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 Non, je ne suis pas Charlie !

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Xuan
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   Posté le 10-01-2015 à 19:16:36   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Que les amateurs d'amalgame aillent se faire foutre, je donne la parole à Loch Lomond, cité par notre camarade Gilbert Remond sur "faire vivre le pcf" :


"Nous sommes tous Charlie" proclame Libération,
et bien non pas moi,
Je n’ai pas fait campagne en faveur du traité de Maastricht, je ne suis pas Charlie,
Je n’ai jamais amalgamé le PCF et le FN, je ne suis pas Charlie,
Je n’ai pas soutenu les bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie, je ne suis pas Charlie,
Je n’ai pas fait campagne pour le OUI au référendum sur la constitution européenne en 2005, je ne suis pas Charlie,
Je n’ai pas cherché à enfoncer Denis Robert et défendu clearstream, je ne pas Charlie,
Je n’ai jamais pensé que Cuba est une dictature, je ne suis pas Charlie,
Je n’ai jamais pensé que Chavez était un dictateur, je ne suis pas Charlie,
Je n’ai pas approuvé le bombardement de la Libye, je ne suis pas Charlie,
Je ne me suis pas réjoui de l’assassinat de Khadafi, je ne suis pas Charlie,
J’ai désapprouvé, en 2006 l’attaque du Liban par Israël, je ne suis pas Charlie,
Je ne prend pas partie, systématiquement pour Israël contre les palestiniens, je ne suis pas Charlie,
Je ne ferme pas les yeux sur le nazisme en Ukraine, je ne suis pas Charlie,
Je pense que Femen est un mouvement qui prend sa source dans l’extrême droite ukrainienne, je ne suis pas Charlie,
Je ne pense pas que la Russie soit un pays dangereux pour la paix dans le monde, je ne suis pas Charlie,
Je ne pense pas que la Russie soit responsable de la situation en Ukraine contrairement à l’UE et l’OTAN, je ne suis pas Charlie,
Je n’ai pas appelé à l’intervention en Syrie, je ne suis pas Charlie,
Je n’ai jamais fait de l’opposition syrienne des héros, j’ai toujours pensé que ce sont des fanatiques islamistes plus ou moins manipulés, je ne suis pas Charlie,
Les journalistes de Charlie, comme les policiers et l’agent d’entretien tués sont évidemment innocents et leur assassinat est injustifiable, mais n’en faites pas des héros...
Rendre hommage aux victimes, oui bien sûr, mais ce n’est pas autour de Charlie et de ses "valeurs" que je voudrais voir se rassembler le peuple français... et refusons cette union nationale masquant l’intention réelle des terroristes et les responsabilités écrasantes des dirigeants français dans la haine suscité par notre pays...

Loch Lomond



____________


Je partage à cent pour cent ce texte ; je viens de répondre ceci à quelqu’un qui voulait me proposer la signature d’une pétition en faveur de Charlie : ce qui s’est passé avec les assassinats de plusieurs journalistes est quelque chose de très grave, pour autant je ne suis pas Charlie, je n’aimais pas ce journal qui n’aimait pas les communistes que nous sommes, et méprisait bien souvent les petites gens.
La presse est en grande difficulté et la liberté d’opinion gravement mise en cause depuis de nombreuses années et de ce point de vue le groupe Lagardère ainsi que d’autre marchants d’armes ont une grande responsabilité dans ce qui lui arrive.
Je trouve donc plus tôt faux cul que le groupe Lagardère qui alimente en armes tous les régimes réactionnaires du monde arabe, se mette en tête de la campagne pour la parution du journal. Le CNR avait un point très clair sur la liberté de la presse, en particulier contre la presse de monopole et ses grandes concentrations.
Exigeons l’application de la loi et le retour aux principes de l’ordonnance de 45.

Gilbert Rémond


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   Posté le 10-01-2015 à 19:20:38   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

A signaler des marches alternatives à la procession officielle de la bourgeoisie.


Edité le 10-01-2015 à 19:23:35 par Xuan




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   Posté le 10-01-2015 à 19:28:38   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Sur oùvalacgt :

Charlie Hebdo : un syndicat CGT sort du consensus !


L'émotion est grande partout après le massacre à Charlie Hebdo, doublé de la prise d'otages à Vincennes. A l'heure où nous écrivons, les manifestations se déroulent partout en France, et demain on nous annonce un point d'orgue à Paris, avec la présence de Angela Merkel, Matteo Renzi, Hollande et Sarkozy, les présidents polonais et ukrainiens et bien d'autres "vrais démocrates"... Même le FN va défiler en province, même s'il sera absent à Paris !

L'ensemble des syndicats (la CGT en tête...) sont rentrés dans le jeu, en appellent comme tout le monde à défendre la démocratie et à participer à ces manifestations, voir l'appel intersyndical ici sur le site de la CGT. Appel qui ne se démarque pas d'un millimètre de l'appel officiel et consensuel pour la défense de la démocratie et de la liberté...

Nous publions ci-dessous la déclaration du syndicat CGT de Saint-Gobain Aubervilliers qui dénote assez franchement de ce consensus assez gênant, c'est le moins qu'on puisse dire...



Un exemple à suivre !

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   Posté le 11-01-2015 à 00:15:01   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Gilbert Remond nous communique ce courrier :

Salut,

Les crimes horribles contre la rédaction de Charlie hebdo et les assassinats à Paris suscitent une grande indignation. Cette indignation est plus que justifiée. L'obscurantisme n'en est pas à son coup d'essai. Au Kurdistan syrien, le peuple se bat depuis des mois contre l'obscurantisme armé. Mais cette résistance héroïque n'a pas le privilège de faire la Une. Pire, le meurtre de trois militantes Kurdes assassinées à Paris reste impuni et leur organisation de lutte classée dans les organisations "terroristes".

Aujourd'hui on nous demande de défiler en rang serré derrière le drapeau tricolore et "l'unité nationale". On nous demande ainsi, au nom de la "liberté d'expression", de défiler avec ceux qui nous exploitent, avec la police qui tue et mutile à Nantes et au Testet, qui pourchasse les sans papiers, qui répond par la matraque aux gens qui luttent dans les usines et dans la rue.

L'"unité nationale" sera très bientôt invoquée pour justifier de nouvelles lois contre les libertés et l'"ennemi intérieur".

Cette "unité nationale" ne nous fera pas oublier qu'en matière de libertés et d'humanité, les dirigeants politiques sont les derniers à pouvoir nous faire la leçon. Qui rappellera, par exemple, que l'alliance des dirigeants PS et UMP avec les patrons ait prolongé le scandale de l'amiante, qui provoquera en définitive 100 000 morts (selon l'Agence de veille sanitaire) ? Qui rappellera que ces dirigeants sèment le chaos aux quatre coins du monde et trempent leurs mains dans le génocide au Rwanda ?

Il faut faire entendre notre voix, mais une autre voix !
Non à l'obscurantisme ! Non au racisme !


Tangi


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   Posté le 11-01-2015 à 08:22:37   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

« Etre ou ne pas être Charlie, là n'est pas la question » – pour l'Union juive française pour la paix (UJFP)

solidarite-internationale-pcf



Communiqué de l'Union juive française pour la Paix (UJFP) repris par http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/


Dans le chaos provoqué par l’attentat monstrueux qui a coûté la vie à douze êtres humains, il n’est pas facile de se situer : Entre ceux qui expriment uniquement douleur et colère justifiées, ceux qui « craignent les amalgames » et ceux qui appellent à l’union nationale (et internationale) contre l’Islamisme radical sous la bannière du slogan « je suis Charlie ».


Bien sûr, le crime appelle douleur et colère, mais contre quoi exactement ?


Ce massacre ignoble est revendiqué par des individus qui se disent membres de Al Qaida. La nécessité absolue de combattre les mouvances obscurantistes de l’islamisme radical ne doit pas nous rendre amnésique. Ces courants qui s’imposent par la terreur affirment commettre leurs crimes au nom de l’Islam. Leur développement a été rendu possible par les interventions impérialistes, le démembrement des États et l’utilisation par l’Occident de ce courant contre les forces progressistes. En France, la situation sociale insupportable que vit la population issue de l’immigration post-coloniale, le racisme d’État, l’islamophobie, les discriminations, la stigmatisation ou les contrôles au faciès portent une responsabilité évidente dans l’essor de ce courant qui touche en réalité une frange marginale d’une jeunesse de toutes origines mais sans horizon.


Bien sûr le crime risque de provoquer des amalgames. Mais ces amalgames sont-ils nouveaux ? Charlie Hebdo, qui a longtemps représenté pour nous l’impertinence, l’insolence de mai soixante-huit, Wolinski, Cabu, l’écologie, RESF, ne s’est-t-il pas justement distingué dans l’art graphique et politique de l’amalgame depuis des années ? Et que les choses soient claires, personne ici ne dit qu’il n’avait pas la liberté de le faire et il a eu toute liberté de le faire des années durant.


Avoir la moindre complaisance ou compréhension pour des assassins de dessinateurs ou pour la mise à mort de gens en raison de leurs idées est insensé.


Mais Charlie Hebdo a mené une bataille politique. Et occulter et faire oublier dans quel contexte il publiait ses caricatures faisait partie de sa bataille politique.


Peut-on imaginer des caricatures émanant de journaux progressistes critiquant la religion juive pendant les années trente au moment de la montée de l’antisémitisme et de la persécution des juifs ? Et nous ne parlons pas ici de caricatures antisémites de l’époque mais de caricatures critiquant la religion juive.


Comment la critique des religions pourrait-elle faire abstraction du rapport dominant/dominé ? Critiquer les religions cela se fait aussi dans un contexte, dans un moment politique qui n’est aucunement neutre à l’égard des musulmans. Les actes de Charlie Hebdo, et les caricatures et les articles sont des actes et ont participé au développement de l’islamophobie en France. Développement du mépris et du racisme à l’encontre de tous les musulmans, des lois chargées de protéger « la laïcité à la française » contre eux, des mosquées attaquées, des agressions physiques contre des gens « d’apparence musulmane ». Leur désignation comme boucs émissaires de la crise économique et sociale, qu’ils subissent aussi et souvent en première ligne, à l’aide des « amalgames » est en marche depuis des années.


Des ghettos et des discriminations, il n’en est pas question aujourd’hui, l’« union nationale » peut se faire avec le sang de tous ces morts, contre les musulmans, des mosquées brûlent déjà (encore), le terrain a été préparé de longue date.


Le « suicide français » est en marche annonçait le mois dernier un autre Charlot.


« L’Union Nationale » et « l’Union Sacrée » que l’émotion autour du massacre qui vient d’être commis essaie de nous imposer, manipulent les sentiments d’horreur et de révolte légitimes au service d’autres significations bien plus complexes et douteuses. La liberté d’expression n’est pas menacée en France, même la plus raciste. Nous ne sommes pas dans le camp de ceux qui soutiennent le racisme d’État ou les interventions impérialistes. Nous n’acceptons pas le « choc des civilisations » et la logique « terrorisme/antiterrorisme ». Nous refusons d’avance toutes les nouvelles lois « sécuritaires » et toutes les nouvelles formes de discrimination ou d’injonction à l’égard des musulmans que cette union nationale ne peut manquer de produire. .


Alors aujourd’hui craindre l’amalgame nous semble plus qu’insuffisant. La France se dit un État de droit, les criminels doivent être arrêtés et jugés pour leurs crimes. Mais leur crime va bien au-delà, il vient en réalité de libérer la politique de l’amalgame, et du bouc émissaire. En ce sens les bourreaux comme les victimes de l’attentat étaient partie prenante de la guerre des civilisations. En ce sens, si les assassins nous font horreur, Charlie n’était pas et n’est pas pour autant notre ami et « nous ne sommes pas Charlie ». Si notre solidarité et notre profonde compassion vont à tous les journalistes, salariés, policiers, victimes innocentes de cette tragédie et à leurs familles, l’union qu’il faut construire aujourd’hui est celle d’une France qui accepte d’être enfin celle de tous ses citoyens, musulmans inclus. La bataille contre le terrorisme passera par la bataille pour l’égalité, la justice, la reconnaissance de la France d’aujourd’hui dans toute sa diversité source d’immense richesse. Pour qu’au bout de cette nuit, le jour se lève, nous devons être aujourd’hui des musulmans.


Bureau national de l’UJFP le 9 janvier 2015

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   Posté le 11-01-2015 à 19:35:02   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Gilbert fait de partie ceux qui ne se contente pas des consignes descendus de là-haut. Il a ce courage de prendre le risque d’avoir une opinion propre. Je condamne l’acte fasciste ce n’est pas pour cela que je suis Charlie, cela d’autant plus que le "je suis Charlie" sera porter par :
la chancelière allemande Angela Merkel,
le premier ministre britannique David Cameron,
le président du conseil italien Matteo Renzi,
le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy,
le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker,
le président du Parlement européen, Martin Schulz,
le président du Conseil européen Donald Tusk,
le chef du gouvernement danois Helle Thorning-Schmidt,
le chef du gouvernement belge Charles Michel,
le chef du gouvernement néerlandais Mark Rutt,
le président ukrainien Petro Porochenko... fasciste de son état responsable des 4700 morts du DONBASS

En fait nous sommes invités à prendre le gratin en marche. La prise de distance devient dans ces conditions une mesure urgente de salubrité publique.

Pour ma part je considère que le communiqué produit par la direction du PCF est bien en dessous des enjeux géo stratégique à l’oeuvre. (De ce point de vue le communiqué du PCP est d’une toute autre envergure)
Les dirigeants du PCF n’ont pas dénoncés avec suffisamment de force, la nature fasciste du coup d’état organisé par les USA et l’U.E en Ukraine.
(Les subventions de l’U.E au PGE produise là d’inévitable effet collatéraux).

Ce qui vient de se passer en France est, là aussi, un acte fasciste de la même nature que ce qui se produit quotidiennement dans le DONBASS.

Voilà plus de 4.700 morts qui n’ont pas émus outre mesure les nomenklaturas de tous horizons, là c’est plutôt silence radio. Sur les questions internationales pour le dernier CN du PCF l’impérialisme n’existe plus ????
La volonté des USA et de l’U.E d’empêcher l’émergence d’un monde multipolaire pas vue donc pas pris. Non l’ennemie principal c’est POUTINE, c’est lui le fauteur de trouble.
Et pas besoin de nous rappeler sans arrêt ce que là-haut ils disent. Nous sommes encore capable de rendre visite au site national.
Pourquoi faut-il que certain ne se croient pas autorisé à s’ériger en gardien du temple. Les communistes sont multiples c’est une réalité avec laquelle certain n’arrive pas à s’habituer et qu’il voudrait voir disparaître.

Naturellement, avant les anti-communistes étaient dehors, je m’habitue, je sais maintenant qu’il y en a dedans. Je ne sais pas ce qu’est le bien penser les opinions ça se discutent, ça se respectent. Les tribunaux de l’inquisition ne sont plus de notre temps. Les oukases non plus, je comprends que certain adhère au concept "Je suis Charlie" mais je comprend tout autant ceux qui affirme "je ne suis pas Charlie"


Bernard Trannoy site www.pcfbassin.fr

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   Posté le 11-01-2015 à 21:47:36   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Tangi communique :

L'Union juive française pour la paix dénonce la présence des bourreaux sionistes à Paris (mais la liste pourrait être allongée face à cette sainte alliance des chefs d'Etats...) :

TROIS BOURREAUX DU PEUPLE PALESTINIEN A PARIS LE 11 JANVIER : QUELLE HONTE !


dimanche 11 janvier 2015 par le Bureau National de l’UJFP


Benjamin Nétanyahou, Avigdor Lieberman et Naftali Bennett représenteront le 11 janvier l’Etat d’Israël à la grande manifestation européenne de riposte aux fusillades contre Charlie Hebdo et contre le magasin casher à Paris.
Ces trois personnages sont des criminels de guerre qui relèvent de la Cour Pénale Internationale pour les meurtres de masse commis à Gaza et ailleurs.
Ce sont trois sinistres artisans de la volonté d’Israël d’écraser le peuple palestinien : Nétanyahou, le dirigeant des massacres à Gaza, Lieberman et Bennett, deux ministres colons, l’un prévoit l’expulsion de tous les Palestiniens, y compris ceux qui vivent en Israël et l’autre se vante d’avoir tué des Palestiniens.
Ce qui est tout aussi grave, c’est la signification que leur présence confirme, concernant la nature de cette manifestation.

C’est pourquoi nous exhortons les diverses associations amies du peuple palestinien qui comptent se rendre à cette manifestation à reconsidérer leur décision.
La manifestation devait être soi-disant « d’unité nationale » contre le terrorisme et pour la liberté d’expression.
Elle sera en réalité une représentation des « valeurs du monde civilisé occidental » contre les « menaces terroristes du monde arabo-musulman », une manifestation bien dans la tonalité du « choc des civilisations » qui d’après nos gouvernants, même quand ils se défendent de diffuser ce point de vue, régit le monde actuel.
En fin de compte tous ceux qui souhaitaient manifester demain leur solidarité avec les victimes de ces terribles attentats et pensaient sincèrement montrer une société française unie contre le crime, se sont fait confisquer leur manifestation par les organisateurs autoproclamés d’une grande messe de « l’Axe du Bien » :
le gouvernement, ses amis et tous ses concurrents de droite – hormis le Front National, dont l’idéologie n’a nul besoin d’invitation pour prospérer.
Les grands alliés internationaux seront présents : ces mêmes représentants d’État dont les politiques contre les peuples ont permis l’apparition du terrorisme djihadiste, les courants islamophobes, les amis de l’État d’Israël et bien sûr les représentants de cet État.

Quant aux populations « dangereuses », postcoloniales, jeunes, éventuellement porteuses de signes ostentatoires musulmans, elles subiront le dispositif de contrôle renforcé dans la période qui s’ouvre.
Nous ne pouvons oublier qu’à tous ceux-là les manifestations de solidarité et la liberté d’expression ont été interdites, l’été dernier, pendant l’opération « Bordure de protection » menée contre Gaza par les trois invités israéliens de demain.

Les représentants d’Israël ont commencé à faire de grands appels à la population juive française, déclarant qu’elle est victime d’un déferlement antisémite sans précédent, pour qu’elle émigre en Israël, pays « de grande liberté » . Les dirigeants israéliens mettent sciemment en danger les Juifs français par la peur et l’incitation au départ.


Le Bureau National de l’UJFP le 11 janvier 2015

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Xuan
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   Posté le 11-01-2015 à 21:57:00   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Futur Rouge

Pas d'union nationale avec les réactionnaires et les bourgeois-e-s !


Si nous ne pleurons ni les policiers, ni les caricaturistes, nous condamnons tout de même ces attentats. La mort d'hommes et de femmes est une chose triste. Si nous considérons que les caricatures de Charlie Hebdo étaient islamophobes, sexistes, racistes nous considérons aussi que cet attentat n’était pas de la justice de classe. Nous considérons la violence révolutionnaire légitime et cette tuerie n’était pas de la violence révolutionnaire. D'autant plus que ni un correcteur, ni un agent de nettoyage n'étaient responsables de ce que publiait Charlie Hebdo. Ni les clients d'une supérette responsables de l'impérialisme français.

Mais nous ne sommes pas Charlie. La campagne en cours efface tout le passif de l'hebdomadaire. Or ce passif était lourd.

Ce n'est pas la "liberté d'expression" qui a été attaqué, concept que nous jugeons artificiel, mais une rédaction en guerre contre l'islam et les ennemis de l'impérialisme français. Nous ne pouvons pas déconnecter la ligne éditoriale de Charlie Hebdo de la lutte des classes. Car c'est bien la lutte des classes qui motivait cette ligne éditoriale. Et dans cette lutte, nous n'étions pas dans le même camp. Cette guerre, ce n’est pas la nôtre.

Oui, la France est déjà un pays en guerre.

L’appétit insatiable des impérialistes français, dans une situation de crise du capitalisme, et la concurrence des autres impérialismes ont amené notre pays à une série d’interventions militaires ces dernières années.

A part pour la part d’entre nous qui a fui le chaos et la violence engendrés par ces guerres pour venir en France, nous ne sommes pas habitué-e-s à en subir les conséquences meurtrières. Nous sommes plutôt habitué-e-s, pour une large partie d’entre nous, à bénéficier des profits engendrés par le pillage des pays dominé-e-s par la France.

Ces pillages, des mort-e-s, il en fait chaque jour. On meurt de la sur-exploitation, de la misère, à cause de la France. On meurt de la répression mise en place par les régimes à son service. On meurt à cause du chaos engendré par les impérialistes.

Les branches les plus réactionnaires de l’islam ont toujours été utilisées par les impérialistes pour lutter contre la volonté d’émancipation des peuples face à l’impérialisme, formenter des troubles, armer ces groupes pour les utiliser comme mercenaires. Ces dernières années, les conséquences des jeux de billards à trois bandes des impérialistes ont semé le chaos, en Syrie, en Irak, en Lybie, au Mali. Ce sont les populations locales qui en sont les premières victimes, mais les impérialistes subissent parfois eux aussi un retour de bâton.

Quand bien même les auteurs de la tuerie sont de purs produits des contradictions internes à la France, on ne peut faire l’impasse de replacer celle-ci dans un contexte international. L’Unité Nationale à laquelle appelle la bourgeoisie, c’est une unité face à une menace extérieure. Toujours la même histoire, celle qui a servi à justifier la colonisation : celle d’une France des Lumières, portant un message universel de démocratie, de civilisation, de liberté d’expression, face à des pays dominés présentés comme barbares, obscurantistes.

Cette tuerie est une humiliation pour la France, elle porte sur son territoire la violence armée. C’est systématiquement, des Versaillais aux Vichystes, dans ces situations d’humiliation nationale qu’est tapie la réaction la plus moisie dans notre pays.

Ces situations d’humiliation, de « drame national », sont utilisées par la bourgeoisie pour rallier les masses à elle. Elles font basculer les positions, elles révèlent le chauvinisme et le racisme présent dans des organisations soit disant progressistes. A l’heure où les interventions militaires de la France ne soulèvent plus l’opposition des organisations traditionnelles de la classe ouvrière, car ces organisations vivent au crochet de l’impérialisme, le ralliement est quasi-total.

Quand on attaque une partie d’entre nous, c’est nous tous et toutes qui en subissons les conséquences

C’est aussi pour l’ensemble du prolétariat de l’Etat français que l’Unité Nationale est dangereuse. La bourgeoisie désigne parmi les classes populaires une 5ème colonne, un ennemi intérieur, tout trouvé aujourd’hui.

Oui, en France, aujourd’hui, il existe d’énormes contradictions, dans une situation de crise du capitalisme, du fait de la nature impérialiste de notre pays, du fait de l’importation massive par les capitalistes d’une main d’œuvre issue des pays dominés, du fait qu’une partie d’entre nous vit des profits générés par l’impérialisme.

Effacer chez nous toute compréhension de la nature de ces contradictions est un objectif pour la bourgeoisie. Elle « cherche à substituer aux forces motrices réelles de l'histoire des forces motrices imaginaires ; aux classes, les races ; à la lutte des classes, la lutte des races » Elle cherche à « recréer (…) les ténèbres dans les consciences, au moins dans celles des couches les plus arriérées de la société. Et c'est ainsi que naît le racisme, dont tous les « mythes » correspondent à un double but : combiner la force et la ruse, pour mettre dans la conscience des hommes des illusions qui les rendent soumis au capital et prêts à la guerre impérialiste. Ils se sont orientés vers l'idée de race. Par là doit se perdre la connaissance la plus importante, celle du rôle de l'économie. Par là doit se perdre la notion fondamentale de classe. Par là doit se perdre la connaissance que le marxisme a apportée aux travailleurs des lois de l'évolution de la société, la connaissance du moyen de sortir de la société capitaliste. »

Dans le contexte actuel, l’organisation, la conscience de classe sont affaiblies par des décennies de trahison des organisations traditionnelles de la classe ouvrière. La bourgeoisie a le champ libre pour créer la confusion dans nos esprits. Elle cherche à tourner la majorité d’entre nous contre les musulman-e-s, en prenant appui sur les positions arriérées racistes et colonialistes qui peuvent exister dans les classes populaires. Elle construit une identité nationale réactionnaire basée sur l’exclusion des musulman-e-s, des immigré-e-s. Elle divise notre camp, elle exige de nous que nous nous rallions à elle, que nous applaudissions la répression, la présence policière massive en instillant la peur dans nos esprits.

Les caricatures de Charlie Hebdo participaient, sous couvert de satire progressiste, à cette vaste entreprise réactionnaire politique, médiatique, de rejet des musulman-e-s. Ces caricatures avaient des conséquences dans le monde réel : exclusion des femmes voilées du monde du travail, violentes agressions contre les musulman-e-s, lieux de culte, cimetières saccagés.

Elle diffuse chez ceux chez qui sont exclus de cette définition de l’identité nationale des théories complotistes qui ne permettent pas de comprendre ce qui se passe dans notre société et annihilent toute perspective de lutte. Les sectes dans lesquelles certain-e-s d’entre nous trouvent refuge n’amèneront ni progrès, ni liberté, ni victoires. En Irak, en Syrie et en Lybie, nous les voyons à l’œuvre.

Il n’y a pas besoin de complot pour que les choses partent à la dérive, le capitalisme et la bourgeoisie ont créé les conditions de l’expression d’une violence armée dans ce pays.
Cette violence armée, c'est l'impérialisme français qui l'a amenée sur son sol.

La France est donc en guerre. Cette guerre n’est pas la nôtre. A nous de savoir construire notre propre camp, mener nos propres batailles. Notre bataille, aujourd’hui, c’est d’être solidaires avec les musulman-e-s, objet d’une campagne de haine mettant en danger leur vie. Notre bataille, c’est de construire l’unité des classes populaires.

Nous dénonçons également le dispositif policier mis en place suite à ces attentats qui touche l’ensemble des classes populaires. Quand on attaque une partie d’entre nous (ici, les musulman-e-s), c’est sur tous que les conséquences retombent.

De même, nous n’avons pas intérêt à ce que la police et les services secrets français soient efficaces dans la lutte anti-terroriste. Nous ne nous félicitons pas de la mort des auteurs de la fusillade de Charlie Hebdo ni de Coulibaly. Nous avons beaucoup plus à craindre du fichage généralisé, de la présence policière massive que des attentats. Nous avons beaucoup plus à craindre de l’anti-terrorisme que du terrorisme.

Le gouvernement français invite les dirigeant-e-s bourgeois-e-s à participer à des rassemblements, et à des manifestations en mémoire à Charlie Hebdo. Tout les partis bourgeois, du Front de Gauche, au Front National, appellent à s'y rendre.

La manifestation du dimanche 11 janvier à Paris réunira tous les dirigeants impérialistes du monde, les chiens de garde de la France, au nom de la liberté d’expression.

Bien entendu, nous ne nous rendrons dans aucune de ces manifestations. Nous ne céderons pas aux injonctions à la solidarité avec des caricaturistes qui étaient nos ennemis.

Non aux plans vigipirate, non au fichage, aux appels à la délation !
L’Unité qu’il nous faut, c’est celle des classes populaires ! Face à l’islamophobie, solidarité avec les musulman-e-s de l’Etat français ! Abrogation des lois islamophobes !
Dans cette période difficile, ne cédons pas aux appels à l’unité nationale ! Notre camp, c’est celui du prolétariat !


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   Posté le 11-01-2015 à 22:28:28   Voir le profil de Resistance (Offline)   Répondre à ce message   http://www.resistance-politique.fr/   Envoyer un message privé à Resistance   




C’est en 1993 que Samuel P. Huntington publia son désormais célèbre Choc des civilisations. Pour l’auteur, la défaite de l’Union soviétique avait mis fin à toutes les querelles idéologiques, mais pas à l’histoire. La culture - et non la politique ou l’économie - allait dominer le monde.

Il en dénombrait huit : occidentale, confucéenne, japonaise, islamique, hindoue, slave orthodoxe, latino-américaine et, peut-être, africaine (il n’était probablement pas certain que l’Afrique soit vraiment civilisée !). Chacune incarnait différents systèmes de valeurs symbolisés chacun par une religion, «   sans doute la force centrale qui motive et mobilise les peuples ». La principale ligne de fracture passait entre «   l’Occident et le reste  », car seul le premier nommé valorise «   l’individualisme, le libéralisme, la Constitution, les droits humains, l’égalité, la liberté, le règne de la loi, la démocratie, les marchés libres  ». C’est pourquoi l’Occident doit se préparer militairement à affronter les civilisations rivales, et notamment les deux plus dangereuses : l’islam et le confucianisme, qui, si elles devaient s’unir, menaceraient le cœur de la civilisation. Et l’auteur concluait : «   le monde n’est pas un. Les civilisations unissent et divisent l’humanité... Le sang et la foi : voilà ce à quoi les gens s’identifient, ce pour quoi ils combattent et meurent ». Oussama Ben Laden aurait pu signer sans mal une telle déclaration.

Le choc des civilisations est revenu mercredi 7 janvier sur le devant de la scène. Au galop. Ce jour-là, une attaque terroriste décimait la direction de Charlie Hebdo. Parmi les morts figurent de nombreux journalistes, dont les dessinateurs Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, Elsa Cayat, Mustapha Ourad ainsi que Bernard Maris, chroniqueur pour l’hebdomadaire satirique et pour France Inter. Alors que les informations défilaient en boucle, plus de 100.000 personnes se sont rassemblées dans plus de cent cinquante villes de France. Une journée de deuil national a en parallèle été décrétée le lendemain en hommage aux victimes.

Laurent Léger, survivant de l’attentat, raconte « la barbarie entrée dans le journal ». Pourtant, rares sont ceux à rappeler que les deux tueurs ont séjourné en Syrie où certains diront plus tard qu’on leur a « bourré la tête ». Un nouveau rapport de la Commission d’enquête des Nations Unies traitant justement de ce pays a donné des explications choquantes sur l’usage de la terreur par le groupe armé autoproclamé État islamique (utilisation d’une violence extrême contre les civils et les combattants capturés).

Le rapport indique que « le soutien externe fourni à tous les belligérants en Syrie a contribué à la radicalisation des groupes armés, au bénéfice final d’ISIS (État Islamique, NDLR). Des organisations caritatives et des particuliers fortunés ont financé les entités radicales désireuses de promouvoir leurs idéologies et de servir leurs agendas. Les armes et le soutien offerts aux groupes armés considérés comme modérés sont maintes fois tombés dans les mains d’acteurs plus radicaux, y compris ISIS ». Dans un entretien exclusif au Monde, François Hollande confirmait d’ailleurs en août dernier que « la France a soutenu la rébellion syrienne démocratique », nous refaisant au passage le coup des armes chimiques. Les États-Unis ne sont pas en reste. Selon l’agence de presse britannique Reuters, le Congrès a voté secrètement le financement d’une aide militaire aux « rebelles syriens » jusqu’à la fin de l’année fiscale (c’est-à-dire jusqu’au 30 septembre 2014).

Jacques Chirac avait pourtant compris le problème, lorsque George W. Bush a décidé d’envahir l’Irak sous le prétexte fallacieux d’éliminer des armes de destruction massive. Mais pas Sarkozy, qui a pris le risque d’envoyer des troupes françaises combattre, avec des djihadistes et des terroristes d’Al-Qaïda, pour « libérer » les Libyens. Tous savaient que l’opposition laïque libyenne était insignifiante par rapport à la nébuleuse islamo-terroriste.

Le cas de la Syrie n’est pas totalement différent du précédent libyen. Même si elle a été plus ou moins pacifique au départ, l’insurrection syrienne a été très rapidement une résistance armée et composée par des djihadistes venant de tous les horizons : des Tchétchènes, des Libyens, des Tunisiens, des Algériens, des Saoudiens, des Jordaniens, des Irakiens, des Britanniques, des Américains, et bien évidemment des Français. Le nombre des candidats au martyr a été longtemps minimisé en France. Il a pourtant augmenté de 116 % depuis le 1[sup]er[/sup] janvier 2014 selon des chiffres visés par le ministère de l’intérieur que s’est procurés France Info. L’administration estime aujourd’hui qu'il y a désormais plus de 1.200 personnes qui sont parties ou veulent partir faire le djihad. Bien entendu, certains reviennent au bercail. Militairement formés, cela va de soi.

Face au terrorisme islamique, force est de constater que l’indignation de l’Occident est à géométrie variable. Les heures qui ont suivi l'attaque meurtrière contre Charlie hebdo ont vu se succéder les déclarations de solidarité de la part de la communauté internationale. Pourtant, les États-Unis autant que leurs alliés ont contribué à coups de millions de dollars à armer des mouvements terroristes à des milliers de kilomètres de nos frontières, au Proche-Orient ou ailleurs. Le terrorisme est donc une composante de l'action des États qu’on pourrait qualifier de doctrine non officielle… mais pourtant bien réelle. Il n’est plus systématiquement, comme certains peuvent encore le prétendre, l'arme des faibles.

Pour en finir avec l’hydre djihadiste, il faudrait assécher totalement les sources financières et les référents politiques auxquels s’adossent les mouvements qui s’en réclament. Pour ce faire, il serait temps de s’interroger sur la politique occidentale menée globalement à l’égard du monde arabe et du monde musulman, mais aussi sur la consistance des politiques menées par les régimes de ces régions (notamment ceux du Golfe) et sur la complaisance des pays occidentaux à leur égard. Or, aucune capitale occidentale n’a pour le moment émis un signal allant dans ce sens. Charlie hebdo en a payé le prix cash.


Capitaine Martin

http://www.resistance-politique.fr/article-la-fausse-bonne-conscience-de-l-occident-face-au-terrorisme-125361490.html

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Xuan
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Sur Mediapart

Refusons cette manifestation hypocrite

10 JANVIER 2015 - PAR PATRICJEAN




«L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu.» (La Rochefoucauld)

Trois jours après le début de l’attaque terroriste, nous sommes abreuvés d’un discours tiède et consensuel à la sauce Tartuffe. Les pires censeurs pleurent sur la liberté d’expression. Les semeurs de haine crient au rassemblement. Les véritables questions sont interdites et le seul discours toléré est celui de la guerre dans laquelle nous occuperions "le camp du bien".

La manifestation de dimanche évacuera toute question dérangeante et je ne participerai pas à ce bal des hypocrites qui, d'après le premier ministre, "montrera la puissance de la France".


Tout d’abord, je me vois mal manifester aux côtés des pires gens de droite dont le racisme ne s’est pas dissimulé. Marcher aux côtés de Sarkozy ? De Copé et ses pains au chocolat ? Aux côtés de Horteffeux et ses remarques insultantes sur les Arabes ? Faut-il rappeler que lorsque la révolution a commencé contre le dictateur sanguinaire Ben Ali en Tunisie, Michèle Alliot-Marie alors ministre de la défense a proposé l’aide militaire de la France pour lutter contre les insurgés ? Marcher demain avec eux ? Avec les premiers ministres très droitistes d’Espagne et de Grande-Bretagne ? Benyamin Netanyahou a été invité après avoir gentiment proposé son aide à la France... Le grand démocrate président turc va envoyer son premier ministre. Cela ressemble à une plaisanterie à la Charlie...



Il est piquant de voir aujourd’hui le ministre de l’intérieur encenser la police et les gendarmes que chacun salue sur les réseaux sociaux. L’intervention des forces de l’ordre est nécessaire quand des civils sont en danger mais a t-on déjà oublié ce que nous pensions des mêmes lorsqu’ils ont assassiné un jeune manifestant pacifiste désarmé il y a quelques semaines? Ceux qui ont manifesté alors manifesteront demain dans un salmigondis politique qui s’est vidé de son sens. D’autre part, il est drôle aussi d’entendre les (anciens et actuels) responsables de France Inter et de Radio France pleurer sur la liberté d’expression. Les mêmes qui ont viré ceux qui en faisaient usage sur leurs propres antennes : Porte, Guillon, Mermet… Ou ceux qui, ailleurs, permettent la promotion des pires réactionnaires au discours violent et raciste.

Tous ces hypocrites manifesteront demain. Ne nous montrons pas parmi eux.

Après la mort des dessinateurs de Charlie, nous serions « tous Charlie », à l’unisson d’un discours totalement vide de sens que n’auraient jamais validé les victimes. Ce slogan inventé par un créatif publicitaire est bien le reflet de notre époque. Nous mettons un instant nos oppositions politiques de côté, comme si elles n’étaient le cœur de ce qui se déroule. Comme si, tout à coup, par hasard, nous étions attaqué par un ennemi extérieur avec qui nous n’entretenions aucune relation. Comme si les dessinateurs assassinés pouvaient devenir les étendards ce qu’ils ont toujours combattu.

J’ai déjà posé ici même des questions sur la manière dont notre société fabrique des monstres. Car, après tout, les terroristes sont des nôtres. Ils ont grandi ici. Comme le millier de jeunes partis en Syrie, ils étonnent aujourd’hui ceux qui les ont connus. De « braves petits gars », gentils, amicaux mais qui sont devenus des barbares. Ont-ils tous contracté la même maladie mentale ? La seule réponse qui nous est fournie est qu’ils ont été manipulés par des idéologues musulmans fondamentalistes. C’est la vérité. Mais ne faut-il s’interroger sur les raisons pour lesquelles des milliers de jeunes tombent dans de telles griffes ? Ne faut-il pas y voir le résultat d’une société où un tiers de ses membres est en train de sombrer dans le désespoir ? Racisme institutionnalisé, ségrégation à l’emploi, aux loisirs, au logement, contrôles policiers au faciès, violence policière endémique. Mais aussi chômage, misère, avec surtout un sentiment d’impasse et d’injustice implacable, totale et définitive pour des millions de femmes et d’hommes. Trois millions d’enfants vivent dans la pauvreté pauvreté en France. Peut-on espérer que quelques-uns ne deviendront pas violents ? Quelle illusion…

D’autre part, la violence terroriste islamiste, comme toutes les violences, a une histoire. Celle des Frères musulmans prend sa source dans un contexte post-colonial dans des dictatures soutenues par nos gouvernants. En Afghanistan, les Etats-Unis ont formé et financé des fous de dieu qui ne se sont pas devenus des démocrates, une fois les Russes mis en déroute. Aujourd’hui, les interventions des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France sur des terrains extérieurs répètent les mêmes erreurs en provoquant les mêmes conséquences. L’attaque délirante de la Libye par la France à l’instigation de BHL et après que Nicolas Sarkozy ait reçu en grande pompe son dictateur (et sans doute un pactole) a conduit à un chaos dans le même pays et à l’armement de milices terroristes plus au sud. Du coup, la France se sent obligée d’intervenir dans son pré carré malien quand la situation dégénère.

Enfin, les milliers de jeunes européens (une quantité effroyable en Belgique) qui partent en Syrie ne provoquent pas le début du moindre questionnement sur notre fonctionnement collectif. Comment une société dont les valeurs ultra individualistes ont permis la saine remise en question de valeurs aliénantes mais aussi l’élaboration de relations sociales fondées sur l’unique compétition, empêchant ainsi toute solidarité et donc tout sentiment de classe et d’injustice systémique. Partant, le combat politique... Le sentiment d’injustice de la jeunesse a donc trouvé un nouvel exutoire pour s’exprimer.

D’où ce robinet à l’eau tiède dont chacun se réjouit depuis quatre jours. Charb, Wolinski, Tignous et Oncle Bernard riraient jaune de voir leur nom ainsi honoré à la bourse de New-York ou dans des églises. Ils hurleraient en entendant le président américain annoncer qu’il prie pour eux. En leur rendant ainsi hommage, on piétine ce qu’ils étaient. Eux qui étaient radicalement de gauche, souvent anarchistes, athées

Car aujourd’hui, on entend chacun affirmer que les terroristes n’étaient pas de « vrais Musulmans ». Même le président de la République à qui l’on n’a rien demandé en termes de théologie, affirme que le « vrai Islam » n’est pas celui-là. Cette hypocrisie, une fois de plus, masque une réalité bien plus complexe. Les trois religions du livre portent en elles, et en leurs textes, tout et son contraire. On se force à omettre que le « tu ne tueras point » judéo-chrétien était suivi, seulement quelques pages plus loin, d’une injonction divine à commettre un génocide en tuant les hommes, femmes et enfants d’un peuple qui occupait une terre « sacrée » et donc il fallait s’emparer. Selon qu’il prendra les textes par un bout ou par un autre, le croyant développera un discours de haine ou d’amour. Ou parfois les deux selon les moments. L’inquisition s’est faite la bible à la main. Le massacre des palestiniens aussi. La religion n'est qu'un vecteur qui permet d'exprimer une spiritualité apaisée ou la haine que l'on a en soi. Selon ce que l'on vit par ailleurs.

A force de s’empêcher de réfléchir tout en hurlant à la liberté de pensée, on poursuit la même politique qui nous conduit à la catastrophe. Les cerveaux ont été parfaitement lavés et l’on va refuser de lire dans les événements le moindre symptôme d’autre chose qu’une « guerre que l’on nous fait ». Cette guerre va donc s’intensifier, d’autres événements dramatiques surviendront et nous ne pourrons pas y faire face. A ses pires heures, le dictateur égyptien Moubarak, ami des occidentaux, disposait d’un million de policiers, omniprésents à chaque coin de rue. Cela ne lui a pourtant pas suffi.

Demain des gens manifesteront aux côtés de ceux qui ont permis à des nouveaux nazis de répandre partout leurs idées nauséabondes. Les producteurs et journalistes qui ont rendu populaires ceux qui imaginent la « déportation » des Musulmans seront dans la rue. Ils se sont engraissés d’une audience bien rentable et jouent la colère contre les conséquences de ce qu’ils ont mis en place.

Demain, mes amis socialistes, écologistes, communistes et du Front de gauche iront manifester avec la droite. Je leur souhaite d’y prendre du plaisir car bientôt, ils seront réduits à voter pour elle.

Note

On me signale que Luz de Charlie Hebdo défend un point de vue proche de celui exprimé ci dessus.

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   Posté le 15-01-2015 à 22:47:33   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Les mésaventures de Candide...de Caroline : « Quelle offense... A l'intelligence» !

Vous vous demandez pourquoi Fourest renifle son canard ?

Elle réalise que le microcosme des bobos parisiens n’est pas le centre du monde et que tout ne tourne pas autour de lui, alors elle s’indigne et nous gratifie d’un échantillon de vanité.
Comment ! Puisque nous pardonnons à Mahomet : n’est-ce pas la preuve que nous ne l’avons pas accusé ? Vous ne comprenez pas cette finesse ni le quarantième degré au-dessous de la ceinture de ce sympathique dessin, mais quelle offense…à l’intelligence ! Tous des cons sauf moi !
Mais lisez plutôt :


Le Parisien

VIDEO. Charlie Hebdo : la chaîne britannique Sky News censure Caroline Fourest
Sky News, la chaîne d'information en continu britannique, a coupé la journaliste Caroline Fourest en direct, alors quelle essayait de montrer la couverture du dernier Charlie Hebdo.


Ronan Tésorière 15 Janv. 2015, 10h37





Pour avoir tenté de montrer la couverture du dernier Charlie Hebdo, Caroline Fourest a été coupée en direct par la chaîne britannique Sky News. Capture d'écran Sky News.
Cachez ce Charlie que je ne saurais voir... Interviewée par la chaîne britannique Sky News, mercredi soir, Caroline Fourest, collaboratrice régulière de Charlie Hebdo, a été censurée en direct.

D'abord interrogée sur l'engouement massif pour «le numéro des survivants», sorti en kiosque le matin même, elle a été questionnée sur le choix de certains médias anglais de ne pas montrer la couverture de l'hebdo, qui affiche une nouvelle caricature du prophète. «C'est beaucoup plus offensant de tuer au nom d'une religion que de faire de sympathiques dessins qui montre que Mahomet n'est pas responsable de ces crimes» , explique calmement la journaliste française à la présentatrice de Sky News.

«Je suis très triste que des journalistes au Royaume-Uni ne nous soutiennent pas, que des journalistes trahissent ce pourquoi le journalisme existe, en pensant que les gens ne sont pas assez matures pour décider si un dessin est offensant ou non parce que vous ne le montrez même pas. C'est totalement fou qu'au Royaume-Uni, vous ne montriez pas un simple dessin comme celui-là...» enchaîne-t-elle en essayant dans le même mouvement, de présenter la couverture de Charlie Hebdo à l'écran, dont on n'aperçoit que le haut.

VIDEO. Une de Charlie Hebdo : Caroline Fourest censurée sur Sky News

La caméra bascule immédiatement sur la présentatrice et le micro de Caroline Fourest est coupé. « A Sky News, nous avons choisi de ne pas montrer cette Une, alors nous aurions apprécié Caroline que vous ne la montriez pas. Je m'excuse auprès de tous nos téléspectateurs qui auraient pu être offensés par ce geste. Comme vous le savez, ici à Sky News, nous avons pris la décision éditoriale de ne pas montrer la couverture de Charlie Hebdo» , conclut brutalement Dharshini David.

«Sky News m'a coupée en direct pour avoir montré la couverture de Charlie Hebdo. Quelle offense... A l'intelligence» , a déclaré Caroline Fourest sur son compte Twitter, mercredi soir, après l'incident. La séquence est largement partagée et commentée sur les réseaux sociaux ce jeudi.


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   Posté le 15-01-2015 à 23:50:20   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Plaisir d’offrir, joie de recevoir


Libération ne perd pas le nord ou comment joindre l’utile à l’agréable : soulagement des familles et promo de Libé

Libération envoie un publipostage depuis [newsletter@liberation.cccampaigns.net] qui affiche cette page :




Commandez la Une hommage
«Nous sommes tous Charlie»
Une partie des revenus sera reversée aux familles des 17 victimes



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   Posté le 17-01-2015 à 07:39:40   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Lu sur
https://fr.news.yahoo.com/i-charlie-hebdo-i-delfeil-lance-polémique-charb-090218326.html

Charlie Hebdo : Delfeil de Ton lance une polémique sur Charb

Le journaliste âgé de 80 ans, l'un des fondateurs de l'hebdomadaire satirique, accuse, dans une chronique publiée dans L'Obs, l'ancien rédacteur en chef et dessinateur Stéphane Charbonnier d'avoir «traîné son équipe» à la mort. >
Au fil des années, les membres de Charlie Hebdo n'ont jamais cessé de se livrer à des luttes intestines. Des luttes de pouvoir aussi bien que des luttes idéologiques. Voilà qu'une voix dissonante crée la polémique en s'exprimant dans les médias, une semaine jour pour jour après la date tragique des attentats du journal satirique, entrainant la disparition des entrailles de la rédaction.
Delfeil de Ton, le pseudonyme d'Henri Roussel, l'un des fondateurs du journal agitateur, sort de son silence quant à sa descendance à la rédaction, dont une partie a disparu dans les attentats terroristes du 7 janvier dernier. Dans les colonnes du Nouvel Observateur du 14 janvier où il tient sa chronique hebdomadaire, cet ancien de la famille Charlie crache son venin. «Je t'en veux vraiment Charb». Le journaliste âgé de 80 ans accuse le dernier rédacteur en chef d'avoir «trainé son équipe» à la mort, notamment en publiant des caricatures dont il regrette le degré de provocation.
La «surenchère» de Charb
«Il était le chef. Quel besoin a-t-il eu d'entraîner ses amis dans la surenchère?» questionne Delfeil de Ton dans sa chronique, accusant la persistance de Charb même après que les locaux soient incendiés en novembre 2011, après la sortie du numéro Charia Hebdo, illustré par des caricatures de Mahomet.

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voir aussi

http://www.20minutes.fr/medias/1517631-20150115-delfeil-ancien-charlie-accuse-charb-avoir-entraine-equipe-surenchere

http://www.europe1.fr/medias/charlie-hebdo-je-t-en-veux-vraiment-charb-2344979


http://www.arretsurimages.net/breves/2015-01-15/Delfeil-de-Ton-L-Obs-Je-t-en-veux-vraiment-Charb-id18429

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Ni révisionnisme, Ni gauchisme UNE SEULE VOIE:celle du MARXISME-LENINISME (François MARTY) Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots (MAO)
Xuan
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   Posté le 20-01-2015 à 17:29:07   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   



A propos de la dernière trouvaille des Femen - brûler un coran - le blogles crises publie un long article sur les Femen et leurs rapports avec Charlie Hebdo.

On notera sur la vidéo de cette provocation qu'à part quelques bribes d'argument à peine ébauchés mais plutôt bafouillés, cet acte est vide de toute justification.

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   Posté le 21-01-2015 à 19:45:08   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Sur le blog les crises :



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   Posté le 21-01-2015 à 20:10:26   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La réponse de l'agence Xinhua à Radio France internationale (RFI) :


Affaire Charlie Hebdo : les médias chinois sont libres de critiquer la "liberté d'expression"



BEIJING, 19 janvier (Xinhua) -- Près de deux semaines après l'attaque meurtrière contre le journal Charlie Hebdo, l'affaire continue de susciter des débats à travers le monde. Radio France internationale (RFI), qui fait l'apologie du mouvement "Je suis Charlie", a récemment publié sur son site en langue chinoise un article montrant du doigt les médias chinois.

Suite à un article de l'agence Xinhua pointant les nécessaires limites à apporter à la liberté de la presse, RFI a indiqué dans un commentaire que "les médias officiels chinois n'avaient pas fait preuve de la moindre sympathie envers les victimes des attentats terroristes à Paris" .

Cette remarque est dénuée de tout fondement. Comme cela est souligné au début de l'article de Xinhua, quelles que soient les justifications données aux attaques, cet odieux massacre doit être fermement condamné.

Fait à noter également, juste après l'attentat, le président chinois Xi Jinping ainsi que le Premier ministre chinois Li Keqiang ont tous deux envoyé un message à leurs homologues français pour présenter leurs condoléances aux familles des victimes et réaffirmer leur engagement dans la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes.

Les médias chinois ont exprimé leurs sympathies, mais ils cherchent également à approfondir la réflexion sur la violence terroriste, en soulignant que "toute liberté d'expression sans principe et sans limite ne sera pas tolérée" .

Les faits parlent d'eux-mêmes. S'en tenant à la soi-disant "liberté de parole", Charlie Hebdo a une nouvelle fois publié le 14 janvier des caricatures du prophète Mahomet, ce qui a suscité un nouveau tollé dans le monde musulman, allant jusqu'à provoquer des émeutes dans certains pays.

La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres. Tout en condamnant le terrorisme, les médias chinois se penchent également sur les conséquences que peut avoir "la liberté de parole absolue" .

La multiplication des attaques terroristes au cours des dernières années en Europe, autrefois considérée comme la région la plus sûre du monde, ne mérite-elle pas des réflexions approfondies ?

Une bonne partie des musulmans de France sont issus de l'immigration en provenance des pays d'Afrique du Nord. Le passé colonial pèse encore fortement dans les esprits, et beaucoup d'entre eux sont défavorisés et marginalisés sur les plans économique, politique et culturel. Dans une telle situation, si leur religion n'est pas respectée, la violence sera inévitable.

C'est un peu dans le même esprit que le pape François est lui aussi intervenu dans le débat sur la liberté d'expression. "Tuer au nom de Dieu" est une "aberration" . La liberté d'expression doit s'exercer "sans offenser" , car "si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s'attendre à un coup de poing, et c'est normal. On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision !" , a-t-il déclaré.

Même chez les Français, 42 % estiment qu'il faut éviter de publier des caricatures du prophète Mahomet, et 50 % se déclarent favorables à "une limitation de la liberté d'expression sur Internet et les réseaux sociaux" , montre un dernier sondage Ifop publié dans le Journal du Dimanche.

Imposer "Je suis Charlie" revient à dévier de la liberté d'expression elle-même. Après l'affaire Charlie Hebdo, le Washington Post a décidé de ne pas reproduire de caricatures du prophète de l'Islam. Ceci mérite également réflexion dans le débat médiatique français.

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   Posté le 21-01-2015 à 22:41:18   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

A propos de l'article de Xinhua ci-dessus, je ne suis pas sûr que ceux qui estiment qu'il faut éviter de publier des caricatures du prophète Mahomet aient les mêmes motifs que ceux qui se déclarent favorables à "une limitation de la liberté d'expression sur Internet et les réseaux sociaux" .

A part cette remarque critique, sur le fond cet article témoigne que le débat où le gouvernement français s’est totalement engagé à propos de Charlie n’est pas un débat purement national.
Il n’oppose pas non plus simplement la « laïcité » face à l’extrémisme religieux, mais deux conceptions de la « liberté d’expression » et à travers elles le droit pour les pays occidentaux d’humilier les pays émergents.

En effet, la dernière Une de Charlie pardonne tout à un musulman affublé d’une tête et d’un nez en forme de sexe. Au-delà du degré zéro dans la critique de la religion, l’insulte se double de la diffamation : si on ne peut pas pardonner au terroristes, on le peut encore moins à tous ceux qui sont innocents.
Insulte et diffamation qui se prolongent dans l’injonction « je suis Charlie » , à laquelle les musulmans devraient désormais se plier pour être tolérés.

C’est exactement l’objectif que prétendent se fixer Hollande et Cie sur le plan national et international : une croisade au nom de la laïcité contre l’islam, au nom du droit à la « liberté d’expression » voire à l’irresponsabilité dont se revendique Charlie Hebdo.
Derrière les justifications laïques, comme derrière le rejet du blasphème par les musulmans, se dessine la contradiction entre l’occident impérialiste et les peuples du sud.

Xinhua relève précisément que Une bonne partie des musulmans de France sont issus de l'immigration en provenance des pays d'Afrique du Nord. Le passé colonial pèse encore fortement dans les esprits, et beaucoup d'entre eux sont défavorisés et marginalisés sur les plans économique, politique et culturel. Dans une telle situation, si leur religion n'est pas respectée, la violence sera inévitable.

Il est vraisemblable que la contradiction sera manifeste dans le cadre de l’école où la bourgeoisie ressuscite les « hussards noirs de la république » , non plus contre les pouvoirs séculiers de l’église, hérités du féodalisme, mais contre les populations issues de l’immigration et reléguées dans les ghettos.
Elle ne manquera pas de se manifester sur le plan international où Hollande regrette encore la non-intervention en Syrie.

Mais il est un autre aspect qui ne figure pas dans cet article et que les dispositions annoncées par Valls dessinent très clairement : toute atteinte à la république bourgeoise et à ses valeurs fera l’objet d’une surveillance renforcée et sera sévèrement réprimée.
Cela va bien au-delà de la lutte contre le terrorisme islamiste et vise, au nom d’une liberté d’expression sans entrave, la légalisation du délit d’opinion.

Dérive ultra réactionnaire de la liberté d’expression , dérive de la liberté sexuelle dans la pornographie et dérive de la liberté dans l’oppression.
La pourriture idéologique et morale de la bourgeoisie est à l’image de sa pourriture politique et financière.


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   Posté le 29-01-2015 à 20:55:30   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Institutionnalisation du délit d'opinion


John Dalhuisen, directeur du Programme centrale d'Amnesty International pour l'Europe et l'Asie dénonce les arrestations pour délit d'opinion

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   Posté le 29-01-2015 à 23:20:58   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

A lire :
UNE HISTOIRE DE CHARLIE HEBDO


Par Acrimed 2008 - source : les crises

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   Posté le 31-01-2015 à 00:03:41   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Sans doute candidate à un remake des 'sorcières de Salem' , Najat Vallaud-Belkacem voudrait que l'école réponde à "une autre question" : interdire que certaines questions ne soient posées à l'école.

« L’école est en première ligne aussi pour répondre à une autre question car même là où il n’y a pas eu d’incidents il y a eu de trop nombreux questionnements de la part des élèves, et nous avons tous entendu les “oui je soutiens Charlie, mais…”, Les deux poids deux mesures. Pourquoi défendre la liberté d’expression ici et pas là ? Ces questions nous sont insupportables, surtout lorsqu’on les entend à l’école qui est chargée de transmettre des valeurs. »
( Depuis http://www.najat-vallaud-belkacem.com/2015/01/14/najat-vallaud-belkacem-je-mobilise-la-communaute-educative-pour-repondre-par-des-actes-forts/ )

A lire : « Hier ist kein warum » (Ici, il n’y a pas de pourquoi), par Noëlle Cazenave-Liberman sur le blog les crises.


Edité le 31-01-2015 à 00:14:07 par Xuan




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   Posté le 19-02-2015 à 23:40:50   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Du respect pour qui ?


Suite aux profanations de cimetières, dont celui de Tracy-sur-Mer, Cazeneuve en appelle au "respect" : "Il n'y a pas de vivre ensemble là où il n'y a pas de respect, le respect que l'on doit aux institutions, le respect que l'on doit aux morts, le respect que l'on doit à l'autorité de l'Etat..."

Bonne pioche ! L'Etat vient de donner l'exemple en portant l'irrespect à bout de bras, glorifié à grand renfort de médias publics et privés, et décoré pour l'occasion de la médaille de la "liberté d'expression" .

Ce faisant l'Etat a ouvert la boite de Pandore des dissensions inter communautaires et des conflits raciaux et xénophobes. En dépit de toutes ses déclarations de bonnes intentions, il apparaît que la bourgeoisie divise le peuple. Le fait est que ses intérêts passent par là.


Edité le 19-02-2015 à 23:56:53 par Xuan




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   Posté le 13-04-2015 à 00:15:09   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Triste épilogue d'une manipulation


Trois mois à peine après la manif du siècle rameutée par la bourgeoisie à coup de télé et de journaux surfant sur l'indignation naturelle face au terrorisme, mais aussi sur une certaine forme de racisme bien pensant, déjà moultes fois épinglé, comme ici, les esprits ont eu le temps de se ressaisir et de faire la part des choses en dehors de la machine à formater.
Mais le battage médiatique n'y trouvant plus aucun profit, ne reste que le dernier carré des inconditionnels de Charlie, encore aveugles au noyautage du pipicaca de la politique par le PS.
Cette fois on y trouvera matière à sourire, les organisateurs trop dépités pour s'afficher en public ont préféré faire profil bas pour disent-ils ne "pas personnaliser l'initiative"

Voilà qui en dit long sur les véritables sentiments de la bourgeoisie, de ses médias, des grandes surfaces envers les victimes du terrorisme, n'affichant "je suis Charlie" qu'à seule fin de promotion.




Paris: quelques dizaines de personnes pour #RallumerRépu


11/04/2015


Quelques dizaines de personnes se sont rassemblées samedi à Paris, répondant à l'appel "#RallumerRépu" lancé sur les réseaux sociaux, pour poursuivre la mobilisation et rendre hommage aux victimes du terrorisme, trois mois après la marche historique du 11 janvier. Ne souhaitant pas personnaliser l'initiative, les organisateurs n'ont pas souhaité faire de déclarations.

Après la marche qui avait rassemblé plusieurs millions de personnes en France contre le terrorisme, "on avait juré qu'on oublierait pas. On avait juré qu'on resterait debout" , écrivent les organisateurs sur la page Facebook de l'événement. "Il est temps d'honorer notre promesse, et de rallumer la place de la République" , lieu phare de la mobilisation après les attentats de janvier contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher.

Autour de la statue place de la République, ceux qui ont répondu à l'appel ont disposé des pancartes accrochées à des ficelles avec des pinces à linge avec des messages tels que "Liberté Egalité Fraternité Je resterai Charlie" .

Trois mois après, où est Charlie ? "Charlie a été officiellement dans les coeurs de tout le monde le 11 janvier, quand un vent de fraternité, de solidarité s'est levé en France" , a déclaré Dominique Sopo, président de SOS Racisme, "aujourd'hui c'est vrai qu'on a l'impression que le soufflé est retombé" .


source


Edité le 13-04-2015 à 00:31:34 par Xuan




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   Posté le 07-05-2015 à 13:23:18   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Valls est ulcéré par le livre de Todd "Qui est Charlie ?"

Voilà une excellente occasion pour mettre en ligne cette interview dans l'Obs.


Todd soulève la soutane d’une subversion catholique au sein de la gauche, à travers la résistible ascension du PS.

Suite aux massacres terroristes de janvier le bourrage de crâne de la classe dominante a réveillé chez nous un rejet plutôt unanime. Ce genre de consensus prolétarien est à marquer d’une pierre rouge sur le chemin de notre unité de pensée.
Ce texte apporte un éclairage qui ne nous est pas coutumier, il nous indique aussi que « je ne suis pas Charlie » déborde bien au-delà de notre influence.
Les chiffres de l’abstention disent aussi bien que la machine à décerveler a des ratés.

Todd introduit l’idée que la laïcité affichée par le PS dissimule une morale catho qui a dissout la morale de « gauche », disons pour nous la morale révolutionnaire.
On avait déjà observé le déplacement progressif de l’anti impérialisme et de l’internationalisme prolétarien à l’humanisme bourgeois.

C’est un faisceau idéologique (pour ne pas dire un fascio) qui a entraîné les progressistes, et des communistes compris, dans une confusion que Serge Halimi signale dans le dernier édito du Diplo.
Todd dénonce aussi l’ascendant pris par les classes moyennes sur le peuple. C’est une observation qu’on retrouve chez Michéa (somme toute assez pertinente à part les conclusions réactionnaires qu’il en tire).

Ici une réserve : Todd coupe la France en deux suivant la ligne de fracture des laïcs et des catholiques, et sous la domination des classes moyennes.
Les classes moyennes peuvent rêver de diriger la société, comme les bureaucrates selon les trotskystes, mais ne tiennent pas le pays. La société industrielle est au pouvoir exclusif de la grande bourgeoisie des monopoles, ou de la classe ouvrière, mais non des catégories intermédiaires, qui se tiennent du côté du manche et ne le manient jamais.

Notre laïcité respecte les croyances au sein du peuple, mais ne s’interdit pas de combattre l’idéalisme ni la métaphysique, particulièrement ceux de la religion dominante, comme l’enseignait Politzer. Il nous appartient non pas de pleurnicher sur nos erreurs mais de nous réapproprier le marxisme-léninisme et la philosophie matérialiste-dialectique.



________________


Emmanuel Todd : "Le 11 janvier a été une imposture"




l'Obs du 29 avril 2015

Quatre mois après les manifestations post-attentats, l’historien et démographe Emmanuel Todd publie un livre réquisitoire contre une France pétrie de bonne conscience, qui a fait sécession de son monde populaire. Entretien coup de poing.
Il reste encore quelques écriteaux « Je suis Charlie » qui jaunissent aux murs des rédactions. Sur les réseaux sociaux, des crayons à papier décorent encore çà et là les profils Facebook. Quatre mois après les tueries de janvier, tout se passe pourtant comme si rien ne s'était passé, comme si le réservoir de l'indignation avait flambé d'un coup dans le noir de la nuit française, sans laisser aucune empreinte. Ni nouveau pacte républicain, ni fraternité régénérée, ni main tendue à une fraction de la jeunesse des quartiers socialement et mentalement désorbitée. Une pure orgie émotionnelle, infertile politiquement, et dont la seule efficacité tangible aura été de demeurer aujourd'hui encore spectralement menaçante pour ceux qui refusèrent de « marcher » – à tous les sens du terme.

C'est le moment qu'a choisi l'historien et démographe Emmanuel Todd pour publier « Qui est Charlie ? » (Seuil), réquisitoire terrible contre la France de François Hollande. Un texte écrit dans la fièvre, en trente jours à peine. Son angle d'attaque, particulièrement original, consiste à observer l'origine régionale et sociopolitique des manifestants du 11 janvier.
Une fois encore, Todd fait parler les cartes et les statistiques pour comprendre, sous les bons sentiments brandis, la signification profonde de ce qui restera comme le plus important rassemblement de l'histoire moderne du pays. Et ce qu'il voit n'est pas destiné à plaire. Ce qu'il voit, c'est un épisode de « fausse conscience »(Marx) d'une ampleur inouïe. Ce qu'il voit, ce sont des millions de somnambules se précipiter derrière un président escorté par tous les représentants de l'oligarchie mondiale, pour la défense du droit inconditionnel à piétiner Mahomet, « personnage central d'un groupe faible et discriminé ». Ce qu'il voit, c'est un mensonge d'unanimisme aussi, car, ce jour-là, le monde populaire n'était pas Charlie, les jeunes de banlieue, qu'ils fussent musulmans ou non, n'étaient pas Charlie, les ouvriers de province n'étaient pas Charlie.
Après le temps de la stupeur, celui du dégrisement. La charge de Todd est rude, mais d'un intérêt considérable pour le débat public. On pourrait bien sûr la discuter de bout en bout. On pourrait notamment trouver très insouciants les raccourcis par lesquels l'auteur ramène tout l'enjeu des affaires dites de « caricatures » à des violences idéologiques infligées à une religion minoritaire. On pourrait craindre aussi que son approche des problèmes posés au pays par un islam conquérant ne pèche par excès d'optimisme, lorsqu'il préconise des accommodements pragmatiques avec la laïcité, dont l'acception française actuelle est à ses yeux trop rigoriste. Reste l'avertissement lancé à une France inégalitaire et autoritaire, en sécession totale avec son peuple, mais n'hésitant pas, encore et toujours, à se parer des oripeaux révolutionnaires d'hier et à se voir si belle dans la devise de ses frontons républicains. Une France qui, ainsi, avance inexorablement vers l'abîme.


Vous avez refusé de réagir à chaud aux événements de janvier. Seul un journal japonais avait fait part de votre méfiance par rapport au mouvement « Je suis Charlie ». Pourquoi ce silence, qu'avez-vous craint alors ?

Pour la première fois de ma vie, j'ai eu le sentiment d'être confronté à une vague irrésistible face à laquelle il ne servirait à rien de parler, et même face à laquelle ça pouvait être dangereux de parler. Donc j'ai attendu. Et ce qui m'a probablement décidé à faire ce livre, c'est la déformation professionnelle. Lorsque j'ai commencé à voir la carte des manifestations du 11 janvier, leur distribution selon des paramètres régionaux, socioprofessionnels et religieux, j'ai eu la révélation instantanée que les discours unanimistes étaient bidon. Je me suis mis à écrire, mobilisant quarante années de recherche. Olivier Bétourné, le patron du Seuil, m'a dit de foncer. Je l'ai écrit en trente jours secs, porté par une véritable exaspération.

Pourquoi porter un jugement aussi dur sur la réaction de masse qui a suivi les attentats ?

N'est-il pas permis de la voir simplement comme l'expression d'une révolte face à l'horreur de ces crimes, voire aussi comme un sursaut face au sentiment de délitement du corps collectif que chacun ressent bien depuis des années ? Imaginez si rien ne s'était produit après, si l'atonie avait été totale après des événements pareils, que n'aurait-on pas dit ! On a voulu y voir un salutaire sursaut collectif. Moi, j'y vois au contraire une perte de sang-froid de la part du pays. Pour la première fois de ma vie là encore, je n'ai vraiment pas été fier d'être français. Dans tous les livres que j'avais jusque-là écrits sur la France, il y avait une dimension patriotique. Même un livre comme « le Destin des immigrés », je l'ai fait en 1994 pour répondre aux Anglo-Saxons qui nous renvoyaient sans arrêt à la face le phénomène Le Pen. Je voulais leur dire : mais regardez les taux de mariages mixtes en France ! J'ai toujours défendu mon pays. Et là, pour la première fois, je me suis dit : si c'est en train de devenir ça, la France, eh bien ce sera sans moi. Lorsqu'on se réunit à 4 millions pour dire que caricaturer la religion des autres est un droit absolu – et même un devoir ! –, et lorsque ces autres sont les gens les plus faibles de la société, on est parfaitement libre de penser qu'on est dans le bien, dans le droit, qu'on est un grand pays formidable. Mais ce n'est pas le cas. Il faut aller au-delà du mensonge, au-delà des bons sentiments et des histoires merveilleuses que les gens se racontent sur eux-mêmes. Un simple coup d'œil à de tels niveaux de mobilisation évoque une pure et simple imposture. Il y a certainement une quantité innombrable de gens qui ne savaient pas ce qu'ils faisaient là le 11 janvier. Mais nul n'est censé ignorer pour quoi il manifeste, tout de même.

Qu'est-ce qui vous a à ce point troublé dans ces manifestations monstres ?

A la suite des travaux de Durkheim sur le suicide, ou de ceux de Max Weber, mon but, c'est de faire comprendre aux gens les valeurs profondes qui les font agir et qui ne sont généralement pas celles qu'ils imaginent. Quand on observe la carte des manifestations, la première chose qui frappe, c'est ce que l'Insee appelle avec élégance la prédominance des « cadres et professions intellectuelles supérieures ». C'est elle qui permet de comprendre l'importance qu'elles ont prise à Paris, Toulouse, Grenoble, etc. L'autre variable qui, pour moi, d'une certaine manière, est encore plus importante encore, c'est la surmobilisation des vieilles terres issues du catholicisme.
Là, il faut que je rappelle ma théorie des deux France, un modèle avec lequel je fonctionne depuis longtemps déjà. D'un côté nous avons la vieille France laïque et républicaine – le Bassin parisien, la façade méditerranéenne, etc. –, la France qui a fait la Révolution en somme. De l'autre, il y a la France périphérique : l'Ouest, une partie du Massif central, la région Rhône-Alpes, la Lorraine, la Franche-Comté. Ce sont les régions qui ont résisté à la Révolution et dans lesquelles l'imprégnation catholique est restée très forte jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Quand on descend au niveau des structures familiales de ces zones, que j'appelais « catholiques zombies »dans mon précédent livre « le Mystère français », écrit avec Hervé Le Bras, on remarque une absence de valeurs d'égalité, notamment entre frères et sœurs concernant l'héritage. Eh bien, ce qui a inspiré ma méfiance immédiate, c'est que le 11 janvier, la mobilisation a été du simple au double entre la France de tradition athée et révolutionnaire et cette France périphérique, historiquement antirépublicaine. Ce sont les régions les moins républicaines par le passé qui ont le plus manifesté pour la laïcité, avouez qu'il y a là quelque chose d'étrange. En somme, les bastions ex-catholiques sont les endroits où on a le plus milité pour le droit au blasphème. Si on compare Marseille et Lyon, on voit même que l'intensité des manifestations est du simple au double. Qu'on ne vienne pas me dire dans ces conditions qu'il s'agit de la même laïcité que celle d'hier !

Tout le débat actuel sur la laïcité ne s'inscrit pas dans la continuité des valeurs laïques, écrivez-vous en effet dans ce livre. Les forces qui se réclament aujourd'hui le plus des valeurs laïques sont les forces en réalité les moins républicaines. Comment en est-on arrivé à un tel paradoxe ?

Ce que j'ai eu, au fond, face à ces manifestations, c'est une sorte d'illumination concernant la vraie nature du système social et politique français. C'est-à-dire pas du tout une République prenant en compte toute la population, plutôt ce que j'appelle une « néo-République » qui n'aspire à fédérer que sa moitié supérieure éduquée, les classes moyennes et les gens âgés. Tous ceux-là forment un bloc hégémonique qui a une incroyable puissance d'inertie et paralyse tout le système français. Il y a là à l'œuvre une formidable dynamique d'exclusion : exclusion des électeurs du FN – ce qui en termes sociologiques signifie aujourd'hui l'exclusion des ouvriers – et exclusion des enfants d'immigrés, qui ne sont pas venus manifester. La « néo-République » est cet objet sociopolitique étrange qui continue à agiter les hochets grandioses de la liberté, de l'égalité, de la fraternité qui ont rendu la France célèbre dans le monde, alors qu'en fait le pays est devenu inégalitaire, ultraconservateur et fermé. En gros, la France qui est aux commandes, c'est la France qui a été antidreyfusarde, catholique, vichyste. Mais lorsqu'on le dit comme ça, les gens sont évidemment stupéfaits.

Votre livre est particulièrement cruel pour le PS, dont vous faites aujourd'hui la principale incarnation de cette idéologie inégalitaire…

En effet, l'objet politique nouveau et important dans l'histoire de France aujourd'hui, ce n'est pas le Front national, c'est en réalité que le PS soit devenu la composante principale de la gauche. A la veille des années 1960 et 1970, il n'en était qu'une composante secondaire, très forte dans le Sud-Ouest, région d'héritier unique qui ne croit pas à l'égalité. La montée en puissance du PS, cela a signifié la prise de contrôle du pays par des régions sortant du catholicisme. Notre illusion fondamentale, notre erreur à tous, ça a été alors de se dire que c'était la gauche qui avait conquis les régions catholiques, au moment même où c'étaient les régions catholiques qui faisaient en réalité la conquête de la gauche. Il y a eu une subversion de ce qu'était la gauche française. Cette dernière, aujourd'hui dominée par le PS, est en vérité tout à fait autre chose que ce qu'elle prétend être. C'est une gauche qui n'adhère pas aux valeurs égalitaires, et qui n'est pas claire sur la question de l'homme universel, au contraire de la vieille gauche républicaine communiste ou radical-socialiste. Il faut voir les choses en face : l'agent le plus actif et le plus stable des politiques économiques qui nous ont menés au chômage de masse actuel, c'est tout de même le PS. Le franc fort, la marche forcée à l'euro, toute cette création idéologique extrêmement originale s'est faite sous Mitterrand, traînant Giscard derrière lui comme un bateleur. Le niveau de bonne conscience de ce pays est devenu littéralement insupportable. La France actuelle se gargarise de bons sentiments. Mais la réalité de ce pays, c'est que c'est peut-être la seule des sociétés les plus développées européennes qui accepte de vivre avec 10% de chômage, en massacrant son monde ouvrier et en excluant massivement les jeunes, à commencer par ceux qui sont d'origine maghrébine. Le PS avait jusqu'à encore récemment réussi à faire passer l'idée qu'il était le défenseur naturel des enfants d'immigrés. Il est en fait la force politique principale qui les condamne à la mort sociale.

En quoi François Hollande est-il, comme vous l'écrivez, l'apothéose de ce « catholicisme zombie » qui s'était politiquement incarné en 1992 dans le moment Maastricht et s'est aujourd'hui réinvesti dans l'« esprit du 11 janvier » ?

On voit souvent ce président comme l'incarnation de l'univers torride du conseil général de la Corrèze [rires]. On pense que sa capacité à ne rien faire, à ne prendre aucune décision, est un produit dérivé du radical-socialisme. Mais en fait, François Hollande est un catholique zombie typique, avec un père catholique d'extrême droite et une mère catholique de gauche. Et, d'ailleurs, Manuel Valls lui-même vient de Catalogne, province de famille souche différentialiste, et, qui plus est, lui aussi vient d'un milieu catholique catalan parmi les plus durs. A cet égard, Hollande aura eu un rôle historique : celui de révéler que la gauche pouvait se concilier avec les structures les plus inégalitaires, prouvant par là même que le système politique français est totalement détraqué. On pourrait bien sûr me reprocher d'évoquer les origines de ces gens, et moi-même d'ailleurs, je ne devrais pas avoir à faire ma généalogie personnelle, celle d'une famille juive mélangée à des origines bretonnes et anglaises. Mais il est désormais impératif de le faire, parce que si on renvoie tout le temps les musulmans à leur origine, on doit renvoyer tout le monde à son origine. C'est un acte de justice.

Vous considérez que l'islam ne compromet nullement en France le ciment républicain et ne pose pas de problème particulier aux sociétés occidentales. Ne peut-on toutefois penser que la vigueur d'une religion, quelle qu'elle soit, lorsqu'elle vient percuter un vieux pays dévitalisé métaphysiquement comme la France, pose au contraire certains problèmes spécifiques ?

Tout le monde est dans une logique d'anxiété par rapport à l'islam. Le point de départ du livre, c'est justement de renverser la perspective : d'apercevoir que c'est la France des classes moyennes centristes qui est en état de crise religieuse, qui a été ébranlée par la disparition ultime de toutes ses croyances, qui est dans un état de vide métaphysique abyssal et joue donc un jeu tout à fait pervers avec les musulmans pour se trouver des boucs émissaires. Or c'est dans cette ambiance de reflux inexorable du religieux que la France se découvre d'un seul coup obsédée par les symboliques religieuses. Tout est religieux désormais. Mais tout est religieux parce que la religion s'éclipse, et parce que rien ne l'a supplantée.

Le sous-titre de votre livre est : « Sociologie d'une crise religieuse ». A tort, ce dernier peut donner le sentiment que vous prenez au sérieux les histoires de « choc des civilisations », d'affrontement entre bloc occidental et bloc musulman qui fournissent une grille d'interprétation à la fois facile et tendancieuse depuis les années 2000…


On doit prendre la religion au sérieux, surtout quand elle disparaît. Je suis totalement sceptique sur le plan religieux, mais il n'a jamais été prouvé qu'une société pouvait vivre sans croyance. Or la réalité de la société française aujourd'hui, c'est quoi ? Une société dominée par des classes moyennes qui ne croient plus à rien, qui ne savent plus où elles vont, qui se sont seulement lancées dans la construction d'un euro qui ne mène nulle part. Tout l'objet du livre est de ne pas tomber dans le panneau manifeste du problème. Ainsi, ce qui m'inquiète n'est pas tant la poignée de déséquilibrés mentaux qui se réclament de l'islam pour commettre des crimes que les raisons pour lesquelles, en janvier dernier, une société est devenue totalement hystérique jusqu'à aller convoquer des gamins de 8 ans dans des commissariats de police. On entend vraiment dire n'importe quoi au sujet des musulmans de France. Ceux-ci sont tout sauf un bloc. Ils sont au contraire fragmentés par des niveaux de croyance très différents, des nationalités très différentes et on y observe des taux de mariages mixtes extrêmement élevés. Ils sont souvent beaucoup plus assimilés de par leurs unions matrimoniales que les intellectuels néoréactionnaires comme Eric Zemmour ou Alain Finkielkraut qui les ciblent constamment. La vraie question aujourd'hui pour la France, écrivez-vous, ce n'est pas le droit ou non à la caricature, c'est la « montée de l'antisémitisme dans les banlieues ».

Pour expliquer ce renouveau de la haine antijuive, vous mettez en cause la politique économique menée depuis des décennies, qui, en fragilisant les jeunes musulmans, aurait à nouveau livré les juifs à la vindicte nationale…

Pour le moment, anxiétés religieuse et économique mises à part, ça ne va pas trop mal pour les classes moyennes françaises qui tiennent le pays… On lance les minorités les unes contre les autres, c'est génial, c'est du billard ! Les ouvriers « de souche » marginalisés et maltraités s'en prennent aux milieux populaires arabes, les jeunes Maghrébins s'en prennent aux juifs et réciproquement, et pendant ce temps rien ne se passe, le système reste intact. Vous voyez que je ne fais pas dans l'angélisme : l'antisémitisme des banlieues doit être accepté comme un fait nouveau et indiscutable. Ce que je ne peux pas accepter cependant, c'est l'idée qui est en train de s'installer selon laquelle l'islam, par nature, serait particulièrement dangereux pour les juifs. Il n'existe qu'un continent où les juifs aient été massacrés en masse : c'est l'Europe. D'ailleurs, l'une des choses que je reproche fondamentalement à la manifestation charliste, c'est d'avoir considéré que la tuerie de l'Hyper Cacher était secondaire par rapport au problème de crayons à papier et de caricatures. Quant à ce nouvel antisémitisme issu des banlieues, je maintiens que je suis incapable de dire là-dedans ce qui vient de la tradition égalitaire républicaine française et ce qui vient spécifiquement de l'islam. Les deux se conjuguent probablement. Mais j'attends de pied ferme, après la percée de l'islamophobie, le retour de l'antisémitisme dans les classes moyennes catholiques zombies.

Il y a tout de même une pointe d'optimisme certain dans ce livre, c'est le moment où vous expliquez qu'un islam de France lui-même devenu zombie pourrait contribuer à un rééquilibrage positif de notre culture politique. Autrement dit, que la culture musulmane pourrait participer au rétablissement d'une véritable culture républicaine en France… Il y a peu de chances que vous soyez entendu sur ce point.

Peut-être est-ce excessif. Mais en fait je m'en suis tenu à deux scénarios dans ce livre : le scénario de la confrontation hystérique avec l'islam et le scénario de l'accommodement. Or la confrontation, c'est 100% de chances de désastre pour la France. Donc là c'est une question de règle de vie fondamentale : si tu as le choix entre la mort et l'incertitude, tu choisis l'incertitude, c'est tout. Alors oui, je plaide pour qu'on les laisse tranquilles, les musulmans de France. Qu'on ne leur fasse pas le coup qu'on a fait aux juifs dans les années 1930 en les mettant tous dans le même sac, sous la même catégorie sémantique, quel que soit leur degré d'assimilation, quel que soit ce qu'ils étaient vraiment en tant qu'êtres humains. Qu'on arrête de forcer les musulmans à se penser musulmans. Qu'on en finisse avec cette nouvelle religion démente que j'appelle le « laïcisme radical », et qui est pour moi la vraie menace.


Edité le 07-05-2015 à 13:28:00 par Xuan




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   Posté le 15-05-2015 à 23:48:40   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

C'est le ménage de printemps chez les Charlie : nettoyage par le vide.

chers camarades si nous sommes tous charlie c'est bien parce que chaque salarié est sur un siège ejectable, a la discrétion du patronat .
Gilbert Remond


Zineb El Rhazoui : "Je ne crains pas de qualifier aujourd'hui la direction de Charlie d’oligarchie"

EXCLUSIF par Rédaction de France Info vendredi 15 mai 2015 13:53

Que se passe-t-il à la rédaction de Charlie Hebdo ? Quatre mois après l’attaque qui a endeuillé le journal satirique, y a-t-il une volonté de faire le ménage au sein de l’équipe ?
La journaliste franco-marocaine Zineb El Rhazoui vient d’être convoquée pour un entretien préalable au licenciement. Elle a réagi en direct sur France info sur une mesure qu'elle ne comprend pas.
Zineb El Rhazoui serait devenue persona non grata à Charlie Hebdo.
Visée par une lettre, que France info s’est procurée, lui annonçant l'intention du journal de la licencier pour faute grave, la journaliste franco-marocaine l'a affirmé en direct sur notre antenne ce midi : "On m’a signifié que je n’avais clairement plus le droit de mettre les pieds au journal en attendant cet entretien préalable" , prévu le 26 mai.
"Est-ce que c’est une façon pour la direction de se détacher d’une certaine ligne éditoriale ?"

Zineb El Rhazoui affirme ne pas avoir été informée clairement des motifs qui la visent. Il n’y a eu "aucune discussion préalable. C’est tombé comme ça, pour moi ça a été un choc absolu" , explique-t-elle. "[img]Je me demande quel est le message de cette mesure, quel est le message qui sera transmis aux ennemis de Charlie Hebdo, quel est le message transmis aux islamistes qui me menacent. Est-ce que c’est une façon pour la direction de se détacher d’une certaine ligne éditoriale ?"[/img] s’interroge cette militante contre l'islamisme et l'intégrisme, qui est menacée de mort pour ses écrits dans Charlie Hebdo et contrainte de déménager régulièrement.

"Ne me dites pas que l’urgence aujourd’hui est de faire des économies sur le salaire d’une journaliste qui est SDF depuis le 8 janvier"
Zineb El Rhazoui a co-signé une tribune dans Le Monde, fin mars, demandant "une refondation" de Charlie Hebdo et une nouvelle gouvernance "plus collégiale" . Ce qui n'avait pas été du goût de la direction. Pour elle, sa mise à pied n’est pas sans rapport. "Je pense que ce dont je fais l’objet aujourd’hui est clairement une mesure punitive" , estime Zineb El Rhazoui.

"Ne me dites pas qu’avec tout le soutien dont a bénéficié cette direction, l’urgence pour eux aujourd’hui est de faire des économies sur le salaire d’une journaliste qui est SDF depuis le 8 janvier, dont le mari a perdu le travail au Maroc à cause de mon engagement au sein du journal, qui fait l’objet de menaces de mort particulièrement ciblées et graves et qui vit en permanence sous un lourd dispositif de protection policière" , poursuit-elle.

Il y a une direction à Charlie Hebdo "que je ne crains pas de qualifier aujourd’hui d’oligarchie de quatre ou cinq personnes qui prend des décisions sans concertation avec les autres" , lance-t-elle.

Zineb El Rhazoui était en direct sur France Info à la mi-journée. Elle répondait à Raphaëlle Duchemin

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   Posté le 24-05-2015 à 17:06:01   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Un débat intéressant entre Alain Badiou et Emmanuel Todd

De qui Charlie est-il le nom !
https://www.youtube.com/watch?v=PEjQ653L8gk

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