qu’il n’est pas évident que les millions de travailleurs qui ne parviennent pas à boucler leurs fins de mois adorent la Une récente du même journal : « Merde au pouvoir d’achat ! »

Mais c’est que tous ces pauvres ne veulent pas comprendre, selon les décroissants, que toutes les choses confortables et pratiques qu’ils veulent avoir, telles qu’une machine à laver, une voiture, un ordinateur, une connexion Internet, etc., ne sont que des gadgets stupides qui éloignent de la simplicité, de la spiritualité et du retour sur soi. D’ailleurs, il faut croire que les plus pauvres des travailleurs sont les meilleurs pratiquants de la décroissance, puisqu’ils expérimentent régulièrement – bien contre leur gré il est vrai – des « actions » prônées par les décroissants telles que les « journées sans achat » ou les « Noël sans cadeaux ».

Il y a beaucoup d’indécence à prôner ainsi la misère dans une société où tant de gens n’ont rien. Mais cela ne dérange visiblement pas trop les décroissants, qui affichent, pour beaucoup d’entre eux, un mépris assez sidérant pour les plus pauvres, les moins cultivés, ceux qui n’auraient pas, comme eux, assez d’intelligence ou de culture pour comprendre que le confort ne sert à rien ; ou que pour économiser l’eau des chasses d’eau, aller aux toilettes dans une litière sèche, comme les chats, est le comble du bonheur.

Lire : La Décroissance ou l’hôpital qui se moque de la charité


Une doctrine individualiste…


La décroissance apparaît comme une doctrine individuelle et individualiste, dans ses constats comme dans ses modes d’action. Pour une bonne partie de ses promoteurs, il faut « se changer soi-même pour changer le monde » – ce qui revient à nier toute possibilité d’un changement de société par des moyens de lutte collective.

Les modes d’action prônés oscillent, pour la plupart, entre le ridicule et le choquant. Ainsi le « manuel du bon rétrogradeur » publié dans La Décroissance préconise-t-il de « se libérer de la télévision, de l’avion et du téléphone portable ». De l’automobile également, bien sûr, qu’il conviendra de remplacer par « des charrettes à cheval ». Au passage, pour ceux qui se demanderaient ce qu’il adviendra des travailleurs qui produisent lesdites automobiles, un rédacteur du journal La Décroissance a écrit un article en 2004 intitulé : « Fermons les usines Citroën ! ». Il faut également arrêter d’utiliser les ascenseurs, les réfrigérateurs, les machines à laver, ne plus manger de viande, etc. Le rêve des décroissants, c’est la vie à la campagne, près de la terre, en autarcie, sans technologie, en harmonie avec la nature et avec soi-même – la pauvreté ou la « simplicité » permettant de mieux ressentir cette harmonie.

Si un certain nombre de décroissants prétendent n’avoir pas renoncé à l’action collective, ils n’en citent pas moins comme modèles des comportements qui rejettent celle-ci. Paul Ariès, par exemple, dit dans une interview qu’il est « un militant politique qui veut changer le monde ». Dont acte. Mais cela ne l’empêche pas, dans le journal qu’il dirige, de consacrer une pleine page à « Anne, psychologue », adepte de la simplicité volontaire, qui déclare : « On est plus heureux en possédant moins. Je ne crois plus à l’impact de notre action sur le plan planétaire. J’ai arrêté de croire que j’allais sauver le monde. On vit simplement, parce que ça nous fait du bien. »

Mais même ceux qui, parmi les décroissants, ne donnent pas dans cet affligeant individualisme, prônent l’action individuelle, la « réflexion individuelle sur les comportements de consommation » … ce qui revient, au fond, à rejeter la responsabilité des problèmes de la société sur les consommateurs, c’est-à-dire sur les plus pauvres, et surtout pas sur les capitalistes.

Lire La Décroissance par l’incohérence?


…ou totalement inefficace


Certains décroissants prônent, comme modèle d’action collective, le boycott des marques, le fait de refuser de faire ses courses dans les hypermarchés pour préférer le « lien direct avec le petit producteur », celui de cultiver soi-même ses légumes ou de fabriquer ses vêtements, bref, appellent à « changer leurs modes de consommation ». L’idée étant d’étouffer le grand capital en lui coupant l’oxygène que lui procure la vente de ses marchandises.

Un tel mode d’action serait inaccessible aux plus pauvres ? « Alibi égoïste ! », répondent les décroissants. C’est ainsi que dans un article de La Décroissance de juin 2009, l’auteur évoque certaines épidémies récentes, vache folle, grippe aviaire ou grippe porcine. Selon lui, la grippe porcine aurait pour origine l’élevage industriel des porcs (ce qui est discutable, mais c’est un autre débat). Voici son raisonnement : l’élevage industriel vise à produire de la viande peu chère, à destination des ménages qui ne peuvent, ou plutôt ne veulent selon lui, pas trop dépenser. Si ces ménages acceptaient de payer plus cher leur viande, il n’y aurait plus de marché, donc plus d’élevage en batterie, donc plus de maladies de ce type. CQFD. Nous n’inventons rien. L’auteur de l’article écrit : « En tant que citoyens des pays développés, il conviendrait de nous poser la question de notre responsabilité personnelle. Parce que, si à l’achat d’un produit le prix est l’un de mes critères importants, je suis personnellement responsable de ce genre de crise. En achetant le poulet à 6 euros le kilo ou un T-shirt à 5 euros, qui peut honnêtement croire que les méthodes de production puissent être écologiquement ou socialement acceptables ? »


Vandana Shiva et Boris Aubligine, directeur de l’école alternative Etika Mondo, en lien avec la mouvement sectaro-religieux de l’anthroposophie via le magazine des Colibris Kaizen dirigé par Cyril Dion.

Faudrait-il donc boycotter les produits bon marché ? De toute façon, un tel système serait impossible à généraliser dans une société où les capitalistes régentent toute la vie économique et sociale, où ce sont eux qui maîtrisent et la production, et les prix, et les salaires. Mais même érigé en doctrine, pour une société future, ce système est réactionnaire : le vieux Proudhon (même habillé de fibres bio), avec ses communes indépendantes et son retour à la production artisanale, n’est pas plus séduisant aujourd’hui qu’il ne l’était du temps de Marx. Prôner la fin de la grande production industrielle et de l’agriculture mécanisée, la « relocalisation de l’économie », c’est vouloir faire revenir le monde trois siècles en arrière. Pour nous, l’avenir est à la mondialisation communiste et pas, comme le prétend le décroissant Paul Ariès, à « une Europe dont chaque pays aurait ses propres moyens de vivre ».

Lire La Décroissance ou l’hôpital qui se moque de la charité

Un nouvel avatar du Malthusianisme


Le courant décroissant est en fait une nouvelle version, repeinte en vert, du vieux malthusianisme, ce qui le rend réactionnaire – et dangereux – par définition. Malthus était un ecclésiastique anglais du 18e siècle, effrayé par l’explosion démographique des débuts de la révolution industrielle, qui écrivit un traité devenu célèbre dans lequel il expliquait que l’humanité ne pourrait survivre à l’accroissement de la population, puisque le nombre d’êtres humains progressait infiniment plus vite que la quantité de richesses produites. Conclusion, selon Malthus : il fallait limiter les naissances ou, pour être tout à fait précis, laisser mourir les pauvres. « Un homme qui est né dans un monde déjà possédé, écrivait Malthus, s’il ne peut obtenir de ses parents la subsistance qu’il peut justement leur demander, et si la société n’a pas besoin de son travail, n’a aucun droit de réclamer la plus petite portion de nourriture, et, en fait, il est de trop au banquet de la nature ; il n’a pas de couvert vacant pour lui. »

Les idées de Malthus – déjà violemment critiquées par Marx et Engels en leur temps comme une « infâme, une abjecte doctrine, un blasphème hideux contre la nature et l’humanité » – ont connu nombre de continuateurs depuis deux siècles. Et, nous l’avons dit, chaque période de crise produit presque automatiquement son lot de malthusiens expliquant doctement qu’il faut limiter le nombre des naissances – plutôt que de se demander pourquoi le système économique n’est pas capable de donner à chacun « une place au banquet de la nature ». Aujourd’hui, certains courants anarchistes et nombre d’écologistes sont plus ou moins ouvertement malthusiens. Le Vert Yves Cochet a par exemple récemment proposé, dans le but de limiter les naissances, de couper les allocations familiales aux familles ayant plus de trois enfants, au prétexte qu’un enfant européen aurait « un coût écologique comparable à 620 trajets Paris-New-York ». Sans commentaire.


Portrait dithyrambique du confusionniste de droite radicale Alexandre Lecouillard sur le “journal Minimal” d’Emmanuelle Veil, qui, après un passage à l’Express, à Charlie Hebdo puis à la rédaction en chef de Siné Hebdo, a lancé un clone vaporeux de Reporterre, cette écologie pour cadres armée de bonnes nouvelles et “d’alternatives” toutes plus éco-spirituelles les unes que les autres. Dans un article consacré à l’emballement démographique mondial, évocation qualifiée de “tabou”, Emmanuelle Veil assume ses propositions malthusiennes regrettant que l'”on n’est pas près de redescendre à 1 milliard d’humains, la jauge idéale selon l’amiral Paul Watson, fondateur de Greenpeace et de Sea Sheperd.”, des références réactionnaires fort compatibles avec celles d’Alexandre Lecouillard.

Le raisonnement de Malthus est de dire qu’il y a trop de monde pour pas assez de ressources. Celui des décroissants, qu’il n’y a pas assez de ressources pour que tout le monde vive dans le confort. Les termes du raisonnement sont inversés, mais c’est le même. Certains théoriciens décroissants se revendiquent d’ailleurs ouvertement de Malthus, mettant en parallèle la décroissance économique et la décroissance démographique, jugées toutes les deux nécessaires. Ivan Illich écrit ainsi que « le surpeuplement rend plus de gens dépendants de ressources limitées. L’honnêteté oblige chacun de nous à reconnaître la nécessité d’une limitation de la procréation [et] de la consommation ». Quant au pape actuel de la décroissance, Serge Latouche, il a osé signer récemment un article au titre sans équivoque : « Il faut jeter le bébé plutôt que l’eau du bain ».

Nous avons donc un tableau à peu près complet de la décroissance : une théorie individualiste, prônant la pauvreté volontaire, la baisse de la productivité et de la croissance économique, la limitation des naissances et le retour à la terre.

Quand intellectuels et politiques se découvrent décroissants
Ce courant, dont on voit qu’il ne dépasse guère le degré zéro de la réflexion politique, est-il vraiment en train de se développer ? En tout cas, il séduit un certain nombre de jeunes dans les milieux intellectuels. Et le petit succès des écologistes aux élections européennes a visiblement donné envie à beaucoup de commentateurs de prendre en marche le train – ou la charette à cheval – de la décroissance.

Ainsi un éditorialiste politique de France Inter, le 8 juin au matin, expliquait-il : « Les Verts (…) estiment que l’écologie offre une occasion de changer la vie, les rapports entre les gens, le rapport à l’argent. (…) Et surtout, ils commencent à remettre en cause la notion même de croissance. On parle de « nouvelle frugalité », de « croissance sélective » ou de « décroissance sélective ».

Quelques jours après, le 13 juin, c’est cette fois dans une double page du quotidien Le Monde que trois éminents intellectuels s’exprimaient sur le sujet de « l’écologie politique ». Sur les trois articles, deux adoptaient le point de vue des décroissants, avec plus ou moins de nuances. Jean Gadrey, « membre du conseil scientifique d’Attac », dénonçait « le paradigme actuel de développement, fondé sur l’impératif de croissance ». Selon ce savant économiste, il va falloir apprendre à créer des emplois « sans gain de croissance ni de productivité ». Et c’est à un vaste retour en arrière qu’il appelle ses lecteurs, avec par exemple « le remplacement progressif de l’agriculture industrielle (…) par de l’agriculture biologique de proximité ». Naturellement, tout ce discours est émaillé de bonnes paroles sur les « créations d’emplois » que généreraient de telles mesures. Certes. De la même manière, le remplacement des automobiles par des chaises à porteurs, ou des cargos par des galères, générerait un bon nombre d’emplois. Mais serait-ce vraiment un progrès ?



Dans la même double page du Monde, le sociologue Edgar Morin soutient plus franchement encore les thèses décroissantes – et dans ce qu’elles ont de plus ridicule. Le but ultime de l’écologie politique, c’est selon lui de « poétiser la vie ». Tout un programme, qui passe par la lutte contre les « intoxications consuméristes » et la nécessité de « changer nos vies dans le sens de la sobriété ». Morin se réfère explicitement dans son article au théoricien de la décroissance, le « révérend père » Ivan Illich. Et il conclut avec ces propos assez niais : « Toutes les solutions envisagées sont quantitatives : croissance économique, croissance du PIB. Quand donc la politique prendra-t-elle en considération l’immense besoin d’amour de l’espèce humaine perdue dans le cosmos ? ». Remplacer la croissance par de l’amour, cela ne remplira pas le ventre des millions d’enfants qui meurent de faim dans le monde chaque année, mais cela permettra au moins, selon Morin, de « poétiser leur vie ». Ou leur mort, en l’occurrence.

Au-delà des écologistes eux-mêmes, la plupart des partis de gauche, PS, PCF, et même le NPA, flirtent avec les idées de « décroissance », « rupture avec la croissance » ou « antiproductivisme ».

Le PCF par exemple, dès 2005, déclarait lors d’un forum à la Fête de l’Humanité, par la bouche de Alain Hayot : « Il faudrait quatre à cinq planètes si toute la population mondiale produisait et consommait sur le même modèle que l’actuel monde dit développé. La croissance actuelle génère autant de dégâts sociaux qu’environnementaux ». La croissance, vraiment, pas la logique du profit ? Et Alain Hayot pousuit : « Il nous faut repenser le type même de développement et de croissance dans ses finalités comme dans ses modes opératoires,(nous) inscrire dans le dépassement des modes de production et de consommation actuels. »

Dans les « principes fondateurs » du NPA – texte dans lequel il n’y a pas une seule occurrence du mot « communisme » – on trouve le paragraphe suivant : « En opposition aux modes de production et de consommation actuels, nous proposons la relocalisation de l’économie, la redistribution des richesses, la décroissance de la consommation des ressources non renouvelables… » : « Relocaliser l’économie », qu’est-ce que cela veut dire ? Que les différentes régions de la planète devraient vivre en autarcie ? Voilà qui va compliquer quelque peu « la redistribution des richesses », vu que certaines régions de la planète sont totalement incapables, pour des raisons géographiques, climatiques et géologiques, de produire un certain nombre de richesses.

Mais certains membres du NPA vont bien plus loin. Philippe Corcuff, enseignant à Sciences Po Lyon, sociologue et « spécialiste de philosophie politique », membre de la direction du NPA après l’avoir été de celle de la LCR, a ainsi participé, le 2 mai dernier, à un colloque organisé par le journal La Décroissance sur le thème : « Non au capitalisme vert ». Dans son intervention, il souligne « les nouvelles convergences » entre « anticapitalisme et antiproductivisme ». Dans le charabia prétentieux qui est souvent la langue des sociologues, Corcuff se félicite que chacun (anticapitalistes et antiproductivistes) ait « amorcé une autoanalyse critique de ses propres impensés ». Et de poursuivre : « Depuis la fin du XIXe siècle, les différentes variantes de socialisme ont souvent été imbibées de productivisme, d’une croyance (…) qu’il suffisait de se débarrasser des chaînes de l’exploitation capitaliste pour résoudre tous les problèmes ». D’où viennent ces « croyances » ? De Marx, bien sûr. Corcuff dénonce les « ambivalences » d’un Marx qui, d’une part, « semblait marqué par une fascination productiviste pour le développement industriel qu’il avait sous les yeux », et de l’autre dénonçait la production capitaliste qui « épuise en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur » (Le Capital). Ce raisonnement de Corcuff sur les « ambivalences » de Marx ne prouve qu’une chose : c’est que l’on peut être docteur en sociologie sans être capable de comprendre le BA-ba du marxisme. Oui, Marx était « fasciné » par les extraordinaires forces productives que le capitalisme était capable de faire sortir de terre ; et oui, il était révolté par l’exploitation du prolétariat et par l’irresponsabilité avec laquelle les capitalistes traitaient la nature. Il en concluait donc qu’il fallait mettre les forces productives au service de la population en les arrachant aux capitalistes, par le moyen d’une révolution sociale. Il n’y a ici pas plus d’ambivalence qu’il n’y a de marxisme dans la tête de Philippe Corcuff.

Marxisme et décroissance


Il n’y a en fait que ceux qui ne connaissent ni Marx ni le marxisme qui pensent que celui-ci était un « productiviste » acharné, incapable de se poser la question de l’épuisement des ressources naturelles ou de la lente destruction de la planète par le système capitaliste. Bien au contraire : Marx et Engels ont sans doute été parmi les premiers à poser ces problèmes.

Parler de risque d’épuisement des ressources naturelles – et en particulier des sources d’énergie fossiles comme le pétrole – est aujourd’hui un lieu commun. Le propre des énergies fossiles étant d’être non renouvelables, elles arriveront nécessairement à épuisement un jour. Tout juste peut-on noter que les délais qui nous séparent de cette date sont probablement plus longs que les écologistes et les décroissants le prédisent : dans les années soixante-dix, les mêmes courants prévoyaient la fin définitive des ressources pétrolières en l’an 2000.

Mais cette question de l’épuisement des ressources est évidemment pertinente. Tout comme sont pertinentes bien des questions que posent les décroissants : oui, le capitalisme pousse ceux qui en ont les moyens à la consommation, par le biais de la publicité et de la création de modes artificielles. Oui, le capitalisme fabrique volontairement des produits qui deviennent obsolètes très rapidement pour pousser les acheteurs à les renouveler. Oui, le capitalisme transforme tout ce qu’il touche en marchandise, et pousse, par mille biais, les êtres humains solvables (et même de moins solvables, grâce au crédit) à acheter des objets parfois inutiles. Est-ce une découverte ? Certainement pas. La « marchandisation » tant critiquée par les écologistes, les altermondialistes et les décroissants, c’est finalement le fait que le capital ne considère jamais un objet pour son usage, mais en fonction de ce qu’il peut rapporter lorsqu’il sera vendu. Le capitalisme ne produit pas pour satisfaire les besoins mais pour vendre en vue de faire un profit. Il n’y avait pas besoin des décroissants pour savoir cela, puisque Karl Marx l’a longuement expliqué dans Le Capital, il y a plus d’un siècle.



On sait également grâce au même Karl Marx que le capitalisme ne peut fonctionner qu’en réutilisant une partie de la plus-value gagnée lors de la production pour réinvestir dans le but d’accroître sa production. Ce que l’on appelle la « croissance », c’est-à-dire le fait qu’en dehors des périodes de crise la production de richesses augmente d’une année sur l’autre, est en réalité ce que Marx a défini sous le terme de « reproduction élargie du capital ».

Dans l’économie capitaliste, des périodes de décroissance sont des périodes de crise – la stagnation et à plus forte raison le recul de la production, ne résultant pas d’une évolution consciemment maîtrisée, mais se traduisant par des catastrophes sociales.

Parler, comme le fait Jean Gadrey cité plus haut, de renoncer aux gains de productivité, tourne en fait le dos à tout ce qui a permis à l’humanité de progresser pendant des dizaines de milliers d’années. Qu’ont fait les premiers hommes qui ont taillé des silex, sinon inventer des moyens d’accroître la productivité du travail ? Toute l’histoire de l’économie humaine est celle d’une longue bataille pour augmenter la productivité par l’amélioration des techniques de production – ce qui a permis, excusez du peu, de donner les moyens à l’humanité de s’affranchir peu à peu des contraintes imposées par la nature. Voilà donc ce que la décroissance veut jeter par-dessus bord ?


Vandana Shiva et José Bové

Et en quoi la « croissance », c’est-à-dire le fait que les richesses produites par la société humaine s’accroissent, pose-t-elle un problème ? Ce constat devrait au contraire être plutôt réjouissant : plus la quantité de richesses produites augmente, plus se rapproche la possibilité pour l’humanité d’offrir « à chacun selon ses besoins ». Et plutôt que de chercher à réduire la quantité de richesses produites par un retour à l’artisanat de village, il serait peut-être nécessaire de se demander comme faire profiter l’ensemble de l’humanité de cette abondance de richesses.

À cela, les décroissants répondent que c’est de toute façon impossible et utopique, puisque la terre ne peut produire assez de richesses pour satisfaire tout le monde. La théorie récente de « l’empreinte écologique », souvent brandie par les décroissants, va dans ce sens : si tous les humains vivaient avec le standard de vie des classes moyennes américaines, « il faudrait quatre planètes pour pouvoir y faire face ».

Poser la question de cette manière revient, au fond, à dire aux habitants des pays sous-développés qu’ils doivent rester dans la misère. Car il évident que l’ensemble de la population des États-Unis, d’Europe et du Japon ne va pas revenir à la charrette à cheval et à la bougie – et tant mieux. Mais au-delà, c’est le raisonnement lui-même qui est absurde. Exactement comme les malthusiens qui prévoyaient « l’extinction de la race humaine » au-delà d’un milliard d’habitants sur la terre, les partisans de ces théories ne tiennent aucun compte des possibilités que le progrès scientifique et technique pourra offrir à l’humanité. Malthus pensait que l’humanité s’éteindrait au-delà d’un milliard d’individus parce qu’il ne pouvait pas imaginer ce que serait un jour l’agriculture intensive et la productivité de l’industrie actuelle. Au moins avait-il quelque excuse, en 1780. Les décroissants d’aujourd’hui, qui sont témoins de ce que la technologie est capable de réaliser et des espoirs qu’elle offre, n’en ont, eux, aucune. Essayer d’imaginer ce que seront les capacités productives de la société dans cinquante ans est impossible. Le raisonnement des malthusiens sur ce sujet est aussi absurde que le dialogue d’une plaisanterie célèbre : deux hommes de Cro-Magnon bavardent en revenant de la chasse aux mammouths. L’un dit : « Tu sais, je crois qu’il y aura six milliards d’être humains dans 40 000 ans. » – « Tu es fou, répond l’autre. Il n’y aura jamais assez de mammouths. Il faudrait au moins 6 000 planètes ! »

Alors, non, nous ne pensons pas que l’avenir de la société soit dans la réduction de la croissance à tout prix. Pas plus que nous ne pensons qu’il réside dans l’augmentation de la croissance à tout prix. Cette augmentation est, de fait, une des lois du capitalisme, système dans lequel le seul régulateur de la production est le marché aveugle. Personne, pas même les capitalistes eux-mêmes, n’a réellement de contrôle sur la production. Seule une société libérée de la concurrence, où la production serait démocratiquement planifiée en fonction des besoins, pourrait être une société où la croissance est maîtrisée – ce qui supposerait une croissance de la production de certaines marchandises si la hausse des besoins existe, et une décroissance de la production dans d’autres secteurs le cas échéant. Mais tout cela serait décidé et contrôlé par la population elle-même. Une telle société, cela s’appelle une société socialiste ; et elle ne pourra voir le jour qu’à la suite d’une profonde révolution mondiale, qui mettra fin à la dictature des capitalistes sur la société.


L’imagerie du vampire est un classique des stéréotypes antisémites, vampire et banquier mondialiste suçant prétendument le sang des économies nationales. On retrouve ici le vampire associé à BHL, fixette habituelle des antisémites et personnifiant un Capital fictif, si difficile à se figurer pour ceux qui n’entendent en rester qu’à une critique superficielle du capitalisme, se positionnant au dessus de la sphère politique et médiatique. Pour l’antisémite, BHL devient ce Juif de l’intérieur pilotant et complotant contre les intérêts de la France et de “l’économie réelle”.

Ce n’est pas, on l’a compris, le but des décroissants. Bien dans l’air du temps où les idées de lutte collective n’ont pas le vent en poupe, les décroissants prônent l’action individuelle, le chacun pour soi. La plupart d’entre eux ne préconisent nulle lutte collective, mais conseillent à chacun de se retirer du monde moderne pour sauver sa propre peau… certainement sans ignorer qu’il y aura toujours des ouvriers, malgré tout, pour fabriquer les ordinateurs et le papier qui leur permettent d’écrire des âneries dans leurs journaux.

Avec les décroissants, les capitalistes n’ont pas de souci à se faire. Bien au contraire : si, ce qui est fort peu probable, les idées décroissantes dépassaient le cercle fermé de la petite bourgeoisie écologiste, ce serait une bénédiction pour les capitalistes : ils auraient face à eux des travailleurs qui non seulement accepteraient leur sort, mais seraient tout joyeux de voir leur pouvoir d’achat se dégrader, au nom du retour à la simplicité. Des habitants des bidonvilles qui ne feraient plus d’émeutes de la faim, mais qui remercieraient leurs exploiteurs de n’avoir ni écoles, ni hôpitaux, ni médicaments, ni confort. Nous sommes bien convaincus que cela n’arrivera jamais – car il faut avoir le ventre plein pour prôner de telles idées. Mais quand, comme l’a fait un Gandhi par exemple (une autre idole des décroissants), on prône la résignation aux pauvres en leur disant que leur misère est une richesse, et qu’on arrive à les convaincre, les peuples n’ont à y gagner qu’un accroissement de cette misère.

Les décroissants veulent faire croire qu’il n’y a pas d’autre alternative pour l’humanité que de se noyer dans la graisse de la surproduction capitaliste d’un côté ou de rejeter tout progrès en acceptant, voire en se réjouissant, de sa misère. C’est au mieux une stupidité, au pire, un mensonge. Il existe une autre alternative – seule capable non seulement de résoudre les problèmes de pauvreté mais aussi ceux de la destruction de l’environnement par un capitalisme irresponsable et criminel : une révolution sociale, et l’instauration d’une société dirigée et contrôlée par la population elle-même : le communisme.

24 juin 2009

source Union Communiste Internationaliste
Finimore
(dé)croissance de quoi pour qui ?

http://www.reveilcommuniste.fr/article-pour-une-critique-marxiste-de-la-de-croissance-capitaliste-107941514.html
mercredi 20 juillet 2011
par pam

sur lepcf.fr

La brutalité d’une bourgeoisie prête à une guerre de grande ampleur pour maintenir ses privilèges en écrasant les peuples au Sud comme au Nord a un double effet contradictoire.
- D’un coté, les révoltes, les mobilisations massives peuvent créer des situations révolutionnaires, et le printemps arabe est venu rappeler à tous que ce sont les peuples qui font l’histoire.
- De l’autre, le sentiment de toute puissance du système rend justement difficile la pensée ce que que peut être une révolution qui mettrait en cause réellement le pouvoir pour se libérer de ce système. Elle nécessite de penser au concret un autre système, un socialisme du XXième siècle.

La recherche d’une issue de secours est tentante, une solution qui n’oblige pas à affronter la dureté de la bourgeoisie, mais qui permette de lui échapper dans une "troisième voie", une "alter-quelquechose", surtout si cela permet de s’y engager localement, à petite échelle, et sans avoir besoin justement de ces "mobilisations de masse" qui seules font l’histoire.

Ces alternatives peuvent être pertinentes, utiles pédagogiquement pour former des citoyens avertis sur certains sujets. Elles peuvent même préfigurer des solutions possibles pour une société non capitalistes. Mais elles sont toujours "digérables" par ce capitalisme qui continue de fait à les dominer, comme il l’a fait des expériences socialistes de plus larges échelles, par les idées de la bourgeoisie qui restent naturellement les idées dominantes.

Le concept de décroissance fait bien sûr partie de ces "alternatives" et il est utile de comprendre à la fois en quoi il peut sembler répondre à des militants cherchant à dénoncer le capitalisme et en quoi il est tout autant une arme idéologique pour détourner des questions centrales du socialisme comme libération du joug capitaliste, du développement des forces productives comme moyen du développement humain, développement qui n’a rien à voir avec le productivisme capitaliste.

Une analyse rapide conduit en général à constater un gouffre idéologique entre « décroissance durable » et « construction du socialisme ».
- D’un coté, dénonciation du socialisme historique qui n’aurait été qu’une variante du même "productivisme".
- De l’autre, dénonciation de l’origine de la décroissance dans le club de Rome ce qui conduit à négliger, voir oublier les immenses besoins sociaux des peuples.

La situation politique le conforte avec des mouvements de la décroissance souvent anticommunistes, cherchant à s’affirmer politiquement et électoralement comme une alternative à la critique communiste, et dans le même temps, une évolution de l’orientation nationale du PCF qui, dans la remise en cause de son héritage communiste et de ses liens internationalises, s’ouvre de plus en plus aux thèses anti-productivistes.

Mais est-ce que pour un marxiste, cela conduit à nier tout intérêt aux critiques de la croissance, et à laisser ces questions à ceux qui se présentent comme porteurs d’une critique anticapitaliste de la croissance ?

Tentons au contraire d’identifier ce que la critique du contenu de la croissance capitaliste, jusqu’à mettre en cause la croissance définie comme accroissement monétaire d’un PIB marchand, peut avoir d’actuel pour une analyse marxiste du monde d’aujourd’hui, et pour favoriser le rassemblement large sur des bases ouvertes aux mouvements de masses qui font seuls les révolutions.

Un socialisme réel productiviste, social et culturel !
Certes le communisme a pu être largement identifié comme un productivisme. Quand les soviétiques s’exclamaient sur les réalisations socialistes, c’était en général autour de chiffres toujours plus élevés de production d‘acier, de machines, de tracteurs…

D’abord, il ne faut pas réduire le communisme à la construction historiquement marquée par son origine du socialisme dit réel. Car ce "modèle" qu’on peut dire productiviste est d’abord celui du projet stalinien de « rattrapage » du capitalisme développé dans une Russie paysanne loin des niveaux de développements capitalistes de l’occident, d’un projet de rattrapage marqué par les guerres d’où est né et qu’a traversé ce régime.

Mais on ne peut limiter le cas russe (et son extension à l’Europe de l’Est) au productivisme ! Comme le montre avec humour le film « Good Bye Lénine », les habitants de ces pays ont découvert que ce « socialisme étatique » ne s’occupait pas uniquement de la production d’acier. mais répondait aussi à des besoins sociaux vitaux (des crèches aux personnes âgées) que la « libération » capitaliste a vite détruit, recréant des couches de pauvres en même temps d’ailleurs que dans les pays occidentaux ou le compromis social de l’époque de la guerre froide volait aussi en éclat !

Dans les représentations du communisme, chez ceux qui le défendaient comme chez les autres, l’avenir radieux était d’abord une société d’abondance où les inégalités étaient vaincues par le progrès social et technique, ce qui était un luxe devenant populaire ! le lave-linge et la télévision complétait l’électricité et les soviets comme définition du socialisme, bref une société qui se présente d’abord comme la croissance des moyens matériels du cadre de vie.
- C’est oublier que ce socialisme avait aussi permis un incroyable développement culturel et social, du bouillonnement initial qui a contribué fortement aux révolutions intellectuelles et artistiques du XXième siècle à la maitrise de l’espace, en passant par l’élévation massive du niveau d’éducation et d’accès à la culture.
- C’est cacher aussi que ce socialisme "productiviste" avait développé des réponses moins individuelles à ce confort naissant. La collectivisation de moyens que ce soit de lingeries d’immeubles ou de services d’entreprises était aussi porteur d’une approche moins individualiste et moins consumériste de ce développement du niveau de vie.

De plus, les expériences cubaines ou chinoises sont sur de nombreux sujets bien différentes, que ce soit la place de la révolution culturelle dans l’histoire chinoise ou celle des biotechnologies et de la santé dans le développement cubain sous le blocus, dont les résultats sur la santé oculaire en Amérique Latine ou le choléra à Haiti sont impressionnants avec de très faibles moyens de production...

S’il est évident que le socialisme réel a été marqué par les conditions de sa naissance et de sa survie, on ne peut donc le réduire à un productivisme aveugle. Les questions des usages étaient bien déjà posées en URSS. [1].

Pour une critique marxiste de la croissance capitaliste
Plus profondément, d’un point de vue théorique, le marxisme considère que c’est le développement des forces productives, c’est à dire l’accumulation des moyens techniques incorporant la somme de tout le travail passé qui petit à petit transforme les conditions des rapports entre les hommes et peut créer les conditions d’une société plus juste. Cela conduit en général à dire que, c’est le « progrès » qui libère l’humanité, car c’est ce développements des forces productives qui permet de libérer du temps de travail contraint et de créer ainsi les conditions nécessaire au "libre développement de chacun", l’abondance permettant l’égalité d’accès aux biens et services.

Or, le développement du capitalisme de la fin du 20ème siècle ne peut que créer des interrogations, quand le progrès automatise largement de plus en plus de tâches humaines alors que le volume horaire de travail contraint continue à croitre, tout en ayant des masses toujours plus larges d’hommes et de femmes considérés comme « inemployables ». L’armée de réserve identifiée par Karl Marx est bien une caractéristique structurelle du capitalisme, permettant d’organiser massivement la division des prolétaires pour faire pression sur le coût du travail. Ne faut-il pas constater aussi que la concentration record du capital et son organisation à l’échelle mondiale lui permet de maintenir de larges masses exploitées mais éloignées du cœur de la production du profit, dans un travail parcellisé, standardisé et subsituable à l’extrême, comme ces techniciens de centre d’appel qui doivent suivre scrupuleusement un script préétabli, et peuvent être remplacés et délocalisés au pied levé. Le taylorisme s’est étendu à toutes les activités de transformation, distribution ou gestion en permettant une automatisation toujours plus large. La classe ouvrière qualifiée intègre massivement les techniciens et ingénieurs alors que la masse des "opérateurs" sont émiettés dans des situations de surexploitation précarisées à l’extrême. Ce développement là des forces productives semble bien porter toujours plus loin la dépossession des travailleurs des résultats de leur travail, qui devient de plus en plus "invisible" à chacun.

De plus, on voit toujours plus clairement l’incroyable distance entre l’explosion des biens et services que le marché et la technique diffuse et l’immense pauvreté qui s’installe y compris dans les pays développés. Le marché développe toujours plus de moyens de créer artificiellement des besoins, cherchant à les rendre solvables, en même temps qu’il en écarte des millions de pauvres ! La comparaison des étagères des "hard discount", des grandes surfaces classiques, des supérettes de quartiers aisés, et des commerces de haut de gamme est édifiante. Et que penser de cette profusion d’objets de consommation qui élargissent les linéaires de grande surface, dont la durée de vie est toujours plus courte ! Peut-on raisonnablement considérer comme un progrès d’avoir chaque jour un « packaging » différent d’un produit de base identique, mais qu’une forte dépense publicitaire présente comme indispensable ?

Le capitalisme consacre une part toujours plus importante de ses moyens à faire vendre. 50% des dépenses des grands éditeurs de logiciels sont consacrées au marketing ! Il y a plus dans ce secteur d’offres d’emplois de vendeurs que de développeurs ! Quand aux grands projets, les relations internationales fourmillent d’exemples de marché post-coloniaux ou un financement artificiel permet la vente d’armes lourdes ou de constructions pharaoniques au service des grands groupes capitalistes occidentaux, tout en enfermant le tiers monde dans la dette.

Un marxiste ne peut qu’être convaincu que le socialisme ne peut pas être le prolongement de cette société de consommation capitaliste sans le capitalisme ! Les trois premiers marchés du capitalisme sont les armes, la drogue et le sexe ! Qui peut penser construire un autre monde sur ces bases ?

D’autant qu’il faut ajouter qu’une autre part importante des dépenses organisées par le capitalisme , donc du PIB concerne le contrôle et la répression ! A commencer bien sûr par le militaire qui est le principal facteur de cette puissance économique américaine qu’on nous vente [2]. Mais pas seulement ! Quand on dit que 70% du PIB en France est réalisé dans le service, on peut penser bien sûr à la santé et à l’éducation. Mais au contraire, les libéraux affirment sans arrêt qu’il y a trop d’emplois dans ces secteurs. En fait, ils veulent dire trop d’emplois publics dans ces secteurs fondamentalement utiles pour tout ce qui concerne la réalisation des êtres humains en tant qu’être humain… Par contre, une part essentielle du développement des services réside dans le développement d’une société toujours plus contrôlée et gérée d’en haut. C’est d’ailleurs le principal usage de l’informatique qui permet en fait la seule dématérialisation qui intéresse le capital… la dématérialisation du contrôle social et économique. A quoi servent, socialement, les innombrables sociétés de surveillance mais aussi de courtage, d’affacturage, d’administration judiciaires, d’avocats d’affaires, d’intérim ou de portage salarial, sans parler de ce que permettent les réseaux sociaux qui intègrent des millions d’individus dans des systèmes contrôlables mondialement ?

Cette croissance là des services est avant tout au service d’un capitalisme qui a besoin de contrôler les flux, notamment financiers, pour extraire et maitriser la valeur créée dans la production, notamment là ou le capital fixe est le plus important décuplant la valeur produite, sans être contraint par les structures de production elles-mêmes, mais au contraire, en les rendant toutes les plus précaires possibles, un site pouvant être détruit à tout moment, pour s’adapter toujours plus vite à la guerre de tous contre tous ! L’externalisation massive de fonctions toujours plus diverses est un facteur de croissance apparente, mais ne sert qu’à faciliter les restructurations.

A quoi sert le secteur des services financiers aux entreprises ou aux particuliers ? A quoi servent les sociétés qui organisent l’endettement des ménages ? Si comme le propose Bernard Friou, on imaginait une cotisation économique, sur le modèle des cotisations sociales qui permettrait du niveau local au niveau global, de rendre transparent les profits générés par les activités en autorisant une gestion démocratique de leur utilisation… le principe même du crédit, et de toute les entreprises associées serait bouleversé ! une gestion transparente des comptes d’exploitation et de la répartition des moyens de la collectivité supprimerait tous les spécialistes du montage financier, de la recherche de niches fiscales.. ou même (j’en connais) de « l’optimisation des coûts sociaux ».

Ce n’est pas une nouveauté marxiste. Expliquant dans le célèbre prix, salaires, profits qu’une augmentation massive des salaires n’aurait pas d’impacts négatifs sur l’emploi, Marx montre qu’elle conduirait le capital à déplacer ces investissements de la production de biens pour les riches, vers la production de biens pour les travailleurs. En quelque sorte, le rapport des forces entre le capital et le travail conduit à faire décroitre certaines activités ou en développer d’autres.

Alors, oui, il faut envisager une décroissance durable de nombreuses activités économiques ; militaires, policières, parasitaires, publicitaires, financières, "orwelliennes"...activités qui représentent une part importante du PIB des USA par exemple ! Cette critique du contenu de la croissance capitaliste, complémentaire de celle concernant la société de consommation, est utile et nécessaire à ceux qui continuent d’inscrire l’autre monde dans la nécessité d’une rupture permettant de sortir du capitalisme. Il s’agit donc de points de convergences possibles entre marxistes et décroissance.

Une critique marxiste de la décroissance capitaliste !
- Reste que la décroissance était déjà là en 2008 avec la récession !
- Reste que la famine tue des milliers de personnes, d’enfants en Afrique !
- Reste que dans la majorité des pays du monde, l’accès à l’eau, à l’électricité, au chauffage est incertaine et précaire !
- Reste que les promoteurs de la décroissance ne prenne les exemples de l’imbécilité de certaines productions capitalistes que comme ils le font de l’imbécilité de la planification socialiste (il en a bien sûr existé !), comme des exemples pour dénoncer non le capitalisme, mais le progrès lui-même, c’est à dire l’affirmation que l’humanité peut se libérer de contraintes "naturelles" en construisant par son travail son cadre de vie, que toute l’humanité a droit au confort, au déplacement, à l’énergie, à la connaissance... Un de ses promoteurs, Serge Latouche qui rêve « à une société de petites cités fédérées », et en attendant propose « un compromis à trouver entre l’autonomie, quasi totale mais très frugale, du chasseur-cueilleur et la techno-aliénation non moins quasi totale de nos contemporains. » . La question des conditions de vie des 8 milliards d’êtres humains n’est visiblement pas son problème ! La réponse des décroisseurs est ainsi celle de la frugalité [3], la simplicité, l’autonomie, dont ils se demandent comment les rendre "désirables" aux peuples...

Kyoto est un exemple éclairant des conséquences de cette non dénonciation du ressort du capitalisme dans la prise en compte de contraintes environnementales. Les objectifs de Kyoto prévoyait pour 2012 des baisses d’émissions de gaz à effet de serre pour chaque pays développé. Tout le monde sait désormais que les objectifs ne seront pas atteints, et de très loin pour les USA malgré les violentes restructurations industrielles qui ont conduit à délocaliser massivement, notamment au Mexique. Les seuls pays qui sont proches des objectifs seront les anciens pays de l’Est, car ils ont connus dans les années 90 une décroissance brutale et profonde ! L’industrie socialiste a été laminée et les investissements de l’Ouest n’ont que partiellement relancé la production, la Russie notamment restant encore une économie de matières premières. La France qui est plutôt un bon élève de Kyoto a elle-même "bénéficié" d’une décroissance forte d’activités fortement émettrices (minières, métallurgiques...) Kyoto ne comportait bien sûr aucune critique du capitalisme, au contraire, il reposait justement sur des mécanismes de marché pour rendre le capitalisme vertueux au plan environnemental ! Il a simplement permis d’inventer ce capitalisme vert qui se révèle tout autant destructeur pour les hommes et la terre que ce vieux capitalisme que dénonçait Marx.

En fait, le capitalisme connait déjà la décroissance notamment industrielle, quand il joue de la spécialisation dans la concurrence. Le capitalisme sait aussi ne pas produire ! Il ne produit jamais pour répondre à un besoin, pour combler une pénurie ! Il ne produit que pour une et une seule raison, extraire du profit pour s’accroitre ! Quand il ne voit pas de rentabilité pour lui, quelque soit la taille du débouché potentiel, il ne produit pas ! De fait, il n’est pas vraiment productiviste et est tout autant destructeur que constructeur à grande échelle. Contrairement à ce qu’en disent les "décroissants", le capitalisme ne produit pas "pour produire", mais pour son profit !

Or, la réponse aux besoins sociaux gigantesques sur toute la planète ne peut se satisfaire de demi-mesures ! Et tout montre que le capitalisme n’est pas capable de répondre à ces besoins ! Comment une critique du capitalisme pourrait porter les masses à ces mouvements qui font l’histoire si elle n’affirme pas clairement qu’elle propose de répondre à ces besoins ?

Combien de logements de qualité faut-il construire en France pour répondre aux besoins ? Quels logements ? avec quel niveau de qualité ? quelle densité urbaine pour répondre aux millions de mal logés ? (4000 demandes de logements non satisfaites à Vénissieux, ville de 23000 logements !). Les revendications légitimes des syndicats, associations de locataires, de défense des SDF représentent le doublement de l’activité de construction de logements... une croissance de 100% de ce marché ! La majorité des logements collectifs existants sont très peu performants énergétiquement. Les exemples les plus avancés de rénovation énergétique en collectif conduisent à des coûts de l’ordre de 20K€ par appartement pour diviser par deux les consommations, ce qui représentent pour 1 million de logements en France une croissance considérable de la rénovation et donc de production pour les fabricants d’isolants, d’aluminium utilisé pour l’isolation extérieure...

A quel niveau de droit au transport faut-il répondre ? Si tous les habitants avaient le même droit de voyager, de partir en vacances, en weekend-end, d’aller voir facilement leur famille dans tous les coins de France ou du Monde, combien faudrait-il d’avions, de bateaux, de trains ?

Prenons l’exemple de l’avion. Certains disent qu’il ne faut pas "trop" voyager, et qu’il faut en urgence limiter drastiquement l’avion trop consommateur et pollueur. On peut déjà observer que, par passager, un A380 plein et un jet privé n’ont pas du tout le même impact environnemental. Une partie de la réponse tient donc aussi à la part de planification et à la part de marché dans l’organisation du transport aérien, sujet que les "décroissants" aborde rarement, concentrés en général sur le rejet de l’avion lui-même, symbole de la technique. Faut-il dans un cadre planifié d’égalité dans l’accès, limiter la consommation énergétique affectée au transport aérien. Sans doute. De toute façon, sans alternatives au pétrole, il faudra bien la limiter. Mais pourquoi s’interdire de travailler à des alternatives énergétiques pour l’aviation ? (voire la démonstration récente d’un avion totalement solaire qui est plus un symbole qu’une solution certes, mais qui a bien valeur de démonstration du possible d’un avion sans pétrole...). La question est donc non pas de savoir s’il faut limiter ou non l’affectation de combustibles fossiles à l’aviation, mais qui et comment décide de développer telle ou telle ligne, dans telles conditions économiques et environnementales, pour répondre à tel ou tel besoin social. Les comoriens frappés par le drame de l’accident d’une compagnie aérienne pour pauvres se battent pour réclamer le droit à une ligne sûre, cette demande sociale est légitime, et c’est bien au politique de décider d’y répondre !

Et pour fabriquer ces logements et ces moyens de transports, combien de ciment, d’acier, d’aluminium, de bois, de plastique, d’énergie… ? Pour inverser réellement la part du transport public et automobile dans les zones urbaines, il faudrait doubler le nombre de lignes de métro, tram, bus... donc doubler le nombre de rames ! Prenons encore un exemple d’aménagement du territoire. Est-il légitime de proposer une liaison ferroviaire rapide et de qualité transversale reliant l’Ouest à l’Est, de Toulouse à Strasbourg et de Bordeaux à Lyon ? Une telle réalisation supposerait sans doute deux ou trois tranches de centrales électriques...

Car pour répondre à tous ces besoins, y compris de réduction des consommations énergétiques, quel est le besoin énergétique ? Il y faut des réponses diversifiées, combinant la production et la consommation locale, comme avec les réseaux de chaleur, avec une infrastructure dense assurant le développement de tous les territoires. Il faut prioriser l’efficacité énergétique et la réduction des consommations pour un même besoin. Il faut développer les énergies renouvelables en empêchant tout effet d’aubaine pour les spéculateurs, il faut investir sur la rechercher d’énergies du futur... Mais il faut aussi dire la vérité sur le bilan global. Le besoin en énergies continuera à croitre fortement SI on répond réellement à ces immenses besoins humains ! C’est dans ce cadre que se pose la question du nucléaire, de sa part dans le mix énergétique global, de sa durée de vie et de la gestion de ses déchets qui est nécessaire quelque soit sa part en hausse ou en baisse.

Là encore, impossible de prétendre prendre une décision rationnelle dans le capitalisme ! On le voit avec l’évolution d’EDF devenu de plus en plus une entreprise de logique privée, développant la sous-traitance, même dans les activités les plus sensibles, faisant travailler des sans-papiers sur-exploités sur son chantier phare de l’EPR... La première question du nucléaire est bien celle des décisions nécessaires pour garantir une réelle maitrise publique, transparente, citoyenne, de l’ensemble des activités de conception, production, exploitation, démantèlement, traitement des déchets.

Pour un développement socialiste, donc de l’homme pour les générations futures !
Bref, décroissance durable des activités parasitaires ou de contrôle social au profit d’une croissance durable des réponses aux besoins humains ! décroissance durable des activités commerciales au service de l’offre au profit d’une croissance durable des moyens de la démocratie économique au service des consommateurs-producteurs… ? Faut-il poser la question en terme de choix entre croissance ou décroissance, ou faut-il poser la question essentielle du pouvoir économique, du pouvoir de décider QUOI, COMMENT et pour QUI produire ? Poser cette question, c’est dire que ce sont les travailleurs, qui sont tout autant consommateurs et usagers que citoyens qui doivent s’organiser pour décider d’investir ou pas sur telle ou telle activité, de générer de la croissance et de la décroissance.

Certes, il restera toujours pour longtemps une mesure comptable de l’activité et des échanges, donc une certaine mesure du "PIB", mais l’essentiel sera de mesurer comment on répond aux besoins réels des êtres humains. De ce point de vue, nous aurons besoin d’indicateurs de taux d’équipement, de taux d’accès, de taux d’usages par les hommes et les femmes des biens et services produits par eux-mêmes, et certains pourront trouver ces indicateurs bien "soviétiques"...

Le concept de décroissance peut être un moment d’une critique des gabegies capitalistes, mais il enferme la pensée critique dans une question de choix de production que le capitalisme peut digérer, après tout, les capitalismes verts sont prêts à stopper le nucléaire si cela leur permet de grossir encore plus vite, même si cela laisse encore plus d’êtres humains dans la misère. En ne mettant pas au centre de la critique, l’appropriation privée d’une production sociale, en ne mettant pas au centre de l’alternative la construction d’une réelle appropriation sociale, la décroissance sert de masque au capitalisme.

Il a existé un projet politique de « retour au village » , de dénonciation de la gabegie des villes et de la société de consommation des élites… c’est un certain Pol Pot qui l’organisa au nom du socialisme dans la terreur que l’on sait depuis…Pour un communiste qui continue à s’interroger sur les causes des crimes du stalinisme, c’est un conseil a un ami écologiste ! Nos plus belles utopies peuvent servir aux plus terribles réactions !

Bibliographie Web
- Le capitalisme vu par les fondamentaux
- Pour la planète, l’urgence du socialisme
- La Révolution informationnelle, une critique
- Production matérielle et production non matérielle
- La décroissance, une idée qui chemine sous la récession


Avec une pensée pour notre camarade Raphaël, qui aurait certainement réagi à ce texte et m’aurait conduit à le corriger, avec plus de rigueur pour prétendre ainsi à une critique marxiste...

[1] sans doute insuffisamment, mais il faudrait un vrai travail historique sur la place de la consommation dans le mode de vie soviétique pour en parler plus sérieusement

[2] pas sûr qu’on nous la vente longtemps... !

[3] les africains connaissent !
Finimore
Voici l'article du Partisan n°3 -octobre 2015- : "La décroissance : une alternative ? -pages 10-11-12-

LA DÉCROISSANCE
UNE ALTERNATIVE ?


De nos jours, tout le monde s'accorde à dire que la crise écologique est bien là, et que cela ne va pas s'arranger. Si le constat est largement partagé, les solutions avancées pour sortir de cette crise sont évidemment un sujet de débat. Nous avons décidé de nous intéresser aux idées de la décroissance, qui se pose comme une alternative radicale au capitalisme ayant pour objectif de sauvegarder la planète. Cela nous semblait important car ces idées influencent pas mal de monde et il n'est pas rare de rencontrer des anti-capitalistes se revendiquant « décroissants ».
Parler de décroissance c'est plutôt parler d'une mouvance que d'un courant politique ou d'une idéologie. En effet on retrouve derrière cette « appellation » des personnes avec des divergences philosophiques et politiques profondes. On parlera ici uniquement des idées défendues par des décroissants « de gauche » qui remettent en cause le capitalisme.

On peut situer les origines théoriques du concept dans les années 1970. Trois publications de cette époque font ainsi référence : le Rapport Meadows (1971), La convivialité d'Ivan lllich (1973) et surtout Demain la décroissance de l'économiste Nicholas Georgescu-Roegen. C'est dans ce recueil d'articles publié en France en 1979 que l'on voit apparaître pour la première fois le concept de décroissance. Voilà pour les origines.
Le postulat de départ des penseurs de la décroissance, c'est qu'il ne peut y avoir de croissance économique infinie dans un monde où nous disposons de ressources qui ne sont pas infinies. Rappelons ici que la croissance économique est le principal indicateur de la bonne santé d'une économie, et donc d'une société, pour les penseurs et décideurs bourgeois.
Ce postulat découle de l'analyse qu'ils font du système capitaliste des années 70 :
* Durant les « Trente Glorieuses », la production et la productivité des pays dits « riches » (Europe Occidentale, Amérique du Nord, Japon) ont très fortement augmenté, tout comme la consommation de biens et de services dans ces pays.
* Dans un même temps, les inégalités entre le « Nord » (pays riches) et le « Sud » (pays pauvres) augmentent, notamment du fait de l'exploitation des richesses des pays pauvres par les pays riches.
* Du fait de cette croissance économique, les dérèglements planétaires (pollution, destruction des écosystèmes, épuisement des ressources...) se multiplient.

Ce constat les conduit à dire que la croissance économique aura raison de notre planète. Il y a donc urgence à « se désintoxiquer de la croissance », qui est identifiée comme étant le principal problème de notre société. La remise en cause de la croissance comporte plusieurs aspects.

UN REJET DU « PRODUCTIVISME », ET DE LA « SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION »
Pour les décroissants, on produit et consomme beaucoup trop. Et ce « mode de vie occidental », caractérisé par le gaspillage et la consommation de biens inutiles, n'est pas extensible à l'ensemble de la planète. Ce rejet du productivisme est bien souvent associé d'un rejet de l'industrialisation : comme le dit clairement Paul Ariès « Il faut casser la société productiviste, c'est-à-dire détruire la société industrielle »(1). Il faut par exemple sortir de l'agriculture intensive et préférer l'agriculture paysanne, distribuer les produits via des AMAP(2) plutôt que dans des supermarchés. C'est aussi promouvoir l'artisanat ou encore préférer le vélo et les voiliers plutôt que la voiture et les paquebots.

1 Paul Ariès, Décroissance ou Barbarie, 2005
2 Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne

UN REJET DE LA « MONDIALISATION »
Les décroissants considère la « mondialisation » comme une composante centrale du capitalisme. Elle est synonyme d'inégalités entre les pays riches et les pays pauvres, et contribuent fortement à la destruction de la planète (pillage des ressources, destruction des écosystèmes des pays. Contre cette mondialisation, les décroissants appellent à relocaliser les activités humaines (produire localement, consommer localement...).

UNE CRITIQUE DU « PROGRÈS »
C'est une autre idée forte des décroissants, chez qui la science et le progrès technique sont perçus d'un mauvais oeil. D'une manière plus ou moins radicale suivant les personnes, ils avancent que s'opposer à la croissance économique, c'est s'opposer à la course à « modernité ». Le progrès technique et la science n'apporteraient ainsi rien de bon, si ce n'est du superflu, de l'abrutissement ou du contrôle social.

ALORS COMMENT SE « DÉSINTOXIQUER
DE LA CROISSANCE » ?
Le principal moteur du changement pour les décroissants c'est le changement des mentalités (« une décolonisation de l'imaginaire »(3) ), et l'action individuelle, ce que certains appellent « simplicité volontaire ». Ainsi ils en appellent à la responsabilité de chacun pour changer le système.
Le problème, c'est que le capitalisme s'accommode très bien de ces petites actions individuelles, et il n'est pas non plus menacé par les AMAP. Et puis le capitalisme avant d'être un imaginaire à décoloniser, c'est quelque chose de très concret, et violent pour les prolétaires.

3 S. Latouche, Le pari de la décroissance, 2006

DÉCROISSANCE ET RÉVOLUTION ?
En fait, si les décroissants dénoncent certains aspects du capitalisme, leur critique reste très superficielle. A vrai dire ils oublient l'essentiel : le coeur du capitalisme, c'est l'exploitation et l'aliénation du plus grand nombre, par une minorité de personnes. C'est la domination sans partage d'une classe sociale, la bourgeoisie, sur une autre, le prolétariat. Au niveau mondial, le développement inégal entre pays impérialistes et pays
dominés est la conséquence de la guerre économique que se livrent les capitalistes entre eux afin d'assouvir leur recherche de profit. Et ce profit se fait sur le dos du prolétariat qui produit les richesses, au « Nord » comme au « Sud ».
Les décroissants ne font pas de différence entre exploiteurs et exploités. Ainsi pour eux dans les pays impérialistes, c'est l'ensemble de la population qui est coupable : tout le monde fait le jeu du productivisme et de la « société de consommation ». Des fois, cela sent bon le mépris de classe envers ces « consommateurs ordinaires » qui se gavent de nourriture achetée au supermarché.
Parce qu'ils n'ont pas une boussole de classe et une analyse matérialiste de la société, les décroissants se trompent sur la science et le progrès technique.
La science n'est fondamentalement ni « bonne », ni « mauvaise » : comme le progrès technique, dans notre société de classes, elle est avant tout au service des capitalistes et de la recherche du profit. Pour prendre un exemple, si aujourd'hui machine rime avec exploitation et aliénation pour les ouvriers, c'est aussi le progrès technique qui nous offrira la possibilité de travailler tous et moins dans la société que nous voulons construire. Ce sera d'ailleurs une de nos tâches sous le socialisme que de mettre la science et le progrès technique au service de notre émancipation.
Il en est de même quand les décroissants rejettent la mondialisation. Si nous sommes d'accord quand ils avancent que tout le monde doit pouvoir « vivre et travailler au pays », le problème n'est pas que les rapports humains et les échanges soient mondialisés.
Ce qui nous faut combattre, c'est la domination politique, économique d'une poignée de pays sur le reste du monde. C'est la division internationale du travail toujours plus poussée, l'asservissement économique des pays dominés. Ce que nous voulons c'est une société où les échanges et des rapports humains soient basés non plus sur la concurrence mais sur la solidarité et la coopération.
Enfin, contrairement aux décroissants, nous ne sommes pas « anti-productivistes ». Et nous ne sommes pas non plus « productivistes » ! Oui, le constat est sans appel, le capitalisme détruit la planète. Il broie des hommes et des femmes aussi. Oui, le capitalisme est caractérisé par l'abondance de produits et de services sans aucune utilité sociale (produits de luxe, armement...).
A vrai dire, des pans entiers de l'économie des pays impérialistes sont complètement parasitaires (banques, assurances, marketing...). Sous le socialisme, il y aura donc des secteurs où la production baissera voir disparaîtra parce qu'inutile socialement. Il y aura aussi peut-être des secteurs où la production augmentera. Nous ne savons pas précisément, nous ne sommes pas devins.
Ce que nous savons, c'est que nous voulons produire autrement, des choses utiles, sans détruire la Terre où nous vivons.
Bref, nous voulons une société où la production réponde à nos besoins et non plus à la recherche de toujours plus de profits. Une société où nous aurons transformé les rapports de production, débarrassée de l'aliénation et de l'exploitation.
Pour nous c'est la seule voie pour la sauvegarde de la planète
Finimore
Le magazine Partisan n°3 -octobre 2015- (publié par l'OCML Voie Prolétarienne) avait publié plusieurs articles sur le sujet et notamment :
"8 choses à savoir sur la COP 21" -pages 6-7-8-
"La décroissance : une alternative ? -pages 10-11-12-
Xuan
Danielle Bleitrach publie un article intéressant sur la question :http://histoireetsociete.wordpress.com/2018/08/29/karl-marx-et-lexploitation-de-la-nature/:

Karl Marx et l’exploitation de la nature

29
AOÛT
L’écosocialisme, une idée qui vient de loin

http://www.monde-diplomatique.fr/2018/06/BELLAMY_FOSTER/58734

Pour certains, la crise écologique invaliderait les analyses de Karl Marx, coupable d’avoir délaissé la question environnementale. Le productivisme débridé des régimes se réclamant de lui a paru conforter cette critique. D’autres, tel l’intellectuel américain John Bellamy Foster, suggèrent au contraire que socialisme et écologie forment, chez lui, les deux volets d’un même projet.

par John Bellamy Foster
Le Monde diplomatique
Karl Marx et l’exploitation de la nature



Michaël Borremans. — « Red Hand, Green Hand » (Main rouge, main verte), 2010
Photographie : Peter Cox – Zeno X Gallery, Anvers

Ces dernières années, l’influence croissante des questions écologiques s’est notamment manifestée par la relecture à travers le prisme de l’écologie de nombreux penseurs, de Platon à Mohandas Karamchand Gandhi. Mais, de tous, c’est sans aucun doute Karl Marx qui a suscité la littérature la plus abondante et la plus polémique. Anthony Giddens a ainsi affirmé que Marx, bien qu’il ait témoigné d’une sensibilité écologique particulièrement développée dans ses premiers écrits, avait ensuite adopté une « attitude prométhéenne » envers la nature (1). De la même manière, Michael Redclift remarque que, pour lui, l’environnement avait pour fonction de « rendre les choses possibles, mais toute valeur découlait de la force de travail (2) » .Enfin, selon Alec Nove, Marx croyait que « le problème de la production avait été “résolu” par le capitalisme et que la future société des producteurs associés n’aurait donc pas à prendre au sérieux le problème de l’usage des ressources rares » , ce qui signifie qu’il était inutile que le socialisme ait une quelconque « conscience écologique » (3). Ces critiques se justifient-elles ?

Au cours des années 1830 à 1870, la diminution de la fertilité des sols par la perte de leurs nutriments constitua la préoccupation écologique majeure de la société capitaliste, tant en Europe qu’en Amérique du Nord. L’inquiétude suscitée par ce problème ne pouvait être comparée qu’à celle provoquée par la pollution croissante des villes, la déforestation de continents entiers et les craintes malthusiennes de la surpopulation. Dans les années 1820 et 1830, au Royaume-Uni, et peu après dans les autres économies capitalistes en expansion de l’Europe et de l’Amérique du Nord, l’inquiétude générale concernant l’épuisement des sols conduisit à une augmentation phénoménale de la demande d’engrais. Le premier bateau chargé de guano péruvien débarqua à Liverpool en 1835 ; en 1841, c’étaient 1 700 tonnes qui étaient importées et, en 1847, 220 000. Au cours de cette période, les agriculteurs retournèrent les champs de bataille napoléoniens, comme ceux de Waterloo et d’Austerlitz, dans une quête désespérée d’ossements à répandre sur leurs champs.

[S’intéressant aux États-Unis, le chimiste allemand] Justus von Liebig remarquait qu’il pouvait y avoir des centaines, voire des milliers, de kilomètres entre les centres de production de céréales et leurs marchés. Les éléments constitutifs de l’humus étaient donc envoyés très loin de leur lieu d’origine, rendant d’autant plus difficile la reproduction de la fertilité des sols.

Empester la Tamise

Loin d’être aveugle à l’écologie, Marx devait, sous l’influence des travaux de Liebig de la fin des années 1850 et du début des années 1860, développer à propos de la terre une critique systématique de l’« exploitation » capitaliste, au sens du vol de ses nutriments ou de l’incapacité à assurer sa régénération. Marx concluait ses deux principales analyses de l’agriculture capitaliste par une explication de la façon dont l’industrie et l’agriculture à grande échelle se combinaient pour appauvrir les sols et les travailleurs. L’essentiel de la critique qui en découle est résumé dans un passage situé à la fin du traitement de « La genèse de la rente foncière capitaliste » , dans le troisième livre du Capital : « La grande propriété foncière réduit la population agricole à un minimum, à un chiffre qui baisse constamment en face d’une population industrielle concentrée dans les grandes villes et qui s’accroît sans cesse ; elle crée ainsi des conditions qui provoquent un hiatus irrémédiable dans l’équilibre complexe du métabolisme social composé par les lois naturelles de la vie ; il s’ensuit un gaspillage des forces du sol, gaspillage que le commerce transfère bien au-delà des frontières du pays considéré. (…) La grande industrie et la grande agriculture exploitée industriellement agissent dans le même sens. Si, à l’origine, elles se distinguent parce que la première ravage et ruine davantage la force de travail, donc la force naturelle de l’homme, l’autre plus directement la force naturelle de la terre, elles finissent, en se développant, par se donner la main : le système industriel à la campagne finissant aussi par débiliter les ouvriers, et l’industrie et le commerce, de leur côté, fournissant à l’agriculture les moyens d’exploiter la terre. »

La clé de toute l’approche théorique de Marx dans ce domaine est le concept de métabolisme (Stoffwechsel) socio-écologique, lequel est ancré dans sa compréhension du procès de travail. Dans sa définition générique du procès de travail (par opposition à ses manifestations historiques spécifiques), Marx a utilisé le concept de métabolisme pour décrire la relation de l’être humain à la nature à travers le travail : « Le travail est d’abord un procès qui se passe entre l’homme et la nature, un procès dans lequel l’homme règle et contrôle son métabolisme avec la nature par la médiation de sa propre action. Il se présente face à la matière naturelle comme une puissance naturelle lui-même. Il met en mouvement les forces naturelles de sa personne physique, ses bras et ses jambes, sa tête et ses mains, pour s’approprier la matière naturelle sous une forme utile à sa propre vie. Mais, en agissant sur la nature extérieure et en la modifiant par ce mouvement, il modifie aussi sa propre nature. (…) Le procès de travail (…) est la condition naturelle éternelle de la vie des hommes (4). »

Pour lui comme pour Liebig, l’incapacité à restituer au sol ses nutriments trouvait sa contrepartie dans la pollution des villes et l’irrationalité des systèmes d’égouts modernes. Dans Le Capital, il a cette remarque : « À Londres, par exemple, on n’a trouvé rien de mieux à faire de l’engrais provenant de quatre millions et demi d’hommes que de s’en servir pour empester, à frais énormes, la Tamise. » Selon lui, les « résidus résultant des échanges physiologiques naturels de l’homme » devaient, aussi bien que les déchets de la production industrielle et de la consommation, être réintroduits dans le cycle de la production, au sein d’un cycle métabolique complet (5). L’antagonisme entre la ville et la campagne, et la rupture métabolique qu’il entraînait étaient également évidents au niveau mondial : des colonies entières voyaient leurs terres, leurs ressources et leur sol volés pour soutenir l’industrialisation des pays colonisateurs. « Depuis un siècle et demi,écrivait Marx, l’Angleterre a indirectement exporté le sol irlandais, sans même accorder à ceux qui le cultivent les moyens de remplacer les composantes du sol (6). »

Les considérations de Marx sur l’agriculture capitaliste et la nécessité de restituer au sol ses nutriments (et notamment les déchets organiques des villes) le conduisirent ainsi à une idée plus générale de durabilité écologique — idée dont il pensait qu’elle ne pouvait avoir qu’une pertinence pratique très limitée dans une société capitaliste, par définition incapable d’une telle action rationnelle et cohérente, mais idée au contraire essentielle à une société future de producteurs associés. « Le fait, pour la culture des divers produits du sol, de dépendre des fluctuations des prix du marché, qui entraînent un perpétuel changement de ces cultures, l’esprit même de la production capitaliste, axé sur le profit le plus immédiat, sont en contradiction avec l’agriculture, qui doit mener sa production en tenant compte de l’ensemble des conditions d’existence permanentes des générations humaines qui se succèdent. »

En soulignant la nécessité de préserver la terre pour « les générations suivantes », Marx saisissait l’essence de l’idée contemporaine de développement durable, dont la définition la plus célèbre a été donnée par le rapport Brundtland : « Un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire leurs propres besoins (7). » Pour lui, il est nécessaire que la terre soit « consciemment et rationnellement traitée comme la propriété perpétuelle de la collectivité, la condition inaliénable d’existence et de reproduction de la série des générations successives » . Ainsi, dans un passage fameux du Capital, il écrivait que, « du point de vue d’une organisation économique supérieure de la société, le droit de propriété de certains individus sur des parties du globe paraîtra tout aussi absurde que le droit de propriété d’un individu sur son prochain » .

On reproche aussi souvent à Marx d’avoir été aveugle au rôle de la nature dans la création de la valeur : il aurait développé une théorie selon laquelle toute valeur découlerait du travail, la nature étant considérée comme un « don » fait au capital. Mais cette critique repose sur un contresens. Marx n’a pas inventé l’idée que la terre serait un « cadeau » de la nature au capital. C’est Thomas Malthus et David Ricardo qui ont avancé cette idée, l’une des thèses centrales de leurs ouvrages économiques. Marx avait conscience des contradictions socio-écologiques inhérentes à de telles conceptions et, dans son Manuscrit économique de 1861-1863, il reproche à Malthus de tomber de façon récurrente dans l’idée « physiocratique » selon laquelle l’environnement est « un don de la nature à l’homme », sans prise en considération de la manière dont cela était lié à l’ensemble spécifique de relations sociales mis en place par le capital.

Certes, Marx s’accordait avec les économistes libéraux pour dire que, selon la loi de la valeur du capitalisme, aucune valeur n’est reconnue à la nature. Comme dans le cas de toute marchandise dans le capitalisme, la valeur du blé découle du travail nécessaire pour le produire. Mais, pour lui, cela ne faisait que refléter la conception étroite et limitée de la richesse inhérente aux relations marchandes capitalistes, dans un système construit autour de la valeur d’échange. La véritable richesse consistait en valeurs d’usage — qui caractérisent la production en général, au-delà de sa forme capitaliste. Par conséquent, la nature, qui contribuait à la production de valeurs d’usage, était autant une source de richesse que le travail. Dans sa Critique du programme de Gotha, Marx tance les socialistes qui attribuent ce qu’il appelle une « puissance de création surnaturelle » au travail en le considérant comme la seule source de richesse et en ne prenant pas en compte le rôle de la nature.

John Bellamy Foster

Rédacteur en chef de la Monthly Review, New York. Ce texte est extrait de Marx écologiste, Éditions Amsterdam, Paris, 2011.
(1) Anthony Giddens, A Contemporary Critique of Historical Materialism, University of California Press, Berkeley, 1981.

(2) Michael Redclift, Development and the Environmental Crisis : Red or Green Alternatives ?, Methuen, Londres, 1984.

(3) Alec Nove, « Socialism », dans John Eatwell, Murray Milgate et Peter Newman (sous la dir. de), The New Palgrave : A Dictionary of Economics, vol. 4, Stockton, New York, 1987.

(4) Karl Marx, Le Capital, livre I, Éditions sociales, Paris, 1978.

(5) Karl Marx, Le Capital, livre III, Éditions sociales, 1978.

(6) Karl Marx, Le Capital, livre I, op. cit.

(7) « Notre avenir à tous », rapport rédigé en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’Organisation des Nations unies sous la direction de la première ministre norvégienne Gro Harlem Brundtland [note de la rédaction].

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Finimore
Je veux simplement dire que les questions concernant l'écologie (dans tous ses aspects et conséquences) ont souvent été prises comme secondaires et souvent caricaturées (aussi par certains courants écolos).
Evidemment que la planète ne sera sauvée (la question du seuil limite se pose aussi) que dans la mesure où le capitalisme/impérialisme sera balayé.
Ceci ne doit pas nous empêcher ici et maintenant dans la mesure du possible de changer certains aspects de notre vie individuellement et collectivement.
Changer la vie pour changer la société, changer la société pour changer la vie, mais aussi pour changer de société (débarrassée du capitalisme) évidemment à la suite d'une processus révolutionnaire.
Xuan
Je veux dire qu'il ne faut pas se faire une idée idyllique du passé, ça ne justifie pas pour autant de faire 500m en 4x4 pour trimballer ses gamins à l'école.
Par contre les toilettes sèches à la campagne je veux bien mais en ville, ça craint un peu.
Et il y a aussi un snobisme du retour à la nature où des gogos paient 100 balles pour dormir dans un arbre et se soulager dans du sable.

D'autre part au passé ou au présent le progrès est diversement partagé.
Il y a soixante ans les classes aisées ne se lavaient pas dans une biconque mais avaient plusieurs salles de bain.
Finimore
Xuan a écrit :

On peut regretter le charme du passé, il ne faut pas oublier les chiottes au fond de la cour,


Le principe et la réalité des toilettes sèches illustrent bien la question du gaspillage de l'eau potable dans les chiottes traditionnels.

Xuan a écrit :

l'absence de douche ou de baignoire,


Préférer les douches qui sont moins gaspilleuses d'eau (et se poser la question de l'agression de la peau par les produits chimiques)

Xuan a écrit :

les pièces sans lumière,

les ampoules récentes plus durables et plus économiques en termes d'énergie.

Xuan a écrit :

les kilomètres à pied pour aller à l'école,

marcher ça fait du bien (et d'ailleurs notre cher maitre et président n'a-t-il intituler son mouvement "en marche"

Xuan a écrit :

le lavoir en guise machine à laver,

rencontrer la mère Denis (qui était une vedette) au lavoir c'était sympa, quoi que la fille...

Xuan a écrit :

les fruits piqués, etc.

c'est pas si facile de piquer des fruits au supermarché avec toutes les caméras qui te surveilles...
 
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