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 Le jeune Karl Marx

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Xuan
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   Posté le 17-11-2017 à 12:53:02   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Ci-dessous un courrier de Gilbert Remond concernant l'actualité du film et le discours prononcé par Pierre Laurent le 4 novembre à propos d'une exposition consacrée à la révolution d'octobre.

Bonjour


« après le jeune marx et le centenaire de la révolution d'octobre qu'est-ce être marxiste aujourd’hui » ?

Le Cinéma les amphis , salles municipale de Vaulx-en-Velin organisait une projection débat du film de Raoul Peck « le jeune Marx » le 9 novembre. Il a proposé à la section du parti communiste locale et à Lutte ouvrière de faire la présentation et l'animation du débat sur le thème « le Marxisme aujourd'hui ». La section de Vaulx m'a demandé de la représenter pour cette tâche.

A Vaulx-en-Velin les rapports qui existent entre nos deux organisations ne sont pas mauvais. Vaulx-en-Velin avait été une des communes où lutte ouvrière avait eu des élus lors de la précédente élection. Nathalie Artaud était l'une d'entre eux. Ses militants sont souvent sur le Marcher du Mas du Taureau. Leurs thèmes d'interventions sont proches du vécu des gens, lancés sur des bases anti capitalistes claires et sincères. Bref la coexistence entre eux et nous est envisageable dans une telle manifestation pour peu que nous sachions nous entendre sur la manière de la conduire au préalable.

Nous donc avons préparé ensemble cette animation, délimité les sujets que nous voulions aborder et de fait la co-animation s'est bien passé, chacun faisant attention de ne pas mettre l'autre en difficulté sans pour autant céder sur le fond et les besoins de son argumentation. De mon point de vu les difficultés sont venu d'ailleurs. Elle sont venues de la salle qui était composée d'une majorité de militants de leur organisation. Ils étaient dans l'ensemble jeunes, ce qui était intéressant mais globalement très silencieux, attentifs a ce qui se disait mais très silencieux, ce qui l'était beaucoup moins. Leur positionnement était logiquement partisan tout comme du côté des camardes, de fait l'assemblée avait quelque chose des groupe de supporter, chacun étant derrière son équipe et si l'ambiance n'était pas a la confrontation elle n'en était pas moins sous-tendu par cette particularité et de l’endroit où j'étais cela était perceptible. Ils applaudissaient quand leur orateur parlait. Je les sentais plus fermé quand mon tour venait. Le tout composait une masse compact en face de moi, un bloc difficile percevoir , bref une salle un peu inerte qui du coup était peu soutenante et qui ne me rendait pas facile le travail de pensée qui permet de développer des idées.

La salle se répartissait en trois segments de représentatifs. Il y avait les militant de lutte ouvrière ceux du Pcf qui n'étaient guère plus bavard et des non inscrits si je puis employer cette catégorie, qui a mon avis se sont senti un peu écrasé par la masse des autres groupes . Renvoyé à leur individualité, il fallait une certaine force identitaire pour oser une intervention. En fait a part deux ou faites faites sur un mode standards, il n'a pas été possible de vraiment démarrer la discutions, hormis une, faite par un homme d'origine Africaine qui a jeté un grand froid dans l'assistance quand il eut dit, reprenant une idée concernant octobre, que si la révolution russe avait été trahie ce n'était pas avec l'arrivé de Staline au pouvoir mais à sa mort, qu'il mettait sur le compte d'un complot ayant conduit à son assassinat.

Il nous rendait la situation plus que glissante avec son assassinat, et je ne me voyait pas embrayer sur ce type de digression, d'autant que représentant la section du PCF je n'étais pas assuré d'être suivit non plus sur ce côté de l'histoire du marxisme. Heureusement nous avons pu éluder la question d'un commun accord J'avais senti la salles frémir d'horreur devant cet évocation. A les pauvres, il y avait plus qu'un spectre revenant hanter la vieille Europe ! Point besoin de tâtonner comme dans le film, voir de raturer pour trouver le mot juste. La chose était en suspension dans l'air ambiant et le mot immédiatement derrièrprèt a venir, pour la dire dans toute son horreur si besoin était, avec sans aucun doute toute la déferlante des superstitions et des effrois qui leur sont accolées .

J'ai appris un peu plus tard que Pierre Laurent, sur ce sujet, n'avait pas hésiter a en rajouter une bonne louche marquant un peu plus sa différence, c'est à dire sa non différence du point de vu de la chose admise et sa conformité avec l'idéologie, dominante, dénonçant à l'unisson du vainqueur de la guerre froide , les crimes d'octobre dans ses conséquences ultérieures, c'est–à- dire staliniennes . « Qu'est-ce être marxiste aujourd'hui ? » ne peut échapper a ces lignes de fuites. Il nous en renvient à chaque fois une sempiternelle conjugaison. Le communisme et ses horreurs. Le communisme et ses atteintes aux droit de l'homme. Le communisme et le tyran rouge. Avec des variantes gauchistes du type « la révolution trahie » ou la « contre révolution stalinienne »

> > Comme l'écrit Badiou dans son" éloge de la politique": « la grande victoire de la réaction capitaliste dans la dernière partie du XXè siècle, juste après les grands soulèvement des années 1960 et 1970 a été à mon avis de faire disparaître l'hypothèse alternative, de parvenir a faire comme si elle n'existait plus » et de ce point de vu a la criminaliser . Être marxiste aujourd'hui c'est faire notre propre bilan de cet échec. De faire un bilan qui sache voir les aspects positifs tout autant que les erreurs qui ont été commises mais surtout un bilan pour nous permette de voir quelles étaient les forces qui s'y sont opposé pour détruire les acquis liés a ces expériences . Faire le bilan, c'est aussi repartir de ces expériences , retrouver les chemins de la conscience de classe et les outils qui la développe. De manière concomitante a la diffusion du film Pierre laurent célébrait le 100 è aniversaire de la révolution d'octobre dans une interprétation tout a fait singulière. Aussi l'exercice consistant à croiser les enseignements qu'apportent l'histoire traitée dans ce film avec ceux que nous propose une partie de ses héritiers, ne sera pas un exercice inutile.

Nous le savons maintenant, de manière célébrée et donc officielle : pour la direction du PCF la révolution communiste fût une mauvaise chose dans ses développements ultérieures donc une mauvaise chose tout court puisque le point de départ de ses développements en sont inévitablement atteints, pas que franchissent toute une palanquée de pseudo historiens allant de Courtois a Werths en passant par François Furet. Quatre vingt ans plus tard on peut donc penser que la direction se retrouve d'accord avec Blum sur la question de la vieille maison. Il fallait non pas quelqu'un pour la garder, il fallait y rester ! Cela dit la manœuvre est plus habille qu'il ne pourrait y paraître.

Dans l'intervention qu'il lu, peirre Laurent, contrairement a la vieille SFIO ne s'arrête pas a février 17, il reconnait octobre 17 tout en désamorçant sa porté révolutionnaire soviétique et kominterniène.
Il a recourt a une idée curieuse qui nous ramène "au jeune Marx" et a ses premières interventions parisiennes devant les pères du socialisme « l'idée socialiste que Balzac, déjà, avant Marx, nommait « communisme » . Parler de Leroux, Proudhon et de quelques autres aurait sans doute été un peu trop hardi, mais placer Balzac dans le texte, ça fait cultivé et ça redonne de la francité a l'idée qu'il faut « ré-inventé » en vu du « communisme de nouvelle génération »
Mieux que de s'en référer a Blum et a la SFIO , cela permet de lui retrouver , une prime jeunesse qui la dégage des catégories marxistes orthodoxes et du dogmatisme de "la nouvelle religion"( pour reprendre la métaphore que Proudhon lui même utilise a un moment du film pour mettre Marx en garde contre son utilisation de la critique de la critique critique- ne faites pas comme Luther…...etc- message subliminal en référence a la révolution d'octobre et a sa perversion en sommes) puis expliquant que « la révolution russe son accélération en octobre 17, ne naît pas de rien, elle n'est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein » il en attribue les mérites a l'internationale socialiste en arguant du fait que « pour entendre 1917, il faut avoir en têtes Fourmies, le 1é mai 1891, sa manifestation pacifique pour demander la journée de 8 heures et la réponse implacable de la bourgeoise qui voit là une insupportable atteinte a sa domination rapace…. » « Que Faire » n'y est pour rien, les journées révolutionnaire de 1905 non plus, bref tout le travail en interne des bolchévik, leur longue et patient lutte pour l'organisation d'un parti de classe révolutionnaire, celle non moins exigeante contre l'opportunisme et le révisionnisme non plus et encore moins encore leur refus du chauvinisme et de l'union sacré, tout cela n'y est pour rien !

S'il reconnaît que la révolution d'octobre touche au cœur le capital, qu'elle doit dès sa naissance faire face à une lutte des classes internationale féroce, c'est pour placer à l'intérieure de ce descriptif, une petite phrase dont nous comprendrons plus loin dans son discours le rôle de rabatteur joué en faveur des théories qui font leurs places aux luttes sociétales pour « un nouveau progrès humain en chemin contre les logiques qui en entraves le développement » par une conjugaison non pas des luttes de classes mais de tous ces mouvements ( sociaux, féminisme, écologie, démocratiques pacifistes etc) qui doivent être mené d concert.

Une petite phrase par quoi il peut récupérer la révolution d'octobre qui n'est plus l'acte politique et militaire de s'emparer du pouvoir exécutif et des lieux ou il s'exerce avec les masses en arme( ce qu'il compare avec la prise du central téléphonique de l’Élysée) mais un procès qui s'attaque à milles dimensions de l'aliénation et de l'exploitation » Le mot clef dans cette petite phrase c'est le mot aliénation dont Marx jusqu'alors hégélien se débarrasse quand il rompt avec l'idéalisme pour le remplacer par celui d'exploitation.
Nous le voyons, parce que nous l'avons déjà lu dans les projets de résolution des derniers congrès , le mot aliénation , permet de justifier tous ces combats qu'il faut pousser jusqu'au bout dans le cadre sociétal actuel pour dépasser le capitalisme pour opérer ces révolutions internes qui nous ferons l'économie de la révolution par quoi l'on rompt avec la société et le mode de production Bourgeois.

Si octobre 17 est considéré comme la suite du mouvement entrepris par le mouvement ouvrier européen sous la direction de la deuxième internationale sa singularité et sa dynamique révolutionnaire lui est enlevé avec une autre phrase :« Ce pays qui semble donner des contours de chaire à ce qui n'était qu'une sorte de rêve... » Notez « le semble donner » , « la sorte de rêve » et les trois petits points qui suivent : C'était trop beau pour être vraie. Octobre a frappé l'imaginaire des peuples parce qu'il semblait donner réalité a une rêverie adolescente qui s'achèvera par le suicide de Maïakovski ! Thèse trostkyste maintes fois renconrée !

« Bien sur, aujourd'hui , enchaîne Laurent, nous connaissons la suite, la logique de guerre imposée par les forces impérialistes coalisées, les tentatives de réforme de la Nouvelle Politique Économiques ( NEP) pour sortir de la crise et de la famine, la mort de Lénine, les promesses non abouties et puis malgré l'essor économique, le processus émancipateur qui s'enlise dans un système contre-révolutionnaire, répressif, dictatorial et inhumain : le stalinisme »

Voilà pour notre gouverne ! Pas très originale comme conclusion,!On peut même lui accorder une permanence de traitement qui rencontre les vues consensuelles de la réaction, un pas de plus fait du côté de ce que Plenel appelle « le trotskisme culturel », cette posture qui permet tout en se déclarant de gauche et révolutionnaire, de se retrouver du côté des démocraties occidentales contre tous ceux qui cherchent a exister de manière singulière hors du champ défini par les lois du marcher et des tropismes éthiques définis par les grandes puissances impérialistes . (droit de l'homme, droit d'ingérence , anti-totalitarisme etc)

Enfin, pour parfaire le nouveau cours, nous apprenons qu'après l'exposition sur la révolution d'octobre, exposition où pavoisait un portrait en grand de Trotski alors que Staline était totalement éclipsé, se teindra une exposition sur Georges Marchais à l'occasion du vingtième anniversaire de sa disparition. Elle aura pour but de « rappeler l'apport qui fut le sien » avec la publication du « défit démocratique » essaie centré sur la conviction que la réponse à la crise traversée par le système, passerait par « un progrès continu de la démocratie ». « La démocratie comme but et moyen de la révolution » depuis Maastricht nous avons vu a quel temps et sur quel mode elle se déclinait . La Yougoslavie, l’Irak et la Libye ont a été anéantie contre la volonté des peuples et des institutions internationales, le référendum sur la constitution imposé contre celle des électeurs de France, la Grèce et la Catalogne ont été mis sous tutelle malgré les choix exprimée par leur peuples, les lois contre les régimes de retraites ou le code du travail imposées de force malgré les mobilisations populaires et une opposition majeurs de la population !

Ce contre sens fabuleux a pour cause une idée que Marx avait pourtant combattu avec rigueur. La lui attribuer c'est le trahir, c'est pervertir la science du matérialisme dialectique. Jamais le capitalisme n'a été a l'initiative des droits humains, le seul droit reconnu était celui de passer contrat avec un employeurs tout puissant c'est a dire de donner son temps et sa force de travail contre un salaire fixé par lui, si le capitalisme a pu être facteur de progrès c'est dans la mesure où il a développer les forces productive, mais tout le reste, tout l'appareil juridique mis en place pour fixer les relation a l'intérieure de la sphère productive n' a pu évoluer que sous l'aiguillon des luttes aussi dire « le capitalisme n'étendra plus les droit humains » c'est refuser de comprendre que ceux ci n'ont jamais été que le résultat des luttes de classes et donc des rapports de force créer dans la contradiction principale celle entre capital et travail et que pour en sortir il n'y a qu'une solution sortir par un rapport de force de la sphère des moyens de production capitaliste, ce dont Laurent ne souffle mots sinon de manière très lointaine avec sa notion de dépassement.

Enfin la encore la ficelle est un peu grosse. Marchais a bon dos . Les avertis savent que l'auteur du défis démocratique avait en réalité pour nom Fiterman ! Or chacun sait ce qu'il est advenu de lui et de ses visées démocratiques. Derrière Marchais c'est en fait la refondation mutation qui est remis en route, alors qu'il en avait condamné clairement et ferment le projet !
De tout cela il faut retenir le forum européen de Marseille qui a eu lieu les 10 et 11 novembre, la réunion des secrétaires et animateurs d section du 18 novembre et la tenue des états généraux du progrès sociale le 3 février 1918. Autant d'étape avant le 38è congres qui doit réinventer le parti communiste pour en faire « une force », capable d'affronter les défis nouveaux pour rester fidèle a son idéales révolutionnaire.



Mais alors après un tel constat, après de telles décisions, quels liens Pierre Laurent et ceux qui l'inspirent peuvent -ils encore conserver avec la théorie de Marx ? Comment peuvent -ils se reconnaître dans le film de Raoul Peck « le jeune Marx » ? Pourquoi l'avoir invité à l'université d'été cette année en lui consacrant une soirée débat après projection du film? Surtout comment peuvent-ils s'émerveiller devant son film sans en accepter l’hypothèse qui le travaille ?

Cette dernière se structure autour du postulat, que « de l'impossibilité d'une révolution partielle Marx conclue par la possibilité effective de la révolution radicale » .
N'y a-t-il pas là un flagrant délit en duplicité quand tous leurs actes montrent qu' ils prennent le contre pied de la démarche entreprise par les grandes figure du mouvement ouvrier ! L'auteur du film donne a leur rencontre une signification clair quand il met dans la bouche de Marx s’adressant a Engels sa phrase célèbre réajusté pour la cause des dialogues « les philosophes n'ont fait qu’interpréter le monde alors que le but est de le changer » ( la phrase exacte étant les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde il nous appartient de le transformer)

Plus tard quand Engels prend la parole au congrès de la ligue des justes, qu'il affirme les antagonisme de classe et l'irréductibilité du conflit entre bourgeois et prolétaire, qu'il remplace le mot d'ordre tous des frères par « prolétaire de tous les pays unissez vous » pour ensuite proposer de transformer la ligue des justes en ligues des communistes, il acte l'exacte contraire des propositions faites par Pierre Laurent dans son discours d'anniversaire .

Il prône la rupture et la révolution quand Pierre Laurent propose un aménagement /dépassement de l'intérieure de la société par la démocratie ( le défit) et s'attachent a une prose qui évacue les références au combat de classe ! Avec des formules telle « l’extension continue et planétaire des droits humains par la démocratie, l'émancipation humaine, l'espèce humaine toute entière, un immense mouvement pour la démocratie…. Pour maîtriser les lieux de pouvoir ou en créer de nouveau »
Là ou Marx voulait « liquider notre conscience d'autre fois » Laurent veut « réévaluer un moment de l'histoire », « réfléchir a l'idée de révolution aujourd'hui pour mieux repenser les chemins de nouvelles révolutions » , a quoi nous pouvons répondre que premièrement la révolution n'est pas une idée mais un chemin, et une volonté , une série d'actes politiques voir militaires qui permettent d'orienter le réel vers une direction nouvelle et que deuxièmement la mise au plurielle de cette notion l'euphémise, la dilue dans une diversité de directions qui lui retire sont tranchant et son efficace.

Que disait Engels dans son adresse aux travailleurs ?:

« Grâce aux vastes possibilité possibilité que j'avais d'observer la bourgeoise, votre adversaire, je suis très vite parvenu à la conclusion que vous aviez parfaitement raison de n'attendre d'elle aucun secours… Ses intérêts les vôtres sont diamétralement opposés, bien qu'elle tente sans cesse d'affirmer le contraire et qu'elle veuille vous faire croire qu'elle éprouve la sympathie la plus grande. Ses actes démentent ses paroles. J'espère avoir apporté suffisamment de preuves que la bourgeoisie – en dépit de tout ce qu'elle se plaît a affirmer-n'a pas d'autre but en réalité, que de s'enrichir sur votre travail, tant qu'elle peut en vendre le produit, et vous laisser mourir de faim, dès qu'elle peut tirer profit de ce commerce indirect de chair humaine »

suite a quoi Le but déclaré de la ligue des communiste deviendra « le renversement e la bourgeoise, le règne du prolétariat, la suppression de a vieille société bourgeoise fondée sur les antagonismes de classes et la constitution d'une nouvelle société sans classe et sans propriété privé »

De son côté Marx quelques années plutôt, comprenant l'impossibilité partielle d'une révolution concluait comme nous l'avons déjà dit « a sa possibilité effective sous une forme radicale » A la question de savoir ou résidait une telle possibilité, il répondait déjà dans sa contribution critique a la philosophie du droit de Hegel « dans la formation d'une classe aux chaînes radicales, d'une classe de la société bourgeoise qui ne soit pas une classe de la société bourgeoise, d'une classe qui soit la dissolution de toutes les classes, d'une sphère qui possède un caractère d'universalité par l’université de ses souffrances et ne revendique pas de droits particuliers, parce qu'on lui fait subir non pas une injustice particulière mais l'injustice en soit, qui ne puisse plus se targuer d'un titre historique mais d'un titre humain qui ne soit pas en contradiction exclusive avec les conséquences, mais en contradiction systématique avec les condition préalable du régime politique allemand, d'une sphère enfin qui ne puisse s’émanciper sans émanciper toutes les autres sphère de la société et sans émanciper de ce fait toutes les autres sphères de la société qui soit en un mot, la perte totale de l'homme et ne puisse donc se reconquérir sans une reconquête totale de l'homme. Cette dissolution de la société réalisée dans une classe particulière, c'est le prolétariat »

De ce point de vu « être marxiste aujourd'hui » ce serait partant de cet axiome, essayer de comprendre la nature du prolétariat d'aujourd'hui. Ce serait reconnaître comme le fait Badiou que si l'on considère l'histoire des cinquante dernières années, il devient absolument évident qu'un point fondamental a été la constitution d'un prolétariat international à l'intérieur de chaque pays .

En effet sur toute cette période « si vous vous tournez du côté du prolétariat en son sens le plus classique, c'est-a-dire, la masse des ouvriers des grandes usines , eh c'était une masse internationale » dit -il. On pourrait ainsi parler « du prolétariat international de France » , une réalité donnant un contenu national au « prolétaire de tous les pays unissez vous » qui devrait en dessillé plus d'un. De cette observation pas un mot. L'émancipation humaine passe de nouveau par des sphères autonomes qui juxtaposes leurs actions plutôt que de converger vers une entité qui les émancipe toutes .

Le film le jeune Marx commence sur une séquence qui montre un sous bois, puis des gens qui ramassent des brassées de bois mort, un bruit sourd se fait de plus en plus insistant , ce sont des gardes forestiers qui galopent . Ils arrivent sur le lieu du glanage puis fondent sur les ramasseurs de bois qui fuient, terrorisés. Les gardes les frappe avec de grands gourdin puis une voix lit un texte. Il s'agit d'un article de Marx publié dans le Rhienisch zietung portant sur les débats relatif a la loi sur les vols de bois. Marx explique que si tu bois coupé est dérobé a un propriétaire est du vol il ne peut en être de même pour les ramilles car on distrait du bois qui est déjà distrait. Le voleur de bois porte de sa propre autorité un jugement contre la propriété.

Le ramasseur de ramille se contente d'exécuter un jugement, celui que la nature même de la propriété a rendu : vous ne posséder que l'arbre, mais l'arbre ne possède plus les rameau en question » Marx en conclu que ramassage deramille et vol de bois sont donc deux choses essentiellement différente ». cependant les propriétaire se servent de la loi pour punir et faire payer ce qu'il estiment leur être volé et qui autres fois faisait parti des bien communaux . La propriété c'est le vol dit Proudhon. Nous le verrons plus tard a Paris dans un banquet républicain le dire, puis être interrompu par le jeune Marx qui lui demande de quel propriété il parle avant de la qualifié sans appel de propriété bourgeoise. Tout cela vient a point nommé pour introduire les réflexions sur la valeur et sur la marchandise mais aussi pour instruire le procès de l'Etat qui légifère dans le sens du profit des propriétaires « lorsque la loi cependant dénomme vol de bois une action qui est a peine un délit forestier, la loi ment et le pauvre se trouve sacrifié a un mensonge légal ; Il y a deux genre de corruption dit Montesquieu l'un lorsque le peuple n'observe pas les loi ; lorsqu'il est corrompu par les lois : mal incurable parce qu'il est dans le remède même » Marx règle ses comptes avec l'idéalisme et la vielle conscience en reprenant la philosophie de Hegel a son compte mais en la renversant c'est a dire en partant des faits qui sont têtus et non plus de » la pensée pure » liée a la vieille philosophie. Comme nous l'explique son biographe Frantz Mehering, Marx apporta au matérialisme de ses prédécésseur la dialectique historique et donc « un principe d'énergie » dont la finalité était non seulement d'expliquer la société mais aussi de la transformer, . Ce qui vaut pour les vol de bois hier devrait valoir pour les paradis fiscaux et les divers trafic de blanchiment aujourd'hui . Marx parlait a leurs sujets de mal incurable et s'en remettait au masse et a leur désir de transformation du monde convaincu que l'histoire de toute société jusqu’à nos jour n'avait " été que l'histoire des luttes de classe " D'ailleurs cette vérité viendra le surprendre sous forme de cauchemars, redondance allégorique de la scène d'ouverture qui viendra nous dire par l'image le contenu manifeste de ses écrits. La scène du rêve illustre par une mise en acte, cette phrase « Pour empêcher maraudage et braconnage la diète a écartelé le droit et lui a transpercé le cœur »

Le film nous montre de manière symétrique comment Engels par l'intermédiaire de Mary Burns, une ouvrière qui travaillait dans les filatures de son père, rencontre la classe ouvrière. Il en rapportera la condition dans un ouvrage « Situation de la classe laborieuse en Angleterre ». A noter la place des femmes dans ces combats, la part active qui est la leur dans tous les moments de leur vie commune y compris pendant les séances d'écriture des textes majeurs du duo, ainsi que nous le montre la scène finale où se construit le manifeste du parti communiste.

En sommes, ce que nous invite a comprendre le film c'est que Marx et Engels rencontraient le réel des classes pauvres en prenant leur distance avec la connaissance pure. L'un comme l'autre prenaient fait et cause pour elles, dans le temps où ils entreprenaient les comptes rendus de leur situation concrètes qu'ils portaient a la connaissance du public tout en les objectivant d'un point de vu de classe. Il était donc logique qu'ils se rencontrent dans le Paris creuset des grandes causes révolutionnaires pour entreprendre avec les collectifs ouvriers se constituant dans les premiers combats de classe, le passage " de l’humanisme au communisme révolutionnaire". Être marxiste aujourd'hui c'est reprendre le fil de leur démarche et redonner au mot d'ordre » prolétaires de tout les pays unissez vous « son contenu actualisé. Il ne s'agit pas de se réclamer d'une internationale abstraite, ni d'un internationalisme béat sans contenu véritable.

Ce « Retour sur la condition ouvrière » conformément à l'ouvrage de Pialoux et Beau doit se faire en tenant compte de sa situation concrète actuelle. Il faut reconstruire la conscience de classe en redonnant sens à un tous ensemble qui rassemble dans une même sphère combative, sans papiers, travailleurs détachés, travailleurs précaires, petits boulots, les uberisés comme les intérimaires, sans oublier les chômeurs, les jeunes en formations et les retraités . Il faut repartir dans le combat en s'appuyant sur le texte, par quoi se termine le film, dire ensemble dans une pages qui se réécrit avec des mots actuels

« Un spectre hante l'Europe, le spectre du communisme.

Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte Alliance pour traquer ce spectre (….) Quelle est l'opposition que n'ont pas accusé de communisme ses adversaires au pouvoir ? Quelles est l'opposition qui a son tour, n'a pas relancé à ses adversaires de droites ou de gauche l'épithète flétrissante de communistes ?
Deux choses ressortes de ces faits

1) Déjà le communisme est reconnu par toutes les puissances d'Europe comme une puissance.

2) Il est grand temps que les communistes exposent, à la face du monde entier, leur manière de voir, leurs buts et leurs tendances ; qu'ils opposent au conte du spectre du communisme un manifeste du parti ».

Les communistes « proclament hautement que ces buts ne pourront être atteint sans le renversement violent de tout l'ordre social passé. Que les classes régnantes tremblent a l'idée d'une révolution communistes ! Les prolétaires n'ont rien a perdre, hors leur chaînes. Ils ont un monde a gagner » .
Prolétaires de tous les pays unissez vous !




Edité le 18-11-2017 à 13:33:05 par Xuan




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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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   Posté le 17-11-2017 à 13:09:20   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Raoul Peck "Connaissez votre histoire, organisez-vous et battez-vous !"

Entretien réalisé par Laurent Etre
Vendredi, 15 Septembre, 2017
L'Humanité



> > > Avec le Jeune Karl Marx, le cinéaste engagé nous montre une pensée émancipatrice se forgeant au cœur de l’action politique pour changer le monde.

> > > Comment est née l’idée de ce film, le Jeune Karl Marx ?

> > > Raoul Peck Au départ, c’est Pierrette Ominetti, d’Arte, qui m’a sollicité. Je n’aurais jamais osé proposer moi-même à une télévision française de faire un film sur Marx. N’oublions pas que nous sommes alors avant la crise financière de 2008 : l’idée selon laquelle le capitalisme serait l’horizon indépassable de l’histoire est encore largement dominante ; parler de «lutte des classes» est perçu comme une aberration. Le capital avait gagné sur toute la ligne. Quoi qu’il en soit, quand Arte m’a demandé de travailler sur le sujet, j’ai sauté sur l’occasion. Car, pour moi, Marx a toujours été incontournable. On ne peut rien expliquer de la société (capitaliste) dans laquelle nous vivons sans revenir à sa pensée, aux concepts qu’il a forgés et à sa grille d’explication. Je me suis donc attelé à la tâche. Mais au bout d’un certain temps, réalisant l’ampleur du projet, et n’ayant pas réussi à trouver une façon efficace de traiter le sujet en docu-fiction, j’ai décidé de revenir à une fiction pure et de le produire avec ma société de production, Velvet Film.

> > > Pourquoi avoir choisi de vous focaliser sur les années de jeunesse ?

> > > Raoul Peck Je savais d’emblée que je ne pourrais pas me confronter au "vieux barbu". Car, en ce cas, il m’aurait fallu non pas un, mais dix films, pour pouvoir défaire toutes les instrumentalisations et les déformations dont son œuvre a été l’objet. J’ai donc pris le parti de me concentrer sur la genèse de sa pensée, cette période qui court de la thèse de doctorat (1841) au Manifeste du Parti communiste (1848). C’est dans ces années que naît chez lui l’ambition d’établir une science de l’histoire des sociétés. Et tout est là.

> > > Dans l’histoire du marxisme, l’évocation du jeune Marx renvoie, en France, à ce qu’on a appelé, dans les années 1960, la "querelle de l’humanisme", avec Louis Althusser postulant une "coupure épistémologique" entre le jeune Marx, empreint d’idéalisme humaniste, et celui de la maturité, du Capital, devenu pleinement "scientifique". Aviez-vous cette idée en tête ?

> > > Raoul Peck Je connais bien sûr ce débat, mais, en l’occurrence, non, ce n’était pas l’arrière-plan de ma démarche. Précisément, j’ai commencé par mettre à distance tous les "experts" de Marx, les interprétations, pour ne me baser que sur les correspondances. Je voulais montrer Marx, Engels et Jenny, la femme de Marx, dans leur vie concrète, à partir de leurs propres paroles. Ils sont jeunes, ils ont la vingtaine, ils sont révoltés et ils ambitionnent de changer le monde. C’est cela, le cœur du film. Et mon but, dès le début, a été que cette formidable histoire inspire les jeunes d’aujourd’hui, qu’elle nourrisse leurs propres combats. Je n’ai pas fait ce long métrage en regardant dans le rétroviseur, mais bien devant, vers le présent et l’avenir. Ce film se veut un appel à prendre sa vie en main, comme l’ont fait ces trois jeunes gens à leur époque, et à changer tout ce qui doit l’être, sans se poser de limites a priori. Connaissez votre histoire, apprenez à repérer les liens entre les événements à première vue épars, armez-vous intellectuellement, organisez-vous et battez-vous ! C’est un travail ! Tel est le message.

> > > Votre film comporte une scène qui condense les débats ayant présidé à la transformation de la "Ligue des justes" en "Ligue des communistes". L’exigence de scientificité paraît centrale dans le propos d’Engels, qui est alors à la tribune pour défendre les idées qu’il partage avec Marx…

> > > Raoul Peck Oui, il met en avant la nécessité de sortir du romantisme. La Ligue des justes avait pour devise "Tous les hommes sont frères". Engels confronte avec éloquence ce slogan à la réalité des contradictions sociales. Comment soutenir, en effet, que le patron et l’ouvrier, l’exploiteur et l’exploité, sont frères ? Non, décidément, tous les hommes ne sont pas frères. La nouvelle devise s’impose alors : "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!" Bien entendu, aujourd’hui, à nous de savoir qui inclure dans le terme "prolétaire".

> > > L’idée centrale du film n’est-elle pas là, justement ? Dans la façon dont il montre la maturation d’un communisme partant des contradictions du réel pour aller à la réalisation de l’idéal, contre un socialisme utopique plaquant l’idéal sur la réalité, et désarmant, dès lors, les prolétaires ?

> > > Raoul Peck Les réponses qui venaient dans l’esprit des gens de l’époque étaient celles de leur temps. On se trouve au début de la révolution industrielle, après la Révolution française. On commence juste à comprendre que ce sont les hommes qui font l’histoire, alors même que se met en place une nouvelle aliénation du travail, au travers des grandes fabriques. Ce contexte contradictoire favorise l’essor des grandes utopies, tel le Phalanstère de Fourier. Mais, c’est vrai, Marx a fondamentalement renouvelé la pensée du mouvement ouvrier naissant, en invitant à repartir de l’analyse méticuleuse des structures de la société. Pour lui, c’était la seule vraie méthode pour décider ensuite – ensemble – dans quelle direction s’engager.
Le romantisme ne l’intéresse pas ; il veut des démonstrations, avec des arguments et des preuves. C’est une manière de penser très allemande, en un sens. En allemand, le verbe est placé en fin de phrase. Cela oblige à réellement réfléchir à ce que l’on veut dire, avant de le dire. C’est une langue structurante. Dans le film, la scène où Marx pousse Proudhon dans ses retranchements sur la question de la propriété illustre bien cette différence culturelle. Face à un Proudhon qui décrète que, "la propriété, c’est le vol", Marx demande : " Quelle propriété ?" Et il ne le lâche pas. Il ne peut se satisfaire de telles généralisations.

> > > Comment êtes-vous parvenu à rendre captivants, à l’écran, des débats philosophiques complexes qui, sur le papier, peuvent rebuter les non-avertis ?

> > > Raoul Peck Cela nous a pris dix ans pour y parvenir (rires). Il n’y a pas de secret. La première ébauche du scénario était beaucoup plus didactique. Il a fallu énormément travailler pour se rapprocher, version après version, du cinéma. Mais un cinéma basé sur le réel, un cinéma rigoureux ! Nous n’avons rien inventé. J’ai pu aussi compter sur le talent de mon ami scénariste Pascal Bonitzer, qui sait transformer des scènes susceptibles d’être trop théoriques en scènes vivantes, sans jamais rien lâcher sur le fond, sur la rigueur du propos. J’ai également choisi en priorité des acteurs venant du théâtre : August Diehl (Karl Marx), Stefan Konarske (Friedrich Engels) et Vicky Krieps (Jenny Marx). Ce sont des gens qui ont la capacité de créer d’authentiques personnages. Un dialogue, c’est une manière de se tenir, de bouger, d’habiter ou non les silences. Dans ma façon de filmer, j’ai par ailleurs souvent recours aux plans-séquences, qui offrent une vraie respiration aux acteurs, qui leur permettent de modeler véritablement leur personnage.

> > > Quelles sont les idées-forces que vous retenez de Marx ?

> > > Raoul Peck Contrairement à certains de mes contemporains qui ne retiennent de lui que la partie théorique, Marx est pour moi, d’abord, une façon d’appréhender le monde avec une insatiable curiosité. Dans une joute mémorable avec Wilhelm Weitling, la figure de proue du socialisme utopique allemand de l’époque, Marx a cette phrase, que je trouve particulièrement inspirante : "L’ignorance n’a jamais aidé personne.» Or, nous baignons aujourd’hui dans l’ignorance. Ignorance de l’autre, ignorance de notre histoire. On nous présente insidieusement les migrants comme une menace, l’Europe se referme sur elle-même… On assiste à la mise en œuvre de recettes de décadence, de recettes pour fin de règne. Il faut réapprendre à penser dialectiquement, en faisant apparaître les liens cachés, en replaçant les faits dans une historicité. Il n’y a pas plusieurs histoires sur cette Terre, mais une seule dans laquelle tout est lié. La création de richesse sur un point du globe est accompagnée de la création de pauvreté ailleurs. Lorsqu’une entreprise quitte une région, y créant ainsi du chômage et de la misère, elle ne se volatilise pas. Elle part seulement exploiter ailleurs, là où les salaires sont moindres, là où le rapport de forces capital-travail est davantage en faveur du capital. Et surtout, quel que soit le lieu, ce ne sont pas ceux qui créent les richesses qui en profitent, mais les propriétaires, les actionnaires.

> > > Votre film met le doigt sur les clivages de classes de la société capitaliste. Autant dire qu’il n’est pas a priori au diapason de l’industrie du spectacle… N’avez-vous pas rencontré d’embûches ?

> > > Raoul Peck Si, bien sûr ! Il faut réaliser que ce film sur Marx est le premier du genre, en Occident. Donc, forcément, on devait s’attendre à ce que des obstacles puissent surgir. D’abord, il existe encore une certaine autocensure. Moi-même, j’ai pu être pris dedans. Mais je m’en suis libéré bien volontiers. Et quand j’ai commencé à travailler, personne n’a tenté d’intervenir sur l’orientation du projet. Je ne l’aurais de toute façon jamais toléré. C’est sur le financement que nous avons connu quelques péripéties révélatrices. Avant tout, je tiens à dire que j’ai toujours pu m’appuyer sur un système qui reste largement démocratique, avec des aides, des institutions qui vous permettent, dans un cadre européen, d’atteindre un certain budget. En aucun cas je n’aurais pu faire ce film avec des investissements américains, vous l’imaginez bien… Donc, pour revenir à votre question, en France et en Belgique, nous avons obtenu plus ou moins les financements escomptés. La surprise est venue de l’Allemagne, où nous avons dû faire face, dans un premier temps, à des réactions de rejet. Lorsque nous avons soumis le film à la commission franco-allemande de soutien à la production de films, les trois membres allemands ont voté contre comme un seul homme, et le seul des trois Français à avoir également voté contre était d’origine allemande. J’ai du mal à croire à une coïncidence. Ils n’ont pas dû apprécier qu’un non-Allemand fasse un film sur une figure majeure de leur patrimoine intellectuel. À partir de là, nous avons décidé de politiser la chose et de le présenter ainsi à nos partenaires allemands. Une digue est tombée, paradoxalement devant une commission d’aide dans l’ex-Allemagne de l’Est. Après, ce fut plus simple. Le vrai scandale, en revanche, a été l’attitude de l’instance européenne d’appui au cinéma, Eurimages, qui nous a refusé une aide décisive, sous la pression de certains pays de l’ex-bloc de l’Est. Ils ont dit en substance : hors de question de faire Marx sans Staline. Un acte de censure politique pour une institution qui n’a aucune vocation d’instruire des contenus, mais de se prononcer sur le montage financier d’un projet de film et sur sa solidité. Un projet porté solidement par les trois nations les plus importantes en termes de cinéma en Europe (France, Belgique, Allemagne) a été éliminé d’office par Chypre et quelques autres pour des raisons politiques !

> > > Votre film vise un large public. Mais que dit-il aux spectateurs qui se reconnaissent dans l’héritage de l’auteur du Capital ?

> > > Raoul Peck Le Jeune Karl Marx met en question les fourvoiements dans les logiques répressives, autoritaires, en montrant tout le bouillonnement démocratique auquel Marx et Engels participaient au sein du mouvement ouvrier en voie d’organisation.
Les deux amis sont durs ; ils ne mâchent pas leurs mots… Mais ils sont toujours ouverts à la discussion, ils ne renoncent jamais à convaincre leur auditoire. Toute la radicalité du film est là, dans le fait de montrer la portée transformatrice de ce geste démocratique, et surtout la nécessité d’une pensée claire. Le camp progressiste, au sens le plus large, n’a jamais pu, de bataille en bataille, réellement faire son autocritique. Or, il faut confronter les erreurs, les errances, les illusions, les crimes aussi, pour initier un autre combat. Et ce, dans la démocratie.

> > > Le jeune Karl Marx à la fête
> > >
> > > Ministre de la Culture d’Haïti de 1996 à 1997, président depuis 2010 de la Femis (École nationale supérieure des métiers de l’image et du son), Raoul Peck participera à un débat au stand des Amis de l’Humanité, samedi 16 septembre, à 18 heures. Le lendemain, à 10 heures, à l’Espace cinéma, Halle Léo-Ferré, le public de la Fête pourra découvrir en avant-première le Jeune Karl Marx, avant la sortie en salle le 27 septembre.

1844. De toute part, dans une Europe en ébullition, les ouvriers, premières victimes de la «Révolution industrielle», cherchent à s'organiser devant un «capital» effréné qui dévore tout sur son passage. Karl Marx, journaliste et jeune philosophe de 26 ans, victime de la censure d’une Allemagne répressive, s’exile à Paris avec sa femme Jenny où ils vont faire une rencontre décisive : Friedrich Engels, fils révolté d’un riche industriel Allemand. Intelligents, audacieux et téméraires, ces trois jeunes gens décident que «les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, alors que le but est de le changer». Entre parties d'échecs endiablées, nuits d'ivresse et débats passionnés, ils rédigent fiévreusement ce qui deviendra la «bible» des révoltes ouvrières en Europe : «Le manifeste du Parti Communiste», publié en 1848, une œuvre révolutionnaire sans précédent. LE JEUNE KARL MARX Bande Annonce (2017) Date de sortie : 27 Septembre 2017 © 2017 - Diaphana Distribution Comédie, action, films pour enfants et famille, cinéma d'animation, blockbusters américains, humour, films français... Il y en a pour tous les goûts ! Un point complet sur l'actualité cinéma, DVD & Blu-Ray via les trailers et extraits en français (VF et VOSTFR)

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Entretien avec Raoul Peck, réalisateur du Jeune Karl Marx




Photothèque Rouge / JMB

> > > Entretien. La sortie sur les écrans du film le Jeune Karl Marx apporte une bouffée d’air contestataire bienvenue. Raoul Peck y retrace l’évolution du jeune intellectuel de Cologne à Bruxelles en passant par Paris, Londres et Manchester entre 1843 et 1847, et la naissance tumultueuse d’une nouvelle conception du monde, révolutionnaire. Le réalisateur a bien voulu répondre à nos questions.

> > > Comment s’est formé le projet de ce film, une première à strictement parler puisque jamais la vie de Marx n’avait été, jusqu’alors, portée à l’écran, du moins dans le monde occidental ?

> > > C’est un ensemble de choses. D’abord, un animateur d’Arte qui connaît mon travail et avec qui j’ai fait d’autres films m’a approché pour me demander si je pouvais imaginer un projet sur Marx. Bien entendu, j’ai sauté sur l’occasion car je n’aurais jamais imaginé moi-même proposer un tel projet à une chaîne publique. Puis cette demande s’est transformée en un projet plus personnel dans la mesure où je traversais moi-même un moment de terrible constat sur l’état du monde où règnent un rejet systématique de l’histoire, de la politique, de la science et une espèce d’enfermement sectaire dans tous les secteurs, y compris politique. Donc, revenir à Marx pour moi, c’était revenir à une discussion plus fondamentale, repartir de la base en espérant ainsi contourner toutes les déformations, aberrations, manipulations qu’il y a eu autour du marxisme et aussi me dégager des conséquences historiques graves, notamment, comme on le sait, dans les pays de l’Est. Je devais déconstruire des décennies de propagande, d’inexactitudes, d’inventions pures, de contradictions, etc., sans compter les crimes et méfaits de la guerre froide et des autres confrontations idéologiques.

> > > Pourquoi le choix de cette période de sa vie et de celle de son ami Engels ? Une façon d’échapper au carcan dogmatique hérité du 20e siècle ?

> > > Oui, il fallait décrasser tout ça. Nous sommes dans une période de grande confusion, confusion dans tous les domaines : politique, historique, idéologique, etc. On fait dire n’importe quoi à n’importe qui et on en tire des conclusions totalement à l’opposé de ce que cette personne a voulu dire. Je ne pouvais pas faire un film qui allait inclure tous les débats autour de Marx. C’est impossible, donc il fallait que je revienne à l’essentiel, à la base comme je l’ai fait d’ailleurs pour mon film autour de l’œuvre de Baldwin, écarter toutes les interprétations, donner la parole à Baldwin directement. Avec Marx, c’est un peu la même démarche, dans le sens où j’ai éliminé toutes les grandes biographies, les disputes entre courants pour revenir à l’essentiel du personnage, de manière non dogmatique. Le film, je le voulais sur l’évolution d’une pensée et l’évolution d’un combat. Il ne s’agit pas d’un retour vers le passé ou simplement d’une révélation sur une histoire inconnue, c’était surtout la recherche d’armes pour aujourd’hui. Je fais un film pour aujourd’hui, un film qui se veut politique, lié à la réalité d’aujourd’hui. Cela veut dire comment transmettre à une jeune génération une histoire qui m’a structuré, un héritage que, moi, j’ai reçu, qui m’a formé, pour que cette nouvelle génération puisse s’en emparer, dans toute son authenticité, dépouillé de toutes les déformations dont il a été l’objet en espérant qu’elle en fera quelque chose de nouveau et de plus efficace.

> > > Le film souligne la place de Jenny Marx et de Mary Burns dans la lutte des deux amis, est-ce une façon d’exprimer le féminisme indissociable de leurs idées ?

> > > Cela a moins à voir avec une tentative quelconque de montrer leurs positions respectives que de montrer quelque chose que moi j’ai puisé de mon étude de leur vie, c’est-à-dire cette approche organique d’êtres humains dans leurs combats. On a malheureusement, à travers des décennies, séparé les deux, c’est-à-dire donné au marxisme la forme d’un exercice cérébral, intellectuel et rhétorique. Il s’agit aussi de se transformer personnellement, de questionner les rapports humains à l’intérieur du combat politique. On a voulu croire que le processus vers une émancipation n’impliquait pas forcément de donner une importance quelconque à tout ce qu’on appelait les batailles secondaires, le féminisme, le racisme... C’est quelque chose que l’on peut constater aujourd’hui encore, il y a très souvent dans la gauche des comportements racistes, sectaires, machistes. Le film est l’histoire d’une vie, d’une émancipation dialectique à plusieurs niveaux, la lutte intellectuelle, politique est indissociable de la façon dont Marx et Engels ont vécu leur vie.

> > > Certains vous reprochent d’être trop didactique pour développer les idées des deux jeunes intellectuels, de leur faire dire leur propres écrits, n’avez-vous pas plutôt voulu démystifier ou déboulonner la statue ?

> > > Ces critiques ne sont pas sérieuses. Il y a eu deux critiques principales, la première, le didactisme, la deuxième, la forme. C’est ne pas comprendre l’approche du film. Elles confondent authenticité et didactisme. Il n’y a pas une seule scène qui n’est pas soit exactement transcrite selon les correspondances des personnages, soit plausible selon le contexte de leur vie. Les biopics usuels fonctionnent selon un mode totalement différent. Faire un film sur l’évolution de la pensée de Marx en faisant passer l’évolution dramaturgique en premier ne correspondait pas au projet et c’est là qu’on invente quelque chose d’autre. C’est un film de fiction, ce n’est pas une biographie, c’est un moment de l’histoire à travers le déroulement d’une vie avec tous ses conflits et l’évolution d’une pensée.

> > > Comment concilier le souci de la vérité historique et le récit cinématographique qui garde la forme d’une fiction ?

> > > Je n’ai fait que ça dans mon travail, c’est le présent et le réel qui m’intéressent dans toute leur absurdité parfois. Cela nous a pris presque dix ans pour avancer, parce qu’il faut aller chercher ces morceaux de réalité pour les mettre dans une forme dramaturgique, mais il ne fallait pas tricher. C’est pour ça que le film devait s’adapter au cinéma, à ses règles et les déconstruire en même temps. C’est avec ça qu’on a joué. Ce n’est pas basé sur Engels qui est jaloux du couple Marx, par exemple, ou Proudhon qui n’aime pas Marx : on est dans des débats d’idées. C’est une autre façon de raconter une histoire et en cela je rejoins Ken Loach. Très souvent, tous les deux, on a dit que nos films faisaient de la politique. Cela je le revendique, oui, je fais de la politique.

> > > Vous avez eu l’occasion d’avoir des échanges avec le public. Quel est l’accueil ? Les débats dans lesquels Marx et ses amis étaient engagés à la veille des révolutions de 1848 trouvent-ils un écho aujourd’hui ? Le jeune Karl Marx fait il revivre la jeunesse de ses idées ?

> > > Je sais que je fais un film radical par rapport à un public large or, jusqu’à aujourd’hui, chose extraordinaire, tous les débats, ce n’était pas devant des publics conquis ou d’extrême gauche, mais, à chaque fois, il y avait une totale ouverture sur le sujet. Il y a peu, parler de lutte des classes et de communisme, vous vous faisiez chambarder et là, les gens rentrent dans l’histoire, l’histoire de trois jeunes révoltés dans une Europe répressive à l’heure de la révolution industrielle et un monde des idées en plein bouleversement lui aussi, et qui décident de changer le monde. Les gens rentrent totalement dans l’histoire. Les réactions du public se ressemblent, les gens étaient contents de pouvoir comprendre l’histoire, de pouvoir donner maintenant un visage sur cet espèce de monstre qu’ils connaissent depuis leur naissance, ce Marx quelque part aussi connu que Coca-Cola. Je me suis rendu compte que même des gens de la gauche n’ont jamais fait le lien entre le marxisme, l’engagement, et cette figure en chair et en os. C’est à travers ce côté humain, organique que le public suit, même un public qui n’était pas politisé. Ils rentrent dans une histoire et cette histoire les pousse à se poser des questions. L’idée de ce film est qu’après l’avoir vu, les gens iront prendre un livre, auront envie de continuer cette conversation, d’aller plus loin…

> > > Propos recueillis par Yvan Lemaître

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LE JEUNE KARL MARX Bande Annonce (2017)http://www.youtube.com/watch?time_continue=132&v=93ptytoEG5M



À la découverte du jeune Karl Marx
Mardi, 26 Septembre, 2017
Humanite.fr



> > > À l’occasion de la sortie du film Le Jeune Karl Marx, l’Humanité, dans son édition de ce mercredi, met les projecteurs sur la pensée toujours actuelle de Marx et s’adresse aux jeunes lecteurs en proposant quatre pages d’événement qui laisse la part belle à la découverte de l’auteur du Capital.

> > > En choisissant de raconter la vie de Marx et d’Engels à la veille de la révolution de 1848, Raoul Peck nous fait découvrir un moment fondateur de leur itinéraire intellectuel et militant mettant en exergue leur passage de l’humanisme au communisme révolutionnaire.
> > > À l’occasion de la sortie de son film Le Jeune Karl Marx, l’Humanité, dans son édition de ce mercredi, met les projecteurs sur la pensée toujours actuelle de Marx et s’adresse aux jeunes lecteurs en proposant quatre pages d’événement qui laisse la part belle à la découverte de l’auteur du Capital.

> > > Entretien avec Jean Quétier, jeune philosophe, spécialiste de Marx, nombreuses citations, repères chronologiques et biographiques. Un numéro historique de l’Humanité à se procurer chez votre marchand de journaux avant de rejoindre votre salle de cinéma la plus proche pour profiter de la projection de ce film admirable.
Marx et Engels, un regard jeune sur le vieux monde
Jérôme Skalski

Mercredi, 27 Septembre, 2017
L'Humanité

August Diehl interprète le jeune Karl Marx dans le film de Raoul Peck, qui sort en salles aujourd’hui’. Kris Dewitte
> > > Cinéma. En choisissant de raconter la vie de Marx et d’Engels à la veille de la révolution de 1848, Raoul Peck nous fait découvrir un moment fondateur de leur itinéraire intellectuel et militant, la rencontre avec le monde ouvrier, puis le passage au communisme.
> > > Né en 1818 à Trèves, en Rhénanie prussienne, trois ans après le congrès de Vienne marquant le remodelage des frontières des États européens à la suite des guerres napoléoniennes, et mort à Londres en 1883, deux ans avant la conférence de Berlin par laquelle les puissances européennes se partagent l’Afrique, Karl Marx a vécu pendant le siècle qui a vu l’Europe, Royaume-Uni en tête, installer son hégémonie sur le monde. Ce siècle fut aussi celui de trois grandes révolutions. Révolutions politiques en 1830, 1848 et 1871 à la suite de la Révolution française de 1789-1794, révolutions scientifiques et techniques avec le développement de la chimie et l’application de la mécanique et de la vapeur à la production et, dans les profondeurs des sociétés européennes et américaine, extension et approfondissement de la révolution industrielle.

Des idéaux des Lumières, de liberté, d’égalité et de fraternité

> > > En choisissant de raconter la vie de Marx et de Friedrich Engels entre 1843 et 1848, Raoul Peck nous fait découvrir un moment fondateur de leur itinéraire intellectuel, celui qui prend la suite de leurs années de formation universitaire, période de rayonnement, sur le territoire de la future Allemagne, de la philosophie de Hegel. Il nous fait également sentir le choc de la rencontre de leur pensée avec la réalité du capitalisme industriel naissant et met en exergue l’exemplarité de leurs parcours personnels de jeunes révolutionnaires pétris des idéaux des Lumières, de liberté, d’égalité et de fraternité.

> > > Trois aspects de ce moment auquel fait écho le Jeune Karl Marx peuvent être distingués. Le premier concerne la rupture de Marx et d’Engels avec l’optimisme libéral et leur découverte de la réalité de la condition paysanne et ouvrière moderne. Le deuxième a trait à la philosophie et à la théorie sociale et économique avec l’affirmation de ce qu’on appelle le matérialisme historique. Le troisième, politique, voit leur ralliement critique au socialisme et au communisme de leur époque et l’élaboration, à la veille de la révolution de 1848, d’une pensée et d’une stratégie d’émancipation dont le Manifeste du Parti communiste (1848) porte le premier témoignage classique. La formule conclusive de cet ouvrage, "Travailleurs de tous les pays, unissez-vous !", ébranlera le monde.

> > > L’engagement de Marx en tant que rédacteur en chef de la Gazette rhénane en faveur du droit à glaner le bois des paysans de la Moselle, droit coutumier s’affrontant au droit de la propriété privée et à ses institutions juridiques, est l’occasion pour lui de découvrir l’envers du droit moderne. Celui-ci, sous des dehors de rationalité, de formalisme et d’universalisme, fondé sur l’égalité abstraite des sujets juridiques, une codification stricte des lois et l’idée d’intérêt général, se voyant, en effet, servir, en cette occurrence comme en beaucoup d’autres, les rapports de domination sociaux les plus violents et devenir, en pratique, un instrument d’absolutisation du pouvoir des propriétaires sur les indigents, les paysans et, plus généralement, les travailleurs. Cet engagement en faveur des paysans mosellans et la critique qu’il fait des promesses juridiques et morales non tenues par les Lumières libérales seront payés par Marx au prix fort. La Gazette rhénane est fermée. Marx et sa famille partent en exil à Paris où une large communauté allemande est réfugiée pour des raisons économiques ou politiques. Petit-fils d’un rabbin de Trèves et fils d’un magistrat qui avait dû se convertir au christianisme dans le contexte de l’interdiction faite aux juifs en Prusse d’occuper des postes administratifs, Marx s’est marié avec son amie d’enfance Jenny Von Westphalen, aristocrate rattachée à la famille des Campbell et des rois d’Écosse, en 1843. À partir de cette époque d’exil et jusqu’aux cinquante ans de Marx, ils vivront d’expédients.

Une révolution théorique peu commune dans l’histoire de la pensée

> > > Né en 1820, fils d’un industriel, c’est à Manchester qu’Engels fait pour sa part sa première rencontre avec la classe ouvrière. Ainsi que le montre Raoul Peck dans son film, c’est par l’intermédiaire de Mary Burns, une ouvrière irlandaise de la filature paternelle dont il tombe amoureux, qu’il fait ses premiers pas dans l’enfer de la manufacture. Sa découverte aboutira à la publication de la Situation de la classe ouvrière en Angleterre en 1845. Sa prise de conscience est brutale.
"Grâce aux vastes possibilités que j’avais d’observer la bourgeoisie, votre adversaire, je suis très vite parvenu à la conclusion que vous aviez parfaitement raison de n’attendre d’elle aucun secours" écrit-il dans l’adresse aux travailleurs qui en forme le texte liminaire.
Ses intérêts et les vôtres sont diamétralement opposés, bien qu’elle tente sans cesse d’affirmer le contraire et qu’elle veuille vous faire croire qu’elle éprouve pour vous la sympathie la plus grande. Ses actes démentent ses paroles. J’espère avoir apporté suffisamment de preuves que la bourgeoisie – en dépit de tout ce qu’elle se plaît à affirmer – n’a pas d’autre but, en réalité, que de s’enrichir de votre travail, tant qu’elle peut en vendre le produit, et de vous laisser mourir de faim, dès qu’elle ne peut plus tirer profit de ce commerce indirect de chair humaine."
Pour lui, c’est sur le terrain de l’enquête sociale que les promesses des Lumières libérales et l’optimisme de la révolution bourgeoise vacillent et montrent leur véritable visage.

> > > Quand Marx et Engels se rencontrent en 1844 à Paris et que naît entre eux une amitié qui ne cessera leur vie durant, ces itinéraires intellectuels vont se croiser pour engendrer une révolution théorique peu commune dans l’histoire de la pensée. Polémiquant notamment avec les jeunes hégéliens, leurs anciens coreligionnaires, ils écrivent ensemble la Sainte Famille (1845). Ensemble, réglant leurs comptes avec leur "conscience philosophique d’autrefois", comme l’écrit Marx dans la préface à la Critique de l’économie politique (1859) et comme le rappelle Engels dans son Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande (1888), ils rédigent le manuscrit de l’Idéologie allemande – publiée pour la première fois en 1932 – alors que Marx, poursuivi par la police de Louis-Philippe à l’instigation de la Prusse, est parti de Paris pour Bruxelles. Cette pensée conjuguant matérialisme social et historique, économie critique et conception d’un devenir des sociétés humaines animé, depuis l’apparition des sociétés de classe et d’exploitation, par une lutte constante, conception dont les linéaments sont jetés sur le papier pour la première fois par Marx et Engels en 1845, sera développée dans leurs œuvres ultérieures et de manière magistrale dans le Capital, dont le premier volume paraît en 1867 – voir l’Humanité du 14 mars dernier.

Au centre de cette critique, le procès d’exploitation salariale

> > > Mais c’est sur le terrain politique qu’elle produit ses premiers grands effets. Raoul Peck le montre en particulier dans le débat qui oppose Marx à Joseph Proudhon – qui s’exprime en particulier dans Misère de la philosophie (1847) –, ainsi que dans le débat qui l’oppose à Wilhelm Weitling et au communisme humanitaire et mystique qui aboutit à la transformation de la Ligue des justes en Ligue des communistes, dont Engels trace les grandes lignes dans son article Quelques mots sur l’histoire de la Ligue des communistes, daté de 1888 – voir ci-contre.
Plus généralement, elle engendre l’opposition entre d’une part ce qu’Engels appellera le socialisme utopique et le socialisme scientifique qui, sur les bases de la dynamique et des contradictions du capitalisme, engendre, comme mobilisation du monde du travail dans une perspective commune, sa transformation révolutionnaire. Au centre de cette critique, au-delà des apparences des mécanismes du marché, la détermination du procès d’exploitation salariale comme foyer des diverses formes de la propriété capitaliste – fortune et patrimoine – sera définitivement développée par Marx dans les années de sa maturité. "La forme salaire, ou payement direct du travail, fait disparaître toute trace de la division de la journée en travail nécessaire et sur-travail, en travail payé et non payé, de sorte que tout le travail de l’ouvrier libre est censé être payé", expliquera-t-il dans le Capital. Une mystification pratique redoublée en théorie engendrée par le capitalisme qui, une fois levée, rattache le salariat au servage et à l’esclavage, et vient s’affronter de manière critique, à nouveau, aux valeurs affichées du libéralisme et aux idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité prônés par la tradition révolutionnaire socialiste et républicain

> > > Une vie en quelques dates
> > > 5 mai 1818 Naissance à Trèves, en Prusse rhénane.
> > > 1841 Doctorat en philosophie pour sa thèse consacrée à Épicure et Démocrite.
> > > 1842-1843 Marx dirige la Gazette Rhénane, après en avoir été rédacteur en chef.
> > > 18 juin 1843 Mariage avec Jenny Von Westphalen, amie d’enfance, issue de l’aristocratie prussienne.
> > > Octobre 1843 Installation avec Jenny à Paris.
> > > 1844 Rencontre de Friedrich Engels à Paris.
> > > 1845 Expulsion de Paris, refuge à Bruxelles, où il est rejoint par Engels.
> > > 1845-1846 Rédaction de l’Idéologie allemande.
> > > Juin 1847 Création de la Ligue des communistes.
> > > 1848 Manifeste du Parti communiste.
> > > 1850 Exil à Londres ; Marx est déchu de sa nationalité prussienne.
> > > 1864 Fondation à Londres de l’Association internationale des travailleurs (AIT),

la Ire Internationale.
> > > 1867 Parution du premier livre du Capital.
> > > 1881 Mort de Jenny.
> > > 1882 Voyage en Algérie et sur la Côte d’Azur.
> > > 14 mars 1883 Mort à l’âge de 64 ans


Edité le 17-11-2017 à 13:18:36 par Xuan




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   Posté le 17-11-2017 à 13:21:00   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

« Le jeune Karl Marx », de Raoul Peck
Un biopic matérialiste


> > > Après Patrice Lumumba et James Baldwin, Raoul Peck met sa caméra au service d’une autre grande figure de l’histoire des luttes d’émancipation : Karl Marx, dont il retrace le parcours de Cologne à Bruxelles en passant par Paris, Londres et Manchester entre 1843 et 1847. C’est donc sur les années de formation de l’auteur du « Capital » que se concentre le réalisateur haïtien. Un choix qui témoigne non seulement de la volonté de rendre à la pensée de Marx la vivacité de la jeunesse, mais aussi du poids que l’histoire du XXe siècle continue de faire peser sur cette pensée.
par Frédéric Monferrand, 26 septembre 2017

Un biopic matérialiste

> > > Comme l’explique Peck dans un entretien (1), un film d’un peu moins de deux heures n’aurait sans doute pas suffi à déconstruire les stéréotypes attachés au portrait du vieux barbu, à plus forte raison lorsque ce film s’inscrit dans un genre qui oscille perpétuellement entre la rigidité des codes hollywoodiens et la platitude de l’esthétique télévisuelle : le biopic. On pouvait dès lors craindre qu’une forme aussi convenue ne trahisse le contenu révolutionnaire qu’elle est censée exprimer. Comment un genre cinématographique qui réduit a priori l’histoire au biographique et la politique aux décisions individuelles pourrait-il faire justice à une théorie qui nous apprend au contraire que la trajectoire historique de l’humanité est déterminée par de grandes tendances économiques et que la politique est affaire de luttes de classes ? Par sa forme même, le film de Peck semblait donc condamné à rater son objet. Et pourtant, c’est l’inverse qui se produit.

Un « nouveau matérialisme »

> > > Lire aussi Sarah Cabarry & Cécile Marin, « L’origine du profit selon Karl Marx », Le Monde diplomatique, septembre 2016.

Commençons par le plus évident. Le jeune Karl Marx se présente tout d’abord comme une reconstitution historique de l’atmosphère intellectuelle et politique des années 1840. Exilés à Paris pour fuir la censure prussienne, les époux Marx se rendent ainsi à un « banquet républicain », véritable espace de formation politique des artisans et, ajoute un travailleur noir dans l’assemblée, des ouvriers français. Fanfare populaire et cigares bon marché, rien ne manque au tableau de ce banquet où l’on trinque à la « lutte pour la dignité dans le travail ». Sur l’estrade, Proudhon gratifie même le spectateur du slogan qui l’a rendu célèbre : « la propriété, c’est le vol ! ». Face à lui, un Bakounine exalté renchérit : « vive l’anarchie ! » L’enthousiasme serait général si Marx n’intervenait alors : « La propriété, quelle propriété ? La propriété privée, bourgeoise ? » Les explications embrouillées de Proudhon n’appellent qu’un commentaire hautain de la part de son jeune homologue allemand : « ce sont des abstractions… »

> > > Dès ses premières scènes, le film campe ainsi un Marx polémiste, multipliant, comme en témoignent les titres de la plupart de ses textes publiés, les « critiques de… » (la philosophie, la politique, l’économie) et toujours prêt à débusquer chez ses adversaires les généralités sous lesquelles ils cachent leur impuissance pratique ou leur méconnaissance du fonctionnement effectif de la société. Critique des abstractions d’un côté, analyse positive des pratiques sociales réelles de l’autre. C’est tout le programme du « nouveau matérialisme » (2) annoncé dans les Thèses sur Feuerbach que Peck s’emploie, justement, à matérialiser sous nos yeux. Des feuilles noircies d’une écriture illisible qui jonchent le sol de l’appartement du couple Marx aux machines sur lesquelles s’échinent les ouvrières de Manchester, on est en effet frappé par l’attention que porte le réalisateur à la culture matérielle dans laquelle évoluent ses personnages. Il serait réducteur de ne voir dans ce souci du détail historique que le signe du sens documentaire qui caractérise par ailleurs le travail de Peck. Bien plutôt faut-il y saluer la réflexivité avec laquelle il a su appliquer à la mise en scène elle-même le matérialisme revendiqué dans les textes marxiens. Plus que comme un compte-rendu informé de ce matérialisme, Le jeune Karl Marx doit donc être regardé comme un biopic matérialiste, qui s’attache à exposer les conditions matérielles de production des doctrines qu’il transpose à l’écran.

> > > La scène de rédaction du Manifeste du parti communiste est à cet égard emblématique. Éclairés à la bougie, cigares et verres de vin à la main, Marx, sa femme Jenny von Westphalen et leur gouvernante Hélène « Lenchen » Demuth, mais aussi Engels et sa compagne Mary Burns reprennent le manuscrit de ce qui deviendra le texte politique le plus important de l’histoire du XXe siècle. « Un croquemitaine… » Rature. « Un spectre hante l’Europe, le spectre du communisme ». Derrière le produit littéraire mythifié, on retrouve ainsi la trivialité d’un processus de production. Derrière la figure ossifiée du « grand auteur », le travail anonyme d’un groupe de jeunes révolutionnaires. La révolution de 1848 donnera bientôt corps à ce croquemitaine devenu spectre par la grâce d’une biffure inspirée. Mais n’anticipons pas.

« L’individu est l’être social »

> > > 1844. Dans une bibliothèque parisienne, Marx, à l’incitation d’Engels, prend des notes critiques sur Smith et Ricardo qui entreront dans l’histoire sous le nom de Manuscrits économico-philosophiques de 1844, un ensemble de réflexions disparates et souvent obscures où l’on peut notamment lire que l’« individu est l’être social (3) ». On tient là une autre clé de lecture du Jeune Karl Marx.


> > > Contrairement à ce que suggère son titre, le film porte en effet moins sur Marx que sur les rapports qui l’unissent à Jenny Von Westphalen, Friedrich Engels et Mary Burns, lesquels jouent tous un rôle de premier plan dans le déroulement de l’intrigue. Rompant avec les présupposés individualistes du genre biopic, Peck montre ainsi comment chaque personnage se constitue dans et par les relations qui l’unissent à tous les autres et au contexte socio-historique de leurs interactions. L’amour que se portent les époux Marx est à la mesure de la répression à laquelle les expose leur engagement politique. Celui que se portent le gentleman Engels et l’ouvrière irlandaise Mary Burns est médiatisé par leur opposition commune à Engels père, parent autoritaire et propriétaire de la manufacture dans laquelle travaille Mary avant de s’en faire licencier pour insubordination. L’amitié qui unit Karl à Friedrich est toute entière animée par le front uni qu’ils forment contre les jeunes-hégéliens ou les représentants des tendances humanitaires du mouvement ouvrier. Quoique plus distendue, la relation de Jenny Marx à Mary Burns se cristallise finalement dans une discussion sur le statut du mariage et de la maternité qui témoigne des différences de classe séparant les deux femmes et annonce certains thèmes du féminisme marxiste. Ce que filme Peck, c’est donc moins le destin d’une individualité que le devenir d’un collectif dont il revient à Jenny d’énoncer la ligne de conduite : « il n’y a pas de bonheur sans révolte contre l’ordre existant ».


> > > On peut cependant regretter que le réalisateur n’ait pas assumé jusqu’au bout ce parti-pris consistant à objectiver l’intériorité des personnages dans l’extériorité de leurs interactions. Le dialogue durant lequel Marx fait part de sa lassitude à Engels sur une plage battue par les vents ou les différentes scènes de vie domestique qui émaillent le film apparaissent en effet comme autant de concessions à une dramaturgie convenue. À l’inverse, la seule scène dans laquelle Peck se risque à véritablement représenter l’imaginaire d’un de ses personnages mérite d’être soulignée. On y voit Marx se réveiller en nage d’un cauchemar où il incarne un paysan passé au fil de l’épée par l’armée prussienne. Ce cauchemar fait écho au prologue du film, qui illustre le premier article publié par Marx dans la Gazette Rhénane, « Débats relatifs au vol de bois », dans lequel il critique la criminalisation du ramassage de bois mort dont dépend la survie des paysans. Là où d’autres auraient imposé au spectateur une genèse psychologisante d’idées marxiennes reconduites à une expérience traumatique originaire, Peck en propose donc une genèse politique. C’est la guerre faite à la misère et non quelque trauma premier qui revient hanter Marx dans son sommeil. C’est la préhistoire d’une humanité opprimée plus que l’enfance d’un adulte déprimé qui lui cause des cauchemars. Cette immanence de l’histoire à la psychè des personnages s’exprime jusque dans le langage à travers lequel ils pensent et se communiquent leurs pensées. On passe perpétuellement de l’allemand au français et à l’anglais, la matière des dialogues incarnant la forme internationaliste imprimée par Marx et Engels aux luttes du prolétariat naissant.

« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

> > > On aurait pu s’attendre à ce qu’en concentrant l’intrigue sur les années 1843-1847, Peck cherche à innocenter le jeune Marx des expériences historiques qui se sont nourries de ses doctrines de maturité. Mais, de parties d’échec en réunions politiques, c’est bien plutôt un Marx stratège de la lutte des classes qui apparaît à l’écran. Un Marx qui n’hésite pas à briser son alliance avec Proudhon, pourtant dirigeant incontesté du mouvement ouvrier français, lorsque celui-ci refuse de participer au comité de correspondance communiste qu’il s’efforce de monter ; qui n’hésite pas à provoquer violemment la scission avec Weitling, porte-parole charismatique de la Ligue des justes, dont les doctrines teintées de mysticisme lui apparaissent comme un asile de l’ignorance où le prolétariat se trouve désarmé ; un Marx donc, pour qui la lutte des classes est à la fois une donnée structurelle des rapports sociaux et un programme d’action pour la prise du pouvoir.

> > > Deux scènes en particulier illustrent ce double caractère, structurel et programmatique, du conflit de classe. La première oppose Marx, Engels et Mary Burns à un capitaliste anglais. Interrogé sur l’exploitation des enfants dans son usine, celui-ci l’attribue au fonctionnement de « la société », à quoi Marx lui répond que « les rapports de production actuels sont ainsi, pas la société ». « Je ne sais pas ce que vous entendez par ‘‘rapports de production’’ » conclut le capitaliste, « pour moi, c’est de l’hébreu… » Regard dédaigneux de Marx, fils de juif converti. La seconde scène, sans doute l’une des plus saisissante du film, est celle de la fondation de la Ligue des communistes. Nous sommes en 1847 et les membres de ce qui s’appelle alors encore la Ligue des justes se réunissent en congrès pour décider de l’orientation stratégique de l’organisation. Face à un parterre d’artisans et d’ouvriers typiques, casquettes vissées sur le crâne et visages burinés par le travail, Engels, bien mis comme à son habitude, réussit à prendre la parole malgré les manœuvres de ses adversaires et procède à la déconstruction de la devise de la Ligue : « tous les hommes sont frères ». « Tous les hommes sont frères ? », demande-t-il, « les bourgeois et les ouvriers sont-ils frères ? » La tension qui entoure la progression de son réquisitoire vers sa conclusion attendue est palpable. « La révolution industrielle a produit l’esclave moderne, le prolétaire. En se libérant, il libèrera l’humanité entière et cette libération a un nom » — silence, gros plan sur le visage d’Engels, trémolo dans la voix — « le communisme ». Une musique dramatique s’élève alors, peu à peu recouverte par les cris d’enthousiasme ou d’indignation qui accompagnent la montée sur l’estrade de Mary et Lizzie Burns. Elles décrochent la bannière de la Ligue des justes et la remplacent par celle de la Ligue des communistes, sur laquelle est écrit : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » L’histoire est en marche et le spectateur vient de la voir défiler.

> > > Tous les ingrédients étaient donc réunis pour que cette scène censée représenter l’apogée du travail politique mené par les personnages ne s’abîme finalement en remake prolétarien du Cercle des poètes disparus. Et pourtant c’est plutôt au Lincoln de Spielberg qu’elle doit être comparée. Peck y parvient en effet à filmer la politique sans sombrer dans le folklore, l’anecdote ou l’imitation forcée. Cette réussite, il la doit en grande partie à ce qui constitue l’une des décisions les mieux inspirées de son scénariste Pascal Bonitzer : ne pas chercher à adapter les prises de position des personnages, à en traduire les convictions dans des dialogues censément vivants parce que spontanés, mais leur faire dire au contraire les textes effectivement écrits par Marx et Engels. Le vraisemblable est ainsi sacrifié au bénéfice du vrai. À les entendre, on se dit en effet que la véritable fonction de ces textes était d’être cités. Pouvoir être cité, utilisé pour les besoins d’un argument ou d’une polémique, transposé d’une situation d’énonciation théorique, politique ou historique à l’autre ; telle est la vertu que Walter Benjamin reconnaissait au théâtre brechtien. Telle est la force que le film restitue aux textes marxiens. Car « la citation, appelle le mot par son nom, l’arrache à son contexte en le détruisant, mais par là même le rappelle aussi à son origine (4) ». C’est bien là ce que font Peck et Bonitzer. En appelant les mots de Marx par leur nom, ils les réinscrivent tout autant dans leur contexte originel d’intervention qu’ils ne les livrent à la réitération contemporaine. Ils rendent Marx citable en le montrant cité et court-circuitent ainsi la temporalité linéaire qui structure par ailleurs le déroulement du film.

> > > Lire aussi Serge Halimi, « Le siècle de Lénine », Le Monde diplomatique, octobre 2017.

Le jeune Karl Marx se présente à première vue comme un biopic grand public, aussi prudent dans sa forme que pédagogique dans son contenu. Mais son esthétique ordinaire, proche de la série télévisée, se révèle constituer à la réflexion une ruse de la raison cinématographique. La simple reconstitution historique se retourne en effet dans le film en compte-rendu matérialiste de la production intellectuelle marxienne. La littéralité des personnages se dépasse en objectivation sensible des relations qui les font être ce qu’ils sont. Le respect scrupuleux des textes leur confère une efficace sur le présent. Il y a sans doute de nombreuses manières, et de plus ambitieuses, de filmer l’intervention théorico-politique de Marx et de ses camarades. Mais s’approprier un médium de masse, en épuiser les codes pour leur faire dire plus ou autre chose qu’ils ne semblent le permettre n’est assurément pas la plus mauvaise d’entre elles.

> > > Frédéric Monferrand
> > > Docteur et enseignant en philosophie.

> > > (1) « Je suis venu au cinéma par la politique », entretien avec Raoul Peck publié dans le dossier de presse du Jeune Karl Marx (sortie en salles le 27 septembre 2017).
> > > (2) Voir Karl Marx, Thèses sur Feuerbach in Karl Marx et Friedrich Engels, L’idéologie allemande, trad. G. Badia et alii, Paris, Éditions sociales, 1976, p. 4.
> > > (3) Karl Marx, Manuscrits économico-philosophiques de 1844, trad. F. Fischbach, Paris, Vrin, 2007, p. 148.
> > > (4) Walter Benjamin, « Karl Kraus », trad. R. Rochlitz, in Œuvres, II, Paris, Folio-Gallimard, 2000, p. 267. Voir aussi ses Essais sur Brecht, trad. P. Ivernel, Paris, La Fabrique, 2003, p. 43.
> > > (3) Karl Marx, Manuscrits économico-philosophiques de 1844, trad. F. Fischbach, Paris, Vrin, 2007, p. 148.

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Le Jeune Karl Marx » : la horde sauvage de la révolution

Le cinéaste Raoul Peck signe une vivifiante évocation de la jeunesse de l’auteur du « Capital ».

> > > Le Monde | 26.09.2017 à 06h39 • Mis à jour le 27.09.2017 à 07h34 | Par Jacques Mandelbaum


Sergueï Eisenstein, génie russe, rêva d’adapter au cinéma Le Capital, de Karl Marx. Personne n’en voulut, surtout pas en Union soviétique. Roberto Rossellini, génie italien, voulut quant à lui faire un biopic consacré à l’homme au cigare. projet également enterré. Raoul Peck, qui se propose plus modestement de nous montrer l’avènement politique du jeune Karl Marx, a, lui, trouvé dans la maison de production Agat Films & Cie (Guédiguian and co) un interlocuteur de sorte que le film se monte. Tournée en Allemagne de l’Est sur des lieux hantés par les fantômes réfrigérés du système soviétique, l’aventure interlope fut narrée en son temps dans ces colonnes.


> > > Peck, 63 ans, est haïtien de naissance, congolais de jeunesse, berlinois de formation, cinéaste international, occasionnellement ministre de la culture de son pays natal, fondamentalement marxiste, auteur du récent I Am Not Your Negro (2016), consacré à la lutte des Noirs américains pour leurs droits civiques, qui a cassé la baraque aux Etats-Unis.

> > > Documentaire, comme ici, ou fiction, comme son Lumumba (2000), dédié à une figure de l’émancipation congolaise, laboussole personnelle de ce réalisateur s’aimante inexorablement sur la politique.

> > > L’idée de cantonner cette épopée intellectuelle et politique à la jeunesse de Marx est excellente

> > > Il retrouve d’ailleurs, pour ce Marx fictionné, son coscénariste Pascal Bonitzer, plume complice pour tailler dans le marbre de l’Histoire un récit vivant, qui parle aux spectateurs d’aujourd’hui. Pas une mince affaire quand les personnages principaux se nomment Karl Marx, Friedrich Engels, Joseph Proudhon, Wilhelm Weitling, Mikhaïl Bakounine ou Gustave Courbet. On imagine, avec cette horde sauvage de la révolution mondiale, les scénaristes plancher sur une intrigue à échelle individuelle, et le producteur du film, Nicolas Blanc, extorquer en leur nom l’impôt révolutionnaire aux officines capitalistes du cinéma.

> > > Le résultat, non équivalent dans l’histoire du septième art à la place de Marx dans celle de la pensée, sans doute un peu trop sage pour cela, ne s’en laisse pas moins recommander. L’idée de cantonner cette épopée intellectuelle et politique à la jeunesse de Marx est excellente. Elle revivifie d’abord sous la forme d’un jeune homme plein de fougue et de mordant la momie broussailleuse et épuisée du père de tous les communismes dévoyés. Elle s’arrête ensuite à une époque – 1844-1848 – à laquelle la nôtre ressemble beaucoup sans nécessairement le savoir : constat d’une iniquité grandissante de l’organisation sociale, recherche d’une réponse politique tant au vieil ordre monarchique qu’au rouleau compresseur du capitalisme industriel. Soit une révolution en marche.

Survolté, ambitieux et incisif

> > > Cela seul ne fait pas un film. Il y faut de l’incarnation, un certain rapport à la trivialité, ce que lui apportent dans une juste mesure August Diehl (en jeune Marx survolté, ambitieux et incisif), Vicky Krieps (en épouse aristocrate convertie à l’idéal révolutionnaire), Stefan Konarske (en Engels funambulesque et dandyesque expiant ses origines bourgeoises) et Olivier Gourmet (en Proudhon circonspect qui garde ses distances). Il y faut aussi une instillation subtile du combat des idées et des stratégies politiques qui animent ces personnages.

> > > Le film, à cet égard, nous montre la rapide conquête du pouvoir que vont mener, par leur science de la dialectique et de la stratégie, Marx et Engels au sein même du camp socialiste dont ils ont, à un moment ou à un autre, partagé le combat. Contre Bruno Bauer et les hégéliens de gauche, ces philosophes teintés d’idéalisme. Contre l’anarchisme de Proudhon et son refus de la révolution violente. Contre la prédication lyrique d’un Wilhelm Weitling, l’un des fondateurs de la Ligue des justes que Marx et Engels transformeront, précisément, en Ligue communiste.


> > > Il y a enfin, plus largement, dans ce Jeune Karl Marx, une démonstration par l’exemple d’un combat contre l’aliénation et la fatalité. De jeunes bourgeois qui brûlent leurs vaisseaux, sacrifient leur tranquillité et leur existence en sillonnant l’Europe au nom d’un idéal d’émancipation. Des indignations, des intuitions, des analyses brillantes portant sur le logiciel du système capitaliste du XIXe siècle qui pourraient s’appliquer, sans en changer un iota, aux société postindustrielles d’aujourd’hui. En un mot, la requalification assez crâne d’une pensée dévoyée par des systèmes assassins, jetée pour cette raison aux poubelle de l’Histoire, et qui, allez savoir, pourrait resservir un jour.

> > > Film franco-allemand de Raoul Peck. Avec August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps, Olivier Gourmet (1 h 58). Sur le Web : diaphana.fr/film/le-jeune-karl-marx

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Un autre courrier sur le sujet :

Bonjour Gilbert, bonjour à toutes et à tous,

Outre ton rappel ,

[i] Les communistes « proclament hautement que ces buts ne pourront être atteint sans le renversement violent de tout l'ordre social passé. Que les classes régnantes tremblent a l'idée d'une révolution communistes ! Les prolétaires n'ont rien a perdre, hors leur chaînes. Ils ont un monde a gagner ».
Prolétaires de tous les pays unissez vous !


Il me semble que tout le sujet en filigrane – à la fois de l’attitude des trotskistes et du détournement de Laurent – c’est la dictature du prolétariat.
En résumé : d’accord pour la démocratie, d’accord pour le rêve, mais hors de question de remplacer le pouvoir de la bourgeoisie par celui du prolétariat.

Pour les marxistes la dictature du prolétariat est beaucoup démocratique que la dictature bourgeoise, non pas parce qu’elle permet de jouir sans entraves ou de mâchouiller la « démocratie » comme un chamallow jusqu’à l’écœurement, mais parce que la dictature du prolétariat permet de résoudre les contradictions du capitalisme.

La finalité, c’est du travail pour tous, un logement pour tous, un salaire et une retraite dignes, un enseignement et une couverture sociale gratuits. Et il est évident qu’on ne peut pas parler de démocratie indépendamment des conditions matérielles de son exercice. Or ces conditions constituent une dictature du point de vue des capitalistes, comme on le constate tous les jours.
La démocratie dans le système capitaliste c’est la double peine pour les syndicalistes, jusqu’au suicide, tandis que les escrocs dénoncés et condamnés reviennent par la fenêtre et briguent les plus hautes fonctions.

« Les réactionnaires étrangers qui nous accusent d'exercer la "dictature" ou le "totalitarisme" sont ceux-là mêmes qui l'exercent. Ils exercent sur le prolétariat et le reste du peuple la dictature d'une seule classe, le totalitarisme d'une seule classe, la bourgeoisie. » [Mao Tsé-toung – de la dictature démocratique du peuple – 30 juin 1949]

La question de la dictature du prolétariat est un sujet important pour notre unité, c’est un des fondements du léninisme puisque « l’état et la révolution » démontre en quoi la théorie de Marx - et contrairement aux affirmations des révisionnistes de son époque – aboutit nécessairement à une transition du capitalisme au communisme (« extinction » de l’Etat et révolution violente.). Et que cette transition est la dictature du prolétariat.
Ici Lénine n’invente rien, il ne fait que réhabiliter l’esprit et la lettre du Manifeste :

« Le prolétariat, dit Marx, dans sa lutte contre la bourgeoisie, se constitue forcément en classe... il s'érige par une révolution en classe dominante et, comme classe dominante, détruit violemment l'ancien régime de production. …
Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production dans les mains de l'Etat, c'est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter aussi vite que possible la quantité des forces productive.
Cela ne pourra naturellement se faire, au début, que par une violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production, c'est-à-dire par des mesures qui, économiquement, paraissent insuffisantes et insoutenables, mais qui, au cours du mouvement, se dépassent elles-mêmes et sont indispensables comme moyen de bouleverser le mode de production tout entier ». [K. Marx et Fr. Engels : Manifeste du Parti communiste.]


En résumé la position de Laurent est opposée à ce que dit le Manifeste du Parti Communiste.
Mais Marchais éludait déjà la question et pour cause. Après avoir suivi la voie khrouchtchévienne le PCF était enchaîné à la défense de l’URSS de Khrouchtchev, Brejnev et Cie avec la foi du charbonnier (et dans un rare déchaînement anticommuniste il faut le rappeler), jusqu’au désaveu en désespoir de cause.
Mais le désaveu envers l’URSS impliquait le désaveu de la dictature du prolétariat et du communisme si on admettait qu’il s’agissait bien d’une ligne communiste.

La dictature du prolétariat soulève alors quelques questions, outre le choix de la militarisation au détriment du progrès social :
Un parti communiste peut-il constituer un modèle pour les autres partis, voire leur dicter leur conduite ? Mais ceci implique une nouvelle conception de l’Internationale.
Un pays socialiste peut-il s’ingérer dans les affaires d’un autre pays ou bien appliquer strictement la coexistence pacifique ?

à savoir :
> respect mutuel de la souveraineté et de l'intégrité territoriale,
> non-agression mutuelle,
> non-ingérence mutuelle dans les affaires intérieures,
> égalité et avantages réciproques
> et coexistence pacifique

Principes nullement respectés par les pays impérialistes comme on sait, mais qui impliquent aussi qu’un pays socialiste établit des relations avec toutes les formes de dictature de la bourgeoisie.

Fraternellement

[/i]

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