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 débâcle à la bourse de Shanghaï

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Xuan
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   Posté le 08-07-2015 à 21:28:37   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Sur 20minutes

Chine: Tout comprendre de la débâcle du marché boursier

La Bourse de Shanghai a dégringolé de 8,26% lundi pour la troisième fois depuis le début de l'année, les investisseurs s'inquiétant de voir Pékin prendre des mesures supplémentaires pour freiner la spéculation sur les marchés, selon des courtiers.

Mark Ralston AFP/Archives
20 Minutes avec agence
Publié le 08.07.2015 à 17:25


Les Bourses chinoises de Shanghai et Shenzhen sont reparties à la baisse, ce mercredi, en dépit des efforts du gouvernement chinois qui vient de dévoiler un arsenal de mesures sans précédent pour stimuler un marché peinant à se remettre d’une chute vertigineuse datant de juin dernier. Le point sur les raisons de cette panique boursière sans précédentqui affole jusqu’aux prix du pétrole.

Pourquoi le marché a-t-il grimpé ?

Les Bourses chinoises ont commencé à monter fin 2014 alors que la Chine enregistrait surl’ensemble de l’année sa plus faible croissance depuis vingt-quatre ans. La reprise a été alimentée par la décision de la Banque centrale chinoise le 21 novembre 2014, pour la première fois depuis trois ans, de baisser ses taux d’intérêt directeurs, et, parallèlement, par le lancement d’une plateforme d’interconnexion boursière permettant aux investisseurs internationaux d’accéder directement, via Hong Kong, à des titres cotés à Shanghai et aux Chinois d’acheter des actions cotées à Hong Kong.
L’embellie s’est poursuivie en 2015, l’indice composite shanghaïen passant au-dessus du seuil symbolique des 5.000 points début juin, dopé par le succès des opérations sur marge (opérations dans lesquelles un investisseur emprunte à une maison de courtage pour acheter des actions), un système qui permet de générer davantage de profits mais aussi davantage de pertes. Quand l’indice a atteint un pic le 12 juin, il avait grimpé de plus de 150 % au cours des 12 derniers mois.

Pourquoi le marché a-t-il fini par chuter ?

Le jour même où le marché atteignait son apogée, la Commission chinoise de régulation des marchés financiers (CSRC) annonçait son intention de limiter la pratique des opérations sur marge pour les particuliers qui investissent en Bourse. Le jour suivant, elle interdisait également les transactions avec des fonds empruntés hors du système de ces opérations sur marge.

Lorsque les marchés ont rouvert, les investisseurs inquiets ont commencé à se désengager, et le mouvement est devenu incontrôlable, provoquant un plongeon de plus de 30 % de la Bourse de Shanghai en trois semaines. La débâcle s’est accrue lorsque les investisseurs ayant effectué des opérations sur marge ont été contraints de liquider leurs actions pour effectuer des paiements.

Quelles mesures ont été prises pour soutenir le marché ?

L’indice shanghaïen a plongé de 7,4 % le 26 juin, et le jour suivant, la Banque centrale chinoise a annoncé qu’elle abaissait ses principaux taux d’intérêt et réduisait le ratio de réserves obligatoires des banques. La CSRC a également décidé d’un assouplissement des règles restreignant les opérations sur marge ainsi qu’une réduction des frais de transaction boursière.

Peu de temps après, le gouvernement annonçait aussi un projet d’introduction en Bourse de fonds de pension, d’importants investisseurs institutionnels dont les achats de titres sur le marché devaient permettre de soutenir les cours. Afin d’enrayer la dégringolade, la CSRC a également réduit le nombre et l’ampleur des nouvelles introductions en Bourse, puis est allée encore plus loin en les stoppant pour le moment.

[lire : Débâcle de la Bourse en Chine: 21 courtiers débloquent 19 mds de dollars]

De son côté, la Banque centrale chinoise a annoncé qu’elle allait fournir des liquidités à la China Securities Finance Corp, une société publique de financement d’opérations sur marges, afin de « protéger la stabilité du marché actions », tandis que les 21 plus grosses maisons de courtage ont indiqué qu’elles allaient investir au moins 120 milliards de yuans (19,3 milliards de dollars) dans des actions.

Que va-t-il se passer ?

Personne ne le sait réellement et le marché demeure très volatil. « La confiance des investisseurs envers les marchés étant brisée, il est très difficile de dire quand le marché va se stabiliser et se remettre de sa récente chute », indique Zhang Qi. L’analyste chez Haitong Securities estime que l’indice composite shanghaïen pourrait rebondir aux alentours des 4.000 points au cours du mois prochain.

Quelles seront les conséquences de ce « mini-krach boursier » ?

Certains analystes estiment que la chute du marché boursier peut nuire à l’économie chinoise, la deuxième économie mondiale, et pourrait entraîner des troubles sociaux bien que l’Etat, avec un système de parti unique, ait la mainmise sur l’opposition.
Selon certaines estimations, l’envolée de la Bourse a contribué à hauteur d’un demi-point de pourcentage à la croissance économique chinoise au premier trimestre, mais une correction pourrait avoir un impact bien plus grand. « L’affaissement du marché boursier a soulevé les inquiétudes de risques systémiques », a indiqué ANZ Banking Group.

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   Posté le 08-07-2015 à 21:35:43   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

sur le Revenu :

Bourse de Shanghai : «Ils ont juste fermé une salle de jeux du casino !»


BOURSE Par Alain Chaigneau
Publié le 08/07/2015 à 08:10

Les marchés boursiers chinois continuent de s’effondrer. Quand prendra fin le dégonflement de la bulle spéculative ? La question centrale demeure : l’économie chinoise va-t-elle en pâtir ?

La crainte d’un Grexit monopolise l’attention. Les marchés financiers ne prêtent donc qu’un œil et une oreille distraits au dégonflement de la bulle des Bourses chinoises entrées dans leur troisième semaine de débâcle. Avec la chute d’environ 30% des grands indices boursiers du pays, depuis le 12 juin dernier, ce sont pourtant plus de 2.700 milliards d’euros de capitalisation boursière qui sont partis en fumée.

Mardi, l’indice Shanghai Composite a encore perdu jusqu’à 5,1% en séance, avant de terminer en baisse de 1,3%. Et l’indice Shenzhen Composite, plus exposé aux sociétés chinoises de technologie, a encore abandonné 5,3%, le même jour, après avoir affiché, il est vrai, un bond de 122% en un an, à la mi-juin dernier.

Les mesures techniques prises par les autorités boursières chinoises pour limiter les positions à terme à gros effet de levier (hausses des courtages, relèvement des appels de marge, etc.) n’y font rien. La banque centrale chinoise a même improvisé une mesure «non conventionnelle» de politique monétaire, en rachetant sur le marché des titres de sociétés d’Etat cotées en Bourse, sans doute dans les secteurs de l’énergie et de la banque. Mardi, l’action Petrochina a ainsi gagné 4,2% et celle de la Banque agricole chinoise de 6,7%

Aux Bourses de Shanghaï et Shenzhen, Bloomberg rapporte que 760 entreprises, soit un quart de la capitalisation de ces marchés, ont suspendu la cotation de leur titre , en gelant de ce fait 1.280 milliards d'euros de valeur de marché.

La chute va-t-elle se poursuivre ? Des analystes interrogés par l’agence de presse américaines le pensent. Un quart seulement des positions à terme ont été débouclées, font-ils valoir. De passage à Paris, le gérant londonien d’une banque américaine interrogé par Le Revenu se déclare, lui, «assez peu inquiet d’un tel risque de contagion à l’économie réelle» .

D’abord, ce sont les épargnants chinois qui contrôlent plus de 80% de la capitalisation boursière de leur pays , ce qui limite l’influence des institutionnels étrangers sur les fluctuations des marchés.

En Chine, les particuliers sont devenus des passionnés des achats et ventes à terme d’actions . Ils ne lésinent pas sur l’effet de levier procuré par l’argent emprunté auprès des courtiers. L’épargnant chinois est joueur par nature. Avec l’essor des marchés boursiers, il est devenu un véritable spieler.

Le même gérant ironise sur les mesures prises par les autorités chinoises : «Ils ont juste fermé une salle de jeux du casino !» Un gérant chinois basé à Hong Kong, et interrogé, lui, par le Financial Times, ne dit pas autre chose : «J’ai tendance à penser que, même aujourd’hui, c’est encore le Parti communiste chinois qui aura le dernier mot sur la suite des événements» .

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   Posté le 09-07-2015 à 20:55:00   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Suite du feuilleton sur le krach boursier.
A cette occasion on apprend que le gouvernement chinois interdit aux actionnaires de plus de 5 % de vendre leurs actions.
Les experts économistes bourgeois ne se sentent plus de joie, par exemple les Echos :
"Ça y est : un krach chinois !" par Laurent Guez, ou "Chine : les statistiques cachaient le crash" par Yves Montenay.



Sur Challenge

Net rebond des marchés chinois après de nouvelles mesures


Publié le 09-07-2015
par Koh Gui Qing et Kazunori Takada


PEKIN/SHANGHAI (Reuters) - Les Bourses chinoises ont nettement rebondi jeudi à la suite de nouvelles mesures de soutien des autorités pour tenter d'enrayer leur chute, l'indice Shanghai Composite connaissant même sa plus forte hausse en six ans.

Après plusieurs vaines tentatives pour mettre fin au "krach" boursier commencé en juin, l'autorité de régulation des marchés boursiers chinois, la CSRC, a interdit mercredi soir aux actionnaires détenant des participations supérieures à 5% dans des sociétés cotées de vendre leurs titres pendant une période de six mois .

Cette interdiction ne devrait avoir que peu d'impact pour les investisseurs étrangers, dont les participations dans les sociétés cotées à Shanghai sont majoritairement inférieures à ce seuil.

La China Development Bank et l'Export-Import Bank of China, deux établissements qui sont le bras financier de Pékin, se sont engagées à ne pas vendre d'actions chinoises, envisageant au contraire de procéder à des rachats à bon compte, a rapporté l'agence Chine Nouvelle jeudi.

L'autorité de tutelle bancaire de son côté a fait savoir que les crédits adossés à des actions pourraient être renouvelés.

Au lendemain de ces annonces, l'indice CSI300 des grandes valeurs cotées à Shanghai et Shenzhen a bondi de 6,4% à 3.897,63 points, tandis que l'indice Shanghai Composite s'est adjugé 5,8% à 3.710,27 points, sa plus forte hausse depuis mars 2009.

[...]


Edité le 11-07-2015 à 00:24:54 par Xuan




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   Posté le 11-07-2015 à 00:23:05   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Pour documenter ce sujet, l'article du Monde Diplomatique de juillet :

En Chine, une réforme financière à haut risque


Devenue la deuxième puissance économique du monde, la Chine doit surmonter deux obstacles : la non-convertibilité du yuan, qui implique que ses échanges internationaux s’effectuent essentiellement en dollars (lire « Bientôt des yuans dans toutes les poches ? » ) ; et un réseau bancaire étatisé et gangrené qui ne prête qu’aux grandes entreprises et aux collectivités locales, sans être très regardant sur la qualité des investissements.
D’où un gâchis de capital sans précédent (villes nouvelles jamais habitées, investissements de prestige, surcapacités de production, etc.) et des emprunteurs locaux incapables de rembourser leurs dettes.
Les petites et moyennes entreprises, elles, doivent passer par des circuits parallèles (« shadow banking »), fort chers et risqués.
Pour l’heure, les énormes réserves financières de la Chine permettent d’éponger les « créances pourries » ; c’est la deuxième fois en une décennie.
Mais cela ne peut durer : l’argent ainsi stérilisé pourrait être consacré à des projets plus utiles, et les réserves risquent de s’amenuiser en raison du ralentissement économique.

La nouvelle équipe au pouvoir veut faire sauter ces « Etats dans l’Etat ».
Faute d’inventer une troisième voie entre la bureaucratie étatique et la gestion capitaliste — une voie qui n’a été expérimentée nulle part —, elle a choisi de privatiser et de libéraliser les flux financiers.
Le Centre de recherche sur le développement conseille le gouvernement chinois. Son codirecteur, Ding Yifan, explique les étapes à franchir et les expérimentations en cours.
par Yifan Ding, juillet 2015


A la traîne si on la compare aux réformes économiques, la réforme du secteur financier s’accélère toutefois depuis l’arrivée de la nouvelle équipe dirigeante, en mars 2013. Il s’agit de donner plus de poids au marché et d’élargir les sources de financement, notamment pour les petites et moyennes entreprises (PME), par divers moyens : ouverture du capital des grands établissements bancaires, autorisation de créer des petites banques privées, introduction de plus de liberté dans la fixation des taux d’intérêt, etc.

C’est d’autant plus nécessaire que l’internationalisation du renminbi (RMB), ou yuan, se développe rapidement : la devise chinoise est devenue la cinquième monnaie la plus utilisée au monde pour les paiements internationaux. Et, qui sait, peut-être fera-t-elle bientôt partie des monnaies de réserve (lire « Bientôt des yuans dans toutes les poches ? »).
Pour comprendre les enjeux des changements, il faut connaître les blocages actuels du système financier. Au début de la réforme et de l’ouverture de la Chine, en 1978-1979, la population était encore relativement pauvre : pas de richesse personnelle, peu de capital pour l’investissement. Après trente ans de travail acharné, elle a, dans sa grande majorité, de l’argent, même si une partie reste pauvre. Mais cet argent ne trouve pas facilement de débouchés.

Actuellement, moins d’une dizaine de grandes banques financent les deux tiers de l’économie, c’est-à-dire les collectivités locales, les entreprises et les particuliers. Les Chinois, qui ont l’un des plus hauts niveaux d’épargne du monde (plus de 50 % de leurs revenus), ne peuvent placer leurs fonds que dans l’un de ces établissements, qui, de toute façon, offrent tous le même taux de rémunération, ou presque (2,75% pour les dépôts d’un an : moins que l’inflation). Quant aux entreprises qui veulent financer leurs projets d’investissement, elles n’ont guère davantage de choix : elles se voient imposer des taux de 5,35% par an au minimum. Et les plus petites n’ont pas du tout accès à ce crédit.

Nous sommes donc devant un paradoxe : d’un côté, l’argent abonde dans la société ; de l’autre, la plupart des entreprises ont du mal à en trouver pour investir. Pour résoudre ce problème épineux, la Chine a décidé de construire un marché de capitaux diversifié.
D’après les autorités de supervision des titres, plusieurs facteurs doivent être pris en compte. D’abord, il faut construire et améliorer un système de marché concurrentiel, selon la loi de l’offre et de la demande. Ensuite, décentraliser, avec comme objectif principal de faciliter l’émission d’actions par des entreprises sans autorisation de la commission centrale. En troisième lieu, diversifier les formes de placements pour les épargnants : fonds communs de placement, placement en capital à risque, etc. Enfin, il faut accélérer la marche vers l’ouverture du compte de capital, qui permet l’entrée et la sortie de capitaux. Cela peut s’accompagner ou non d’une levée totale ou partielle du contrôle des changes.

Parmi les innovations, le marché obligataire, en particulier pour les collectivités locales, devrait se développer. En effet, le gouvernement veut donner un nouvel élan à l’urbanisation, et la construction nécessite beaucoup d’investissements. L’émission de ces obligations pourra être fondée sur les futurs bénéfices engendrés par les infrastructures locales. On entend souvent parler de bulle des dettes municipales ; mais, en général, ces emprunts ont servi à financer des infrastructures — autoroutes, lignes de chemin de fer, ponts, équipements de télécommunication, etc. — qui, à plus ou moins court terme, généreront des revenus. Bien sûr, certaines municipalités peuvent être acculées à un défaut de paiement ; mais ces dettes ne peuvent dégénérer en crise, car nous sommes dans un marché intérieur, totalement fermé. Le gouvernement central a les moyens de les rééchelonner si nécessaire.

Quant aux produits financiers dérivés, il peut apparaître paradoxal de les développer, alors que ceux lancés par les Américains sont souvent accusés d’avoir causé la crise financière internationale de 2008. Mais la Chine n’en est pas à cette échelle : pour l’heure, les responsables de la surveillance du marché misent sur des produits de structure simple, aptes à répartir les risques entre les banques et leurs clients. Aux Etats-Unis, les produits dérivés sont devenus si compliqués que même les investisseurs sont perdus. Les autorités chinoises entendent, elles, garder le contrôle du degré d’innovation et prévenir les risques tout en s’assurant de la transparence.

Autre problème à résoudre pour le secteur financier : le développement rapide des banques en ligne au cours des deux ou trois dernières années. De jeunes consommateurs et de petites entreprises se sont jetés à corps perdu dans ce type de financement, notamment sur les téléphones mobiles. Les activités des banques Internet ont augmenté de 248 % l’an dernier, contre une hausse de 20 % pour les transactions entre banques. Certes, les sommes restent relativement modestes — 12 000 milliards de yuans (1 700 milliards d’euros) contre 1 106 trillions de yuans (163 000 milliards d’euros) pour les banques traditionnelles —, mais cette croissance exponentielle laisse néanmoins songeur.

« Traverser la rivière
en touchant les pierres du pied »


Cela engendre de nouvelles responsabilités : comment assurer un service sûr et de qualité ? Comment offrir une meilleure plate-forme aux consommateurs et aux investisseurs ? Comment éviter l’accumulation des risques ? Plusieurs pistes sont ouvertes. Les nouveaux traitements de big data, qui permettent de mieux déceler les tendances, et donc de minimiser les dangers, peuvent fournir un meilleur soutien technique. Mais il faut aussi améliorer les dispositifs de surveillance des banques, ce que l’on appelle la « supervision prudentielle ».

Au niveau national (macro-prudentiel), la commission de la réglementation bancaire de Chine (China Banking Regulatory Commission) a instauré toute une série de mesures de contrôle et de prévention, et applique les normes réglementaires mondiales. Depuis avril 2014, cinq grandes banques se sont mises en conformité avec les accords de Bâle II et Bâle III, les dernières règles internationales (1).

Au niveau de l’entreprise ou de la municipalité, on prête une attention particulière à la performance du capital, en évaluant la qualité des projets et de l’emprunteur, la gestion des risques opérationnels. Les banques disposeront d’une batterie de critères pour évaluer non seulement la solvabilité d’un emprunteur, mais aussi la qualité de son projet d’investissement, son niveau d’endettement...

Les grandes banques d’Etat ne s’intéressent pas au financement des petites et moyennes entreprises (PME), alors que celles-ci constituent la base de la croissance économique chinoise. Pour le moment, les PME recourent souvent, pour leur financement, au shadow banking(« financement de l’ombre »), c’est-à-dire à des prêteurs hors du secteur bancaire traditionnel réglementé (2), ce qui revient cher et présente beaucoup de risques. La réforme financière vise à réduire ce coût en faisant émerger de banques privées et en jouant la concurrence.

En 2014, trois banques privées sont nées à Shenzhen, Wenzhou et Tianjin — une première. Elles offrent des services financiers efficaces aux agents de l’économie réelle et se positionnent dans leur stratégie de développement sur des marchés différenciés. La WeBank Qianhai à Shenzhen met l’accent sur le service aux particuliers ainsi qu’aux petites et micro-entreprises ; la Min Shang, à Wenzhou, vise les entreprises petites et individuelles, ainsi que les résidents et les agriculteurs de la région ; enfin, la banque Jincheng, à Tianjin, se concentre sur le financement des affaires publiques dans cette zone.

La Chine a créé un système d’assurance-dépôts obligatoire pour couvrir toutes les institutions financières, qui devront garder en réserve une part des dépôts. Ainsi les épargnants jouiront-ils d’une certaine protection. D’autant qu’avec la libéralisation des taux d’intérêt, les banques devraient faire face à une concurrence plus vive et à... des risques accrus.

Jusqu’à présent, la banque centrale, la Banque populaire de Chine (BPC), déterminait le niveau plancher du taux d’intérêt des prêts, ainsi que de celui servi aux dépôts par les banques commerciales (avec une petite variation jusqu’à 1,1 fois le taux de base). Assurées d’avoir des dépôts — puisque les épargnants ne peuvent pas les placer ailleurs — et des emprunteurs, les banques ne prennent aucun risque et profitent de nombreux avantages financiers, au détriment des entreprises et des épargnants.

Avec l’introduction du marché, elles détermineront le niveau des taux d’intérêt en fonction de leur propre situation et des tendances sur les marchés financiers. Selon le plan de la BPC, ces taux seront complètement libéralisés dans deux ans. Toutefois, son gouverneur, M. Zhou Xiaochuan, estime que la Chine a encore besoin de mesures pour stabiliser les marchés. Et elle prépare deux ou trois instruments de politique à court et à moyen terme pour guider l’évolution des taux. Elle continuera à intervenir pour stabiliser ou stimuler l’économie, si besoin.

La réforme des taux d’intérêt va de pair avec celle du taux de change. La libéralisation progressive du compte des capitaux et la convertibilité du RMB marqueront une nouvelle étape en réduisant le coût des transactions et les risques de change. A la différence de celles d’autres pays, la banque centrale de Chine dispose d’énormes réserves de devises étrangères qui lui permettent de faire face à la spéculation des capitaux flottants (hot money). Pour l’heure, les avantages de la réforme apparaissent plus grands que les risques.

Cette réforme financière se caractérise aussi par un nouveau cycle d’ouverture : une zone de libre-échange (ZLE) a été créée à titre expérimental dans le quartier Pudong à Shanghaï. Des banques, sociétés de valeurs mobilières, sociétés d’assurances, etc., peuvent accéder à des comptes bancaires spéciaux, les comptes de libre-échange, et se connecter directement aux marchés financiers étrangers. Actuellement, treize banques étrangères se sont installées dans cette zone et ont ouvert plus de dix mille de ces comptes. Les transactions réalisées par les entreprises de la zone en 2014 se sont déjà élevées à 19,7 milliards de yuans, avec un taux d’intérêt annuel de seulement 4,2 %, c’est-à-dire nettement inférieur aux taux de financement dans d’autres parties de Chine. La ZLE a multiplié les canaux pour lever des capitaux à l’étranger, en monnaie chinoise ou étrangère. Auparavant, il fallait obtenir une autorisation en amont pour ces transactions ; désormais, le contrôle se fait a posteriori.

Toutefois, la banque centrale a créé un système d’indicateurs d’alerte de risques. Elle peut, en cas de besoin, réajuster et améliorer ces outils. Des règles de supervision des transactions en temps réel, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sont d’ores et déjà instaurées.

Cette réforme progressive a été accueillie plutôt favorablement par les entreprises, car elles peuvent désormais financer leurs projets d’investissement plus facilement et pour moins cher. Mais la population n’a pas vraiment senti le changement, si ce n’est que la Bourse est en plein expansion (3), grâce à l’entrée massive de liquidités et à l’amélioration attendue de la distribution des dividendes par des entreprises cotées.

La réforme financière est donc bien engagée. La méthode chinoise est toujours la même : on expérimente, on regarde ce que cela donne, on avance. C’est que l’on appelle en Chine « traverser la rivière en touchant les pierres du pied » . Reste à savoir si cette méthode est toujours valable, alors que cette fois on traverse non pas une rivière, mais la mer ?

Yifan Ding
Directeur adjoint du Centre de recherche sur le développement, Pékin.


(1) Les banques appliquent les accords de Bâle II et Bâle III afin de contrôler la quantité de capitaux qu’elles doivent mettre de côté pour se prémunir contre les divers types de risques financiers et opérationnels auxquels elles font face.
(2) NDLR. Selon les données officielles, cela représenterait la moitié du produit intérieur brut. Cf. Romain Renier, « Le shadow banking, un casse-tête chinois estimé à 3 100 milliards d’euros », La Tribune, Paris, 13 mai 2014.
(3) NDLR. Les Chinois ordinaires placent leur argent en Bourse, sans en connaître les rouages, avec tous les risques que cela implique en cas de retournement.


Edité le 11-07-2015 à 00:26:41 par Xuan




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Après le retour au calme, Les Echos relèvent le début de sanctions contre les spéculateurs.

la Chine part à la chasse aux spéculateurs


L’indice CSI 300 a rebondit de 6,4 % grâce aux nouvelles mesures prises par les autorités, à la recherche des responsables du krach.

Après – 6,75 % mercredi, + 6,4 % jeudi. L’indice CSI 300 des grandes valeurs cotées à Shanghai et Shenzhen n’a rien perdu de sa volatilité alors que les investisseurs ont cette fois bien accueilli les dernières mesures des autorités chinoises. Pour enrayer le krach, l’autorité de régulation des marchés boursiers, la CSRC, a pris le taureau par les cornes en interdisant aux actionnaires détenant plus de 5 % d’une entreprise de… vendre des actions pendant une période de six mois. Idem pour les dirigeants de ces entreprises et les investisseurs étrangers, même s’ils détiennent moins de 5 % . Les contrevenants seront sanctionnés. Dans le même temps, 1.430 actions restaient toujours suspendues de cotation jeudi matin.

Responsable

Par ailleurs, Pékin a commencé la chasse aux spéculateurs, accusés d’avoir favorisé la chute du marché via le système des ventes à découvert, qui permet de vendre une action que l’on ne possède pas pour la racheter quand elle a baissé. La police enquête sur des pratiques qualifiées de "malveillantes", bien qu’autorisées sous certaines conditions en Chine. Le vice-ministre de la Sécurité publique Meng Qifeng s’est rendu dans les bureaux de la CSRC pour prendre connaissance d’éléments suggérant des fautes. Quelques arrestations ont déjà eu lieu. Selon Bloomberg, les ventes à découvert à la Bourse de Shanghai ont représenté seulement 261 millions de dollars mercredi, moins de 0,01 % de la capitalisation boursière.

Il y a une semaine, les autorités avaient déjà évoqué une "manipulation illégale" sur les marchés, des médias proches du pouvoir se chargeant de dénoncer les "forces du mal" et les "prédateurs qui se cachent au cœur de la tourmente" . Pour Aurel BGC, ce climat pourrait avoir "de graves répercussions sur la capacité de la Chine à poursuivre l’ouverture de son compte de capital et le développement de ses marchés financiers. Comment convaincre les investisseurs internationaux d’acheter des actions chinoises quand la moitié de la cote est suspendue et que les interdictions de vente et les soupçons de manipulation pleuvent ?"


On ne se fera pas trop de souci pour les investisseurs internationaux que la soif de profit attire comme la confiture les mouches.

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   Posté le 12-07-2015 à 15:57:17   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La police chinoise lutte contre des crimes concernant les opérations boursières


Publié le 2015-07-10 à 07:22 - french.xinhuanet.com

BEIJING, 9 juillet (Xinhua) -- Le ministère chinois de la Sécurité publique a déclaré jeudi qu'une campagne nationale était en préparation pour lutter contre les opérations illégales dans les domaines des valeurs mobilières et des contrats à terme, afin de protéger le marché des capitaux et les intérêts des investisseurs.
Selon un communiqué rendu public par le ministère, il évalue et analyse "la volatilité anormale" du marché boursier avec la Commission de Contrôle boursier de la Chine (CCBC).

La police doit coopérer étroitement avec les régulateurs dans le traitement des affaires impliquant des opérations internes et la divulgation d'informations internes.
Ceux qui fabriquent et disséminent de fausses informations sur des valeurs mobilières et des contrats à terme, ainsi que ceux qui manipulent les marché, feront l'objet d'enquêtes et seront sanctionnés, selon le communiqué.

Le ministère a demandé à la police de mener une enquête rapide sur "les ventes à découvert malveillantes" et de les traiter conformément à la loi.
Jeudi matin, le vice-ministre de la Sécurité publique Meng Qingfeng a conduit une équipe et s'est rendu au siège de la CCBC - un signe fort selon lequel les autorités sanctionneront les opérations qui ont violé les lois et les règles.

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La police chinoise découvre des indices de transactions boursières illégales


Publié le 2015-07-12 à 15:31 - french.xinhuanet.com

BEIJING, 12 juillet (Xinhua) -- Une équipe d'enquête dirigée par le vice-ministre de la Sécurité publique Meng Qingfeng a découvert des indices de manipulations suspectes de transactions de contrats à termes sur le marché boursier par certaines sociétés.
Cette équipe poursuit actuellement l'enquête.

Mardi dernier, l'équipe s'est rendue à la Commission de contrôle boursier de Chine pour enquêter sur des "ventes à découvert malintentionnées d'actions et d'indices boursiers" , un exemple des pratiques douteuses accusées d'être l'une des causes du récent plongeon de la bourse chinoise.
Cette équipe est arrivée vendredi à Shanghai pour rechercher des indices sur ce genre de pratiques illégales.

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   Posté le 14-07-2015 à 17:27:11   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le succès ou l'échec de l'internationalisation du yuan aura des conséquences inestimables pour l'hégémonie du dollar. Les milieux financiers occidentaux ne cachaient pas leur satisfaction la semaine dernière et spéculaient sur la dégringolade de la monnaie chinoise, la bulle de l'immobilier, le shadow banking et la crise tout court, inévitable cette fois.

Le fait est que l'Etat chinois a jugulé cette crise en trois jours, tout en assurant qu'elle ne durerait pas et que la bourse chinoise poursuivrait sa politique prudente.






La bourse chinoise continue à rebondir lundi

Publié le 2015-07-13 à 13:26 french.xinhuanet.com

John Nash
BEIJING, 13 juillet (Xinhua) -- La bourse chinoise a poursuivi son rebond lundi, avec une hausse de plus de 3% de l'Indice composite de la Bourse de Shanghai au début de la séance de l'après-midi.


Edité le 14-07-2015 à 17:36:23 par Xuan




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Précision concernant la CSRC, Commission de régulation des titres de Chine.
En 2005 le Quotidien du Peuple signalait :

Chine: davantage de pouvoirs confiés à la CSRC


Le Comité permanent de l'Assemblée populaire nationale (APN, parlement chinois) envisage de confier davantage de pouvoirs à la Commission de régulation des titres de Chine (CSRC) dans le traitement des problèmes des irrégularités commises par les entreprises.

Dans son projet d'amendement de la Loi sur les titres, la Commission des Lois de l'APN demande d'accorder à la CSRC le droit de geler ou de fermer les comptes bancaires des entreprises impliquées dans les activités illégales des transactions des titres.

La commission propose de rendre la CSRC plus puissante pour améliorer l'efficacité de régulation, tout en renforçant la supervision sur la CSRC dans son utilisation des pouvoirs.

La commission propose d'adopter une procédure stricte pour la CSRC dans l'utilisation de ses pouvoirs, au cas où elle veut geler ou fermer les comptes bancaires.

(Xinhua) 24/08/2005

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Vu les intérêts géopolitiques en jeu, et particulièrement l'hégémonie du dollar, on peut s'attendre à de nombreuses opérations financières destinées à déstabiliser l'internationalisation du Yuan.




Les régulateurs enquêtent sur une vente colossale d'actions

Par : LIANG Chen - French.china.org.cn - Mis à jour le 29-07-2015

La China Securities Regulatory Commission a annoncé qu'elle menait l'enquête sur une « vente colossale » d'actions après la chute du marché boursier survenue lundi.
La CSRC a déclaré qu'elle avait reçu des mises en garde de la part de certains lanceurs d'alerte et des rapports de surveillance du marché, et qu'elle avait mobilisé des équipes d'inspection et d'action.

L'indice composite de Shanghai a dégringolé de près de 8,5 % lundi, la plus grande perte quotidienne en huit ans, suivie d'une nouvelle baisse de 1,68 % mardi.
Les régulateurs avaient précédemment déclaré que « les vendeurs à découvert aux intentions malveillantes » seront sévèrement punis, et que des enquêtes contre la vente à découvert et les manipulations de marché sont menées à l'échelle nationale, selon le ministère de la Sécurité publique.
Les résultats des enquêtes n'ont pour l'instant pas été révélés.

Le marché boursier connaît de fortes oscillations depuis les six dernières semaines en Chine, après une plongée de 30 % de la mi-juin au début juillet, avant de rebondir d'environ 15 % lorsque les autorités ont pris des mesures pour renforcer la confiance des investisseurs et éviter que le risque de chute ne s'étende à d'autres secteurs.


Edité le 30-07-2015 à 07:04:47 par Xuan




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Les autorités chinoises arrêtent plusieurs personnes pour des infractions liées au marché boursier



BEIJING, 31 août (Xinhua) -- Les autorités chinoises ont arrêté plusieurs personnes, dont un journaliste, un responsable de l'organe de contrôle du marché boursier et quatre hauts dirigeants d'un important courtier du pays, pour violations des règlements du marché boursier.

Wang Xiaolu, journaliste du magazine Caijing, fait l'objet de "mesures coercitives pénales" pour fabrication et diffusion de fausses informations, avec la complicité d'autres personnes, sur les marchés de valeurs mobilières et de contrats à terme.

Wang Xiaolu a avoué avoir écrit de fausses informations concernant le marché boursier chinois, sur la base de rumeurs et de son jugement subjectif, sans procéder à des vérifications.

Il a reconnu que les fausses informations avaient "provoqué une panique et un désordre sur le marché boursier, gravement nui à la confiance du marché et entraîné une perte énorme pour les investisseurs et le pays" .

Liu Shufan, un responsable de la Commission de contrôle boursier de Chine, fait également l'objet de "mesures coercitives pénales". Il est soupçonné de délits d'initié, d'acceptation de pots-de-vin et d'imitation de sceaux officiels.

Durant l'enquête, M. Liu a avoué avoir profité de sa position afin d'obtenir l'approbation des autorités boursières pour une société et de contribuer à la croissance des actions de cette société.

En contrepartie, la personne à la tête de la compagnie lui a offert des pots-de-vin de plusieurs millions de yuans.

De plus, M. Liu a profité d'informations privilégiées issues de cette société et d'une autre, engrangeant ainsi plusieurs millions de yuans de gains illégaux, selon ses aveux.

Il a également imité des sceaux officiels afin de fabriquer une décision de justice concernant des certificats de divorce et d'imposition pour sa maîtresse.

L'Agence de presse Xinhua a en outre appris auprès des autorités que Xu Gang, Liu Wei, Fang Qingli et Chen Rongjie, haut dirigeants de Citic Securities, principal courtier chinois, étaient soumis à des "mesures coercitives pénales" pour délit d'initié. Ils ont tous avoué leurs violations des règlements.

Les "mesures coercitives" comprennent l'arrestation, la détention, la publication d'un mandat pour contraindre un suspect à comparaître, la mise en liberté sous caution et la résidence surveillée.

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   Posté le 09-09-2015 à 00:12:31   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La presse économique continue de s'inquiéter en alignant les chiffres et en scrutant les tendances financières et commerciales.

Comme un leitmotiv revient la baisse des exportations, présentée comme un signe de la dégringolade de l'économie chinoise.
Par exemple les Echos :

"Le mois dernier, les exportations ont reculé de 5,5% par rapport à août 2014, à 196,9 milliards de dollars, tandis que les importations chutaient de 13,8% à 136,6 milliards de dollars."

Aucun économiste ne donne de chiffres indiquant le rapport entre ces exportations et les importations américaines ou européennes. Il semble pourtant que la baisse des exportations soit liée à une baisse de la consommation dans les pays riches.

Dans ce cas, ce n'est pas l'économie et la finance chinoises, en cours de réorientation, qui seraient près de capoter, contrairement aux espérances des trotskystes du NPA :
"A court et moyen terme, cependant, Pékin essaye surtout d’éviter que tout cet édifice ne s’écroule comme un château de cartes, c’est-à-dire que la crise de suraccumulation phénoménale dont le talon d’Achille est le surendettement consubstantiel au modèle chinois ne finisse par devenir parfaitement incontrôlable."
Au contraire, le ralentissement économique qu'on observe aussi chez d'autres pays émergents, a pour cause la crise des métropoles impérialistes, la paupérisation et la baisse de la consommation.

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Autre sujet d' inquiétude , la baisse des réserves de change :
toujours dans les Echos (on trouvera les mêmes dans le Monde avec des prévisions calamiteuses en prime) "Chine : les réserves de change continuent de baisser"

les réserves de change de la Chine ont baissé de 90 milliards de dollars en août, ce qui les place désormais à 3.560 milliards. C’est, a reconnu la banque centrale, le quatrième mois de baisse consécutif.
Pékin a donc dévoilé ce que lui a coûté ses efforts pour éviter que sa monnaie nationale ne soit emportée par une plus grande dépréciation vis-à-vis du billet vert, entraînant dans la foulée une importante sortie de capitaux, alors que l’économie montre d’inquiétants signes d’essoufflement.

Inquiétudes sur le coût des interventions de la banque centrale chinoise

Le montant des interventions supposé pour le seul mois d’août n’a pas manqué d’inquiéter la communauté financière ces dernières semaines, même si les sommes qui restent en caisse permettent à la Chine de voir venir. Toute la question est de savoir combien de temps le gouvernement sera obligé de continuer, d’autant que la perspective d’une hausse des taux d’intérêts aux Etats-Unis ne peut que détourner des capitaux bien utiles pour soutenir l’activité.



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Mais en réalité on se demande si la politique financière chinoise est imposée par des événements incontrôlables ou calculée, d'autant qu'elle n'est pas spécifique à la Chine.
En fait ces réserves de changes sont libellées en dollar, et tout se passe comme si certains pays commencent à s'en débarrasser.

Les implications d’éventuelles ventes massives de “bons du trésor américain” par la Chine et d’autres pays émergents pourraient être énormes


"Après six ans de QE, le « quantitative easing » ou assouplissement quantitatif, qui a conduit les banques centrales à injecter des milliers de milliards d’€uros dans le système financier mondial pour soutenir le crédit et l’activité, les investisseurs doivent aujourd’hui s’adapter au « QT ».
Le « quantitative tightening », littéralement « resserrement quantitatif », prend en effet de l’ampleur avec la vente par la Chine d’une partie de ses réserves de change pour protéger son économie et ses marchés contre les effets des sorties de capitaux observées ces derniers mois.
Et d’autres pays émergents semblent emboîter le pas de Pékin.

Les analystes de Citi estiment que les réserves de change mondiales ont diminué au rythme de 59 milliards de dollars par mois depuis environ un an, et de près de 100 milliards mensuels ces tout derniers mois.

Selon une source d’une autre grande banque internationale, les banques centrales des pays émergents pourraient avoir vendu jusqu’à 200 milliards de dollars de réserves de change au cours du seul mois d’août, dont probablement 100 à 150 milliards pour la Chine.
« Le potentiel de nouvelles sorties de Chine est énorme » , dit George Saravelos, analyste spécialisé de Deutsche Bank à Londres. « Le résultat final, c’est que le marchés pourraient craindre une montée en puissance du QT. »

La Chine détient, de loin, les plus importantes réserves de change du monde, constituées en majeure partie d’actifs libellés en dollar américain, dont des bons du Trésor et des obligations. Fin juin, ces réserves s’élevaient à 3.690 milliards de dollars."

Source : Business Bourse


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   Posté le 09-09-2015 à 19:42:42   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Je n'épluche pas la presse économique, Le Monde, l'Obs, Libé et la presse trotskyste, qui font leurs choux gras des fluctuations sur les cours, de la baisse du PIB, de la dette chinoise, des chiffres truqués, etc.
Quand on sait d'où ça vient c'est pathétique, en France quiconque fait ses courses sait que les prix augmentent sérieusement tandis que les salaires et les pensions n'évoluent absolument pas. La situation réellement inquiétante est chez nous.


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Li Keqiang : l'économie chinoise dans une voie positive


(Xinhua/Yao Dawei)

DALIAN, 9 septembre (Xinhua) -- Le Premier ministre chinois Li Keqiang a indiqué mercredi, devant des leaders internationaux du commerce que l'économie chinoise prenait une direction positive, avec un taux de croissance engagé dans une marge de manoeuvres appropriée.

L'économie se stabilise en dépit d'un rythme de croissance plus lent, a assuré M. Li lors du Forum d'été de Davos, qui se tient dans la ville portuaire de Dalian (nord-est).

"D'une part, l'économie prend une tournure positive en se stabilisant; d'autre part, des difficultés persistent" , a reconnu M. Li.

Comme la Chine promeut la réforme structurelle, le changement des moteurs de la croissance devraient conduire à des fluctuations de certains indicateurs économiques, ce qui est inévitable, a -t-il expliqué.

La Chine continuera à intensifier l'évolution économique et à promouvoir l'ajustement structurel, a-t-il ajouté

"Nous ne serons pas influencés par les fluctuations à court terme d'indicateurs économiques. Nous ne les considérerons pas avec légèreté non plus. Nous ajusterons les mesures politiques dans les délais opportuns." a noté M. Li.

Le gouvernement chinois est capable de maintenir la croissance économique d'un niveau moyen à haut.

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La Chine inspecte des comptes de transactions boursières


Publié le 15 septembre 2015 à 07h36



Les autorités de régulation chinoises se sont attaquées à plusieurs milliers de comptes de courtage liés à des transactions boursières considérées comme illégales, ont-elles annoncé, alors que Pékin tente toujours de ramener le calme sur les marchés après leur débâcle estivale

La Commission de régulation des marchés financiers (CSRC) a visé jusqu'à présent 3255 comptes, en fermant certains et obligeant les autres à passer leurs transactions via des canaux légaux étroitement encadrés, a-t-elle indiqué dans un communiqué lundi soir.

Les comptes incriminés sont accusés de diverses infractions: certains investisseurs ne s'étaient ainsi pas enregistrés sous leur véritable nom, ou d'autres avaient recours à des plateformes favorisant les opérations sur marge en dehors de la supervision des régulateurs.

Les opérations sur marge, dont l'explosion a alimenté la bulle des Bourses chinoises avant d'en accélérer l'effondrement, consistent à acheter des actions en ne payant soi-même qu'une petite partie du prix et en empruntant le reste des fonds, misant sur une hausse des cours.

De façon distincte, l'agence officielle Chine nouvelle a rapporté mardi que la police menait des enquêtes sur de hauts dirigeants de Citic Securities, la plus grosse maison de courtage du pays en actifs, sur des soupçons de délits d'initiés et de fuite d'informations sensibles.


Parmi les cadres visés, figurent le directeur général Cheng Boming, le directeur des opérations Yu Xinli et le vice-directeur des technologies de l'information Wang Jinling, a ajouté Chine nouvelle, sans plus de détails.

Un cadre de la CSRC et quatre hauts responsables de Citic Securities avaient par ailleurs été arrêtés fin août pour «des infractions liées aux marchés boursiers».

Alors que la Bourse de Shanghai a dégringolé d'environ 40% depuis la mi-juin, le gouvernement cherche toujours à stabiliser les marchés et à calmer la nervosité générale.

Le gouvernement était massivement intervenu en juillet et en août pour soutenir les indices boursiers, avec des achats massifs d'actions par des organismes publics et l'appui des grandes maisons de courtage: une stratégie aux résultats très mitigés.

De leur côté, les régulateurs avaient entamé dès juillet des enquêtes sur les «transactions illégales» accusées par les autorités d'alimenter la dégringolade.

Et la CSRC a encore à examiner plus de 2000 comptes, représentant des actifs de presque 188 milliards de yuans (39 milliards de dollars CAD), soulignait le communiqué de lundi...

Ces annonces très médiatisées de la CSRC ont alimenté en ce début de semaine un nouveau repli marqué des Bourses chinoises, même si le régulateur a réfuté tout «impact significatif».

La CSRC a déjà infligé ce mois-ci des amendes à trois sociétés accusées «de mener des activités de courtage illégales» alimentant la volatilité des marchés.

La police a par ailleurs placé en détention Wang Xiaolu, journaliste du très respecté magazine Caijing, accusé d'avoir propagé des «rumeurs» après avoir évoqué en juillet un possible arrêt prématuré des interventions étatiques sur le marché.

Dès juillet, alors que la Bourse ne cessait de dégringoler, la CSRC et la police avaient lancé de façon très médiatisée des «opérations conjointes» contre les ventes à découvert «malveillantes» - ce mode de transaction ordinaire consistant à parier à la baisse sur un titre.

source la presse

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   Posté le 05-10-2015 à 21:04:44   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Un article de Michel Aglietta dans le Monde Diplomatique d'octobre :


Ce que cachent les soubresauts financiers


Par Michel Aglietta


Professeur d’économie à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, conseiller scientifique au Centre de recherche français dans le domaine de l’économie internationale (Cepii) et à France Stratégie, auteur notamment (avec Guo Bai) de La Voie chinoise. Capitalisme et empire, Odile Jacob, Paris, 2012.


Lors de la session de son comité central, en novembre 2013, le Parti communiste chinois (PCC) a annoncé les directives définissant ses priorités de réforme pour une période de vingt ans. Celles-ci ont été approuvées par l’Assemblée nationale populaire en mars 2014. Car en Chine, les finalités politiques sont guidées par des vues de long terme. La réforme de 1’économie est entrée dans une nouvelle époque, qui devrait connaître des transformations économiques et sociales très importantes. Elle se déroule selon des phases de cinq ans, guidées par des plans stratégiques. Le treizième plan quinquennal, pour 2016-2020 va être rendu public lors de la session d’octobre 2015 et détaillera la stratégie.

Interpréter le bilan de cette réforme au bout de dix-huit mois est une gageure pour des observateurs occidentaux. A cela, plusieurs raisons profondes. D’abord, ces derniers n’ont pas le même référentiel intellectuel que les Chinois. La plupart d’entre eux pensent que l’économie de marché est le fondement d’une société démocratique Faire des réformes structurelles consiste alors à lever les obstacles au fonctionnement des marchés, lesquels guideraient automatiquement vers le meilleur des mondes possibles. Il n’en est pas du tout de même en Chine. La réforme économique est un outil pour des buts politiques : assurer l’unité de la nation en dominant ses forces d’éclatement et la légitimité du pouvoir centralisé du PCC. La réalisation de cette finalité suprême passe par l’amélioration du bien-être du peuple. En outre, le président Xi Jinping affirme une visée géopolitique qui n’était pas présente depuis que Deng Xiaoping a lancé les réformes en 1979. Il veut que la Chine retrouve sa place historique dans le monde, celle de l’empire du Milieu. Pour cela, il faut intégrer l’Asie autour du yuan, donc découpler la monnaie chinoise du dollar et en faire une monnaie internationale à part entière Même s’ils donnent bien une vision cohérente et unifiée à long terme, ces objectifs multiples rendent la séquence actuelle difficile à comprendre.

La réforme est, en effet, un processus contradictoire. Elle réalise des opportunités, mais rencontre des obstacles. Ainsi, au cours des vingt dernières années, la transformation de la société a arraché quatre cents millions d individus à la pauvreté, mais la croissance rapide qui a permis cette extraordinaire performance a provoqué une augmentation des inégalités et une dégradation de l’environnement devenues insoutenables.

Entre 1993 et 2012, l’expansion de l’industrie a servi de moteur à la croissance. La Chine est devenue la manufacture du monde en utilisant au maximum son atout principal : une main-d’œuvre peu qualifiée, jeune et abondante, en surplus dans les campagnes, qui pouvait être transférée à bas coût dans les villes et qui ne bénéficiait pas des services sociaux de base. Il fallait aussi investir en infrastructures pour en assurer le développement rapide. Il s’en est ensuivi une accumulation excessive de capital. Surtout dans les industries lourdes, encore exacerbée par le plan de relance de 2009 2010 en réaction à la crise financière mondiale (1). Ce régime a créé de gigantesques inégalités sociales et enrichi une élite dont les intérêts pourraient s’opposer à la nouvelle orientation.

Mais les conditions de viabilité de ce régime de croissance ont disparu. La main-d’œuvre s’est raréfiée avec le vieillissement de la population (2). Le marché du travail est devenu favorable à une hausse durable des salaires appuyée par des revendications, augmentant fortement les coûts de production des entreprises chinoises, La demande étrangère s’est ralentie. De plus, la croissance forcenée de l’industrie aux coûts les plus bas a exploité au maximum les ressources naturelles, détériorant gravement l’environnement Il y a donc à la fois un obstacle dirimant à la poursuite de la voie antérieure et une opportunité, celle de changer le régime de croissance grâce à l’essor de la classe moyenne.

Il s’agit de passer de la manufacture du monde à une société de «prospérité moyenne» plus inclusive et plus efficace quant à l’usage des moyens de production. L’atout de la Chine se trouve dans le dynamisme du secteur privé sous la forme de dizaines de millions d’entreprises innovantes, bien outillées pour adapter les technologies avancées à la demande en expansion des consommateurs urbains.

Le défi majeur réside dans la transition d’un type d’économie à un autre. Car le changement a été brutal. La croissance de l’industrie est passée de 12 % en 2012 aux 6 % prévus pour 2015. Elle a laissé un énorme surinvestissement, donc des capacités de production excédentaires dans les industries lourdes. Ainsi le taux d’utilisation des capacités était de 71 % dans l’acier, 70% dans l’aluminium et le ciment, 72 % dans le verre. Il est aussi tombé à 76 % dans l’automobile. Or les experts considèrent que le seuil normal de rentabilité dans ces industries est compris entre 78 et 80%. Cela a eu pour conséquence un effondrement de la rentabilité. A tel point que des entreprises publiques, de grande taille et très endettées par l’effort d’investissement antérieur se trouvent dans des conditions financières dangereuses, ce qui se répercute sur les banques qui leur ont prêté.

Au total, il est admis que pour résorber les capacités de production excédentaires, il faudrait que le taux d investissement passe à 35% du produit intérieur brut (PIB), contre 50 % actuellement. Si la diminution de l’investissement se faisait rapidement sous la menace des contraintes financières sans compensation, il se produirait une rupture dans la croissance qui pourrait tomber au-dessous de 5 % l’an. Ce serait l’atterrissage brutal (hard lunding) redouté. Il aurait des conséquences sociales et politiques majeures pour la légitimité du pouvoir politique. En effet, les systèmes de protection sociale n’étant pas encore développés, la société urbaine chinoise ne tolère pas le chômage, il faut que l’économie soit capable de créer bon an, mal an au moins dix millions d’emplois urbains par an la population active baisse, mais cent millions de ruraux vont migrer vers les villes d’ici à 2020. En 2014 malgré la décélération de l’industrie, elle en a créé 13,2 millions. C’est pourquoi le gouvernement est attaché à préserver une croissance autour de 7% La poursuite de ce redéploiement est l’enjeu de l'atterrissage en douceur (soft landing).

Jusqu’ici, il est observable. La contribution de la consommation à la croissance du PIB dépasse celle de l’investissement (3). En 2012, elle représentait 4% sur un taux de croissance de 7,8%; en 2013, 3,9% sur 7,7%; en 2014, 5,6% sur 7,3%. Ainsi la part de la consommation dans le PIB remonte, tandis que celle de l’investissement baisse. En termes de structure sectorielle, la part des services est devenue dominante à 46,1 % du PIB en 2013, contre 43,9% pour l’industrie manufacturière. Encore faut-il que ce redéploiement ne soit pas interrompu par un infarctus financier.

La dette chinoise est-elle soutenable? La dette totale des agents non financiers atteignait 220% du PIB fin 2013, dont 150% pour les entreprises (contre, par exemple, 317 % aux Etats-Unis, 331 % en France, 431 % au Japon ou 120% en Inde). On a vu que les capacités de production excédentaires expliquent la fragilité des bilans des entreprises d’Etat dans les industries lourdes. Les promoteurs immobiliers qui ont des stocks de logements invendus dans les villes de seconde et troisième catégories souffrent des mêmes maux (4).

La baisse de l’inflation aggrave la situation financière des entreprises en surcapacité. En effet, les prix mondiaux de vente en gros des produits de ces industries baissent. Les entreprises concernées subissent donc une déflation véritable. 11 s’ensuit que le taux d’intérêt réel de leur dette, c’est-à-dire rapporté à la variation de leur prix de vente, augmente. Leur vulnérabilité financière en est donc accrue.

C’est pourquoi le gouvernement a pris des mesures de restructuration, tout en étalant la résorption des surcapacités de manière à ne pas provoquer de ruptures dans le tissu industriel : la consolidation d’entreprises, c’est-à-dire leurs fusions, mais aussi leur démembrement et remembrement pour éliminer des cumuls d’activités dans les mêmes branches; l’injection de capital privé dans des structures de propriété mixte ; le transfert des actions détenues par l’Etat à des holdings financières avec mission de rendre la gestion des entreprises plus efficace. Instruction a été donnée aux banques commerciales de renouveler les emprunts des entreprises arrivant à échéance, mais de ne faire aucun crédit nouveau aux entreprises qui n’ont pas réduit leurs surcapacités d’un pourcentage dépendant de leur vulnérabilité et de leur secteur d’activité.

Enfin, la dette des collectivités locales a gonflé à partir du plan de stimulation de 2009. Elle a atteint 33 % du PIB au second semestre 2013, selon un audit exhaustif de la Cour des comptes chinoise (5). Elle résulte de l’inégalité des ressources fiscales selon les régions et les territoires. Les gouvernements locaux se sont précipités dans l’endettement avec l’expédient d’obscures sociétés créées spécialement pour contracter les crédits - une forme de shadow banking (banque de l’ombre) - et refinancées par les banques officielles. En attendant la réforme fiscale promise, qui doit accroître lés ressources des gouvernements locaux, 1 billion de renminbi (140 milliards d’euros) est en cours de rééchelonnement par émission d’obligations garanties par le gouvernement central ; ce qui permet de se débarrasser de ces sociétés.

Parmi la multiplicité des changements institutionnels nécessaires pour mener à bien la mutation, les dirigeants chinois ont choisi de donner priorité à la réforme financière, pour deux raisons majeures. La première est de casser les résistances à la réforme en soumettant les entreprises d’Etat du secteur commercial à la concurrence et en forçant ainsi les institutions financières à évaluer correctement les risques. La seconde est de promouvoir le yuan au rang de monnaie internationale de réserve, donc pleinement convertible d’ici à 2020. Dans cette perspective, le gouvernement veut saisir l’occasion d’introduire le yuan dans le panier du droit de tirage spécial (DTS) (6) dès la fin de l’année 2015. Il lui faut donc découpler le yuan du dollar et affirmer l’indépendance monétaire de la Chine; d'où la décision du 11 août 2015 de dévaluer de 3% le yuan contre le dollar après avoir élargi à plusieurs reprises les marges de fluctuation quotidienne du taux de change. Contrairement à ce qui a été raconté dans la courte panique qui a saisi la finance internationale, cette décision n’est en aucun cas une politique de dévaluation compétitive : la baisse de 3 % est purement symbolique et n’a évidemment aucun effet notable sur le commerce extérieur, comparée à la dépréciation de 20% de l’euro depuis l’été 2014. Mais elle signale la volonté du Conseil des affaires d’Etat (gouvernement) de découpler le yuan du dollar et donc de poursuivre la libéralisation financière.

A terme, cette décision est compatible avec la réforme du système financier interne. En effet, libéraliser la finance, c’est libéraliser les taux d’intérêt bancaires et créer des instruments financiers de marché (actions, obligations, produits dérivés), en sorte qu’une structure complète de taux d’intérêt par durées d’échéance et par catégories de titres puisse se déterminer de manière endogène, sans intervention directe de l’administration (7). Dans ce cadre, le rôle des autorités publiques n’est plus de fixer directement les taux d’intérêt et de dire aux banques à qui et combien elles doivent prêter. Il est d’établir des règles prudentielles pour inciter les acteurs financiers à se donner les moyens d’évaluer les risques, fournir aux détenteurs d’épargne les moyens d’une diversification de leurs placements et garder des bilans solides pour absorber les chocs.

C’est dans ce contexte politique que se sont produits les changements, avec d’abord l’ouverture des marchés d’actions par la connexion entre les Bourses de Hongkong et de Shanghaï à la mi-2014, puis les mesures de libéralisation du marché des changes.

Que ces innovations institutionnelles créent des perturbations financières n’est pas pour surprendre.

Tous les pays qui ont libéralisé abruptement leurs systèmes financiers ont connu une crise financière plus ou moins intense et étendue : les pays anglo-saxons - dès les années 1970 pour le Royaume-Uni, les années 1980 pour les Etats-Unis et les autres pays -, les Scandinaves, la France et le Japon au tournant des années 1990 et même l’Allemagne en 2002. Ces remous se calment lorsque les gouvernements adaptent leur régulation prudentielle et lorsque la banque centrale ajuste les moyens d’action de sa politique monétaire.

C’est ce que les autorités chinoises cherchent maintenant à faire. Si les prix des actifs financiers trouvent une plage raisonnable de fluctuation au second semestre 2015, le gouvernement pourra aborder dès 2016 le noyau dur de la transition que sont la réforme des entreprises d’Etat, la réforme fiscale, celle des droits des ruraux sur l’usage de leurs terres et celle de l’uniformisation et de l’extension des systèmes de protection sociale.

Michel Aglietta.

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Notes

(1) Ce plan a atteint l’équivalent de 70CLmilliards de dollars, principalement tournés vers la construction immobilière et d’infrastructures à l’initiative des gouvernements locaux, l’Etat n’en prenant en charge que 25 %.
(2) La population active a baissé de 2,44 millions de personnes en 2013 (- 1,6%), pour la deuxième année de suite. Cf. «Chine : la population active enregistre une deuxième année consécutive de baisse»,Xinhua. Pékin, 21 janvier 2014.
(3) La croissance du PIB pour une année est décomposée entre les trois sources de demande : consommation (publique et privée), investissement total (y compris variation des stocks) et exportations nettes (exportations moins importations). Le total des contributions est égal à la croissance du PIB.
(4) Quatre villes relèvent de la première catégorie : Pékin, Shanghaï, Canton et Shenzhen ; trente villes de la deuxième : les capitales provinciales et des villes très importantes (Chongqing, Chengdu, Wuhan, Tianjin, Xiamen). Dans la troisième catégorie entrent des villes de plus de 1 million d’habitants. Leur liste n’est pas arrêtée. Elles seraient de l’ordre de 100 à 150.
(5) Il s’agit de la dette totale (collectivités locales, entités publiques...). Celle du gouvernement central, elle, est modeste (23 % du PIB fin 2013), très inférieure aux réserves de change de la banque centrale et des fonds souverains.
(6) La valeur du DTS est déterminée par un panier de monnaies : dollar, euro, livre sterling, yen.
(7) Lire Yifan Ding, «En Chine, une réforme financière à haut risque » et « Bientôt des yuans dans toutes les poches ? », Le Monde

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La Chine se débarrasse de ses dollars


BEIJING, 7 octobre (Xinhua) — Les réserves en devises étrangères de la Chine ont baissé pour atteindre 3.510 milliards de dollars fin septembre, a annoncé mercredi la banque centrale du pays.

Les réserves en devises ont connu un déclin de 43,26 milliards de dollars en septembre, marquant le quatrième mois consécutif de baisse, a précisé la Banque populaire de Chine.

Cependant, cette baisse est moins considérable par rapport au mois d’août, où un record de 93,9 milliards de dollars a été enregistré.

Les réserves en or du pays sont passées de 61,795 milliards de dollars fin août à 61,189 milliards de dollars fin septembre.

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   Posté le 28-11-2015 à 21:20:03   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La Chine pénalise les coupables de délits boursiers


xinhua
2015-11-27 23:01:25

La Commission de contrôle boursier de Chine a annoncé vendredi qu'elle avait puni des particuliers et des entreprises impliqués dans sept cas de violations des marchés boursiers.

La commission a décidé d'imposer des amendes pour un total de 43,28 millions de yuans (6,77 millions de dollars) à trois individus, quatre sociétés et quatre représentants légaux de sociétés concernant ces sept affaires, pour lesquelles la réduction illégale de la participation, la négociation illégale à court terme et la divulgation d'informations ont été avérées, a annoncé Zhang Xiaojun, porte-parole de l'organe de contrôle.
Jusqu'à présent, la commission a imposé des sanctions pour 33 cas de ce genre.
La commission continuera de lutter contre les violations des marchés boursiers afin de protéger les intérêts des investisseurs, a-t-il indiqué.

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   Posté le 08-02-2017 à 22:06:55   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Certains sites économiques font leurs choux gras des catastrophes qui guettent la Chine. Par exemple un déficit qui grandirait démesurément.

Chine : la croissance du déficit du commerce des services ralentit en 2016


Publié le 2017-02-08

BEIJING, 8 février (Xinhua) -- Le déficit chinois du commerce des services a augmenté plus lentement en 2016, alors que plus de Chinois ont voyagé à l'étranger.

Fin 2016, le déficit chinois du commerce des services s'est établi à 242 milliards de dollars, en hausse de 33% en glissement annuel et conduit principalement par les dépenses des touristes à l'étranger, selon l'Administration d'Etat des devises étrangères.

L'excédent chinois du commerce des marchandises a chuté de 14% en 2016 pour atteindre 485 milliards de dollars. Cet excédent reste beaucoup plus élevé que celui en 2014 et avant, illustrant la compétitivité dans le commerce extérieur, a fait remarquer l'Administration.

Le compte courant de la Chine a continué d'afficher un excédent, s'élevant à 210 milliards de dollars.

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