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![]() https://histoireetsociete.com/2024/08/26/le-dollar-comme-du-lierre-qui-tiendrait-le-mur-par-jean-claude-delaunay/ Bonjour Xuan, Bonjour mes camarades. Un clou chasse l’autre, et il y a tant de choses à comprendre chaque jour qu’il serait vain et sans intérêt de rester sur l’écran d’Histoire et Société. Sans vouloir clore la discussion, voici une petite remarque, faisant suite à ce que tu dis, Xuan, concernant la volonté du gouvernement chinois de limiter la casse au maximum. Je pense que tu as raison. Les Chinois sont des révolutionnaires. Ce ne sont pas des casseurs. Parce que, si la puissance monétaire américaine s’effondre de son propre mouvement sans que l’on cherche à contrôler, à orienter, voire à réduire les effets de cet effondrement, c’est tout le monde qui est touché, les américains comme les autres. C’est le paradoxe de la lutte contre l’impérialisme, partout infiltré dans les affaires du monde comme l’est le lierre dans un mur, que pour lutter contre lui, la Chine socialiste et ses alliés doivent contribuer à le faire disparaitre sans disparaitre avec lui. À un moment donné, en effet, ce n’est plus le mur qui supporte le lierre, c’est le lierre qui tient le mur. Cela dit, le mur ne tenant plus que par le lierre, est-ce une raison pour laisser le lierre se développer et nous dévorer à notre tour? Je pense que nous sommes dans cette situation et que le marxisme, ainsi que la discussion collective menée dans une perspective révolutionnaire cela va de soi, ne sont pas de trop pour y faire face. C’est l’un des problèmes que, à mon avis, nous, communistes français, devrions examiner attentivement, avec les Français d’abord, mais aussi avec nos homologues communistes européens, américains, chinois, et du monde entier. Certes, la monnaie n’est qu’un aspect de l’immense problème qu’est l’impérialisme. Mais c’est un aspect important que la théorie marxiste nous permet d’aborder de façon rationnelle, précise, libératrice. Il est important que nous comprenions ce que fait le gouvernement communiste de la Chine. Voici mon interprétation des phénomènes. Vous la complèterez ou la redresserez utilement. Je pars donc de la monnaie, qui est notre sujet. La monnaie est un rapport social ordinaire et non une chose puissante, mystérieuse, extérieure à notre capacité humaine d’intervention. Chaque peuple peut et doit en assurer la maîtrise, dans le cadre d’une approche ouverte, planétaire, réciproquement avantageuse. Trois points méritent d’être soulignés pour comprendre ce qui se passe. A) La monnaie est une créance sur le travail social d’aujourd’hui et de demain. C’est un droit de tirage sur cette quantité, le travail social, le travail vivant et mort dépensé dans l’intervalle. En tant que droit de tirage, c’est une sorte de «droit passif». Et c’est en même temps un «droit actif», un rapport social à l’aide duquel on peut mettre en œuvre le travail vivant et s’en approprier privativement la dépense. Le fondement de la monnaie est le travail social. Précisément, en ce début du XXIe siècle, les sociétés modernes, et les populations qui les habitent, aspirent non seulement à l’indépendance politique. Elles aspirent aussi, et complémentairement, au droit à disposer pleinement de leur travail. Cela suppose notamment qu’elles contrôlent les flux de travail sous forme monétaire qui sortent de chez elles et qui y entrent. Cela s’appelle le contrôle des mouvements de capitaux. Keynes y était très favorable. Elles veulent donc, ces sociétés, utiliser pleinement et librement leur monnaie et non se soumettre à une monnaie particulière, à un pouvoir spécifique qui leur est étranger. Elles veulent se développer. Elles veulent utiliser leur travail et leurs ressources. Elles souhaitent que ces ressources ne soient pas utilisées par d’autres sans contrepartie. Elles souhaitent que leur population puisse travailler sur place au lieu de se rendre en Europe ou en Amérique du Nord. C’est à cela qu’aspirent notamment les BRICS et les membres de l’OCS. Ils sont comme le Tiers Etat il y a deux siècles et demi, ils veulent être quelque chose. Nous sommes en train d’achever le cycle des révolutions bourgeoises avec la fin de l’Impérialisme et la généralisation de l’aspiration au développement. Simultanément commence le cycle des révolutions socialistes. Quel sera le prochain pays socialiste? Nous ne sav ons pas. Mais c’est sûr, il y en aura un, plusieurs. B) Ça, c’est le premier point. Mais comme je l’ai indiqué dans mon précédent texte, ce bourgeonnement révolutionnaire mondial n’a pas et ne peut pas avoir pour but de supprimer le dollar US, c’est-à-dire les États-Unis, qui sont un grand pays. Certes, il est plein de connards et de shmucks. Mais il est plein aussi de gens généreux, intelligents. L’histoire révolutionnaire des États-Unis est une histoire magnifique. Il s’agit donc seulement de supprimer la fonction du dollar comme agent de rapports sociaux impérialistes, mis en oeuvre par des agents bancaires et financiers aux pouvoirs totalement débridés et libérés, ayant l’appui d’institutions comme le FMI, soumises au droit de véto américain. Essayons d’ailleurs d’être concret. Qu’est-ce que cela veut dire? Supposons qu’un pays sous développé veuille se développer. Va-t-il pouvoir s’endetter au plan international dans sa monnaie? La réponse est non. Tous les banquiers du monde vont rire au nez du président de ce pays sans fortune. «Endettez vous en dollars, mon ami». Donc ce pays, s’il le peut, si le FMI en est d’accord, s’endette en dollars. Mais il doit rembourser en dollars, c’est-à-dire vendre des marchandises (exporter) et trouver les dollars qui lui permettront de régler sa dette. C’est un cycle infernal qui commence pour cette économie et sa population. D’autant que, pour vendre, il faut des infrastructures, des routes, des ports, des chemins de fer, des aérodromes, des travailleurs qualifiés. J’abrège. Je cherche simplement à dire que le dollar peut être soit un instrument du commerce soit un instrument d’exploitation. Aujourd’hui la majorité des pays l’acceptent comme moyen commercial et tendent à le refuser comme moyen d’exploitation. La Chine a pu supporter le choc de l’impérialisme parce que c’est un continent, un pays solide et de longue histoire, un pays socialiste, et que les Chinois ont l’habitude de travailler comme des dingues. Ils ont donc travaillé comme des dingues pour leur propre développement. Ensuite ils se sont ouverts et ont cherché à bénéficier, contre rémunération, tant du savoir-faire des multinationales industrielles que de la profondeur des marchés nord-américains et européens. Il y eut des heurts, mais globalement, ça a marché. Le problème avec la Chine, c’est que ce pays de longue histoire et de vieille culture s’est aussi mis à travailler comme un pays de dingues, non seulement avec ses bras mais avec sa tête. Qu’on leur coupe tous la tête, s’est alors écriée la Dame de Pique. Mais la Chine n’a pas terminé son développement. Elle a encore beaucoup à faire. Elle est donc, comme l’ensemble des peuples souhaitant se développer, prête à commercer avec les États-Unis ou les pays d’Europe mais non à se soumettre à eux. C’est hors de question. C) Comment faire dans ces conditions? Je crois que l’évolution des faits nous donne la réponse. Après la crise de 2007-2008, d’une part la Chine a joué franc jeu avec les États-Unis. Son gouvernement (Hu Jintao, Wen Jiabao) a mis 500 millions de dollars sur la table pour renflouer les affaires du monde. D’autre part, des propositions précises ont été faites par la Banque centrale de Chine pour réformer le système monétaire international. La conception du moment n’était donc pas de créer autre chose que l’ancien. Elle était de faire évoluer l’ancien. Les dirigeants américains n’ont tenu aucun compte de ces efforts. En 2009, il y eut ce premier mouvement des BRIC, puis en 2010 ou 2011, l’Afrique du SUD s’y est jointe. Un groupe de contestataires se forme. Leurs membres sont très différents les uns des autres, voire hostiles entre eux. L’Inde par exemple ne peut pas blairer la Chine. Donc les Impérialistes regardent ça du coin de l’oeil en ricanant silencieusement. Et puis voilà que ces contestaires se mettent à s’organiser. Ils décident de se réunir chaque année. Ils se mettent à réfléchir au système monétaire international, au dollar, au rôle des organismes internationaux, à ce qui serait leur intérêt commun dans cette histoire, etc. En 2013, les Chinois lancent leur projet de Routes de la soie. En 2014, ils mettent à l’étude leur projet de nouvelle monnaie électronique de banque centrale. En 2015, ces Brics créent une banque de développement particulière. Qu’est ce que tout cela veut dire? A mon humble avis, tout cela veut dire que, puisque l’un des propriétaires du mur ne veut rien entendre concernant le lierre qui envahit tout, il va falloir construire un autre mur. La construction de cet autre mur me paraît une certitude, un mur qui devra être distinct du mur enlierré. Ce qui n’est pas encore décidé, c’est si les constructeurs du nouveau mur continueront, ou non, à avoir des relations à peu près pacifiques avec le propriétaire (l’impérialisme global) du mur enlierré ou s’il y aura la guerre entre eux. Cela ne dépendra uniquement des propriétaires du mur enlierré. 2014 semble une année de premier plan dans l’histoire de l’impérialisme contemporain. C’est en 2014, en effet, que sont signés les accords de Minsk à propos de l’Ukraine, des accords bidon, nous le savons maintenant, destinés à mettre la Russie au pas et à lui faire la guerre si besoin est. La Russie est en effet, un État charnière au sein des Brics. C’est grâce à la Russie, État dont l’alliance avec la Chine est de nature stratégique, que l’Inde, qui n’aime pas trop la Chine, mais qui entretient de bonnes relations avec la Russie, se tient à peu près correctement au milieu des BRICS. Bref, «la grosse limace», pour reprendre le langage champêtre et gascon de Castelnau, la grosse limace Hollande, que nous avions alors comme président, a non seulement menti à propos des banquiers. Elle a menti sur la guerre à la Russie, déjà envisagée en 2014. Elle a menti sur tout. J’en termine en me disant combien il est intéressant d’observer que nous, communistes français, nous faisons à nouveau alliance avec le parti de la grosse limace, qui elle-même, réapparaît sur les photos. Serions nous devenus le parti des gros cons? |
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![]() Jean-Claude Delaunay : pourquoi la Chine ne peut ni ne veut remplacer le dollar … 20 août 2024 https://histoireetsociete.com/2024/08/20/jean-claude-delaunay-pourquoi-la-chine-ne-peut-ni-ne-veut-remplacer-le-dollar/ Jean-Claude Delaunay apporte des analyses essentielles qui nous permettent d’entrevoir le caractère totalement original du socialisme chinois et l’impact qu’a sur le monde multipolaire son rôle dirigeant qui n’est pas non plus en train de remplacer celui des USA. Cette réflexion dans le cadre de la crise du dollar et de ses retombées mortifères en terme de récession pour l’ensemble de la planète est éclairante et elle ne doit jamais être isolée d’autres aspects de la crise multiforme de l’impérialisme. Passer à un monde multipolaire, des formes nouvelles de coopération souveraines dans des domaines aussi divers que les problèmes environnementaux, climatiques, d’échange inégal, et dont le financier et le monétaire devraient être le nerf, serait déjà compliqué si tout le monde était d’accord, mais quand ce qui est encore la première puissance du monde est totalement en désaccord et a à sa tête des gens qui sous couvert de “dissuasion” démocratique sont prêts à l’escalade nucléaire et encouragent des déstabilisations terroristes partout, on peut imaginer le caractère complexe de ce à quoi sont confrontés les dirigeants chinois qui se retrouvent à la tête du processus. Jamais la théorie marxiste, sa capacité à saisir les déterminants objectifs (le développement des forces productives, la lutte des classes) mais aussi à opérer de ce fait une critique de l’économisme comme le fait ici Jean-Claude et comme nous tentons de le faire dans ce blog n’est autant apparue comme la théorie capable de cette dialectique pratique. (note de Danielle Bleitrach pour histoire et societe) Je suis désolé de manquer totalement de modestie, mais je renvoie au texte que H et S a publié sur la monnaie numérique de banque centrale (MNBC). Je pense avoir mieux compris les choses depuis, mais quand même, je n’avais pas dit que des bêtises. Et maintenant, j’exprime simplement ce que je crois. Un système monétaire tel que celui reposant sur le dollar ne pourra pas être remplacé uniquement parce que d’autres monnaies que le dollar US sont ou seront utilisées dans la circulation mondiale des marchandises. Certes, il y a un lien. Mais ce n’est pas suffisant. La monnaie est un rapport social de circulation et de production. C’est donc lorsque la Chine (car seule la Chine socialiste est en mesure de promouvoir un tel système) avec la collaboration et sous l’impulsion des autres pays membres des BRICS et de l’OCS, auront réussi à définir les règles et à construire les institutions nécessaires au développement économique, c’est-à-dire aussi à l’usage de la monnaie comme rapport social de production pour le développement économique, que la boucle sera bouclée et que le système adverse, celui du dollar monopoliste de l’impérialisme global (je ne dis pas de l’impérialisme sans conflits et sans contradictions, je dis de «l’impérialisme global» ![]() Pour l’instant, le «dollar system» repose sur ce qui reste de puissance à l’impérialisme, sur la force et le poids des habitudes, sur les engagements du passé, et sur le fait qu’il n’y a rien en face. Il repose aussi sur une définition incomplète des objectifs recherchés. Ce qui est visé n’est pas la disparition du dollar en tant que monnaie des États-Unis, c’est la disparition du dollar en tant que monnaie de l’impérialisme global et de la guerre que ce système porte en lui, comme la nuée porte en elle l’orage, la pluie et la grêle. Je vais terminer ce bref texte à l’aide de deux commentaires. Le premier concerne l’histoire de l’impérialisme américain. A l’époque où le super-impérialisme fut mis en place (Bretton-Woods), les dirigeants politiques de ce système ont fait pour eux l’expérience que la guerre était bienfaisante, non seulement parce qu’elle stimulait la production et les activités du complexe militaro-industriel, mais encore parce qu’elle détruisait, sur une grande échelle, du capital en excédent, tout en laissant intact le centre géographique et politique de l’impérialisme. La guerre est devenue un moyen régulier du fonctionnement économique capitaliste. L’essentiel étant qu’elle se passe ailleurs que chez soi. Parce que s’il en était autrement, il serait plus difficile d’avoir Bill Sanders dans son camp. Je pense que ce passé proche hante la vision des impérialistes américains d’aujourd’hui. Mon deuxième commentaire vient de la sagesse chinoise, une sagesse un peu pessimiste comme peut l’être parfois la sagesse populaire, car le peuple peut ne pas avoir d’illusions sur le comportement du monde. Le proverbe que je vais citer s’énonce ainsi : « Tant qu’on ne voit pas les cercueils, il n’y a pas de larmes ». 不见棺材 不落泪。Bu jian guancai (prononcer guantsai) bu luo lei. C’est quand les cercueils sont devenus un peu plus fréquents que les Américains ont commencé à réfléchir à ce que leur apportait la guerre qu’ils menaient contre les vietnamiens. Faudra-t-il que les cercueils se fassent plus nombreux pour que la conscience majoritaire dans les pays développés de l’impérialisme devienne une exigence de paix ? Nous ne le savons pas. Ce que nous savons en revanche, nous, communistes, c’est ce que notre compréhension du mouvement du monde nous permet d’affirmer avec certitude. Nous proposons notamment, à toutes celles et à tous ceux qui veulent entendre notre voix, de lutter pour le développement économique du monde à commencer par celui des pays les plus démunis de la planète, et que règnent partout des rapports sociaux de paix. Développement, Paix, Liberté, Tel pourrait être notre mot d’ordre |
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![]() 31 MAI 2024 https://histoireetsociete.com/2024/05/31/de-la-nouvelle-monnaie-de-la-chine-socialiste-e-cny-et-de-la-monnaie-en-general-par-jean-claude-delaunay/ Au delà de la monnaie numérique dont il est question dans ce travail important de Jean-Claude Delaunay, il y a la description d’une méthode d’expérimentation du gouvernement chinois partant d’un cas et s’élargissant peu à peu pour en maitriser les effets… Quitte à transformer en profondeur les orientations quand la contrainte capitaliste de plus en plus hostile l’impose mais aussi face à une insatisfaction diffuse de la population. C’est donc une fois de plus une approche tout à fait originale que nous propose Jean-Claude, approche qui là aussi devrait donner lieu à une réflexion en particulier sur ce qu’est la transition socialiste à travers l’expérience chinoise dans sa spécificité, ce qui est conjoncturel, mais aussi dans un contexte structurel qui reste la domination du dollar de plus en plus remis en cause en particulier par les BRICS et par une montée des peuples du sud et des luttes des classes. (note de Danielle Bleitrach pour histoire et société ![]() DE LA NOUVELLE MONNAIE DE LA CHINE SOCIALISTE (e-CNY) ET DE LA MONNAIE EN GÉNÉRAL Essai marxiste d’interprétation Jean-Claude Delaunay Après son élection au poste de secrétaire général du Comité central du PCC, en remplacement de Hu Jintao, Xi Jinping fut l’initiateur d’une nouvelle stratégie, appelée «nouvelle normalité». Ce projet de long terme visait à redonner un nouvel et substantiel élan à l’économie comme à la société chinoises[1]. En effet, la «Grande Réforme», pensée par Deng Xiaoping au début des années 1980, puis mise en œuvre par Jiang Zemin à partir des années 1990, avait produit ses effets. Mais elle était entrée dans la zone des rendements décroissants. D’une part, la crise désormais ouverte du système impérialiste après 2008 permettait d’anticiper que la politique de développement tirée par les exportations en direction des pays riches serait soumise à des tensions croissantes, tant au plan économique que politique. D’autre part, existait dans la population chinoise le sentiment diffus que «les choses n’allaient pas bien», en Chine même. Il s’agissait donc, après les vingt années de gouvernement présidées par Jiang Zemin et Hu Jintao, de donner à la «Grande Réforme», une nouvelle et puissante impulsion, à la fois nationale et internationale, tant au plan économique et politique qu’idéologique. C’est ce à quoi s’est employé Xi Jinping et son équipe, après le magistère de Hu Jintao, qui prit fin en novembre 2012. La monnaie numérique dont il est question dans ce texte fut évoquée comme projet au cours de 2014, il y a 10 ans, mais fut ignorée du grand nombre[2]. Après l’arrivée de Xi au secrétariat du PCC, c’est d’abord à la lutte contre la corruption, puis à l’éradication de la pauvreté, que s’intéressèrent les Chinois. La mise au point de nouvelles formes monétaires, opération d’ailleurs délicate et demandant du temps, retint d’autant moins leur attention que, parallèlement au projet gouvernemental, les grandes plateformes telles que Tencent et Alibaba, avaient lancé, avec un succès fulgurant, des formes électroniques de paiements de détail. Ce pays, dont la population ne connaissait pas le chèque et qui avait l’habitude de la manipulation des billets de banque traditionnels ainsi que de leur stockage dans les armoires et sous les matelas, mais qui était également fascinée par les téléphones mobiles, adopta très rapidement, dans sa grande masse, l’usage de cette monnaie électronique lancée par les dites plateformes. Cette monnaie est apparemment identique à la monnaie numérique[3], ce qui a sans doute retardé et retarde encore la compréhension de l’existence et de la finalité de cette dernière. Mais la monnaie numérique (ou digitale) et la monnaie électronique sont, en réalité, totalement différentes l’une de l’autre, comme l’indique Wang Wen[4] et comme l’expliquent Aglietta et Valla (chapitre 2)[5]. Je ne vais pas reprendre, ici, les raisons de cette différence. Je note simplement que la banque centrale de Chine (acronyme anglais : PBC), malgré le peu d’éclat de son importante mission, a continué d’avancer, à la manière chinoise, c’est-à-dire par expérimentations in vivo, conduites sur des périmètres de plus en plus larges et développées sur la base de recherches. De 2014 à aujourd’hui, on peut distinguer trois grandes étapes dans la progression de ce projet. La première étape, qui va de 2014 à 2017, fut celle de la recherche exploratoire. Elle fut ponctuée par la mise en place, en janvier 2017, d’un Institut de Recherche sur la Monnaie Digitale auprès de la Banque Populaire de Chine. Cet Institut est dirigé par Mu Changchun, un homme expérimenté dans le domaine bancaire ayant, de surcroît, une bonne connaissance de la Banque Africaine de Développement[6]. La deuxième étape, qui s’étend de 2017 à 2020 inclus, fut celle de la préparation concrète et du lancement des expériences «sur le tas». Fin 2019, l’utilisation de la monnaie digitale est lancée dans les villes de Shenzhen, Suzhou, Chengdu, le district de Xiong’an, le cadre légal de son utilisation est défini (adoption de la loi de cryptographie nationale et de celle sur la confidentialité et la sécurité des informations)[7]. En novembre 2020, le programme est étendu aux villes de Shanghaï, Changsha, Xi’an, Qingdao, Dalian, ainsi qu’à Hainan. Comme on le sait, cette année 2020 se termina par l’explosion en Chine du Covid-19. Il semble que cette circonstance ait joué, dans ce pays, le rôle d’un accélérateur de l’expérimentation monétaire en cours. La troisième étape, qui commence en 2021 et qui n’est pas terminée, peut être, en son état actuel, analysée à l’aide des cinq points suivants. 1) Le premier est celui de l’extension de l’expérimentation. Cette troisième période, inaugurée par la publication en 2021 par la PBC d’un Livre Blanc sur la monnaie digitale[8], sorte de bilan des réflexions et actions menées depuis 2014, fut d’abord marquée par l’agrandissement en Chine de la surface d’expérimentation de cette monnaie. Il fut envisagé que la monnaie digitale de paiement électronique (acronyme anglais : DCEP), ou «e-CNY», nom à vocation courante et populaire, serait installée dans quatre provinces (Sichuan, Guangdong, Hebei, Jiangsu) et, au total, dans 23 grandes villes chinoises[9]. En Chine, la monnaie digitale de banque centrale n’est plus un projet. C’est une monnaie réelle, mais localisée. 2) Le second point concerne deux initiatives, de portée symbolique et internationale, à savoir l’utilisation, par les Chinois ainsi que les athlètes et visiteurs étrangers, de la monnaie digitale chinoise dans le périmètre des Jeux Olympiques et Paralympiques d’Hiver de 2022 (régions de Beijing et du Hebei (Zhangjiakou)), puis dans celui des Jeux Asiatiques, en 2023 (Hangzhou). L’e-Yuan est pour l’instant une monnaie pour l’obtention de laquelle seuls les citoyens de Chine continentale peuvent ouvrir un compte. Mais les manifestations sportives, mondiales ou régionales, furent une bonne occasion de la faire connaître concrètement par des étrangers et de mettre en branle d’autres acteurs que la PBC pour cette opération. 3) Le troisième point est de nature institutionnelle. En théorie, l’e-Yuan pourrait être émis et géré uniquement par la Banque centrale de Chine[10]. Mais pour des raisons de prudence dans la démarche (les Chinois, en règle générale, ont tiré la leçon du «grand bond en avant» et n’aiment pas «casser la baraque»), le choix actuel est celui des deux niveaux (en anglais, two-pier system) : la PBC, au sommet de la hiérarchie, et neuf banques venant en deuxième rang (dont sept grosses banques : La Banque de Chine pour l’Agriculture, la Banque de Chine pour l’Industrie et le Commerce, la Banque de Chine pour la Construction, la Banque de Chine (spécialisée dans les relations extérieures), la Banque du Commerce, la Banque Postale et de l’Épargne en Chine, la Merchant Bank) et deux banques internet, (WeBank, de Tencent, un géant de la communication, et MyBank (Alibaba), liée au groupe Jack Ma). Le gouvernement de la Chine envisage que, pendant un certain temps, coexisteront deux sortes de monnaies : celle adossée à la PBC, et, dans une moindre mesure, celle adossée aux banques commerciales. Le pouvoir libératoire de ces deux sortes de monnaie est et sera évidemment le même. Sur cet aspect encore, on peut noter que les Chinois ne semblent pas vouloir «casser la baraque bancaire», alors qu’ils auraient des raisons de le faire. Cela étant dit, il est vraisemblable que «les Mao Zedong roses en papier», de 100 yuans, deviendront de plus en plus rares et seront remplacés par des Mao Zedong, toujours imperturbablement roses, mais cette fois électroniques et de 100 e-yuans. Les grosses banques traditionnelles chinoises joueront le rôle de redistributeur de la monnaie digitale et des crédits stratégiques, en liaison avec la PBC, qui en sera l’émetteur et le planificateur, et dont elles seront en quelque sorte «les assistantes». Mais elles continueront, en même temps que les nombreuses petites banques régionales existant actuellement en Chine, à consentir à leur clientèle des crédits non stratégiques et à gérer leurs comptes. 4) Le quatrième point est lié à la technologie informatique sous-jacente à l’émission de la nouvelle monnaie. Quelle est et quelle sera cette technologie? Les monnaies ont toujours porté la marque des âges techniques dans lesquels elles fonctionnaient. Le métal, par exemple, fut une étape technologique dans l’histoire de la monnaie. Il en fut de même du papier. L’informatique en est une autre, plus compliquée parce que les sociétés actuelles et leurs rapports sont aussi plus compliqués. Quand il est question de monnaie digitale, le concept venant à l’esprit de la technologie associée à ce type de monnaie est celui de «blockchain» ou chaîne de blocs. Je me permets de mentionner un ouvrage récent, scientifiquement important en même temps que de vulgarisation, du professeur Delahaye (Villeneuve d’Ascq), sur cette technologie dont j’ignore les secrets[11]. Comme on le sait, les premières monnaies digitales, et d’abord le Bitcoin, inauguré juste après le démarrage de la Grande crise économique de l’impérialisme (2007-2008), ont été développées sur la base de cette technologie, avec le souci affiché que cette nouvelle monnaie échappe au contrôle de tout pouvoir central. On pourrait donc penser, a priori, que la Banque centrale de Chine utilise d’autres techniques que la blockchain, puisqu’elle est la Banque centrale d’un pays socialiste souverain, dans lequel l’État est le premier moyen de promotion et de défense des intérêts populaires. Le problème soulevé est moins simple qu’il n’y paraît. Certes, l’usage des bitcoins ou d’autres crypto-monnaies de même nature, est interdit en Chine, ainsi que certaines activités liées à ces «créatures». Les crypto-monnaies sont critiquées. Elles n’y sont pas reconnues comme monnaies et n’y ont pas de pouvoir libératoire, sans pourtant qu’il soit illégal d’en détenir. Leur statut est donc à la fois clair et ambigu. Cela dit, les technologies informatiques qui furent conçues pour produire ces monnaies ne sont pas responsables de l’usage qui peut être fait de leur progéniture monétaire. Elles peuvent être améliorées ou réorientées. Pour Jean-Paul Delahaye, par exemple, le reproche souvent adressé au modèle de la blockchain, à savoir être un consommateur excessif d’énergie, n’est pas lié à sa nature même mais à des erreurs de conception, qui pourraient être corrigées[12]. On peut également se demander, comme l’ont fait certains chercheurs chinois, si la principale conséquence de la mise en œuvre de ces technologies n’est pas d’abord et surtout la désintermédiation des monnaies qu’elles engendrent des banques traditionnelles, plutôt que leur «décentralisation» par rapport à l’État. Désintermédiation ou décentralisation? Toute monnaie, quelle qu’elle soit, pour la raison qu’elle est monnaie d’une société, est nécessairement «centrée» sur la structure de cette société. Le bitcoin, par exemple, est centré sur le dollar US. S’il perdait cette référence, il perdrait toute signification, à moins de se trouver un autre centre, par exemple l’euro. On peut donc comprendre les interventions de Xi Jinping faites en 2018 et 2019 en faveur de cette technologie comme ayant eu pour but, non pas de reprendre au compte de la Chine l’idéologie capitaliste et libertaire qui accompagna la naissance du bitcoin, mais de stimuler les énergies intellectuelles et la recherche pour son développement et son adaptation aux besoins de la Chine socialiste[13]. Il s’agirait de ne pas identifier la blockchain et sa progéniture monétaire. Il me semble que le discours, prononcé en septembre 2021, par le Vice-Directeur de la PBC, Di Gang, confirme cette interprétation[14]. Loin de rejeter cette technologie, les scientifiques chinois semblent avoir, au contraire, la conviction de son importance et de son potentiel de bouleversement. En étant une technologie de la grande information, relèguerait-elle Internet, qui serait une technologie de la petite information, au rang des accessoires ? Il conviendrait, de toute façon, de sortir la blockchain de son exclusivité financière tout en contribuant à son évolution interne. En premier lieu, elle doit être liée à la souveraineté de la Chine. Ce point est acquis techniquement. Ensuite, les données proprement monétaires et financières devraient pouvoir être associées à des données différentes, relatives par exemple à l’éducation, à l’emploi, à la santé. Enfin, cette technologie pourrait être combinée à d’autres modèles techniques tels que l’intelligence artificielle ou l’informatique quantique. Le monde serait entré dans une nouvelle phase de ce que Ivan Lavallée a appelé la Cyber-Révolution[15]. La Chine, eu égard à son avance en ce qui concerne les quantités stockables de données ainsi que la vitesse de leur stockage, de leur traitement et de leur utilisation, serait bien placée (6 G, autres brevets et innovations) pour être un acteur de premier plan de cette nouvelle phase. 5) Le cinquième point a trait à la dimension internationale de la monnaie digitale chinoise. L’usage international croissant, bien que modestement croissant, du renminbi, ainsi que les décisions à prendre pour que le processus d’internationalisation soit compatible avec le développement chinois, sont des phénomènes que l’on peut considérer comme indépendants de la mise en place actuelle, en Chine, d’une monnaie digitale. L’internationalisation du renminbi aurait eu lieu de toute façon. Mais puisque monnaie nouvelle il y a, la question est posée concrètement de savoir quelle pourrait être la contribution de l’e-Yuan à ce mouvement. On comprend abstraitement que l’usage des monnaies digitales rendra les opérations commerciales internationales beaucoup plus rapides et moins couteuses pour les entreprises. Mais qu’en est-il dans la pratique interfrontière et dans quelle mesure des niveaux différents d’organisation et de législation monétaires peuvent-ils fonctionner ensemble ? Sans doute est-ce pour répondre à ces questions que la PBC a récemment participé (mars 2022) à une expérience patronnée par la Banque des Règlements Internationaux (acronyme anglais BIS) et réunissant, outre la PBC, les Banques de Réserve de l’Australie et de l’Afrique du Sud ainsi que l’Autorité monétaire de Singapour et la Banque Negara de Malaisie, pour tester, compte tenu des différences techniques et de règlementation, la réalisation des opérations commerciales transfrontières à l’aide d’une plateforme commune de monnaies de banques centrales. Les résultats obtenus sont stimulants pour les entreprises même si de nombreux progrès doivent être encore obtenus pour que la méthode soit généralisée, tant au plan régional que mondial[16]. Dans le domaine international, la Chine des années 2020 est confrontée à bien d’autres problèmes que celui qui vient d’être évoqué. Il est vraisemblable que des solutions devront être trouvées à ce niveau, peut-être sans attendre que l’e-Yuan soit totalement opérationnel. On ne peut cependant manquer d’observer, dès aujourd’hui, que le projet de monnaie digitale de la Chine est plongé dans un contexte monétaire mondial très particulier qui pourra l’influencer. Ce contexte est marqué, d’un côté, par la domination de plus en plus contestée, de plus en plus affaiblie, mais toujours réelle du dollar US ainsi que de l’Impérialisme contemporain et d’un autre côté, par ce contrepouvoir en croissance que forment, réunies, la puissance économique et politique mondiale de la Chine, l’alliance stratégique de ce pays avec la Russie, les BRICS et leur extension récente, les routes de la soie et enfin le réveil de la «conscience africaine». Tels sont les cinq points permettant, me semble-t-il, de décrire, dans ses grandes lignes, l’état actuel de développement et d’opérationnalité de la monnaie digitale initié en Chine en 2014. Le moment approche, avec une sage lenteur, de l’extension de l’usage de la monnaie digitale à toute la Chine. Les choses peuvent aller vite. Toutefois, on n’en est pas encore là et il semble qu’un chemin encore assez long reste à parcourir. Comme l’écrit Pascal Ordonneau, «les annonces faites par la Chine au sujet du lancement du Yuan numérique montrent que créer une monnaie digitale est une entreprise complexe»[17]. Mais il ajoute, ayant lui-même publié deux ouvrages sur cette monnaie, qu’en 2020, «l’émission d’un crypto-yuan soulevait un intérêt poli de la part de quelques spécialistes», mais que, «en l’espace de trois ans, le monde a changé»[18]. Le tableau ci-après est un essai de visualisation, de 2010 à aujourd’hui, de cette évolution et de quelques événements l’ayant accompagnée. Comme elle le fut autrefois; au XIIIe siècle, avec la monnaie-papier[19], la Chine, en raison de ses rapports sociaux de production, de sa direction politique et de sa culture, est manifestement en tête de la nouvelle étape monétaire du monde. L’expérimentation chinoise semble être un stimulant des études et projets de monnaies digitales annoncés dans les pays capitalistes développés ou en développement. Cela dit les modèles monétaires ne se diffusent pas sur des bases simplement techniques ou pour la raison que les gouvernements souhaitent bénéficier de telle ou telle de leurs fonctions. Ils doivent aussi correspondre, de manière intime, aux structures économiques dont ils sont la monnaie. Je me propose donc, dans les parties suivantes, de faire d’abord un rapide rapide exposé de ce qu’est la monnaie, selon l’interprétation de référence marxiste que j’en donne. J’examinerai ensuite quels objectifs la Chine populaire et socialiste peut atteindre avec la nouvelle monnaie digitale. |
Xuan |
![]() La banque centrale chinoise s’engage à accélérer l’internationalisation du yuan et l’ouverture financière de haut niveau 31 MAI 2024 https://histoireetsociete.com/2024/05/31/la-banque-centrale-chinoise-sengage-a-accelerer-linternationalisation-du-yuan-et-louverture-financiere-de-haut-niveau/?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTEAAR1nC1f32YD4NYSS4HzlMGdZd8RrLVkwFNhPXj4X19KxWjKFl0CnA11OvUw_aem_AcQuu29_MllayRl96ztbObjNB3RajH2I0fvLfott8971CVcqFtiqcvY0pXETgMVvCV3AzaT1-B6R-BWkR04EPDCa Voici un éditorial du tabloïd officiel de la Chine dans lequel en miroir avec tous les articles que nous publions aujourd’hui la Chine s’engage sur le plan monétaire dans une alternative au dollar. Notons que cet engagement qui n’a rien de particulièrement facile se fait dans un contexte ou non seulement les liens avec la Russie se sont resserrés mais où la Chine mène dans le cadre des BRICS une activité parallèle à celle de la Russie mais qui resserre les liens avec le monde arabe c’est-à-dire l’énergie mais aussi les routes de l’investissement, et qui table plus que jamais sur le développement scientifique et technique. Par Global Times Publié : 30 mai 2024 23:02 Yuan chinois Photo :VCG Yuan chinois Photo : VCG La Banque populaire de Chine (PBC), la banque centrale, s’est engagée à renforcer davantage la coordination entre le yuan et les devises étrangères et à améliorer les arrangements institutionnels de base pour l’utilisation transfrontalière du yuan, dans le but d’accélérer l’internationalisation du yuan et de renforcer l’ouverture de haut niveau du secteur financier, selon un rapport publié jeudi sur le site officiel de la PBC. Ces efforts ont été déployés dans le cadre du plan vigoureux de la Chine visant à s’établir comme une puissance financière mondiale, une initiative qui, selon les experts, s’alignera sur le développement de haute qualité de l’économie réelle du pays et le consolidera. Ces deux efforts contribueront à l’objectif à long terme de modernisation complète de la Chine et de son développement de haute qualité dans tous les secteurs. Tao Ling, vice-gouverneur de la PBC, s’est engagé lors d’une interview aux médias à mettre en œuvre des plans de grande envergure, tels que l’amélioration du pré-établissement du traitement national parallèlement à un système de gestion des listes négatives, le renforcement des services financiers pour les entreprises transfrontalières et l’engagement actif dans la gouvernance financière mondiale, afin de faire progresser l’ouverture financière de haut niveau, selon le rapport. La Chine accélérera l’internationalisation du yuan en améliorant son utilisation transfrontalière, en renforçant l’infrastructure financière et en favorisant le potentiel du marché offshore du yuan, a déclaré M. Tao, soulignant la position et l’influence internationales croissantes du yuan ces dernières années, en particulier dans les paiements mondiaux, le financement du commerce et les transactions de change. Malgré les risques et les défis potentiels, la Chine reste déterminée à faire avancer les réformes financières et l’ouverture, démontrant la détermination du gouvernement à accélérer l’intégration dans les marchés financiers internationaux, a déclaré jeudi Xi Junyang, professeur à l’Université des finances et de l’économie de Shanghai, au Global Times. « Ces efforts envoient un signal favorable aux professionnels de la finance nationaux et internationaux et aux entreprises concernées, et ils renforceront la compétitivité du secteur financier chinois tout en offrant aux acteurs étrangers des opportunités d’accéder au vaste marché financier chinois », a déclaré M. Xi. Le 17 mai, l’Autorité monétaire chinoise de Hong Kong a annoncé que la Région administrative spéciale de Hong Kong faciliterait la création et l’utilisation de portefeuilles e-CNY (yuan numérique), marquant ainsi le dernier progrès en matière de collaboration avec la PBC pour étendre un projet pilote e-CNY pour les paiements transfrontaliers. Les experts considèrent également cela comme un résultat positif dans l’expansion du marché du yuan offshore. En outre, la Chine a intensifié ses efforts sur tous les fronts pour ouvrir plus largement ses portes aux entreprises étrangères, en particulier dans le secteur financier. Le Conseil des Affaires d’Etat, le cabinet, a lancé un vaste plan d’action le 28 février. Les points forts comprennent l’élargissement de l’accès des institutions financières étrangères aux banques et aux assurances et l’élargissement de leur rôle sur le marché obligataire national. L’ouverture financière de la Chine est passée d’une approche fragmentée et fragmentaire à une approche institutionnelle plus systématique et de plus haut niveau, a déclaré M. Xi. Il a également souligné l’accent mis sur les éléments financiers fondamentaux dans la réalisation de la construction d’un système financier ouvert. Selon le premier rapport systémique de la Chine sur la politique financière publié lundi, le pays a réalisé des progrès notables dans six éléments financiers clés – l’internationalisation du yuan, la construction d’un système de banque centrale moderne, l’expansion des institutions financières, l’amélioration du système moderne de supervision financière, le renforcement d’un centre financier mondial et l’amélioration des professionnels de la finance. « L’internationalisation du yuan est un processus continu. Notre objectif est que le yuan devienne une monnaie largement acceptée et utilisée par les marchés mondiaux et les participants », a déclaré jeudi Zhao Xijun, co-président de l’Institut d’étude sur le marché des capitaux chinois de l’Université Renmin de Chine, au Global Times. La Chine a fait des progrès significatifs dans l’établissement de la réputation, de la commodité et de la valeur relativement stable du yuan, ce qui signifie que la Chine est « bien préparée à l’intégration avec les marchés financiers internationaux ». L’ouverture financière n’a pas érodé mais a plutôt amélioré la résilience des capacités de gestion des risques de la Chine alors que les acteurs du marché s’engagent davantage dans la concurrence mondiale, a ajouté M. Zhao. |
Xuan |
![]() Naturellement la Chine est visée par la suite. Financial Times : La nouvelle ère de la guerre financière 1 9 AVRIL 2022 https://histoireetsociete.com/2022/04/09/financial-times-la-nouvelle-ere-de-la-guerre-financiere-1/ Cet article est le premier d’une série en deux parties sur la nouvelle ère de la guerre financière publié par le Financial Times. Disons tout de suite que la Russie et son rouble résistent au choc, l’autarcie n’a jamais été un drame pour cet immense pays surtout adossé comme il l’est à la Chine, mais il ne faut pas imaginer que ce soit sans souffrances. Cet article nous dit plutôt que les USA cherchent la guerre et la préparent de longue date, la complicité de l’UE, du Canada qui nous entraînent vers une autodestruction. Les Russes le savaient, ils ont été acculés et même si on n’approuve pas l’intervention, il faut avoir le courage de regarder la réalité y compris avant d’aller voter. Cet article décrit les nouvelles formes de guerres initiées par les USA et la servilité des dirigeants européens mais leur arme ultime pourrait bien se retourner contre eux et les secteurs financiers sont inquiets. On mesure bien que cette guerre dont les aspects militaires ne sont qu’un rideau a toujours les exploités, les travailleurs, les peuples comme chair à canon. L’aspect le plus dramatique est la complicité imbécile d’une gauche sans ancrage populaire dans de telles manœuvres et pourquoi personnellement je m’obstine à voter pour le PCF malgré la faiblesse de ses analyses internationales et mêmes financières, parce qu’il faut des organisations et parce que le PCF reste le seul à se méfier sur un plan trop limité mais réel du profit capitaliste et de la finance, les autres ne sont qu’ambition personnelle et opportunisme qui au premier choc les fera se rallier, mais vu l’état du PCF, la porte est étroite. (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete) https://www.ft.com/content/5b397d6b-bde4-4a8c-b9a4-080485d6c64a C’était le troisième jour de la guerre en Ukraine, et au 13e étage du siège de la Commission européenne, Ursula von der Leyen s’est heurtée à un obstacle. La présidente de la Commission avait passé tout le samedi à travailler sur les téléphones de son bureau à Bruxelles, cherchant un consensus parmi les gouvernements occidentaux pour l’ensemble de sanctions financières et économiques le plus étendu et le plus punitif jamais imposé à un adversaire. Un accord était proche mais, à Washington, la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, examinait toujours les détails de la mesure la plus spectaculaire et la plus sensible pour le marché – sanctionner la banque centrale russe elle-même. Les États-Unis avaient été la force motrice derrière la poussée des sanctions. Mais alors que Yellen se penchait sur les petits détails, les Européens, craignant que les Russes n’aient vent des plans, étaient impatients de les pousser au-delà de la ligne d’arrivée le plus rapidement possible. Von der Leyen a appelé Mario Draghi, Premier ministre italien, et lui a demandé de discuter des détails directement avec Yellen pour accélérer. « Nous attendions tous, en nous demandant : ‘Qu’est-ce qui prend si longtemps ?’ » , se souvient un responsable de l’UE. « Puis la réponse est venue: Draghi doit exercer sont talent magique sur Yellen. » Dans la soirée, un accord avait été conclu. Ursula von der Leyen La militarisation de la finance Il s’agit de la première d’une série de deux articles de FT sur les sanctions contre la banque centrale russe et une nouvelle ère de guerre financière. L’article de jeudi posera la question suivante: le système financier international restera-t-il dans l’avenir le même? Yellen, qui présidait la Réserve fédérale américaine, et Draghi, ancien chef de la Banque centrale européenne, sont des vétérans d’une série de crises dramatiques – de l’effondrement financier de 2008-09 à la crise de l’euro. Pendant tout ce temps, ils ont réussi à créer calme et stabilité pour les marchés financiers nerveux. Mais dans ce cas, le plan convenu par Yellen et Draghi pour geler une grande partie des 643 milliards de dollars de réserves de devises étrangères de Moscou était quelque chose de très différent: ils déclaraient effectivement la guerre financière à la Russie. L’intention déclarée des sanctions est de nuire considérablement à l’économie russe. Ou, comme l’a dit un haut responsable américain plus tard ce samedi soir après l’annonce des mesures, les sanctions pousseraient la monnaie russe « en chute libre ». Il s’agit d’un tout nouveau type de guerre – la militarisation du dollar américain et d’autres monnaies occidentales pour punir leurs adversaires. C’est une approche du conflit qui se développe depuis deux décennies. Alors que les électeurs aux États-Unis en ont assez des interventions militaires et des soi-disant « guerres sans fin » , la guerre financière a en partie comblé le vide. En l’absence d’une option militaire ou diplomatique évidente, les sanctions – et de plus en plus les sanctions financières – sont devenues la politique de sécurité nationale de choix. « C’est véritablement le choc et la terreur » , a déclaré Juan Zarate, un ancien haut responsable de la Maison Blanche qui a aidé à concevoir les sanctions financières que l’Amérique a développées au cours des 20 dernières années. « C’est à peu près un débranchement aussi agressif du système financier et commercial russe que vous pouvez l’imaginer. » La militarisation de la finance a de profondes implications pour l’avenir de la politique et de l’économie internationales. Bon nombre des hypothèses de base sur l’après-guerre froide sont en train d’être renversées. La mondialisation était autrefois vendue comme l’impossibilité du conflit, ce serait un réseau de dépendances qui rapprocherait de plus en plus les anciens ennemis. Au lieu de cela, il est devenu un nouveau champ de bataille. La puissance des sanctions financières découle de l’omniprésence du dollar américain. C’est la monnaie la plus utilisée pour les transactions commerciales et financières – avec une banque américaine souvent impliquée. Les marchés de capitaux américains sont les plus profonds au monde, et les obligations du Trésor américain agissent comme un filet de sécurité pour le système financier mondial. En conséquence, il est très difficile pour les institutions financières, les banques centrales et même de nombreuses entreprises de fonctionner si elles sont coupées du dollar américain et du système financier américain. Ajoutez à cela l’euro, qui est la deuxième monnaie la plus détenue dans les réserves de la banque centrale, ainsi que la livre sterling, le yen et le franc suisse, et l’impact de telles sanctions est encore plus effrayant. Les États-Unis ont déjà sanctionné les banques centrales – la Corée du Nord, l’Iran et le Venezuela – mais elles étaient largement isolées du commerce mondial. Les sanctions contre la banque centrale russe représentent une première, celle de l’utilisation de cette arme contre une grande économie et la première fois dans le cadre d’une guerre – en particulier un conflit impliquant l’une des principales puissances nucléaires. Bien sûr, il y a d’énormes risques dans une telle approche. Les sanctions de la banque centrale pourraient provoquer une réaction contre la domination du dollar dans la finance mondiale. Au cours des cinq semaines qui se sont écoulées depuis l’imposition des mesures, le rouble russe a récupéré une grande partie du terrain qu’il avait initialement perdu et les responsables de Moscou affirment qu’ils trouveront des moyens de contourner les sanctions. Quel que soit le résultat, les mesures visant à geler les réserves de la Russie marquent un changement historique dans la conduite de la politique étrangère. « Ces sanctions économiques sont un nouveau type d’art de gouverner économique avec le pouvoir d’infliger des dommages qui rivalisent avec la puissance militaire » , a déclaré le président américain Joe Biden dans un discours à Varsovie fin mars. Les mesures « sapaient la force russe, sa capacité à reconstituer son armée et sa capacité à projeter sa puissance » . Une police financière mondiale Comme tant d’autres choses dans la vie américaine, la nouvelle ère de la guerre financière a commencé le 11/9. À la suite des attaques terroristes de 2001, les États-Unis ont envahi l’Afghanistan, sont allés en Irak pour renverser Saddam Hussein et ont utilisé des drones pour tuer des terroristes présumés sur trois continents. Mais avec beaucoup moins de publicité et de fanfare, ils ont également développé les pouvoirs nécessaires pour agir en tant que police financière mondiale. Quelques semaines après les attaques contre New York et le Pentagone, George W. Bush s’est engagé à « priver les terroristes de financement ». Le Patriot Act, la loi controversée qui a servi de base à l’utilisation de la surveillance et de la détention illimitée par l’administration Bush, a également donné au département du Trésor le pouvoir de couper efficacement toute institution financière impliquée dans le blanchiment d’argent du système financier américain. Par coïncidence, le premier pays menacé par cette loi a été l’Ukraine, dont le Trésor a averti en 2002 que ses banques risquaient d’être compromises par le crime organisé russe. Peu de temps après, l’Ukraine a adopté une nouvelle loi pour prévenir le blanchiment d’argent. Les responsables du Trésor ont également négocié pour avoir accès aux données sur les terroristes présumés provenant de Swift, le système de messagerie basé en Belgique qui est le standard des transactions financières internationales – la première étape d’un réseau élargi de renseignements sur l’argent circulant dans le monde entier. La boîte à outils financière utilisée pour s’attaquer à l’argent d’Al-Qaïda a rapidement été appliquée à une cible beaucoup plus grande – l’Iran et son programme nucléaire. Stuart Levey, qui avait été nommé premier sous-secrétaire au terrorisme et au renseignement financier du Trésor, se souvient d’avoir entendu Bush se plaindre que toutes les sanctions commerciales conventionnelles contre l’Iran avaient déjà été imposées, laissant les États-Unis sans effet de levier. « J’ai rassemblé mon équipe et j’ai dit : ‘Nous n’avons pas commencé à utiliser ces outils, donnons-lui quelque chose qu’il peut utiliser avec l’Iran’ » , a t-il expliqué. Les États-Unis ont cherché à restreindre l’accès de l’Iran au système financier international. Levey et d’autres responsables visitaient les banques européennes et les informaient discrètement des comptes ayant des liens avec le régime iranien. Les gouvernements européens détestaient qu’un responsable américain dise effectivement à leurs banques comment faire des affaires, mais personne ne voulait se moquer du Trésor américain. Sous l’administration Obama, alors que la Maison Blanche faisait face à des pressions pour prendre des mesures militaires contre ses installations nucléaires, les États-Unis ont imposé des sanctions à la banque centrale iranienne – la dernière étape d’une campagne visant à étrangler son économie. Levey soutient que les sanctions financières ont non seulement mis la pression sur l’Iran pour négocier l’accord de 2015 sur son programme nucléaire, mais ont également ouvert la voie à l’action de cette année contre la Russie. « En ce qui concerne l’Iran, nous utilisions des machettes pour réduire le chemin étape par étape, mais maintenant les gens sont capables de le descendre très rapidement » , dit-il. « S’en prendre à la banque centrale d’un pays comme la Russie est mettre en œuvre le top des possibles actuels dans la catégorie des sanctions du secteur financier. » Les banques centrales ne se contentent pas d’imprimer de l’argent et de surveiller le système bancaire, elles peuvent également fournir un tampon économique vital en cas de crise – défendre une monnaie ou payer pour des importations essentielles. Les réserves de la Russie ont augmenté après son annexion de la Crimée en 2014 alors qu’elle cherchait à s’assurer contre de futures sanctions américaines – ce qui lui a valu le terme de « forteresse Russie ». Les importantes réserves d’obligations du Trésor américain par la Chine étaient autrefois considérées comme une source potentielle d’effet de levier géopolitique. « Comment traitez-vous durement avec votre banquier ? » , a demandé la secrétaire d’État Hillary Clinton en 2009. Mais les sanctions occidentales contre la banque centrale russe ont sapé sa capacité à soutenir l’économie. Selon le Forum officiel des institutions monétaires et financières, un groupe de recherche et de conseil de la banque centrale, environ les deux tiers des réserves de la Russie ont probablement été neutralisées. « L’action contre la banque centrale est un peu comme si vous aviez des économies à utiliser en cas d’urgence et que lorsque l’urgence arrive, la banque dit que vous ne pouvez pas les retirer », explique un haut responsable de la politique économique européenne. Une alliance transatlantique relancée Il y a une ironie derrière un ensemble conjoint de sanctions financières américaines et européennes : les dirigeants européens ont passé une grande partie des cinq dernières décennies à critiquer l’influence démesurée de la monnaie américaine. L’une des caractéristiques frappantes de la guerre en Ukraine est la façon dont l’Europe a travaillé si étroitement avec les États-Unis. La planification des sanctions a commencé en novembre lorsque les services de renseignement occidentaux ont recueilli des preuves solides que les forces de Vladimir Poutine s’accumulaient le long de la frontière ukrainienne. Biden a demandé à Yellen d’élaborer des plans sur les mesures qui pourraient être prises pour répondre à une invasion. À partir de ce moment, les États-Unis ont commencé à se coordonner avec l’UE, le Royaume-Uni et d’autres. Un haut responsable du département d’État a déclaré qu’entre cette date et l’invasion du 24 février, les hauts responsables de l’administration Biden ont passé « en moyenne 10 à 15 heures par semaine sur des appels sécurisés ou des vidéoconférences avec l’UE et les États membres » pour coordonner les sanctions. À Washington, les plans de sanctions ont été dirigés par Daleep Singh, un ancien responsable de la Fed de New York qui est maintenant conseiller adjoint à la sécurité nationale pour l’économie internationale à la Maison Blanche, et Wally Adeyemo, un ancien dirigeant de BlackRock en tant que secrétaire adjoint au Trésor. Tous deux avaient travaillé sous l’administration Obama lorsque les États-Unis et l’Europe n’étaient pas d’accord sur la façon de répondre à l’annexion de la Crimée par la Russie. L’UE cherchait également désespérément à éviter un précédent embarrassant plus récent concernant les sanctions contre la Biélorussie, qui se sont avérées beaucoup plus faibles alors que les pays cherchaient à obtenir des dérogations pour leurs industries. Ainsi, contrairement aux pratiques antérieures, l’effort de l’UE a été coordonné directement depuis le bureau d’Ursula von der Leyen par l’intermédiaire de Bjoern Seibert, son chef de cabinet. « Seibert était la clé, il était le seul à avoir la vue d’ensemble du côté de l’UE et en contact constant avec les États-Unis à ce sujet » , se souvient un diplomate de l’UE. Un haut responsable du département d’État a déclaré que la décision de l’Allemagne de supprimer le gazoduc Nord Stream 2 après l’invasion était cruciale pour amener les Européens hésitants. C’était « un signal très important pour les autres Européens que les vaches sacrées devraient être sacrifiées », a déclaré le responsable. Chrystia FREELAND L’autre personnage central était la ministre canadienne des Finances, Chrystia Freeland, qui est d’origine ukrainienne et qui a été en contact étroit avec des responsables à Kiev. Quelques heures seulement après que les chars russes ont commencé à rouler en Ukraine, Freeland a envoyé une proposition écrite au Trésor américain et au département d’État avec un plan spécifique pour punir la banque centrale russe, a déclaré un responsable occidental. Ce jour-là, Justin Trudeau, le premier ministre du Canada, a soulevé l’idée lors d’un sommet d’urgence des dirigeants du G7. Et Freeland a envoyé un message émouvant à la communauté ukrainienne au Canada. « Il est maintenant temps de se souvenir » , a-t-elle dit, avant de passer à l’ukrainien, « l’Ukraine n’est pas encore morte » . La menace de douleurs économiques n’a peut-être pas dissuadé Poutine d’envahir, mais les dirigeants occidentaux estiment que les sanctions financières qui ont été mises en place depuis l’invasion sont la preuve d’une alliance transatlantique revitalisée – et une réfutation de l’idée que les démocraties sont trop lentes et hésitantes. « Nous n’avons jamais eu dans l’histoire de l’Union européenne des contacts aussi étroits avec les Américains sur une question de sécurité que nous l’avons maintenant – c’est vraiment sans précédent » , a déclaré un haut responsable de l’UE. Draghi prend l’initiative En fin de compte, la décision contre la banque centrale russe a été le produit de 72 heures de diplomatie intensive. Avec la Russie apparemment déterminée à une occupation rapide de l’Ukraine, les émotions étaient vives. Lors d’un appel vidéo avec les dirigeants de l’UE le 24 février, le jour où l’invasion a commencé, Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, a averti : « Je ne vous reverrai peut-être plus parce que je suis le prochain sur la liste. » L’idée n’avait pas été la priorité de la planification d’avant-guerre, qui se concentrait davantage sur les banques russes à couper de Swift. Mais la férocité de l’invasion de la Russie a mis en avant les options de sanctions les plus agressives. « L’horreur de l’invasion inacceptable, injustifiée et illégale de l’Ukraine par la Russie et du ciblage des civils – cela a vraiment déverrouillé notre capacité à prendre d’autres mesures » , a déclaré un haut responsable du département d’État. En Europe, c’est Draghi qui a poussé l’idée de sanctionner la banque centrale lors du sommet d’urgence de l’UE la nuit de l’invasion. L’Italie, un grand importateur de gaz russe, avait souvent hésité dans le passé à imposer des sanctions. Mais le dirigeant italien a fait valoir que le stock de réserves de la Russie pourrait être utilisé pour amortir le choc d’autres sanctions, selon un responsable de l’UE. « Pour contrer cela… vous devez geler les avoirs » , a déclaré le responsable. La nature de dernière minute des discussions était essentielle pour s’assurer que Moscou était pris au dépourvu: avec suffisamment de préavis, Moscou aurait pu commencer à transférer certaines de ses réserves dans d’autres devises. Un responsable de l’UE a déclaré que, compte tenu des informations selon lesquelles Moscou avait commencé à passer des commandes, les mesures devaient être prêtes au moment de l’ouverture des marchés lundi afin que les banques ne traitent aucune transaction. « Nous avons pris les Russes par surprise – ils ne l’ont compris que trop tard », a déclaré le responsable. Selon Adeyemo du Trésor américain : « Nous étions dans un endroit où nous savions qu’ils ne pouvaient vraiment pas trouver une autre monnaie convertible qu’ils pourraient utiliser et essayer de subvertir cela. » Les pourparlers de dernière minute ont pris certains alliés occidentaux au dépourvu, les forçant à se précipiter pour mettre en œuvre les mesures à temps. Au Royaume-Uni, ils ont déclenché un week-end frénétique de la part des responsables du Trésor britannique pour finaliser les détails avant l’ouverture des marchés à Londres à 7 heures du matin lundi. Le chancelier Rishi Sunak a communiqué par WhatsApp avec les responsables toute la nuit, les travaux ne se terminant qu’à 4 heures du matin. Pas de stratégie politique claire Pourtant, si la réponse occidentale a été définie par l’unité, il y a déjà des signes de failles potentielles – en particulier compte tenu des nouvelles allégations de crimes de guerre, qui ont suscité des appels à de nouvelles sanctions. Les gouvernements occidentaux n’ont pas défini ce que la Russie devrait faire pour que les sanctions soient levées, laissant certaines des questions difficiles sur la stratégie politique pour une date ultérieure. L’objectif est-il d’infliger des souffrances à court terme à la Russie pour inhiber l’effort de guerre ou l’endiguement à long terme ? Même lorsqu’elles fonctionnent, les sanctions mettent beaucoup de temps à avoir un impact. Cependant, la douleur économique de la crise est ressentie de manière inégale, l’Europe subissant un coup beaucoup plus dur que les États-Unis. Wally Adeyemo, secrétaire adjoint américain au Trésor: « Nous étions dans un endroit où nous savions qu’ils ne pouvaient vraiment pas trouver une autre monnaie convertible qu’ils pourraient utiliser et essayer de subvertir cela » © Johanna Geron / AP Jusqu’à présent, l’Europe a été réticente à imposer un embargo sur le pétrole et le gaz, compte tenu de la forte dépendance du bloc à l’égard des importations d’énergie russes. Mais depuis que les atrocités prétendument perpétrées par des soldats russes dans la banlieue de Kiev ont été révélées, une nouvelle série de sanctions de l’UE a été annoncée mardi qui comprendra une interdiction des importations de charbon russe et, à un stade ultérieur, peut-être aussi du pétrole. Une décision parmi les 27 capitales est attendue plus tard cette semaine. L’autre facteur clé est de savoir si l’Occident peut gagner la bataille narrative sur les sanctions – à la fois en Russie et dans le reste du monde. S’exprimant en 2019, Singh, le responsable de la Maison Blanche, a admis que les sanctions imposées à la Russie après la Crimée n’étaient pas aussi efficaces qu’espéré parce que la propagande russe a réussi à blâmer l’Occident pour les problèmes économiques. « Notre incapacité à contrer la désignation de Poutine comme bouc émissaire » , a-t-il déclaré au Congrès, « a donné au régime beaucoup plus de pouvoir durable qu’il n’en aurait bénéficié autrement » . Dans les semaines et les mois à venir, Poutine tentera de convaincre une population russe en difficulté économique qu’elle est la victime, pas l’agresseur. À la Chine, à l’Inde, au Brésil et aux autres pays qui pourraient potentiellement l’aider à échapper aux sanctions occidentales, Poutine posera une question plus profonde sur le rôle du dollar américain dans l’économie mondiale : pouvez-vous encore faire confiance à l’Amérique ? Reportage supplémentaire de Dan Dombey à Madrid, Colby Smith à Washington, George Parker à Londres, Robin Wigglesworth à Oslo |