| Dernières réponses | | Premier bilan du 40ème congrès du PCF par Franck Marsal (vidéo intervention Fabien Roussel) 6 juillet 2026 Ce congrès ouvre une nouvelle période pour le PCF Le PCF a tenu un congrès important et très regardé à Lille, comme promis, voici mon retour personnel sur ce moment politique important. Ce congrès a été matériellement très bien organisé par les camarades du Nord avec leur engagement humain et chalereux habituel. Le bilan de ce congrès présente des points très positifs. Les objectifs principaux qui avaient été fixés à ce congrès ont été atteints : 1) Les tentatives de renouveler l’effacement du parti, d’affaiblir voire d’empêcher la candidature communiste à l’élection présidentielle de 2027 ont été déjouées. Cette candidature a été actée sans réserve ni « clause de revoyure ». A travers ce choix est confirmé l’orientation d’un parti communiste qui agit par lui-même en tant que représentant des travailleurs et porteur d’orientations de classe et non comme force d’appoint des gauches social-démocrates. 2) La perspective nécessaire d’une société socialiste comme phase ou étape de transition entre le capitalisme existant et la société communiste pleinement développée, société sans classe et dans laquelle l’état perd ses fonctions répressives a été inscrite, confirmant l’abandon de la théorie du « communisme déjà là » et la perte d’influence de la théorie révisionniste du communisme « mouvement réel » flou, théorie qui sort de son contexte une phrase de Marx (issue de l’Idéologie allemande) pour lui faire dire l’inverse de ce que dit Marx, pour qui, le « mouvement réel » est bien l’organisation en parti du prolétariat en vue de la prise du pouvoir. politique et le renversement de la bourgeoisie. C’est un point d’appui essentiel pour l’avenir. Ces deux points ont été acquis à une large majorité malgré la montée au créneaux de « ténors ». Pierre Laurent est ainsi intervenu sur ces deux débats pour défendre les choix d’abandons : abandon de la perspective du socialisme et abandon du choix d’un parti qui assume sa place en tant que telle dans la vie politique nationale et notamment dans les élections majeures. Les arguments douteux n’ont pas manqué non plus. La fameuse « clause de revoyure » par exemple était clairement portée par des intervenants qui étaient en réalité opposés par principe à la candidature communiste. Ils l’ont évoqué ou laissé entendre dans leur argumentation. Ayant été largement battus dans les votes pour le choix de la base commune, ils ont simplement tenté d’élargir leur propos afin de vider de son contenu le choix des communistes et de fournir des armes à nos adversaires pour affaiblir le candidat des communistes. Il faut noter la méthode employée : la perspective d’une conférence nationale 6 mois après le congrès. Cette proposition n’est pas simplement malvenue, pas simplement un handicap grave pour notre campagne. Elle est une tentative de détourner les statuts de notre parti pour violer nos principes démocratiques, en récusant dès son élection la direction élue et en proposant de la remplacer par un happening permanent au nom du « contrôle des communistes » sur la campagne. Ces tentatives ayant été contrecarrées par l’unité et la détermination de la large majorité du parti, Fabien Roussel a pu, dans un remarquable discours de clôture lancer la campagne communiste pour l’élection présidentielle, dans une ligne de classe à la fois claire, offensive et rassembleuse. Je ne peux qu’inviter nos lecteurs à regarder ce discours : https://www.youtube.com/channel/UCSwPcnzaMTuDcTgjRiJvZnw L’ambiance et les tentatives de faire dérailler le congrès On peut dire que ce débat et sa mise en scène a occupé largement le congrès. Les tentatives répétés et sans aucune décence de certains délégués pour provoquer des incidents, apparaître en « victimes », créer de la confusion se sont multipliés notamment centrés sur la question électorale. Face à cela, la stratégie du bureau du congrès fut d’être « unis pour deux ». Plus ces délégués déformaient et détournaient le débat de congrès, plus on leur laissait d’espace. Au milieu de ce débat d’amendement, alors que le débat était très en retard et qu’on pressait les délégués pour raccourcir leurs intervention, on laissa la tribune à Stéphane Peu, en tant que « président du groupe de députés ».. Le débat sur les amendements concernant le journal ‘ »l’humanité » fut précédé d’un discours du directeur du journal et sénateur de Seine St Denis, Fabien Gay, qui avec toute la démagogie qui le caractérise, présenta l’Huma comme un journal communiste et tenta de convaincre les délégués qu’il n’y avait pas de débat à avoir sur le journal. Il suffit pourtant de lire le « Qui sommes-nous » du site du journal pour y lire que l’huma est un « Journal de création communiste ouvert à tous les courants de pensée se réclamant de l’humanisme, des droits humains, du progrès social, démocratique et environnemental ». Journal « de création communiste », outre que c’est évidemment factuellement puisque l’Humanité a été créé par Jean Jaurès alors que le parti communiste n’existait pas, ce n’est évidemment pas un journal communiste et il suffit de lire ce journal pour se rendre compte qu’il ne revendique cette identité communiste que dans les congrès et rassemblement du parti lorsqu’il s’agit de conforter l’aide matérielle et financière des militants du PCF. Cette stratégie d’apaisement n’a pas eu le moindre retour tangible de la partie adverse. Au contraire. Ces délégués n’ont cessé de montrer qu’il n’avait que faire de l’opinion des communistes. Le point culminant de cette attitude fut atteint lors de la conférence nationale qui suivait le congrès. Celle-ci suivait le congrès, après l’adoption finale du texte, pour valider le bulletin de vote par lequel les adhérents du PCF pourront formellement valider la candidature de Fabien Roussel à l’élection présidentielle en septembre. Les représentants de cette tendance désormais affichée ont alors démontré leur refus d’appliquer les décisions de congrès, en proposant un bulletin de vote remettant en cause le principe d’une candidature communiste et proposant « une candidature d’union » ou « une candidature à construire ». L’unité souhaitée n’est donc en rien obtenue, malgré tous les gestes de bonne volonté effectués au détriment des autres délégués du congrès. L’absence d’argument ne gène en rien cette tendance destructrice qui ne recule devant aucun mensonge, aucune incohérence et prend la « bienveillance » et la volonté d’unité pour de la faiblesse. Il faut donc se préparer à toutes les éventualités, à tous les coups fourrés durant cette campagne, y compris venant de l’intérieur du parti. Les délégués communistes ont su néanmoins saisir des interstices pour soulever un certain nombre de débats et passer un certain nombre de message, sur la remise en question de la participation de la France à l’Union Européenne (l’organisation d’un débat dans le parti avant les prochaines élections européennes prévues en 2029 a été accepté), sur le respect des décisions démocratiques, sur la nécessité d’un organe central pour le PCF et, petite cerise sur le gâteau, un amendement sur le rétablissement de la faucille et du marteau a manqué de justesse d’être majoritaire, plus de 49% des délégués l’ayant soutenu. Cela n’a pas échappé à notre secrétaire national qui y a fait référence et s’en est saisi lors de son intervention de clôture. Mes interventions : Cela a fortement limité les espaces d’expressions. Ma première proposition d’intervention, dans le débat général, et visant à ouvrir la réflexion sur les transformations des rapports mondiaux n’a pas été retenue. Voici ce que j’avais prévu de dire : Les rapports internationaux sont aussi des rapports sociaux. Le Burkina n’a pas la même place dans l’ordre mondial impérialiste que les Pays Bas. Cuba gagne chaque année la condamnation du blocus états-unien, pourtant, ce blocus s’applique et pas seuleent de la part des USA. Le capital n’a pas de patrie, mais il s’appuie sur une poignée d’appareil d’état nationaux qui ont besoin de déployer une domination internationale pour assurer la reproduction du capital, son accumulation à l’échelle internationale et maintenir le taux de profit. Depuis plusieurs décennies, le monde est dominé par l’impérialisme états-unien. Ceci est aujourd’hui remis en question. Ces rapports sociaux internationaux sont en effet entrés en crise car ils ne correspondent plus à la structure internationale des forces productives : 70 % des capitaux financiers mondiaux sont détenus par la bourgeoisie état-unienne, mais les pays du G7, le club impérialiste dominant ne réalisent plus sur leur territoire que 30 % de la production industrielle mondiale. Les BRICS, avec en leur centre la Chine socialiste, désormais 1ère puissance industrielle, commerciale et techno-scientifique mondiale, ne sont pas un « nouvel impérialisme » destiné à remplacer l’existant. Ils ne peuvent pas l’être, pour une raison simple. Le monde, et en particulier le « Sud global » aujourd’hui majoritaire, n’aspire pas à voir un impérialisme en remplacer un autre. Il est en situation d’imposer la fin du système impérialiste, comme la 2ème partie du 20ème siècle a mis fin à l’essentiel du système colonial. Le monde multipolaire est déjà là. Il se construit, se structure et se déploie peu à peu. Il réalise ce que nous communiste avons toujours proposé : des relations de coopérations internationales sans renoncement à la souveraineté. Cette crise détermine aujourd’hui toutes les autres. L’impérialisme hégémonique occidental, dirigé par les USA se crispe et pour maintenir son système de domination, il provoque partout la guerre et les conflits afin de justifier la militarisation de l’économie et des relations mondiales, développe en son sein des formes dangereuses de fascisation, menace d’un chaos et se prépare partout à un conflit généralisé. Il entretient des formes de terrorisme de masse en Afrique notamment. En Europe et en France, la militarisation de la société est la cause majeure des maux qui frappent notre peuple : inflation, suppressions de classes dans l’éducation, fermetures de services et plans de redressement dans les hôpitaux. Le projet des classes dominantes d’Europe est le maintien à tous prix (au prix de la guerre, de la fascisation, de la manipulation des élections démocratiques) et l’élargissement du projet d’exploitation « atlantico-européen ». Mettre la main sur les ressources, sur les routes commerciales, par la force, la menace, les blocus et la guerre. La soi-disant « autonomie stratégique européenne », défendue par Macron en particulier consiste à assumer le rôle de contrer la Russie pour le compte et sous la domination des USA. C’est la voie de l’UE qui jour après jour assume une dérive autoritaire, anti communiste et anti populaire et organise la fusion de l’OTAN et de l’UE en un organisme coercitif au service des bourgeoisies et de leur projet de guerre : la liquidation finale des modèles sociaux et la militarisation de l’économie et de l’industrie. Face à celà, nos perspectives doivent être claires : socialisme, car c’est le seul moyen de reconstruire notre économie, notre industrie et notre société, sous le contrôle et le pouvoir des travailleurs; souveraineté, car c’est la seule base possible d’une démocratie sociale et d’une reconstruction et modernisationn de notre industrie ; adhésion au monde multipolaire, sortie des organisations qui organisent la domination impérialistes ; l’UE et l’OTAN sont à ce titre deux organisations jumelles, (comment peut-on sortir de l’un sans sortir de l’autre ?), adhésion aux BRICS, nouveaux partenariats et coopérations au sein de l’Eurasie, avec l’Afrique, avec l’Amérique Latine … car c’est la seule possibilité de la souveraineté réelle, ni assujetissement, ni isolement. De même, l’amendement que j’avais proposé, extrait d’un amendement plus long adopté par ma conférence fédérale n’a pu être débattu. Il concernait la partie du texte sur la « campagne pour la paix, l’autodétermination des peuples et un nouvel ordre économique international ». Les quelques paragraphes qui décrivent cette « campagne », font apparaître des propositions disparates et non hiérarchisées, peu politiques. L’essentiel consiste à reprendre les campagnes Cuba et Palestine, à y adjoindre une dimension pacifiste très vague, peu mobilisatrice et non centrée sur le monde du travail : « Le PCF travaille à lancer, en coordination avec ses partenaires européens et internationaux, un appel mondial pour la paix, le droit international, la démocratie, pour une nouvelle conférence internationale de San Francisco remettant l’ONU au centre des relations internationales ». Cette partie très confuse et mal structurée a donné lieu à la partie des débats la plus chaotique du congrès. La campagne proposée n’avait ainsi pas d’axe central, et ne reposait pas sur une analyse maîtrisée de la situation. Elle renvoie principalement à la solidarité internationaliste. Il était donc naturel que les délégués s’engoufrent dans cette logique, et tentent d’abonder dans cette logique de solidarité internationaliste. Ils l’ont fait sous deux formes : 1) en accentuant la campagne Palestine pour soulever la question des campagnes de boycott, et notamment de boycott des produits illégalement exportés des territoires occupés, 2) en intégrant à la campagne de solidarité internationalistes, une longue série d’autres combats, commençant par le Venezuela, et s’élargissant rapidement, les sujets de solidarité internationale ne manquant pas. La tribune essaya alors d’appeler les camarades à la raison et d’invoquer que la campagne du parti ne devait pas se disperser. Mais comme la proposition initiale confondait largement les notions de campagnes et l’agenda de travail du secteur international, l’argument était difficile à porter. La tribune s’enlisa rapidement, la commission du texte fut mise en minorité et on dût renvoyer le débat à plus tard la discussion, le temps de réécrir un petit paragraphe pour donner satisfaction à l’élargissement de la campagne. Mon amendement, extrait d’un amendement plus long et plus détaillé voté dans ma fédération, était ainsi formulé : « Conscient des dangers d’une nouvelle guerre mondiale, le PCF s’engage résolument dans une campagne large pour la paix, contre l’économie de guerre, contre l’impérialisme qui propage la guerre pour préserver ses profits et ses privilèges. ». J’avais prévu de l’argumenter comme suit : Nous avons débattu et nous avons fait des choix clairs en perspective des élections 2027 en étant conscient des dangers de la période. Parmi ces dangers, celui de la guerre n’est pas le moindre. Les pays capitalistes impérialistes dominant en Europe, sous la coordination de l’UE, sur la consigne donnée par les USA, mettent en place une économie de guerre, avec l’objectif de 5% du pib en dépenses de guerre, avec la transformations d’usines civiles en usines d’armement, avec des programmes de propagande dnas les écoles, avec la priorisation de la recherche à vocation militaire, avec la mise en place d’outils de propagande pour intervenir dans les processus électoraux (etc). Pendant ce temps, le Chef d’Etat Major des Armées a demandé aux maires de préparer les françaises et les fraançais à la mort de leurs enfants sur d’hypothétiques champs de bataille. Pendant ce temps, l’OTAN actualise tous ses plans de guerre et la France réintègre l’état-major de l’OTAN de manière actie, subordonnant ses moyens militaires à ceux de l’alliance impérialiste. Dans ce contexte, nous ne pouvons nous contenter d’une campagne généraliste pour la paix. La menace de guerre n’est pas abstraite. Elle est concrète. Nous devons agir concrètement contre la préparation de la guerre, que certains experts militaires annoncent à un horizon 2030. C’est pourquoi nous devons agir concrètement contre l’économie de guerre, qui se traduit par l’inflation massive, la compression du niveau de vie des travailleurs, la destruction des services publics. Les travailleuses et les travailleurs sont bien conscient que cette politique va être bien plus destructrice que l’austérité déjà vécue depuis plusieurs années. Dans les luttes, cette question : des missiles ou des écoles, un porte avion ou des hôpitaux, est déjà largement débattue. Notre parti doit se saisie activement et prioritairement de ce sujet, en faire un leitmotiv et dénoncer la politique de guerre et ses promoteurs, le capitalisme impérialiste dominant. La seule intervention que j’ai pu passer, s’est située dans le débat sur le socialisme. La voici également : https://histoireetsociete.com/wp-content/uploads/2026/07/YouCut_20260706_004606344.mp4 |
| | Je publie ci-dessous la mosition de Franck Marsal : Unir les communistes (Franck Marsal, Gironde) Premières réflexions sur les textes alternatifs 3 mai 2026Textes fondamentaux Samedi 2 mai 2026, par Franck Marsal, popularité : 88% 40e congrès 2026 A/ le rôle du 40e congrès dans le développement du Parti Communiste Le 40e congrès du PCF se présente avec une base commune, largement adoptée à 77 % par le Comité National sortant, et en contraste avec cette large unité, la promesse de 4 textes alternatifs. Cette pratique des textes alternatifs n’est pas issue de la culture militante historique du PCF. C’est depuis le 32e congrès, à Martigues en 1995, qu’elle a été instituée. Elle correspond à une phase de renoncement aux principes d’organisation communistes, comme l’abandon des cellules, celui de l’organe central et du centralisme démocratique. Deux de ces textes (’nos révolutions’, finalement retiré, et ’stratégie communiste&rsquo ont été manifestement écrits avant que la base commune soit soumise au Comité National, amendée et adoptée par lui. C’est un pas de plus dans le glissement vers un fonctionnement en tendances s’affrontant les unes les autres, prenant la main sur le débat collectif, au détriment d’une discussion égale et fraternelle entre camarades, basée sur la responsabilité de chacun établie par le vote des communistes au congrès précédent. Le 38e congrès a remis le parti et son projet politique au centre de notre stratégie de transformation. Il s’agissait d’en finir avec l’idée que le PCF ne pouvait plus être qu’une force d’appoint d’une gauche dominée par les forces sociaux-démocrates ayant le rôle principal. Cette orientation avait abouti à faire un petit commerce de la confiance acquise par le PCF au sein de la classe ouvrière, du prolétariat, et de larges couches du peuple par le sacrifice et l’effort de générations de militants de 1920 au tournant des années 1970. Cette confiance a été dilapidée pour soutenir d’abord le Mitterrandisme néo-libéral dans les différentes étapes de ses renoncements et de sa décomposition, puis le néo-Mitterandisme populiste de Mélenchon. Cette réorientation du parti a été confirmée par le 39e congrès en 2023. Sa mise en oeuvre reste difficile : elle est combattue de l’intérieur et de l’extérieur par les adeptes divers du ralliement. Elle demeure inaboutie dans ses perspectives et portée de manière contradictoire. Les communistes doivent se battre sur tous les fronts : face au harcèlement néo-libéral de la classe dominante, face à la montée de la fascisation et de la guerre, mais aussi face à la démagogie populiste, aux trahisons internes, à la perte des traditions militantes et face à des baronnies au sein même du PCF. Les partisans en internes d’une soumission ont mis leurs positions au service de la stratégie de Mélenchon, bon client de leur petit commerce. Ces fractionnistes sont ouvertement organisés au travers du groupuscule Alternative Communiste, auquel on peut adhérer sans être membre du PCF, qui a sa communication, adopte ses résolutions, décide à l’écart du parti de sa stratégie. Ils ont donné leur parrainage et appelé à voter Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle de 2022. Ils ont attaqué et insulté le secrétaire national du PCF. Déjà, ils affichent leur soutien à Mélenchon pour le 1er tour de la présidentielle au mépris du congrès. Lors de la dernière élection municipale à Vitry sur Seine, ce groupe n’a pas hésité à apposer son logo au bas du matériel de campagne du candidat opposé au maire communiste sortant. Alternative Communiste s’est ainsi affirmée comme une organisation politique opposée au PCF (sans que, malheureusement, l’exclusion des adhérents concernés ne soit encore à l’ordre du jour des instances compétentes). Mélenchon, qui a essuyé trois échecs successifs en 2012, 2017 et 2022 considère qu’un PCF autonome est un obstacle sur sa route. Il a manifestement donné consigne à ses relais de tout faire pour détruire cet obstacle, comptant sur la pression du ’vote utile’ pour empêcher le débat et liquider toute orientation indépendante et de classe. Il n’est donc pas étonnant de voir ces camarades, fractionnistes et au service d’autres organisations, présenter et soutenir un texte alternatif. Stéphane Peu est le porte parole et candidat de cette tendance visant à affaiblir le PCF. Il devrait être clair pour ceux qui défendent le PCF, son avenir politique, le sens révolutionnaire et communiste de son histoire qu’il faut s’unir pour combattre cette stratégie entriste et non se diviser. Un bilan critique est nécessaire mais il ne peut passer sous silence la difficulté de la période, ni se conclure par un dégagisme interne qui mêlerait dans une confusion totale, ceux qui ont œuvré contre le parti et ceux qui l’ont défendu avec courage. Le pas en avant de la base commune, le socialisme Adoptée par 77% du CN, la base commune est par construction un texte de rassemblement d’une large majorité du parti. Les choix idéologiques d’un collectif militant avancent dans le débat en lien avec l’activité pratique. Il vise à unir une large majorité du parti en vue des combats à venir. Ce texte est une base, correspondant à cette activité, à travailler collectivement et à amender. Contrairement au texte du 39e congrès, qui se situait essentiellement dans la continuité de celui du 38e congrès, la base commune du 40e congrès, dans la lignée de la conférence nationale de 2024 marque un pas en avant important : l’affirmation d’un projet communiste autonome se dote d’un contenu essentiel : le PCF revient sur un long pan de son histoire récente et réaffirme la nécessité d’une société socialiste, d’une perspective concrète de prise du pouvoir par les travailleurs pour le renversement des rapports de production capitaliste comme voie vers le communisme, en lieu et place de la ’démocratisation du capitalisme’ portée par l’eurocommunisme. Il prend ainsi acte de l’échec de cette voie ’euro-communiste’ provoquée par la rupture du capital avec la démocratie bourgeoise classique. Le capital n’en a plus utilité pour s’accumuler et n’en a finalement joué que comme un paravent de ses intérêts de classe. Cette clarification importante semble expliquer un des deux textes alternatifs restant, celui porté par Frédéric Boccara, dont nous n’avons actuellement que le préambule qui considère que la ’formule du socialisme aux couleurs de la France est tournée vers le passé’. Simultanément, ce préambule propose « un projet communiste émancipateur, seul capable, avec la construction d’un socialisme de liberté et d’émancipation autogestionnaire, de relever le défi d’une crise systémique dont l’aggravation met la société et le monde au bord de l’explosion ou de l’effondrement. » Une formule plutôt confuse. Ce texte étant paru plus tard, je l’étudierai dans une contribution séparée. Un troisième texte alternatif, intitulé ’Stratégie communiste’ porté par des camarades qui ont été favorables au retour du PCF décidé par le 38e congrès et qui sont également favorables à la perspective du socialisme. C’est à l’analyse de ce texte et de sa démarche que l’essentiel de cette contribution est consacré. B/ Sur le texte « Stratégie Communiste » Ce texte alternatif prétend ’en finir avec les textes alternatifs’. Il se plaint de la perte d’unité du parti et que le fonctionnement actuel « entraîne également un enlisement dans des clivages entre des groupes politico-affinitaires ne permettant pas la tenue de débats internes traitant sainement de questions de fond. Ce mode de fonctionnement offre de très grandes similitudes avec un fonctionnement en tendance ». Pourtant, ce texte n’a pas été élaboré dans un cadre ouvert d’échanges et de débat. Ces camarades ont fait le choix l’an passé de lancer seuls une publication en ligne ’Matérialistes et communistes’ puis de préparer sans discussion ouverte ce texte. Cette démarche a les caractéristiques de ce qu’il dénonce : la création d’un groupe « politico-affinitaire » au sein du parti. Dans un parti communiste de plus de 30 000 adhérents, des centaines d’élus et une longue histoire, le débat démocratique se structure nécessairement dans la durée et dans une large diversité de pratiques militantes, d’expériences et de générations. Avant de remettre en cause le principe des textes alternatifs, il faut en user à bon escient. Cela passe par la compréhension des enjeux décisifs et le choix mûri des lignes d’unités et de fracture : qu’est-ce qui peut se faire à l’intérieur d’une base commune par des amendements, qu’est-ce qui nécessite de se démarquer par un texte global opposé aux autres. Comment œuvrer pour maintenir l’unité du parti et permettre l’avancée collective ? Quels sont les désaccords qui justifient de pousser un texte au vote des communistes ? Le texte alternatif élaboré et arrivé en tête au 38e congrès résultait d’un travail préparatoire large, ouvert à des courants de pensée différents mais capables de s’entendre pour porter un changement important pour le parti. C’est une grande différence. Clarification ou ambiguïté ? Outre le fait d’être « le texte alternatif qui est contre les textes alternatifs », le texte « Stratégie Communiste » se présente comme un texte de clarification : « Si nous proposons un texte alternatif, c’est pour clarifier les fractures internes. Face à l’urgence stratégique, l’ambiguïté tue. » La lecture du texte ’Stratégie communiste’ ne confirme pas cette annonce. Il s’y cultive au contraire l’ambiguïté, en particulier sur une série de questions clés : l’élection présidentielle de 2027, la participation gouvernementale, les transformations mondiales, la nécessité d’un organe central. La prochaine élection présidentielle. Le texte rappelle le choix, résultant du 38e congrès et de l’analyse de l’échec du ralliement à Mélenchon en 2017, celui d’une candidature communiste au premier tour. Mais, s’éloignant de ce choix, il tente de concilier l’inconciliable, se présenter, mais ensuite peut-être se retirer. Une position qui apporte plus « d’ambigüité » que de « clarification ». La construction est en trois temps : âl’hypothèse d’une « candidature du mouvement social » : « le PCF enclenchera un processus d’unité d’action en consultant les syndicats et le monde associatif afin de construire un projet alternatif de rupture sur la base de notre programme minimal et de faire émerger une candidature, ayant la légitimité du soutien du mouvement social, qui sera aussi proposée aux autres partis de gauche. L’objectif de cette unité à la base est d’avoir un·e travailleur·se pour représenter la classe travailleuse. » âl’hypothèse d’une candidature communiste en cas d’échec de ce processus : « Si les états-majors des partis de gauche se révèlent incapables de se dépasser, s’ils continuent d’entretenir division et rancœur entre un pôle populiste et un pôle social-démocrate, alors le PCF prendra ses responsabilités en portant une candidature communiste à l’élection présidentielle issue du dialogue avec le mouvement social » â l’hypothèse d’un désistement final « pour permettre au candidat de la gauche le mieux placé de participer au second tour » : « Nous ne faisons pas pour autant abstraction de la dynamique de l’extrême droite et de sa capacité à accéder à l’Élysée lors de cette échéance. Nous nous réservons donc le droit d’un désistement lors de la dernière ligne droite pour permettre à un·e autre candidat·e de gauche d’accéder au second tour. Une conférence nationale avant la présidentielle décidera si les conditions sont réunies pour dépasser le désistement défensif contre l’extrême droite et définir un programme minimal pour un rassemblement de gauche, liant présidentielle et législatives. » Cela n’apporte aucune clarification, au contraire : Cela mène le parti à entrer en campagne, sans savoir s’il le fait sur la base d’une candidature communiste ou pas, sans savoir si cette candidature ira jusqu’au bout ou pas. C’est la confusion et l’ambiguïté la plus totale. A un an de la présidentielle, le résultat probable de cette stratégie est clair : Il est difficilement envisageable que les syndicats (eux-mêmes affaiblis et divisés) se mêlent de discuter des programmes électoraux et de proposer une candidature. Ce serait reproduire à l’intérieur des organisations syndicales les divisions de la « gauche » et la pression du « forçage » insoumis. C’est l’opposé de la Charte d’Amiens. Il est très peu probable d’obtenir ainsi « une candidature ayant la légitimité du mouvement social » et capable de sortir les états-majors de gauche de leurs « divisions et rancœurs ». Le résultat de cette étape sera de précieux mois perdus, et une confusion plus grande. L’expression « candidature communiste issue du dialogue social » est aussi très confuse : S’agit-il de faire adouber par des organisations syndicales une candidature issue et proposée par le parti ? de présenter un communiste lui-même syndicaliste et acteur du « mouvement social » ? Ou de rallier un syndicaliste et de lui apporter le soutien du parti ? Ces trois propositions sont en elles-mêmes difficiles exactement pour les raisons exposées ci-dessus. Nous aurions donc de bonnes chances d’en revenir au mieux à une candidature communiste tardive qui se heurterait rapidement à la perspective du désistement « pour permettre au candidat de gauche le mieux placé d’atteindre le second tour face à l’extrême droite ». Envisager cette possibilité dans un texte de congrès en ferait une prédiction auto-réalisatrice. La présence de l’extrême-droite au second tour est une quasi-certitude. La présence de la gauche est plus qu’incertaine. A ce stade, elle n’est même pas capable de prouver qu’elle est la mieux placée pour vaincre l’extrême-droite. Un candidat communiste démarrant sa campagne avec un tel mandat de « désistement » n’a quasiment aucune chance de percer et de sortir la « gauche » de la division entretenue entre mitterrandisme social-démocrate et mitterrandisme populiste. Cela revient à donner la clé de la gauche à Mélenchon et celle du premier tour au centre droit qui se targuera d’être le seul capable d’empêcher le RN de gagner l’élection. La stratégie politique mélenchonienne de « rupture » et le rejet de sa personne, construit par Mélenchon lui-même fait de Mélenchon le candidat qui a le moins de chances de vaincre Bardella ou Le Pen au second tour. Clarifions un peu : Unir le peuple autour d’une candidature communiste A l’approche de cette élection, le PCF est le seul capable de parler à toutes les classes progressistes. Il est un parti expérimenté, implanté dans les territoires, il est capable de se mettre au service de l’intérêt général et non de subordonner le général à son intérêt particulier. C’est pourquoi une candidature communiste peut incarner une perspective populaire dès le premier tour de l’élection. Ce n’est pas une candidature de témoignage, une candidature pour se compter ou pour « porter des idées » que le PCF doit lancer. Nous devons proposer une candidature qui porte la perspective du sens commun et de l’intérêt collectif du peuple et de la nation. Le fait que cette candidature soit une candidature communiste incarne l’idée que c’est entre les mains des travailleurs et des travailleuses et dans la perspective d’une transformation sociale profonde que réside l’intérêt commun, car historiquement, c’est ce que représente le PCF. En ce sens, la candidature ne sera pas électoraliste. Elle visera à entraîner dans l’action, à rassembler et à unir, à préparer des batailles futures, hors du champ électoral. Dans la préparation de l’élection, le parti devra d’abord être attentif et présent dans la situation sociale, très difficile, car c’est là que le rassemblement des travailleurs eux-mêmes se jouera. L’élection viendra mesurer ce que nous aurons réussi à créer sur le terrain. La campagne sera difficile. C’est pourquoi le principe d’une candidature communiste doit être validée au congrès et la campagne mise en route dès l’été 2026. a réalité économique et sociale va dominer les mois et années à venir : celles de l’économie de guerre, de la récession, des pénuries et des baisses de niveau de vie. Nous devons travailler aux mobilisations, renforcer notre présence sur le terrain, développer des propositions d’unité d’action, d’organisation des masses. Nous devons mettre en perspective l’intérêt commun des travailleurs et des travailleuses, et le fait que la seule force sociale capable de renverser l’ordre existant, ce sont les travailleurs et travailleuses unis et organisés. L’expression « projet alternatif de rupture » reprend les éléments de langage insoumis, qui se targuent de disposer déjà d’un tel projet, issu du programme du NFP de 2022. Mélenchon entretient une savante ambiguïté autour des deux notions de « rupture » d’un côté, et d’« unité » de l’autre. Il se présente ainsi sous une face ou l’autre, selon son intérêt électoraliste. En réalité, cette logique de « rupture » divise et alimente le discours populiste. La candidature doit se présenter sous l’angle unifiant de l’intérêt des travailleurs et du peuple : Unir, protéger, préparer l’avenir. Il faut créer une unité entre l’intérêt immédiat et la transformation sociale de long terme. Unir le peuple, et rejeter tout ce qui divise : Ce qui nous unit, c’est notre contribution collective à la vie sociale, le travail, et la mise en commun des résultats de ce travail pour satisfaire les besoins essentiels : la nourriture, la santé, l’éducation, le logement, la mobilité, la culture, le progrès scientifique et technique, la sécurité et la justice. Mettre en commun nos ressources, notre énergie et notre créativité, pour produire et partager ce dont chacun a besoin. Et rejeter fermement mais sans invective, tout ce qui divise et oppose : le « privé » contre le « public », telle couleur de peau contre telle autre, telle ou telle religion ou non-religion. Tout travailleur doivent pouvoir se dire « ce projet correspond à mon intérêt, à mon quotidien, à ma réalité sociale ». Protéger notre société et notre économie : Protéger chacun par des droits sociaux et politiques avancés, réindustrialiser et protéger notre industrie, nos services publics, notre agriculture, nos emplois et nos salaires, notre sécurité sociale. Protéger, c’est rétablir la souveraineté nationale, base de l’unité populaire, de la démocratie sociale, de la citoyenneté et de la laïcité. C’est sortir du cadre impérialiste européo-atlantiste qui draine la plus-value pour financer le complexe militaro-industriel états-unien en crise profonde. Préparer l’avenir et moderniser notre pays : C’est planifier les investissements essentiels, sortir notre économie de l’anarchie du marché, reprendre la main sur les décisions d’investissements. C’est mobiliser les moyens et les énergies pour investir, en planifiant la modernisation de nos structures sociales, économiques et industrielles, en préparant un nouveau modèle productif, agricole et industriel, basé sur les énergies d’avenir, la robotisation et l’intelligence artificielle. C’est établir de nouvelles alliances basée sur la coopération entre les peuples et les nations, dans le cadre des BRICS, de l’Eurasie et de nouvelles relations avec l’Afrique émergente, notamment notre voisine et amie l’Algérie et les pays émancipés du Sahel. Le programme et la participation gouvernementale : Le programme du NFP de 2022 est caduque. Tant mieux ! D’une part, parce qu’il était faux et pleins d’illusions néo-kéynésiennes, d’autre part parce la situation a dramatiquement évolué. Diviser notre programme en « programme minimum » et « programme maximum » comme le propose le texte « Stratégie Communiste » dans le paragraphe suivant ne résout pas la situation : « La participation du PCF à un éventuel gouvernement de la gauche et des écologistes est conditionnée au respect du programme minimal du PCF. Sans cela, le PCF portera son propre programme lors de la campagne et présentera publiquement sa signature de l’accord, comme sa participation à un simple cartel électoral visant à faire barrage à la droite et l’extrême droite. En cas de victoire de la coalition de gauche, le PCF pourra soutenir le gouvernement sans y participer ni s’interdire de fortes critiques sur le caractère très limité de son programme en soulignant publiquement qu’il est en dessous du programme minimal du PCF. » La sacralisation de la notion de « programme » est une illusion électoraliste. La réalité juridique et l’expérience pratique, c’est qu’on vote pour des personnes, des organisations et des cartels basés sur des rapports de force. Comme le disait Chirac, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. En négociation, personne ne peut dire « à prendre ou à laisser ». On verra alors ressurgir « l’ambigüité » : les propositions auront toujours un écart avec notre programme, fut-il « minimum ». Jusqu’où sera-t-il acceptable ? Clarifions : créer un rapport de forces là où nous pouvons le tenir : La véritable question pour participer à une coalition (et a fortiori à un gouvernement) n’est pas celle de telle ou telle mesure (cf. l’expérience Syriza en Grèce), mais celle de la capacité du parti à unir le peuple contre la réaction capitaliste pour peser de manière décisive sur les choix cruciaux et dépasser les limites de l’alliance électorale nécessairement temporaire. Un gouvernement commencera par essayer de réaliser partiellement son programme, puis il dérivera sous la pression des rapports de force. Avec ce critère, le PCF n’est pas suffisamment ancré dans la classe ouvrière pour tenir un vrai rapport de force et donc pour envisager une quelconque participation gouvernementale. Cette option doit donc être « clairement » écartée. La question de la coalition, qui reste aussi « ambiguë », doit être tranchée. C’est là que le PCF doit créer un rapport de force et le tenir pour acquérir un début de crédibilité. Le PCF a la capacité de poser une base de programme populaire unifiant et de l’enrichir et de le préciser au fur et à mesure de la campagne. Il n’a pas besoin, pour défendre ce programme, d’être présent dans les 577 circonscriptions électorales. Il n’a pas non plus besoin de l’accord et d’une négociation avec d’autres partenaires pour définir sa stratégie. Le CN doit être mandaté pour, dès septembre 2026, après avis des Conseils Fédéraux, définir une liste de 240 circonscriptions populaires dans lesquelles le parti envisage de présenter ses candidats. Les négociations seront menées en lien entre la direction nationale, les fédés et sections. Le CN validera ensuite une liste de minimum 180 circonscriptions incluant un candidat ou une candidate du PCF, dont au moins 120 en position de titulaire. Cette liste devra être établie et validée au moins 3 mois avant la présidentielle et, faute d’accord avec d’autres forces significatives (LFI, PS, Ecolos), le parti prendra ses décisions de manière autonome et responsable sur la base de ces minimums. L’ensemble de ces candidats devront porter le programme, la stratégie et la communication du parti, et soutenir sans réserves pendant la campagne des présidentielles le candidat du parti. Sur les transformations des rapports internationaux Tout comme la base commune, ce texte passe à côté des profondes transformations en cours des rapports internationaux, qui, au stade impérialiste du capitalisme, sont des rapports sociaux. Comme précédemment, la prétendue clarté finit en confusion. Le texte ne donne aucune définition claire de l’impérialisme, parle « des impérialismes », ainsi dans la phrase : « La crise de la mondialisation révèle la concurrence entre impérialismes. Contrairement à l’idée d’un capitalisme occidental homogène, les États-Unis, l’Union européenne et leurs principales puissances entrent en compétition directe. », sans expliciter qui sont ces puissances. Le texte évoque l’UE comme « puissance impérialiste » puis comme « impuissance » : « L’UE, fragmentée, est incapable de développer une stratégie autonome et se trouve de plus en plus subordonnée. » La question de savoir à quelle puissance (Allemagne ? USA ?) l’UE est « subordonnée » n’a pas de réponse claire. On peut supposer que c’est aux USA qui sont décrits plus haut comme étant ceux qui « dominent le système impérialiste mondial » L’UE serait donc à la fois en ’compétition avec les USA’ et « subordonnée » à eux, tout en étant elle-même « fragmentée » et même « incapable de définir une ligne capable de s’imposer face aux puissances impérialistes ». Pas facile de s’y retrouver et c’est probablement pourquoi le texte ne propose pas de ligne générale pour agir sur les transformations du monde, mais se limite consensuellement à soutenir les « luttes anti-impérialistes » avec comme exemples le Gröenland et la Palestine. Tout cela pour appeler finalement au pragmatisme sous la formule « Le pragmatisme exige de soutenir sans capitulation idéologique ce qui affaiblit l’impérialisme occidental. » Voilà donc que les puissances impérialistes opposées et en même temps subordonnées, faisant partie d’un bloc appelé « impérialisme occidental » qu’il faut pragmatiquement « affaiblir ». En effet, quant à la notion de « sans capitulation idéologique », elle reste ambigüe. L’impérialisme est abordé de manière contradictoire, il en est de même avec ce qui s’y oppose, le monde multipolaire et les BRICS. D’un côté, le texte semble regretter le manque de force des BRICS : « L’essor de la Chine, la montée en puissance des BRICS et les tentatives de dédollarisation fragilisent l’ordre unipolaire. » Mais, dans la conclusion cette phrase place presque les BRICS en équivalent de l’OTAN : « Les infrastructures financières des BRICS créent des conditions plus favorables aux mouvements de libération, et un monde multipolaire offre davantage d’espace stratégique aux forces progressistes qu’un ordre unipolaire dominé par l’OTAN. » Les BRICS et le monde multipolaire serait juste l’occasion d’obtenir « des conditions plus favorables » et « davantage d’espace stratégique » pour les mouvements de libération et les forces progressistes. On est loin du texte signé par 900 communistes qui proposait l’adhésion de la France aux BRICS. Clarifions : La crise de l’impérialisme découle de l’écart entre les rapports internationaux, encore basés sur la domination financière et idéologique de l’occident et la nouvelle structure mondiale des forces productives : le centre industriel avancé de la Chine socialiste, l’organisation de puissances émergentes autour d’elle, via les BRICS, l’OCS (Organisation de la Coopération de Shanghai et le poids global du prolétariat du sud global largement urbanisé et industrialisé. C’est une courte vue que de dire, comme le fait le texte « Stratégie Communiste » que le monde multipolaire « peine à émerger ». En réalité, au temps de l’histoire, celle de la domination de l’occident sur les routes commerciales et l’accumulation du capital qui commence en 1492, les changements en cours depuis la crise financière de 2007 et qui sont en train de refermer l’ensemble de cette période sont rapides et s’accélèrent encore. On ne peut laisser dans le flou la question de ces changements mondiaux et regarder les guerres en cours comme des conflits datant de la guerre de 14-18, comme si le monde n’avait pas profondément changé. Les avancées que furent la création de l’URSS, la victoire contre le nazisme, la création de la République Populaire de Chine, les victoires du Vietnam, de l’Algérie et la liquidation du modèle colonial ont certes été suivies de reculs, le démantèlement de l’URSS, la restauration du capitalisme dans l’ancien « bloc de l’est » et l’établissement du néo-colonialisme et de la mondialisation néo-libérale. Mais cela ne nous a pas ramené au monde de 1914. La France par exemple, n’est plus dans sa situation ni de 1914, ni de 1945, ni même de 1995 au départ de Mitterrand. Elle vient de perdre en quelques années ses principaux protectorats en Afrique (Niger, Burkina, Mali, Sénégal et Centrafrique). La « CEDEAO », pilier du franc CFA n’est plus que l’ombre d’elle-même et les pays africains font leur marché, négociant avec les USA, la Russie, la Chine, voire avec la Turquie, ce qui leur semble le plus avantageux. Le statut impérialiste de la France tient davantage aujourd’hui à ses liens avec le capital états-unien, des liens de dépendance, qu’à ses propres forces. Le capital industriel français est organiquement lié au capital états-unien. Prenons l’exemple de Total. Hormis la participation des salariés (un des minces derniers fils qui relient Total à la France), les principaux actionnaires du groupe sont des gestionnaires de fonds états-uniens : Vanguard Fiduciary Trust Co. : (USA) 3,7 % Capital Research & Management Co. : (USA) 2,4 % DWS Investment Management Americas, Inc. : (USA) 1,8 % MFS Investment Management Canada Ltd. : (Canada) 1,4 % Caisse des Dépôts et Consignations : (France) 1,4 % Norges Bank (13F) : (Norvège) 1,3 % JPMorgan Investment Management, Inc. : (USA) 1,3 % Goldman Sachs Wealth Services LP : (USA) 1% Fidelity Management & Research Co. LLC : (USA) 1% Si le président du groupe Total est le français Patrick Pouyanné, le numéro 2 du Conseil d’Administration est l’états-unien Robert Glenn Hubbard, par ailleurs président d’une filiale de Blackrock. Cette situation n’est pas propre à Total. On retrouve des situations similaires dans nombre de grands groupes industriels du CAC 40. Et cette intrication est double : la bourgeoisie française confie aussi une partie de ses fonds aux grands gestionnaires d’actifs états-uniens. C’est pour cela que la classe dirigeante française, comme pour la plupart des pays de l’UE, ne peut s’éloigner durablement de la ligne des USA. La classe dirigeante française garde des privilèges en tant que classe bourgeoise impérialiste, tant que les USA lui reconnaisse ce statut, mais les bases de cette situation s’érodent encore plus rapidement que celles de la puissance impérialiste dominante. Alors que l’architecture mondiale est remise en question et que les états prennent la main sur la stratégie du capital, c’est une situation inconfortable. La bourgeoisie a choisi et assumé de confier une large part de ses intérêts à l’impérialisme états-unien. Mais, pour le peuple français, cela heurte profondément l’histoire et la culture nationale. C’est une des bases de la crise nationale, de la perte de souveraineté, du déclassement de la France et la désagrégation de son tissu industriel, économique, social et culturel. Cette crise va être accélérée par la fermeture du détroit d’Ormuz, effective depuis plus d’un mois et demi, dramatique pour les pays européens largement dépendants du pétrole et du gaz importés aux pires conditions. Cette crise nationale n’a pas d’issue favorable dans le cadre du système impérialiste dominant. C’est ce qui pose la question du socialisme avec une actualité nouvelle aujourd’hui, une question d’avenir, à l’horizon d’un cycle historique rendue à la fois possible et nécessaire par les transformations mondiales et l’émergence du monde multipolaire. la question de l’humanité et celle d’un organe central pour le PCF Dernier exemple choisi sur ce texte, celui du traitement de la situation du journal l’Humanité, dont on connaît les accointances avec la fraction « Alternative Communiste » et la France Insoumise. C’est un sujet important parce que les communistes sont très attachés à l’Huma, et de plus en plus excédés par sa ligne éditoriale et parce que, la question de l’organe central est un enjeu clé pour l’existence et le développement d’un parti communiste. On sait l’importance que les dirigeants historiques du PCF accordaient à la presse communiste et à son lien avec le parti. Là, il y a bien clarification, mais les termes en sont assez décevants. Le paragraphe sur l’Huma figure dans la partie ’Principe d’organisations’, dans lequel le cadre général donné est celui du respect des décisions prises par les communistes et leurs représentants dans les instances. ’. C’est la ’base de la démocratie’ nous dit le texte qui met les points sur les i : « Le respect des décisions, engagements et stratégies votés majoritairement par les communistes doit être garanti, y compris par des sanctions à l’encontre de celles et ceux qui iraient à leur encontre. Un tel principe est le garant de la démocratie interne qui fait notre force et notre fierté. » Et bien, s’agissant de l’Huma, l’approche est assez différente : « Refaire de L’Humanité un outil de la bataille culturelle et du renforcement du Parti : Journal communiste, L’Humanité est un outil essentiel pour le mouvement ouvrier. Face aux puissances de l’argent, sa pérennité et son développement relèvent de la responsabilité de tous les communistes. Chaque adhérent·e doit devenir un lecteur·trice abonné·e de L’Humanité. Cela suppose de renforcer les échanges entre la rédaction, la direction du journal et de la Fête de l’Humanité, ainsi que les militant·es communistes. Dans cette perspective, les directions du journal et de la rédaction doivent pleinement siéger au Conseil national. Par leur engagement militant et financier, les communistes font aussi de la Fête de l’Humanité, événement majeur de la rentrée sociale, une priorité et contribuent à son succès. » Le militant communiste, qui devra désormais s’abonner obligatoirement à l’Huma ne gagne aucun droit de regard sur la ligne éditoriale. La Direction de l’Huma (pas seulement la direction générale, mais également la direction de la rédaction) gagne de participer de plein droit au CN. Clarifions : Une ligne éditoriale communiste et un organe central Etre communiste, disait Marx, c’est s’organiser en parti pour renverser le capitalisme. L’ambiguïté actuelle, c’est que l’Huma est qualifiée de « journal communiste » dans les textes de congrès, mais que sa ligne éditoriale dit le contraire. Elle décrit l’Huma comme un « Journal de création communiste ouvert à tous les courants de pensée se réclamant de l’humanisme, des droits humains, du progrès social, démocratique et environnemental », c’est-à-dire un journal qui fut communiste mais aujourd’hui humaniste et de gauche. C’était cohérent avec la ligne du parti de Hue – Buffet – Laurent, durant lesquelles le PCF ne souhaitait pas être autre chose qu’une force d’appui de la gauche, mais cela n’a pas été mise à jour depuis le 38e congrès. Pourtant, l’Huma n’existe que par l’apport du parti. Les militants communistes ne font pas défaut. Ils sont les bâtisseurs de la fête, sans être associés aux choix de son programme politique. Ils sont abonnés et organisent des initiatives de financement, mais leurs courriers à la rédaction n’obtiennent trop souvent que des fins de non-recevoir. Le débat doit être posé de la politique des communistes en termes de presse. Il est cohérent et nécessaire que l’Huma redevienne un journal communiste et cela ne choquerait pas son lectorat. Nombre de non-communistes pensent encore qu’en achetant l’Huma, ils s’informent de la position du PCF sur les questions nationales et internationales importantes. Les militants communistes ont besoin d’un organisateur collectif, rôle essentiel de la presse communiste. D’un journal qui développe les positions du parti, rend compte de sa vie et de son activité, qui met en évidence l’intérêt de s’organiser, d’adhérer au parti, qui donne des éléments pour préparer un rapport de cellule ou de section, d’un journal qui ne traite pas le PCF comme un parti de gauche comme les autres, mais qui assume de lui accorder une place importante et particulière. C/ Conclusion : Face aux enjeux de ce congrès, la base commune demeure pour moi le texte sur lequel nous devons nous rassembler. Elle est à travailler, à amender, et la contribution des camarades apporte, au delà des critiques ici formulées des analyses et des propositions qui peuvent y trouver leur place dans le débat collectif, constructif et fraternel. Le contenu de ce texte globalement ne peut remplacer la base commune, ni le travail collectif d’appropriation et de réflexion qui est nécessaire. Un vote pour un texte alternatif ne remplace pas ce travail. Notre critique de l’électoralisme devrait le soutenir. Le temps du congrès est court. Les communistes vont donc devoir se consacrer prioritairement à cet échange collectif, après s’être unis et avoir écarté la principale menace, celle de ceux qui veulent tirer le parti vers son passé, vers la période où il n’était qu’une force d’appoint au service de divers courants sociaux-démocrates |
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