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Gwadloup : Cinquantenaire du massacre de Mé 1967 !

Xuan
   Posté le 27-05-2017 à 22:05:30   

Gwadloup : Cinquantenaire du massacre de Mé 1967 !


05/27/2017

communique du Parti Communiste maoïste



Il y a 50 ans, le 26 et 27 mai 1967 l’État français a réprimé dans le sang une manifestation de travailleurs du bâtiment en Guadeloupe. Les travailleurs du BTP revendiquaient une augmentation des salaires de 2 % et organisaient un rassemblement devant la Chambre de Commerce de Pointe-à-Pitre. Les CRS puis gendarmes (les « képis rouges » ) ouvrirent alors le feu sur les manifestants et les pourchassèrent toute la nuit, nettoyant une à une les rues de la ville.

Ce massacre colonial s’inscrit dans une longue tradition du colonialisme français de répression sanglante des mouvements populaires et indépendantistes dans les colonies (à Sétif en Algérie le 8 mai 1945, à Haïphong au Vietnam en 1946, à Casablanca (Maroc) en 1947, à Madagascar en 1947, massacre du 17 octobre 1961 et bien d’autres…).

Cinquante ans après ce massacre, l’État français continue de maintenir des archives secrètes et la vérité n’est pas encore faite. Aujourd’hui le peuple guadeloupéen continue d’exiger la justice et la vérité.

Bref retour historique sur la domination coloniale de la Guadeloupe

La France coloniale a commencé à occuper la Guadeloupe dès 1635 avec diverses compagnies coloniales. Avant cela la population de Guadeloupe a résisté aux nombreux débarquements des colons espagnols dès 1496.

L’occupation de la Guadeloupe notamment par le chevalier de l’Olive, devenu gouverneur de la Guadeloupe par Richelieu, marque le début des grands massacres coloniaux commis par la France en Guadeloupe. Dès lors le peuple de Guadeloupe n’a jamais cessé de résister aux colons.

Les premiers esclaves arrivent sur l’île en décembre 1644 mais c’est à partir de 1654 que le nombre d’esclaves déportés d’Afrique commence à augmenter drastiquement. Les esclaves sont vendus dès leur arrivé au port et le nom du maître leur est estampé au fer chaud sur la poitrine. Certains esclaves arrivent à s’échapper et certains mènent une lutte acharnée contre leurs anciens maîtres : ils incendient les récoltes, empoisonnent leurs maîtres… Ce sont eux qui étaient nommés les nègres marrons par les colons qui les réprimèrent violemment (oreilles enlevées, jarrets coupés…).

En 1656, un grand soulèvement d’esclaves a lieu. Celui-ci est mené par Jean Leblanc, natif d’Angola et par Pèdre, natif du Cap Vert. Ils firent face aux colons pendant quinze jours mais finirent massacrés, Pèdre et Leblanc furent écartelés.

Après la Révolution Française, en août 1793, à Sainte-Anne, une révolte de plus de 1200 esclaves eut lieu. Après des combats acharnés ils furent aussi massacrés.

En 1794, lors de l’occupation anglaise, le gouverneur Victor Hugues enrôle plus de 3000 guadeloupéens pour combattre contre les anglais. La même année il déclare l’abolition de l’esclavage, c’est la première « abolition de l’esclavage » en Guadeloupe. C’est toutefois une drôle « d’abolition » : les esclaves doivent continuer à travailler pour leurs anciens maîtres et pour se déplacer ils doivent être en possession d’un laissez-passer.

Cette courte « abolition » de l’esclave cesse en 1802 avec Napoléon qui envoie une escadre le 6 mai pour rétablir l’esclavage au plus vite. La résistance est importante, le rétablissement de l’esclavage se fait en écrasant les insurgés dirigés notamment par Ignace et Delgrès. Plusieurs milliers de guadeloupéens furent massacrés.

En 1848, l’abolition de l’esclavage est de nouveau proclamé mais rapidement, face aux nombreux anciens esclaves qui rejettent le travail salarié, une loi sur le travail obligatoire est établie.

Après la Seconde Guerre Mondiale, en 1946 le statut de la Guadeloupe change, sans aucune consultation du peuple guadeloupéen bien sûr, c’est la loi d’Assimilation : la Guadeloupe devient un département français. Depuis lors la lutte sociale et indépendantiste n’a jamais cessé en Guadeloupe.

Mé 67 : Révolte populaire et massacre colonial

L’année 1967 fut une grande année de révoltes populaires en Guadeloupe. Celles-ci culminèrent avec la grève de 5000 travailleurs du bâtiment qui fut réprimé dans le sang le 26 et 27 mai 1967.

Dans les années 1960, de nombreuses usines de sucre de canne se mirent à fermer. La culture massive de sucre de canne est le résultat de l’économie coloniale de la Guadeloupe, les grandes monocultures de sucre de canne formaient alors plus de 50 % des terres cultivées. Avec la fermeture des usines de sucre, de nombreux travailleurs se retrouvent dans la misère et vont grossir les bidonvilles autour des villes pour travailler dans le bâtiment qui est en plein essor. Ces travailleurs ruinés par la fermeture de leurs usines travaillent dans des conditions extrêmes pour des salaires de misère.

En 1967, se tenaient les élections législatives. Le GONG (Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe) avait appelé à les boycotter et à revendiquer l’indépendance nationale. Il y aura plus de 53 % d’abstention. Le GONG avait été fondé en 1963, c’était l’organisation à la pointe de la lutte pour l’indépendance nationale. Le GONG se basait sur le marxisme-léninisme et la pensée Mao Zedong. Le GONG avait comme ligne la Révolution Nationale Démocratique et Populaire pour l’indépendance de la Guadeloupe, il rejetait l’autonomisme et le réformisme. Il s’opposait en particulier aux révisionnistes du PCG (Parti Communiste de Guyane) qui reléguait une éventuelle autodétermination de la Guadeloupe après la prise du pouvoir d’abord dans la métropole française.



En mars 1967, une importante révolte eut lieu contre le commerçant européen Srnsky. Ce dernier avait lâché son chien sur M. Balzinc, un cordonnier-clouteur ambulant infirme, en lui lançant « Dis bonjour au nègre ». La révolte durera pendant trois jours. Des avions de CRS durent arriver en secours. Le magasin et la voiture de Srnsky furent brûlés.



Le 1er mai, une manifestation pour la Journée des Travailleurs est organisée à l’appel du GONG et rassemble des centaines de manifestants.



Le 24 mai, 5 000 travailleurs du bâtiment se mettent en grève. Ils revendiquent une augmentation de 2 % des salaires. Le 26 mai au matin, les travailleurs se rassemblent devant la Chambre de Commerce de Pointes-à-Pitres où se tiennent les négociations. Le patronat ne veut rien céder. M. Brizzard, représentant le patronat aurait déclaré : « Quand les nègres auront faim, ils reprendront le travail ». Cela va déclencher une colère immense chez les travailleurs en lutte qui ne vont pas hésiter à s’en prendre aux forces de répression. Peu de temps après, le préfet Bolotte donne l’ordre à ses troupes de tirer dans la foule. Ce sont d’abord les CRS qui agissent puis les gendarmes, les « képis rouges ». Ces derniers vont poursuivre les manifestant pendant toute l’après-midi et toute la nuit en tirant à vue. L’action du préfet Bolotte est alors approuvé par le secrétaire d’État Jacques Foccart, un professionnel de la répression anti-coloniale très proche de De Gaulle. La répression continuera le 27 mai.

Dans les hôpitaux, les décès ne sont pas enregistrés. Les corps « disparaissent » et le bilan officiel de la préfecture n’annoncera que 7 morts et 60 blessés. Ce « bilan » est repris par toute la presse qui relaie l’information au titre de fait divers.

La réalité est que cette nuit là, c’est le massacre de plus d’une centaine de guadeloupéens qui a eu lieu. Le premier à être tombé en martyr sous les balles des forces armées de l’État français est d’ailleurs Jacques Nestor, un grand militant du GONG. L’État français cherchait clairement à abattre les indépendantistes qu’il voyait comme étant à l’origine des manifestations et comme la plus grande menace pour le colonialisme français en Guadeloupe.

En plus des morts, il y eut des dizaines de blessés et des centaines d’arrestations. En juin 1967, c’est 18 indépendantistes du GONG qui comparaissent devant les tribunaux à Paris. Du côté de l’État, aucun responsable du massacre n’est jugé.

C’est seulement en 1984 que le secrétaire d’État à l’Outre-mer Georges Lemoine a annoncé le chiffre de 87 morts. Mais cela n’a encore rien d’une reconnaissance officielle et est loin d’éclairer la vérité sur le massacre. Les archives restent encore aujourd’hui fermées.

La tâche à accomplir reste la même aujourd’hui

Aujourd’hui encore la Guadeloupe souffre de la domination coloniale sur tous les plans : économiquement, politiquement, socialement… L’économie est toujours dominée par les békés, elle est restée une économie de type coloniale servant les intérêts des grands monopoles français. Les inégalités ne cessent de croître et la misère s’élargit sans cesse, cela s’est particulièrement remarqué après la crise de 2007.

La Guadeloupe n’a jamais cessé de se révolter contre l’État français. On se rappelle ainsi de la grande grève générale de 2009. Cette grève a montré que le peuple de Guadeloupe ne se laisse pas faire et est prêt à lutter pour affirmer ses droits.

Les Guadeloupéens continuent à rejeter massivement l’État français, cela se voit notamment à travers les élections. Lors des élections présidentielles d’avril et mai dernier, il y a eu 60 % d’abstention au premier tour et 50,8 % d’abstention au second tour.

La seule voie pour la Guadeloupe c’est de se débarrasser de la domination coloniale de l’État français pour pouvoir reprendre son destin en main. La seule manière d’y arriver c’est la révolution et non les élections, une révolution dirigée par un Parti Communiste authentique basé fermement sur le marxisme-léninisme-maoïsme.

Justice et vérité pour les victimes de Mé 1967 !

Vive la lutte du peuple guadeloupéen !




Quelques documents :

Pour la Guyane indépendante de Monique Vernhes et Jean-Richard Bloch
Numéro mars-avril-mai 1967 de GONG information

Tract du GONG, mars 1967 :




Tract du GONG, mai 1967 :