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 50 ans après la révolution culturelle

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Xuan
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   Posté le 26-05-2016 à 23:13:50   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Je mets en ligne ci-dessous une étude réalisée sur la révolution culturelle, et la position du PCC sur le sujet et sur Mao Tsétoung.

A l’occasion du 50e anniversaire de la révolution culturelle, les médias bourgeois n’ont pas manqué de rappeler les exactions commises par les gardes rouges, en s’inquiétant d’une nostalgie persistante en Chine, et en invitant le PCC à lâcher pour de bon le maoïsme.
Il s'agit ici d'une rétrospective sur des idées que les marxistes-léninistes ont défendues avec enthousiasme, mais remises en cause pour certaines par les communistes chinois eux-mêmes.
Cette autocritique leur appartient d’abord. Par ailleurs la société chinoise n’est pas non plus une foule de clones, ni figée dans l’histoire.

Cette expérience est précieuse, une des clés ouvrant les portes de notre propre futur. Sous d’autres formes les mêmes questions se poseront à nous :
Qu’est-ce que la dictature du prolétariat dans un pays comme le notre ? Quel rapport devrons-nous créer entre l’économie publique ou collective et celle demeurée temporairement privée ? Que devient la lutte des classes après la révolution ? Comment le capitalisme peut-il être restauré ?
Evidemment il faut se garder de décalquer une société sur une autre, cette tentation nous a causé suffisamment de tort.
Ce sont les contradictions de même nature et leurs solutions qui peuvent être comparées, et chaque pays illustre à sa façon des problèmes communs.



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Sur les cinquante ans de la révolution culturelle


La bourgeoisie veut des excuses

A l’occasion du 50e anniversaire de la Révolution Culturelle, les médias ont publié en chœur le même communiqué de l’AFP, illustrant par là leur grande diversité d’opinion.
Chine : les banquets cannibales oubliés de la révolution culturelle titrait Good planet info.
Même son de cloche sur le Point La Révolution culturelle chinoise et ses "banquets" cannibales oubliés.
On en trouvera un pot-pourri ici.

« Des officiels du régime auraient pratiqué le cannibalisme durant la décennie de répression. Le Parti communiste continue de cacher ces événements sordides.
SOURCE AFP »

Sous un portrait de Mao Tsé-toung, destiné à lui faire porter le chapeau pour les crimes les plus abominables qu’il n’avait ni commis ni encouragés, la source AFP cite un témoignage sur des exactions exercées à l’encontre de 38 personnes dans le district de Wuxuan (400 000 habitants) par un responsable local.
L’article poursuit façon Stéphane Courtois : « La rumeur des carnages au Guangxi –150.000 morts, selon certains recoupements» … dont on ne saura rien de plus.
La dépêche conclut en citant un émigré chinois Zheng Yi : « Comme le gouvernement n’a jamais permis un examen historique en profondeur de la période, il est impossible de dire si des leçons en ont été tirées » . En d’autres termes ceci n’a pas été condamné et pourrait donc se reproduire.
Dans un style plus mesuré France Inter affirme que « 50 ans après le sujet reste tabou »… « Le mythe du père fondateur de la république populaire ne sera jamais écorné, car critiquer la révolution culturelle revient à critiquer Mao. Ce travail de vérité manque toujours à la Chine. »
On en trouvera bien d’autres de la même eau, mais une telle unanimité, qui ferait pièce à un défilé de l’armée chinoise place Tien An men, n’est pas fortuite.

Les uns et les autres savent pourtant que Mao Tsé-toung a lui-même mis fin à la révolution culturelle, et que le PCC en a tiré un bilan négatif dans une résolution adoptée en juin 1981, « Résolution sur quelques questions de l'histoire de notre parti depuis la fondation de la République populaire», disant que la Révolution culturelle fut une «catastrophe pour le Parti, l’Etat et le peuple tout entier». «De nombreuses choses dénoncées comme étant révisionnistes ou capitalistes […] étaient en fait des principes marxistes ou socialistes, dont certains avaient été présentés ou soutenus par le camarade Mao Zedong lui-même».
Par ailleurs le site chinois Global Times n’a pas ignoré cet anniversaire, relatant aussi bien l’expression des partisans de la révolution culturelle que le point de vue officiel, car un point de vue majoritaire n’interdit pas le débat en Chine.

Quel est donc ce « travail de vérité » qu’exigent les médias bourgeois des communistes chinois ?
On pense inévitablement au « travail de vérité » de Khrouchtchev abjurant Staline dans son « rapport secret », ou bien à la perestroïka de Gorbatchev, lui même dégagé par Elstine, aboutissant à la restauration avérée du capitalisme en URSS.
Ou bien faut-il croire que la classe dirigeante associe les excès de la révolution culturelle à certaines chemises déchirées et s’angoisse pour son propre avenir : plus jamais ça !

Et l’Humanité conclut sur le même anniversaire: Documents secrets « Pour bien comprendre le phénomène, il faudrait un important travail collectif s'appuyant sur les documents, y compris les documents secrets du Parti, et sur de vastes enquêtes d'histoire orale » , avance pour sa part le sinologue Michel Bonin (auteur d’ouvrage, Une génération perdue). « Mais ce travail est impossible à réaliser tant que les autorités s'y opposent, tentant de préserver une image positive de Mao. »
Encouragé de la sorte un certain ‘quisquam’ ( ‘n’importe qui’ en latin, ça sent pas le blaireau…) commente l’article :
« À l’époque en France il y avait des communistes prochinois, admirateurs de la révolution culturelle. Que sont-ils devenus ? Leur esprit d’aujourd’hui porte-t-il des 'blessures internes invisibles et irréparables', ou au contraire s’est-il lui-même blanchi pour retrouver une virginité oublieuse, qui leur aura fait dire : ‘nous ne savions pas’ ? »
Que ce n’importe qui se rassure, les marxistes-léninistes –qui ne savaient effectivement pas les excès commis par les gardes rouges – ne vont pas pour autant se couvrir la tête de cendres ni se flageller comme Robert Hue pour rassurer ces gens-là. Mais l’histoire instruit.

Dans le Monde du 17 mai le fameux expert Bonnin écrit « La Révolution culturelle, un spectre qui hante la Chine ». Il conclut :
« Réhabilitation sournoise
… C’est ainsi qu’a été organisé le 2 mai dans les locaux de l’Assemblée Nationale Populaire, lieu éminemment officiel sur la place Tiananmen, une soirée de chants et danses à la gloire de la Révolution Culturelle et de Mao, comprenant par ailleurs des slogans antiaméricains de l’époque et des flatteries à l’égard du grand dirigeant d’aujourd’hui, Xi Jinping. …
Cette affaire a montré que si Xi est prêt à réhabiliter partiellement l’héritage maoïste, il n’est pas (ou pas encore) prêt à s’opposer ouvertement à la critique de la Révolution culturelle émise sous le patronage de Deng Xiaoping.
… une autre fraction continue à propager agressivement le mythe de la Révolution culturelle comme si la « Résolution » de 1981 n’existait pas. Le pouvoir tolère, voire encourage l’existence de groupes adeptes d’une sorte de national-maoïsme qui continuent à diffuser, sur Internet mais aussi dans des soirées culturelles voire dans la rue, la propagande de la Révolution culturelle et le culte de Mao Tsé-toung… »


Les inquiétudes de Bonnin auraient-elles quelque fondement ?

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Xuan
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   Posté le 26-05-2016 à 23:25:13   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne



Pékin, 1er octobre 1966. Dix-septième anniversaire de la proclamation de la République populaire de Chine. Un à deux millions de gardes rouges défilent devant la tribune dressée sur la place Tiananmen.


et devant le palais impérial


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Quelques éléments de chronologie

Le 10 novembre 1965 un article de Yao Wen yuan dans un journal de Shanghaï critiquait la pièce « la destitution de Hai Jouei », préfacée par le vice-maire de Pékin Wou Han, désigné comme droitier et dénoncé peu après comme le défenseur d’une ligne noire ouvertement anti parti .
La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne fut lancée le 18 avril 1966 dans l’éditorial du Jiefangjun Bao, Quotidien de l'Armée de libération :
« La grande révolution culturelle socialiste prend un nouvel essor et devient un mouvement de masse. Ce grand courant révolutionnaire balaiera les déchets de toutes les vieilles idées bourgeoises sur l'art et la littérature socialistes prolétariens. Dans cette excellente situation révolutionnaire, nous devons être fiers d'être radicalement révolutionnaires. Notre révolution socialiste est une révolution qui éliminera une fois pour toutes les classes exploiteuses et tous les systèmes d'exploitation, qui extirpera toutes les idées des classes exploiteuses, véritable poison pour les masses populaires. Nous devons avoir la confiance et le courage d'entreprendre ce qui n'a jamais été tenté auparavant. Nous devons lever encore plus haut le grand drapeau rouge de la pensée de Mao Zedong, et, sous la direction du Comité central du Parti, du président Mao et de la Commission militaire du Comité central du Parti, participer activement à la révolution culturelle socialiste, la mener inflexiblement jusqu'au bout, nous efforcer de créer une nouvelle littérature et un nouvel art socialistes, dignes de notre grand pays, de notre grand Parti, de notre grand peuple et de notre grande armée. »

Dans sa directive du 7 mai 1966, le président Mao critique les conceptions erronées visant à interrompre et désorganiser la production sous prétexte de mener à bien la lutte politique. Il affirme : "Les ouvriers se consacreront principalement à la production industrielle, tout en s'instruisant dans tous les domaines militaire, politique et culturel. Ils doivent également participer au mouvement d'éducation socialiste et critiquer la bourgeoisie..."


faire la révolution et promouvoir la production

Le 16 mai fut publiée une Circulaire du Comité Central du Parti Communiste Chinois signée par Lin Piao mais rédigée sous la direction de Mao Tsé-toung, appelant à la lutte de classe contre la bourgeoisie au sein même du parti communiste : « critiquer les représentants de la bourgeoisie infiltrés dans le parti, le gouvernement, l’armée et les milieux culturels ».
Le 25 mai à l’université de Pékin une affiche appelle « les masses » à se dresser contre les autorités pour « défendre la pensée de Mao Tsé-toung » contre « les tenants de la voie capitaliste » .
Le 29 mai 1966, la première organisation de gardes rouges voit le jour au sein de l’université Tsinghua, créée en 1911 lors de la Révolution Xinhai dirigée par Sun Yatsen.

Le 13 juin les cours sont suspendus pour 117 millions d’étudiants. Des millions de lycéens et d’étudiants d’origine prolétarienne sont organisés en gardes rouges.


«Etre dans le peuple comme un poisson dans l’eau »
Le soutien de Mao Tsé-toung, traversant le Yangtsé avec les gardes rouges, le 17 juillet 1966, son appel du 5 août « feu sur le quartier général (mon dazibao)» donnèrent aux premières manifestations une ampleur inégalée.

Le 8 août la Décision du Comité Central sur la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne intitulée "Faire la révolution et promouvoir la production " résume ses objectifs en 16 points. On y lit notamment «Dans la Grande Révolution Culturelle prolétarienne, les masses ne peuvent se libérer que par elles-mêmes, et on ne peut en aucune façon agir à leur place » .


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La Commune de Shanghaï

Suite au conflit entre le « Quartier général révolutionnaire des travailleurs » et le comité de parti de Shanghaï, Mao Tsé-toung proclame que dans tous les établissements commerciaux, industriels et gouvernementaux, les travailleurs ont le droit légitime de créer des organisations de masse.
Le 9 janvier 1967 se déroule la Commune de Shanghaï, où des gardes rouges et des rebelles ouvriers prennent le pouvoir, occupent les bâtiments administratifs et moyens de communication. Wang Hongwen, cadre du textile, à la tête de son groupe rebelle prend le contrôle des grands journaux de Shanghaï.


La Commune de Shanghaï
[source]

La Commune de Shanghaï, se réclame de la Commune de Paris et se constitue en organisme de pouvoir séparé du parti communiste. Le port est paralysé, les groupes de travailleurs se divisent en factions rivales : "rebelles révolutionnaires" anarchistes opposés aux "révolutionnaires prolétariens" voulant préserver la direction du Parti. L’égalitarisme absolu est revendiqué, 38 factions s’y opposent, pratiquant sectarisme et violences physiques, et l’existence même du parti est mise en cause. Mao Tsé-toung rejette cette orientation.
Le 23 janvier une directive commune du parti, de l’Etat et de l’armée ordonne à l’APL d’y mettre fin, d’assurer la production industrielle, les transports et les semailles.

Un livre paru en 2014 « la Commune de Shanghaï » par Hongsheng Jiang, préfacé par A. Badiou, tente de la réhabiliter.
Dans la Commune de Paris à Shanghaï, Hongsheng Jiang affirme que la Commune de Shanghaï ne niait ni le Parti ni l’Etat :
“Disagreeing with some critics’ arguments that the Shanghai Commune was a negation of the party-state, I argue that it neither negated the party nor the state. Instead, the Shanghai Commune embodied the seeds of a novel state structure that empowers the masses by relegating some of the state power to mass representatives and mass organs.” source


L’autorité centrale est concentrée dans le groupe du Comité Central pour la Révolution culturelle, le conseil des affaires d’Etat dirigé par Chou En-laï, et la commission militaire avec Lin Piao. La « triple Union » rassemble les organisations de masse révolutionnaires, les cadres du parti et les militaires. Le premier comité révolutionnaire de triple union est formé le 13 février dans la province de Koueïtcheou.


On pourra lire également la présentation faite par l’OCML VP « il y a 50 ans : la Révolution Culturelle, une révolution dans la révolution », dont je ne partage pas la conclusion ni le titre, mais qui en relate l’historique avec d’autres indications précises.


Edité le 25-01-2017 à 13:18:36 par Xuan




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   Posté le 27-05-2016 à 00:08:10   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La poursuite de la lutte de classe sous le socialisme


Comme tous les mouvements qui ébranlent de larges masses, la révolution culturelle eut un aspect spontané et imprévisible, mais elle fut aussi le prolongement et l’aboutissement d’une longue période de lutte idéologique en Chine, ainsi que dans le mouvement communiste international.
Bien que l’aspect culturel fût mis en avant parce que la lutte avait pris corps autour de certaines œuvres littéraires et artistiques, le fond était la lutte des classes dans un pays socialiste.

On trouve dans l’éditorial du 18 avril 1966 des références à des positions bien plus anciennes.
Il commence ainsi : « Le président Mao Tsé-toung nous enseigne que les classes et la lutte de classes continuent d'exister dans la société socialiste » .
Dès 1952, Mao Tsé-toung écrivait dans une annotation « Après le renversement de la classe des propriétaires fonciers et de la bourgeoisie bureaucratique, la contradiction entre la classe ouvrière et la bourgeoisie nationale est devenue la contradiction principale en Chine ; il ne faut donc plus qualifier la bourgeoisie nationale de classe intermédiaire. » [6 juin 1952 - La contradiction entre la classe ouvrière et la bourgeoisie est la contradiction principale en chine – Œuvres Choisies Tome V]

De même cette phrase de l’éditorial : «Dans ce domaine, la question de savoir qui l'emportera, du socialisme ou du capitalisme, n'est pas encore réglée. La lutte est inéluctable.
Si nous ne savons pas la mener correctement, le révisionnisme pourra faire son apparition. »
reprend la formule de Staline « La situation est telle que nous vivons selon la formule de Lénine : «Qui l'emportera?» Ou bien nous ferons toucher les épaules à terre aux capitalistes et leur livrerons, comme disait Lénine, le dernier combat décisif, ou bien ce sont eux qui nous feront toucher les épaules à terre. » [J. Staline – les questions du léninisme – de la déviation de droite dans le PC(b) de l’URSS - 1931]

La lutte contre la restauration du capitalisme prit un tour particulièrement aigu lors de la contre-révolution de 1956 en Hongrie, qui eut des répercussions jusqu’en Chine, et sur quoi Mao Tsé-toung écrivit « de la juste solution des contradictions au sein du peuple » le 27 février 1957.
Ce texte fondamental de la pensée maotsétoung fut suivi de l’« Intervention à la conférence nationale du Parti Communiste Chinois sur le travail de propagande » (12 mars 1957) [Tome V des Œuvres Choisies].
Le 9 juillet « Repoussons les attaques des droitiers bourgeois » [id.].
Et « La méthode dialectique pour assurer l’unité du parti » le 18 novembre [id.] à la Conférence des représentants des partis communistes et ouvrier à Moscou.
On retrouvera ces trois derniers documents numérisés ici.

Tous ces textes contiennent les prémices de thèmes importants de la révolution culturelle, comme le mouvement des établis à la campagne ou l’utilisation des dazibaos.

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Dirigée aussi contre le révisionnisme khrouchtchévien


La révolution culturelle portait essentiellement sur des questions internes, mais elle se déroulait sur l’arrière fond de la polémique sino-soviétique qui l’avait précédée.

Sur la question de Staline


affiche chinoise de 1950

Celle-ci commença sur un ton fraternel et respectueux lorsque Khrouchtchev prit le pouvoir, déboulonna la mémoire de Staline dans son « rapport secret » au XXe congrès du PCUS, et l’accusa de « culte de la personnalité ».
Le 5 avril 1956, le CC du PCC prenait position sur le bilan de l’œuvre de Staline dans l’article « à propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat », en admettant les erreurs de Staline mais en insistant sur les aspects positifs.
Mais en décembre 1957, le Renmin Ribao remit le couvert sur la question de Staline avec l’article « encore une fois à propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat ».
Cette fois le PCC distingue « réparation des erreurs commises par Staline » et « déstalinisation » :

« Profitant de l’occasion pour essayer d’estomper ce qu’il y avait de juste dans l’activité de Staline, d’estomper les immenses réalisations qui furent obtenues par l’Union Soviétique et le camp socialiste tout entier, semer la confusion et provoquer la scission dans les rangs communistes, elles [la bourgeoisie et l’aile droite de la social-démocratie occidentale] s’obstinent à appeler la réparation des erreurs commises par Staline « déstalinisation » et à la présenter comme une lutte entre des soi-disant « antistaliniens » et « staliniens ». Leur malveillance est ici évidente.
Malheureusement, certains communistes se répandent également en propos de ce genre. Nous estimons que de pareils propos, tenus par des communistes, sont des plus pernicieux.
Chacun sait, que la vie de Staline, malgré certaines graves erreurs qu’il a commises dans la dernière période, est la vie d’un grand révolutionnaire marxiste-léniniste.
Dans sa jeunesse, il a lutté contre le tsarisme, et s’est fait le propagateur du marxisme-léninisme ; entré dans l’organisme central dirigeant du Parti, il a lutté pour préparer la Révolution de 1917 ; après la Révolution d’Octobre, il a lutté pour en défendre les fruits ; après la mort de Lénine, pendant près de trente ans, il a lutté pour l’édification du socialisme, pour la défense de la patrie socialiste, pour le développement du mouvement communiste mondial. En somme, il a toujours été à l’avant-garde du courant de l’histoire et a dirigé la lutte, il a été l’ennemi intransigeant de l’impérialisme.
La tragédie de Staline, ce fut d’avoir cru, alors même qu’il commettait des erreurs, que ses actes étaient nécessaires pour défendre les intérêts des travailleurs contre les attaques de l’ennemi. Quoi qu’il en soit, bien que les erreurs de Staline aient causé à l’Union Soviétique un préjudice qui aurait dû être évité, l’Union Soviétique socialiste a connu, pendant la période où il en assumait la direction, un puissant essor. Cela est irréfutable et témoigne non seulement de la force du système socialiste, mais aussi du fait que Staline était malgré tout un communiste inébranlable.
Aussi devons-nous, quand nous faisons le point de l’idéologie et de l’activité de Staline dans son ensemble, en voir à la fois les côtés positifs et négatif, les mérites et les erreurs. A considérer la question sous tous ses aspects, si l’on veut absolument parler de « stalinisme », on ne peut que dire ceci : « stalinisme », c’est avant tout le communisme, le marxisme-léninisme. Tel est son aspect fondamental.
A part cela, il renferme certaines erreurs extrêmement graves qui sont contraires au marxisme-léninisme et doivent être radicalement corrigées. S’il est nécessaire, dans certains cas, de souligner ces erreurs pour les corriger, il est également nécessaire, si l’on veut porter une appréciation juste et ne pas permettre une interprétation erronée, de remettre ces erreurs à leur vraie place. Nous estimons que si l’on met en parallèle les erreurs de Staline et ce qu’il a réalisé, les erreurs n’occuperont que la seconde place. »

Malgré certains désaccords avec Staline, le PCC jugeait son œuvre « positive à 70 % ».

Deux orientations économiques
Sur le terrain économique la voie suivie par la Chine à cause de sa nature fondamentalement agricole s’écartait du modèle soviétique. On lira : le modèle chinois d’industrialisation par Edouard Poulain publié en 1976.

Sur la coexistence pacifique
D’autres désaccords apparurent sur la question de la coexistence pacifique avec les USA. « Quand nous disons que l'impérialisme américain est un tigre en papier, nous en parlons sur le plan stratégique. Nous devons le mépriser du point de vue de l'ensemble, mais en tenir pleinement compte dans chaque situation concrète. Il a des griffes et des dents » . [Entretien du camarade Mao Tsétoung avec deux personnalités latino-américaines. - 14 juillet 1956]

L'alliance de la Chine et du Tiers Monde scellée à Bandung - 1955

Le PCC distinguait les guerres injustes impérialistes et les guerres justes comme les guerres civiles révolutionnaires et de libération nationale. Il reprochait au PCUS d’agiter la menace qu’une étincelle puisse allumer une guerre nucléaire mondiale et détruire l’humanité.
Ainsi il s'est opposé à toute négociation au Vietnam, déclarant que la guerre ne pouvait prendre fin que par la victoire totale du peuple vietnamien en lutte contre l'agression américaine.



En écho, le slogan « FNL vaincra ! » des marxistes-léninistes s’opposait à celui du PCF « Paix au Vietnam » .



« La bombe atomique est un tigre en papier dont les réactionnaires américains se servent pour effrayer les gens. Elle a l'air terrible, mais en fait, elle ne l'est pas. Bien sûr, la bombe atomique est une arme qui peut faire d'immenses massacres, mais c'est le peuple qui décide de l'issue d'une guerre, et non une ou deux armes nouvelles. Tous les réactionnaires sont des tigres en papier. En apparence, ils sont terribles, mais en réalité, ils ne sont pas si puissants. A envisager les choses du point de vue de l'avenir, c'est le peuple qui est vraiment puissant, et non les réactionnaires.» [Rédaction du Renmin Ribao, 27 octobre 1958]
Les rapports devinrent de plus en plus tendus et antagoniques.


Khrouchtchev et Mao, en 1959, avant le début officiel de la controverse sino-soviétique

Conséquence de la coexistence pacifique telle que la définissait Khrouchtchev, opposée à celle du PCC et de Mao Tsé-toung jugeant la guerre inévitable, le 20 juin 1959 l’URSS dénonça l’accord secret du 15 octobre 1957 et cessa de fournir les éléments nécessaires à la fabrication de la bombe atomique.

Sur la théorie marxiste-léniniste
En décembre 59 au VIIe congrès du PC hongrois et en février 1960, devant la commission du pacte de Varsovie, Khrouchtchev attaqua violemment la politique chinoise.
Le PCC répondit dans l’article théorique « vive le léninisme » paru en trois parties dans Le Drapeau Rouge :
Pour le 90e anniversaire du grand Lénine le 16 avril 1960 Hongqi, N° 8
En avant sur la voie du grand Lénine le 22 avril Renmin Ribao
Unissons-nous sous le drapeau révolutionnaire de Lénine Rapport présenté par Lou Ting-yi, le 22 avril 1960
Au mois d’août l’URSS rappela les techniciens qui travaillaient en Chine. Le conflit sino-soviétique prit à partir de 1963 la forme de polémique ouverte.

La lettre en 25 points
Le 14 juin 1963 le CC du Parti communiste chinois publie une réponse à la lettre des Soviétiques du 30 mars 1963. Elle s'intitule Propositions concernant la ligne générale du mouvement communiste international.
Cette lettre, connue historiquement sous le titre « Lettre en 25 points », officialise la rupture sino-soviétique et sera en quelque sorte le passage obligé des premières adhésions marxistes-léninistes.

Le 13 septembre le Renmin Ribao revint « sur la question de Staline », concluant :
« Khrouchtchev a pu profiter de sa position privilégiée pour faire retirer du Mausolée de Lénine la dépouille mortelle de Staline, mais s’il veut profiter de cette même position privilégiée pour effacer la grande figure de Staline dans le cœur du peuple soviétique et des peuples du monde entier, il n’y parviendra jamais.
Khrouchtchev peut profiter de sa position privilégiée pour apporter telle ou telle altération au marxisme-léninisme, mais, jamais il ne parviendra à son but s’il veut profiter de cette position privilégiée pour abattre le marxisme-léninisme que Staline et les marxistes-léninistes du monde entier ont défendu.
Nous voudrions donner sincèrement ce conseil au camarade Khrouchtchev : nous espérons que vous reviendrez de vos égarements, et que, quittant une voie totalement erronée, vous reprendrez le chemin du marxisme-léninisme.
Vive la grande doctrine révolutionnaire de Marx, Engels, Lénine et Staline ! »


Le 26 septembre 1963, reprenant des critiques formulées auparavant par Staline, la Chine prit aussi la tête de la campagne contre Tito après que la Ligue des Communistes de Yougoslavie ait adopté son nouveau programme d’avril 1958 (« la Yougoslavie est-elle un pays socialiste ? »).

Le 14 février 1964 Souslov présenta un long rapport condamnant la politique de la Chine. La chute de Khrouchtchev le 15 octobre ne mit pas fin au conflit qui prit un tour parfois militaire.
Le lendemain la République Populaire de Chine fit exploser sa première bombe atomique.

Sur la poursuite de la dictature du prolétariat
Enfin le 14 juillet 1964, le Renmin Ribao et le Hongqi publient « le pseudo-communisme de Khrouchtchev et les leçons historiques qu’il donne au monde ».
On y lit :
« Au XXIIe Congrès du P.C.U.S., la clique révisionniste de Khrouchtchev a érigé son révisionnisme en un système complet en parachevant ses théories antirévolutionnaires de "coexistence pacifique", de "compétition pacifique" et de "passage pacifique", en proclamant que la dictature du prolétariat n'est plus nécessaire en Union soviétique et en formulant l'absurde théorie de l'"Etat du peuple tout entier" et du "parti du peuple tout entier'' .

L’article cite de nombreux cas de corruption et dénonce une « couche privilégiée » :
« Ces faits suffisent à montrer clairement que les activités effrénées de la bourgeoisie hostile au prolétariat se multiplient en Union soviétique, dans les villes et les campagnes, dans l'industrie et l'agriculture, dans le secteur de la production et celui de la distribution, dans les branches économiques et les organismes du Parti et de l'Etat, des échelons de base jusqu'aux organismes supérieurs de direction. Ces activités antisocialistes ne sont pas autre chose que l'âpre lutte de classe que la bourgeoisie mène contre le prolétariat. »

Ce texte comportait aussi des appréciations critiques sur Staline à propos de la lutte des classes sous le socialisme. On verra que ce sujet, tournant autour du rôle des résidus des anciennes classes dominantes, de l’attitude qu’elles adoptent envers le socialisme et qu’il faut adopter envers elles, fut au centre de la révolution culturelle et de sa critique ultérieure :
« Du fait que l'Union soviétique était le premier pays, et à l'époque le seul, à édifier le socialisme et qu'elle ne disposait d'aucune expérience étrangère à laquelle se référer, du fait également que Staline s'était éloigné de la dialectique du marxisme-léninisme par son interprétation des lois de la lutte de classe dans la société socialiste, il proclama prématurément, après la réalisation essentielle de la collectivisation de l'agriculture, qu'en Union soviétique, "il n'existe plus de classes antagonistes" ("Sur le projet de Constitution de l'U.R.S.S." in Les Questions du léninisme) et qu'"elle [la société soviétique] est affranchie des collisions de classes" ('Rapport au XVIIIe Congrès du P.C. (b) de l'U.R.S.S.", Les Questions du léninisme). Mettant l'accent uniquement sur l'unité de la société socialiste, il négligeait les contradictions au sein de celle-ci, il ne s'appuyait pas sur la classe ouvrière et les larges masses dans la lutte contre les forces capitalistes et considérait que la possibilité de restauration du capitalisme provenait uniquement de l'attaque armée de l'impérialisme international. Cela est faux, tant en théorie qu'en pratique. Cependant, Staline n'en demeure pas moins un grand marxiste-léniniste » .
On constate ici que ce texte daté de 1939 va en opposition avec l’extrait cité plus haut « de la déviation de droite dans le PC(b) de l’URSS » paru huit ans auparavant. Entretemps avait eu lieu la « liquidation des débris boukhariniens et trotskistes » et l’élection des députés au suffrage universel.

L’article stigmatisait enfin « le pseudo communisme de Khrouchtchev
Au XXIIe Congrès du P.C.U.S., Khrouchtchev a proclamé l'entrée de l'Union soviétique dans la phase de l'édification en grand de la société communiste. Et d'ajouter: "... nous construirons la société communiste pour l'essentiel en 20 ans" (Rapport sur le programme présenté par Khrouchtchev au XXIIe Congrès du P.C »

Et revenait longuement sur la notion de dictature du prolétariat.

On trouvera une liste plus exhaustive de ces textes par exemple sur le site du « centre marxiste-léninistes-maoïste de Belgique »


Edité le 27-05-2016 à 15:08:43 par Xuan




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   Posté le 27-05-2016 à 00:31:18   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La révolution culturelle souleva un immense espoir

Les affiches colorées des peintres paysans prenant pour sujet les travaux des champs et le peuple travailleur, les dazibaos où chacun pouvait exprimer ses doléances publiquement, le mot d’ordre « faire la révolution et promouvoir la production », le petit livre rouge où la formule « servir le peuple » était le credo des communistes, les témoignages d’Han Suyin, tout ceci nous indiquait qu’il s’agissait d’un mouvement de masse inédit, une sorte d’auto éducation du peuple au socialisme.

Elle fit aussi tache d’huile.
Le 11 mai 1968, dans un tract intitulé « Travailleurs et étudiants unissez-vous
contre le pouvoir des monopoles et contre le fascisme ! Vive la juste lutte des étudiants ! »
, le PCMLF reprit « l’appel de Mao Tsé-toung "Le monde est autant le vôtre que le nôtre, mais an fond, c'est à vous qu'il appartient. Vous les jeunes, vous êtes dynamiques, en plein épanouissement, comme le soleil à 8 ou 9 heures du matin; C'est en vous que réside l'espoir." [Mao-Tsé-Toung, Entretien avec les étudiants et stagiaires chinois à Moscou, 17 novembre 1957, cité par Raymond Casas, « Un virage à 180 degrés », L’Humanité nouvelle , 16 au 23 mai 1968.]
Les pompiers apprennent que le triangle du feu comporte le combustible, le comburant et l’énergie.
Si les conditions de vie aggravées des masses populaires, justifiant la revendication d’un salaire à 1000 F, et qui avaient déclenché en 1967 de dures grèves annonciatrices, constituaient le combustible.
Si l’étincelle apportant son énergie se trouva dans la guerre du Vietnam et les provocations d’étudiants fascistes pros US à la Sorbonne.
La révolution culturelle fut sans aucun doute un des éléments constitutifs du comburant, des idées révolutionnaires traversant les esprits et les débats des assemblées de mai 68.
Avec elle la certitude que la Chine resterait rouge parce que les masses défendaient le socialisme contre toute tentative de restauration du capitalisme. La conviction aussi que les grands mouvements de masse sont invincibles. C’est ainsi que je l’ai vécu.
Je me souviens l’avoir affirmé après la mort de Mao Tsé-toung à un camarade tuyauteur qui m’interrogeait sur l’avenir de la Chine socialiste.
Il faut dire que l’ambiance était portée au fer rouge dans cet atelier de chaudronnerie : il fut licencié pour avoir saisi le chef de service par le col du veston, soulevé et assis sur son marbre. Les ouvriers revenaient alors de la cantine, et assistèrent à l’humiliation de ce cadre, qui fut par ailleurs responsable d’un très grave accident en cherchant à accroitre la productivité à tout prix.
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Le petit livre rouge – servir le peuple

Le maréchal Lin Piao collecta dans le petit livre rouge les citations les plus significatives de Mao Tsé-toung regroupées par thème.
L’image de millions d’hommes, de femmes de tous âges brandissant ce petit livre fit le tour du monde sans l’aide d’internet ni des réseaux sociaux. L’intelligentsia occidentale en fit le symbole d’un décervelage de masse, sans toutefois en révéler le contenu.


Il comprend 33 chapitres, qu’on ne peut résumer ici mais seulement en citer quelques extraits.
Dans le plus célèbre, XVII - servir le peuple, on lit :
« Servir le peuple de tout cœur, sans nous couper un seul instant des masses; partir, en tout, des intérêts du peuple et non des intérêts de l'individu ou d'un petit groupe; identifier notre responsabilité devant le peuple avec notre responsabilité devant les organes dirigeants du Parti — voilà ce qui doit inspirer nos actes » . [Du gouvernement de coalition» (24 avril 1945), Œuvres choisies de Mao Tsétoung, tome III.]
Dans le chapitre XI – la ligne de masse
« Les masses sont les véritables héros, alors que nous-mêmes, nous sommes souvent d'une naïveté ridicule. Faute de comprendre cela, il nous sera impossible d’acquérir les connaissances même les plus élémentaires. » Préface et postface aux Enquêtes à la campagne» (Mars et avril 1941), Œuvres choisies de Mao Tsétoung, tome III.
Chapitre XXV - l'unité
« Ce procédé démocratique destiné à résoudre les contradictions au sein du peuple, nous l'avons résumé en 1942 dans la formule: «Unité — critique — unité». Plus explicitement, c'est partir du désir d'unité et arriver, en résolvant les contradictions par la critique ou la lutte, à une nouvelle unité reposant sur une base nouvelle. Nous avons pu constater d'après notre expérience que c'est là une méthode correcte pour résoudre les contradictions au sein du peuple » . «De la juste solution des contradictions au sein du peuple» (27 février 1957).
Chapitre XXVII - la critique et l'autocritique
« Le Parti communiste ne craint pas la critique, car nous sommes des marxistes, la vérité est de notre côté, et les masses fondamentales — les ouvriers et les paysans — sont de notre côté » . «Intervention à la Conférence nationale du Parti communiste chinois sur le Travail de Propagande» (12 mars 1957).
« L'opposition et la lutte entre conceptions différentes apparaissent constamment au sein du Parti; c'est le reflet, dans le Parti, des contradictions de classes et des contradictions entre le nouveau et l'ancien existant dans la société. S'il n'y avait pas dans le Parti de contradictions, et de luttes idéologiques pour les résoudre, la vie du Parti prendrait fin » . «De la contradiction» (Août 1937), Œuvres choisies de Mao Tsétoung, tome I
Chapitre XXVIII - les communistes
« Jamais et nulle part, un communiste ne placera au premier plan ses intérêts personnels, il les subordonnera aux intérêts de la nation et des masses populaires. C'est pourquoi l'égoïsme, le relâchement dans le travail, la corruption, l'ostentation, etc. méritent le plus grand mépris, alors que le désintéressement, l'ardeur au travail, le dévouement à l'intérêt public, l'effort assidu et acharné commandent le respect » . «Le Rôle du Parti communiste chinois dans la guerre nationale» (Octobre 1938), Œuvres choisies de Mao Tsétoung, tome II.
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Les dazibaos

Le journal mural, le dazibao, utilisé alors comme moyen d’expression des masses était la forme même de la démocratie directe. On dit que Chou En-laï prenait sur son temps de sommeil pour les lire un par un.
Mao Tsé-toung en avait déjà encouragé l’utilisation dans « Repoussons les attaques des droitiers bourgeois »* « Le dazibao est une bonne chose, et je pense qu'il faut le faire passer à la postérité. Les Entretiens de Confucius, les Cinq Canons, les Treize Livres canoniques et les Vingt-quatre Histoires dynastiques sont bien parvenus jusqu’à nous, pourquoi le dazibao ne se transmettrait-il pas? Je pense qu'il faut absolument le perpétuer. Quand, par exemple, on déclenchera un mouvement de rectification dans une usine, faudra-t-il utiliser les dazibao ? A mon avis, ce sera une bonne chose de les employer ; plus il y en aura, mieux cela vaudra .
[…]
Le prolétariat peut se servir du dazibao, la bourgeoisie aussi. Nous sommes convaincus que la majorité des gens est du côté du prolétariat. Par conséquent, le dazibao est un instrument qui profite au prolétariat, et non à la bourgeoisie.»
* Discours prononcé par le camarade Mao Tsé-toung à une réunion de cadres tenue à Changhaï. 9 juillet 1957 - tome V




les succès du mouvement coopératif en agriculture


Edité le 08-03-2017 à 22:36:01 par Xuan




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Dans « à contre courant », Jacques Jurquet témoigne de sa visite en Chine en août 1967


« Quelques jours après, Bergeron et moi-même nous rendîmes dans la province du Heilongkiang, à Kharbin, accompagné de Madame Tsi. La Révolution culturelle prolétarienne durait depuis un an environ. Nous fûmes invités à assister à la mise en accusation par les masses d'un cadre important du Parti communiste chinois, un secrétaire régional si je ne me trompe. Cet homme était présenté sur une estrade avec une pancarte autour du cou sur laquelle étaient inscrits des mots en idéogrammes chinois. Madame Tsi Zong hua nous traduisit : « Je suis une sangsue du peuple ». L'accusé penchait sa tête en avant. De l'imposante foule où nous nous trouvions partaient des cris, des invectives auxquels nous ne comprenions rien évidemment. Finalement un accusateur public grimpa sur la scène et lui posa des questions. Madame Tsi commença à rire jusqu'aux larmes. Elle nous traduisit ce qui se disait, les réponses de l'accusé se résumant par ce qui nous semblait être un simple grognement rauque et court. Le dialogue était à peu près le suivant :
« Lorsque tu étais le premier dirigeant de la région, lorsque quelqu'un critiquait tes articles, tu répondais que c'était ton secrétaire qui les écrivait et non toi-même. Est-ce vrai ?»
— Réponse par un grognement qui devait signifier qu'il reconnaissait le fait. Autre question : « Lorsque le repas que tu offrais à des visiteurs n'était pas excellent, tu déclarais que c'était la faute de ton cuisinier ? Est-ce vrai ? »
— Même réponse en grognement coupable. Après chacune de ses réponses, la foule hurlait, mais sans doute en raison du brouhaha général résultant des différentes injures lancées, Madame Tsi nous assurait qu'elle ne comprenait pas et ne pouvait donc pas tout nous traduire.
Tel fut notre premier contact avec la Révolution culturelle, dont nos interlocuteurs du Comité central nous expliquèrent les raisons et les buts. A la fin de notre séjour, après notre retour à Pékin, nous eûmes le 30 Août 1967 un assez long entretien avec Kang Sheng, présenté comme membre du Bureau politique et responsable du département de liaisons internationales.
Il insista avec une force apparemment passionnée sur la nécessité impérieuse d'étudier les Œuvres du Président Mao et de tout faire pour en comprendre parfaitement la portée. Ce vieux dirigeant était atteint d'un cancer, de la gorge, je crois. Il ne nous le dit pas, mais nous nous rendîmes compte qu'il était malade. Son épouse, Cao Qi, une femme chinoise d'assez petite taille, ronde et forte, restait toujours dans la pièce où nous nous trouvions avec lui et quelques autres camarades chinois, peu nombreux, l'indispensable interprète et sans doute le responsable du secteur de l'Europe occidentale et de la France.
Je devais le rencontrer de nouveau en janvier 1970, je reparlerai donc de ce personnage qui a été présenté en Occident comme le directeur des services d'espionnage chinois pendant trente années au moins.
Je n'entends souligner à ce stade de mes souvenirs qu'une seule réalité, notre interlocuteur chinois nous avait expliqué la Révolution culturelle de façon extrêmement claire et pédagogique, en soulignant l'importance décisive de rééduquer tous les militants menacés par l'idéologie révisionniste. Dans ce but il insistait sur la nécessité de ne jamais s'écarter des principes de la pensée de Mao Zedong. »



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Rue de Belleville – Province du Shensi – Chine


Pour le centenaire de la Commune de Paris, la troupe des Hauts Plateaux (du nom de la pièce d’Armand Gatti) écrivit une pièce intitulée « Rue de Belleville – province du Shensi – Chine », où la révolution culturelle et la Commune de Paris se répondaient.
La pièce commençait par l’entrée en scène de gardes rouges lançant leurs drapeaux rouges comme à Castiglion en déclamant le dazibao fondateur « le but de la grande révolution culturelle prolétarienne, déclenchée et dirigée par le président Mao en personne n’est autre que de prévenir la restauration du capitalisme, etc. » Un propriétaire foncier ‘Monsieur Tsao’ apparaissait, aussi détestable que possible, rappelant avec morgue la vie misérable des paysans sous le féodalisme. Plus loin les gardes rouges se transformaient en gardes nationaux de la Commune de Paris, ou bien en paysans proposant vainement aux cadres du parti la création d’une usine de nouilles dans le village …la pièce durait deux heures bien tassées, durant lesquelles les acteurs circulaient autour des spectateurs, s’interpellaient d’une scène à l’autre, traversaient l’espace central, puis interrompaient leur course le temps d’une saynète à mi voix ou bien figés dans un tableau comme dans l’Opéra de Pékin. Pas de temps mort !
La pièce fut jouée dans des MJC, sur une place de marché, empruntant au hasard de nos vies des éléments imprévus, comme cette portière de 2CV accidentée, qui atterrit au milieu du spectacle pendant l’édification de la barricade des Communards. Et un jour devant les représentants de l’ambassade de Chine, devant lesquels je fis choir maladroitement mon drapeau !
Cette expérience collective fut inoubliable, réalisée par nos propres moyens jusqu’aux sarraus des gardes nationaux cousus main par l’épouse de Dominique, leur fusil en bois et les décors constitués de caisses. L’affiche sérigraphiée représentait un dragon dont les écailles reformaient les pavés épars d’une barricade.

Sur le site d’Armand Gatti la parole errante, pages 100 puis 112 à 117, on peut lire une interview du metteur en scène Daniel Lurcel par Stéphane Gatti, sur les Hauts Plateaux et sur cette pièce.

Dominique Lurcel :
« Ce que la pièce [les Hauts Plateaux] montrait très clairement, et c’est ça qui avait tout de suite intéressé les élèves avec qui j’avais travaillé, c’était le lien entre les comités Vietnam de base et mai 68. C’était limpide. Dans le groupe, il y avait un élève qui avait déjà des arrière-pensées politiques très claires et qui allait un peu phagocyter le groupe les années suivantes. Il venait de l’UJCML, les maos purs et durs. Il devait être envoyé par les autres. Je ne m’en suis rendu compte que beaucoup plus tard. Sinon, il y avait de tout : des élèves pas vraiment politisés, mais qui sentaient que c'était ça qu’il fallait faire, que c’était le moment. On s’est lancé là-dedans. »

« À la suite de la représentation des Hauts Plateaux, un groupe s’est constitué, qu’on a appelé le groupe des Hauts Plateaux. En 70, on s’est dit qu’il fallait faire un truc sur la Commune de Paris. On n’avait pas envie de faire un spectacle historique, une commémoration chiante. Trois fois par an, on rencontrait Gatti, le petit noyau des quatre ou cinq personnes des Hauts Plateaux. Il était en Allemagne, il revenait en France, il avait un petit appartement près du quai de la Râpée. On était allé le voir deux-trois fois. Je me souviens qu’on lui a dit ça. Et il nous a dit : « Allez voir du côté de la révolution culturelle chinoise, parce qu’au moment de la Révolution culturelle, Mao a dit : prenons exemple sur la Commune de Paris. » Ça a été le tilt, le point de départ. On a joué au petit Gatti et on s’est mis à écrire une pièce monstrueuse, gigantesque, qui était une sorte de va-et-vient entre la vie d’un petit village perdu dans le Yunnan et la Commune. On a bossé comme des fous. On a lu tous les bouquins. À l’époque, je faisais mon service militaire. J’avais un gros sergent en face de moi qui regardait ce que je lisais et qui ouvrait de grands yeux. J’étais entièrement là-dedans. Une sorte de va-et-vient permanent entre des moments de la Commune de Paris et des paysans chinois. Un dialogue par-dessus le temps et les frontières. Deux heures de spectacle, un truc monstrueux, qu’on a créé à la MJC de Fresnes. On l’a beaucoup joué. On l’a joué à Lip début 74. C’était la belle époque.


L’UJCML dont je n’étais pas membre, ni le PCMLF ne m’avaient envoyé en mission, mais j’avais initialement préconisé que la trame de la pièce reprenne une plaquette éditée par le PCC sur les enseignements de la Commune de Paris, et rappelant les conclusions de Marx sur la première expérience de dictature du prolétariat et la nécessité du parti communiste. Au fil du temps, des débats, des recherches historiques, des improvisations, et des ajouts successifs parfois inspirés de l’actualité, cette idée fut plus ou moins estompée.

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Edité le 27-05-2016 à 14:48:12 par Xuan




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La dérive ultragauchiste et les exactions


Dès la Commune de Shanghaï des factions étaient apparues, opposant en luttes violentes, des gardes rouges à l’armée, aux conservateurs, aux forces de sécurité ou à d’autres factions, commettant des crimes et désorganisant la production au mépris du mot d’ordre « faire la révolution et promouvoir la production ».
Une tendance anarchique avec à sa tête Wang Li et Tsi Pen-yu voulait éliminer le plus grand nombre de cadres et élargir l’épuration à toute l’administration y compris l’armée.
Ces groupes anarchistes agissaient en opposition totale non seulement avec les « éléments droitiers », mais avec l’ensemble du parti communiste et aux principes contenus dans le petit livre rouge qu’ils brandissaient.

Par exemple :

Chapitre I – Le parti communiste
La première citation du petit livre rouge dit : « Le noyau dirigeant de notre cause, c'est le parti communiste chinois. Le fondement théorique sur lequel se guide notre pensée, c'est le marxisme-léninisme » .

Chapitre III - le socialisme et le communisme
« Le but de la révolution socialiste est de libérer les forces productives» .
Allocution à la Conférence suprême d'Etat (21 janvier 1956).

Chapitre IV. La juste solution des contradictions au sein du peuple
« D'une façon générale, les contradictions au sein du peuple reposent sur l'identité fondamentale des intérêts du peuple » .
[«De la juste solution des contradictions au sein du peuple» (27 février 1957).]
« Est juste :
1) ce qui favorise l'union du peuple de toutes les nationalités de notre pays et non ce qui provoque la division en son sein;
2) ce qui favorise la transformation et l'édification socialistes et non ce qui nuit à cette transformation et à cette édification;
3) ce qui favorise le renforcement de la dictature démocratique populaire et non ce qui sape ou affaiblit cette dictature;
4) ce qui favorise le renforcement du centralisme démocratique et non ce qui le sape ou l'affaiblit;
5) ce qui favorise le renforcement de la direction exercée par le Parti communiste et non ce qui rejette ou affaiblit cette direction;
6) ce qui favorise la solidarité internationale socialiste et la solidarité internationale de tous les peuples pacifiques et non ce qui porte préjudice à ces deux formes de solidarité.
De ces six critères, les plus importants sont celui de la voie socialiste et celui du rôle dirigeant du Parti ».

[«De la juste solution des contradictions au sein du peuple» (27 février I957).]

« Toute question d'ordre idéologique, toute controverse au sein du peuple ne peut être résolue que par des méthodes démocratiques, par la discussion, la critique, la persuasion et l'éducation; on ne peut la résoudre par des méthodes coercitives et répressives » .
[«De la juste solution des contradictions au sein du peuple» (27 février 1957).]

En septembre 1967 Mao Tsé-toung et Chou En-laï essaient de rétablir la situation. Des détachements ouvriers sont envoyés dans les universités. Le mot d’ordre « la classe ouvrière doit diriger en tout » scelle la fin des gardes rouges et des rebelles révolutionnaires et ouvre sous le nom de « lutte, critique, réforme » la reconstruction du parti.
Le Comité Central du PCC et particulièrement Chou En-laï décident avec l’accord de Mao Tsé-toung de reprendre en main une guerre civile alimentée par des gardes rouges ultragauchistes, et d’envoyer des centaines de milliers de jeunes à la campagne. Ils obligèrent alors les éléments les plus rebelles à rendre les armes, particulièrement dans le Guanxi (là où eurent lieu les carnages dont s’émeut le ‘n’importe qui’), où 4000 rebelles affrontèrent l’Armée Populaire de Libération.
Les exactions vont alors cesser, les éléments les plus anarchistes sont écartés du pouvoir, puis après la mort de Mao Tsé-toung, la « bande des quatre » : la femme de Mao, Jiang Qing, Zhang Chunqiao, Yao Wenyuan et Wang Hongwen.
La révolution culturelle prendra fin officiellement dix ans plus tard lors du XIe congrès du PCC en août 1977.

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Jacques Jurquet relate le rôle de Chou En laï, qui s’interposa, négociant des heures durant avec des gardes rouges ultragauchistes pour éviter l’exécution de dirigeants, et le rôle de la « bande des quatre » :

« Chou En lai vint spontanément au devant de nous et nous fit entrer dans un immense salon, me priant de m'asseoir à sa droite dans un profond fauteuil recouvert d'une housse au ton neutre. Entre lui et moi même était installée une tablette portant tasses et soucoupes posées sur une nappe de dentelles. On nous servit du thé vert, sans doute de la meilleure qualité, mais sincèrement je n'étais pas très compétent en la matière.
Je retrouve la date exacte de cette réception qui couronnait toutes les séances de travail antérieures tenues avec les représentants du département des liaisons internationales du Parti communiste chinois.
Je tiens à la citer, le 7 septembre 1971, parce qu'elle constitue un point de repère historique par rapport aux multiples événements qui devaient suivre, et permet aussi d'apprécier quel pouvait être alors l'état de santé de l'homme exceptionnel que j'avais à mes côtés comme interlocuteur et qui n'avait plus que cinq ans à vivre. Avec lui, la délégation nous recevant comprenait Kiang Tsing, Tchang Tchouen-kiao et Wou Fa-hsien, membres du Bureau politique, Ki Teng-kouei, membre suppléant du Bureau politique, Keng Piao, membre du Comité central, et aussi neuf fonctionnaires de différents départements du Comité central.

« La Révolution culturelle se poursuivait, mais avait commencé à revêtir des aspects nouveaux. Ses manifestations n'étaient plus aussi violentes qu'à ses débuts. En tout cas, Chou En lai soutenait son principe et adhérait pleinement aux idées, propositions et décisions de Mao. Je ne pense pas que l'on puisse contester la position idéologique à laquelle il adhéra jusqu'à sa mort, même s'il peut être crédité d'avoir beaucoup agi pour éviter des actes irréparables concernant d'autres dirigeants mis en cause par les gardes rouges, tel, en premier, Deng Tsiao ping. Ce qui lui vaut d'être accusé, en France tout au moins, par quelques esprits gauchistes d'avoir été un conciliateur. Assertion stupide et sans aucun fondement valable. »

« Quelques jours après mon retour à Paris et après qu'avec Alain Castan nous ayons informé du déroulement du Congrès albanais le Bureau politique de notre petit parti, je repartis, le 17 novembre 1976, à destination de Pékin. J'effectuai ainsi mon neuvième séjour en République populaire de Chine, en compagnie de Georges Z. et d'Alain D.
Evénements nouveaux et graves, nos camarades chinois nous avertirent immédiatement des méfaits et crimes qu'une large majorité du Comité central de leur Parti avait attribué à la responsabilité de quatre dirigeants qu'un jour, dans un entretien avec Chiang Ching, Mao avait caractérisés comme étant une «bande de quatre ». Ils nous informèrent aussi qu'une secousse sismique d'amplitude 6 était annoncée, dont l'épicentre serait à Tangshan. Le lendemain nous nous rendîmes au Musée consacré au grand écrivain communiste Lou Sin, dans un bâtiment ouvert sur la place Tien An men. Au cours de nos entretiens avec nos hôtes, j'appris quelques faits intéressants. Par exemple quel avait été le rôle de l'américaine Agnès Smedley dans l'histoire de la Révolution chinoise. Cette militante dont on ignorait encore si elle avait été ou non une envoyée de l'Internationale, était désormais enterrée au cimetière des héros de Pékin.
Le 25 novembre, je pus rendre visite à ma vieille amie Denise Li-Lebreton qui habitait la cité de l'amitié réservée aux coopérants étrangers. Elle m'apprit que le tome cinq des «Œuvres choisies de Mao Zedong » allait être publié dans les semaines à venir. Elle participait à la correction de la version traduite en français. Elle considérait que ce nouveau volume contenait des textes jusque là inédits même en Chine. Il y avait des critiques et des éloges de Staline, mais ces passages n'allaient pas plus loin que le texte bien connu « A propos de la dictature du prolétariat » rédigé en 1956.
Mon amie me fit part d'une foule de « bruits populaires » sur les agissements de la « bande des quatre ». Elle me révéla entre autres que ces dirigeants s'étaient acharnés contre Chou En lai et s'étaient « coupés des masses » par leurs méthodes autoritaires et brutales pendant la Révolution culturelle. »

[J. Jurquet – A contre-courant]

Dans « la moisson du Phoenix » paru en 1980, Han Suyin brosse la période de 1966 à 1979, ayant pour protagonistes Mao, sa femme Jiang Qing, Lin Biao et Zhou Enlai. L'auteur évoque les avanies subies par ses amis écrivains, peintres et savants aux mains des gardes rouges. Avec l'arrestation de la Bande des Quatre, le phénix peut renaître de ses cendres.
On trouvera ici la vidéo d’une interview d’Han Suyin où elle raconte ses entrevues avec Jiang Qing et évoque Chou En–laï avec émotion.


Edité le 27-05-2016 à 14:48:39 par Xuan




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Les campagnes de rééducation


La révolution culturelle envoya des millions d’étudiants et d’intellectuels à la campagne.
En 1962 le Mouvement d’éducation socialiste avait déjà initié des campagnes dans ce sens afin de rééduquer les étudiants et intellectuels d’origine bourgeoise.

Entre 1968 et 1980, près de dix-sept millions de jeunes Chinois scolarisés, âgés de quinze ans et plus, ont été envoyés des villes vers les campagnes pour s’y « faire rééduquer par les paysans pauvres et moyens-inférieurs », selon la consigne donnée par Mao Zedong. Ces « jeunes instruits », les zhiqing, littéralement, les jeunes possédant des connaissances, devaient se transformer en « paysans d’un type nouveau », « dotés d’une conscience socialiste et de culture ». L’actuel dirigeant Xi Jin-ping en fit partie.
Les envois ou départs de jeunes diplômés de l’enseignement primaire ou secondaire, parfois de l’enseignement supérieur, à la campagne avaient en fait commencé en Chine dès 1955, mais à une échelle beaucoup plus réduite, et sur la base du volontariat. À la fin 1968, c’est-à-dire, à partir de la fin de la Révolution culturelle stricto sensu, c’est un mouvement de masse, le Xinxiang qui est lancé. C’est une simple directive personnelle de six lignes de Mao du 21 décembre 1968, radiodiffusée dans tout le pays, publiée le lendemain dans Le Quotidien du peuple qui est à son origine. Le mouvement s’interrompra à la fin des années soixante-dix, peu après la mort de Mao, avec le début des réformes.

Les médias capitalistes ont présenté ce mouvement comme une punition et publié les mémoires de gardes rouges brimés par ces séjours à la campagne. Il ne s’agissait pas de punition mais de combattre l’opposition entre travail manuel et intellectuel, et du rôle dirigeant de la classe ouvrière et des paysans pauvres dans la révolution. L’objectif étant que les jeunes instruits ne s’écartent pas du peuple mais qu’ils mettent leur savoir à son service.

En décembre 1969 Jacques Jurquet visite le camp de Nanniyuan :
« En fin d'année, le numéro 39 de notre journal publia un communiqué de l'Agence de presse Hsinhua en date du 7 décembre 1969 annonçant l'arrivée en Chine d'une délégation de communistes marxistes-léninistes de France, conduite par moi-même et reçue par Wou Fa-hsien, membre du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois, et d'autres dirigeants chinois.
La Chine continuait alors à se trouver en pleine Révolution culturelle prolétarienne. A l'arrivée à l'aéroport, nous avions compris d'emblée qu'il y avait partout des innovations mouvementées, un grand chambardement ou la jeunesse occupait la place principale, la première place. Des jeunes filles et des jeunes gens, tous vêtus de costumes identiques bleus, portant casquettes souples mais à visières, avec des écussons présentant le visage du Président Mao ou l'étoile rouge, ou encore un grand soleil flamboyant illuminant tout l'Orient, lisaient en chœur, à haute voix, des citations du petit livre rouge ou chantaient des hymnes révolutionnaires à la gloire du Parti et de son éminent dirigeant. Selon nos interprètes, il y avait une extrême liberté de parole pour critiquer le révisionnisme et ses représentants infiltrés dans les organismes dirigeants du Parti chinois. Celles et ceux qui pouvaient s'exprimer en français ou en anglais nous laissaient comprendre que des hommes comme Lieou Chao chi ou Deng Tsiao ping faisaient partie de ces éléments nuisibles. »

« Il a été écrit, surtout ici en Occident, que de tels camps n'étaient autres que des camps de concentration. Je suis en mesure d'apporter un témoignage vécu totalement contradictoire avec cette allégation porteuse de son poids de propagande anticommuniste. Cette expérience de rééducation par le travail ne visait absolument pas à constituer une punition carcérale ou concentrationnaire.
À l'intérieur du camp de Nanniyuan, tous les hommes et femmes présents s'occupaient avec ardeur de travaux qu'ils avaient eu à décider par eux-mêmes. Il n'y avait pas là que des professeurs de Faculté ou autres cadres de l'Etat ou du Parti que les gardes rouges avaient désignés comme révisionnistes devant redevenir authentiquement révolutionnaires grâce aux épreuves physiques et morales qui leur étaient imposées. Il y avait de nombreux militants qui s'étaient portés volontaires pour venir travailler dans ces conditions extrêmement pénibles.
Je dois dire que mes camarades et moi-même nous ne vîmes aucun de ces fantômes d'êtres humains tels que nous en avions la connaissance par les photos prises lors de la libération des camps de concentration nazis. Je ne déclare pas que ces travailleurs étaient gras et repus, mais ils étaient loin de pouvoir être comparés à des cadavres ambulants, même très loin dans la mesure où justement ils avaient besoin de toutes leurs forces physiques pour exécuter correctement les tâches qu'ils devaient accomplir. Ce n'était pas non plus des travaux forcés, car ces dernières étaient discutées et décidées collectivement. La nourriture était certainement simple, mais suffisante pour conserver une santé normale. Avant la Révolution, chaque Chinois ne disposait pas même d'un bol de riz quotidien et les morts par sous-alimentation étaient innombrables. En vérité sous la domination des puissances occidentales capitalistes, des occupants japonais ensuite, puis des réactionnaires chinois, ce pays immense était un immense camp de concentration. »

« Et pourtant la Révolution culturelle allait faire ultérieurement l'objet de très vives critiques, que nous allions comprendre. Il est évident qu'à l'époque que nous vivions alors, nos hôtes chinois ne nous racontaient pas tout ce qui se passait réellement. Nous ne trouvions donc nullement déplacé de porter avec honneur sur les revers de nos costumes les badges représentant l'effigie de Mao, ce n'était aucunement dans nos esprits du «culte de la personnalité», mais simplement un geste d'adhésion profonde à un combat gigantesque et universel pour parvenir à une société nouvelle, la société communiste.»
[J. Jurquet – A contre-courant]

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« Descendre de cheval et s’asseoir au milieu des fleurs » - Mao Tsé-toung et la contradiction entre travail manuel et intellectuel


S’appuyant sur sa propre expérience, Mao Tsé-toung considérait que les intellectuels devaient réformer leur idéologie au contact de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre. Il était intervenu plusieurs fois sur cette question par exemple en 1957 :
« Quatrièmement, la fusion des intellectuels avec la masse des ouvriers et des paysans. Puisque les intellectuels sont appelés à servir les masses ouvrières et paysannes, ils doivent tout d'abord les comprendre et bien connaître leur vie, leur travail et leur mentalité. Nous recommandons aux intellectuels d'aller parmi les masses, dans les usines, dans les campagnes. Il serait fort mauvais qu'ils ne se trouvent jamais, de toute leur vie, avec des ouvriers et des paysans. Nos travailleurs de l'Etat, nos écrivains, nos artistes, nos enseignants et nos travailleurs de la recherche scientifique doivent saisir toutes les occasions possibles pour entrer en contact avec les ouvriers et les paysans. Certains peuvent aller dans les usines ou à la campagne juste pour jeter un coup d'œil et faire un tour ; cela s'appelle "regarder les fleurs du haut de son cheval", ce qui vaut toujours mieux que de rester chez soi et ne rien voir.
D’autres peuvent y séjourner plusieurs mois pour mener des enquêtes et se faire des amis ; cela s'appelle " descendre de cheval pour regarder les fleurs". D'autres encore peuvent y rester et y vivre longtemps, par exemple, deux ou trois ans, ou même plus ; cela s'appelle "s'établir". Certains intellectuels vivent déjà parmi les ouvriers et les paysans : par exemple, les techniciens de l'industrie sont déjà dans les usines, les techniciens de l'agriculture et les maîtres des écoles rurales, dans les campagnes. Il s'agit pour eux de bien accomplir leur travail, de ne faire qu'un avec les ouvriers et les paysans.
Prendre contact avec les masses ouvrières et paysannes doit devenir un usage ; autrement dit, il faut qu'un grand nombre d'intellectuels suivent cette pratique. Pas tous, évidemment ; certains ne peuvent, pour une raison ou une autre, aller dans les usines ou à la campagne ; mais nous espérons que les intellectuels s'y rendront en aussi grand nombre que possible. D'ailleurs, il n'est pas question pour eux de partir tous à la fois, mais successivement et par groupes. A l'époque où nous étions à Yenan, nous avons fait en sorte que les intellectuels puissent entrer en contact direct avec les ouvriers et les paysans. En ce temps-là, beaucoup d'entre eux avaient l'esprit fort confus et toutes sortes d'opinions bizarres. Nous avons, au cours d'une réunion, conseillé à tout le monde d’aller parmi les masses. Beaucoup l'ont fait par la suite, avec d'excellents résultats.
Les connaissances acquises par les intellectuels dans les livres restent incomplètes, voire très incomplètes, tant qu'elles ne sont pas liées à la pratique. Or, c'est essentiellement par les livres que les intellectuels recueillent l'expérience de nos prédécesseurs. Certes, étudier dans les livres est indispensable, mais cela ne suffit pas pour résoudre les problèmes. Il faut étudier la situation du moment, examiner l'expérience pratique et les données de la réalité ; il faut être ami des ouvriers et des paysans.
Nouer amitié avec eux n'est point chose facile. Même aujourd'hui, parmi ceux qui vont dans les usines ou à la campagne, les uns obtiennent de bons résultats, les autres pas. Il s'agit là d'une question de position ou d'attitude, c'est-à-dire de conception du monde. Nous préconisons le principe "Que cent écoles rivalisent" et nous estimons qu'il peut exister de nombreuses tendances, de multiples écoles dans chaque branche de la connaissance ; mais pour ce qui est de la conception du monde, il n'y a au fond, à notre époque, que deux écoles : l'école prolétarienne et l'école bourgeoise. C'est ou la conception prolétarienne ou la conception bourgeoise.
La conception communiste du monde est celle du prolétariat et non d'une autre classe. La plupart de nos intellectuels viennent de l'ancienne société et de familles qui n'appartiennent pas aux classes laborieuses. Certains, qui sont issus de familles ouvrières ou paysannes, sont néanmoins des intellectuels bourgeois, car l'éducation qu'ils ont reçue avant la Libération était celle de la bourgeoisie et leur conception du monde est restée essentiellement bourgeoise.
Si les intellectuels ne rejettent pas ce qui est ancien pour adopter la conception prolétarienne, ils seront toujours différents des ouvriers et des paysans par leur point de vue, la position qu'ils prennent et leurs sentiments ; ils ne cadreront pas avec eux et ceux-ci ne leur ouvriront jamais leur cœur. Si les intellectuels se lient avec les ouvriers et les paysans et deviennent leurs amis, ils seront capables de s'assimiler le marxisme qu'ils ont appris dans les livres. Pour apprendre le marxisme, il ne suffit pas de l'étudier dans les livres ; c'est surtout par la lutte des classes, le travail pratique et les contacts avec les masses ouvrières et paysannes qu'on arrive à le faire sien réellement. Si, après avoir lu des ouvrages marxistes, nos intellectuels acquièrent encore quelque compréhension du marxisme au contact des masses ouvrières et paysannes et dans leur travail pratique, nous parlerons tous le même langage, non seulement le langage du patriotisme et du socialisme, mais probablement aussi le langage de la conception communiste du monde, et notre travail à tous en sera sûrement beaucoup mieux fait. »

[Mao Tsé-toung - Intervention a la conférence nationale du Parti Communiste Chinois sur le travail de propagande (12 mars 1957) Œuvres choisies Tome V]

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Les « établis »


Cette pratique eut des répercussions en France. Virginie Linhart écrit dans « Volontaires pour l'usine - Vies d'établis (1967-1977) : « Avant et après Mai 68 ils furent quelques dizaines, puis presque un millier, à quitter leur famille, à abandonner leurs études, pour partir travailler en usine. Ils renonçaient à leur statut d’intellectuel, choisissaient de vivre aux côtés des ouvriers, insufflant l’idée révolutionnaire dans les usines. Ils s’inspiraient des recommandations du président Mao Tse Toung qui prônait de « descendre de cheval pour cueillir les fleurs » .


Edité le 27-05-2016 à 14:51:28 par Xuan




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Le culte de la personnalité


La bourgeoisie ne manque pas de moquer les défilés en Corée du Nord, les statues de Lénine, Staline et de Mao Tsé-toung, oubliant les monuments qu’elle avait elle-même fait ériger à la gloire de ses politiciens, chefs de guerre et idéologues.
L’autopromotion des classes dirigeantes remonte à la nuit des temps, peut-être au temple d’Abou Simbel immortalisant les victoires militaires de Ramsès II.
Le culte qu’elles rendent à leurs héros trouve alors son revers dialectique dans la glorification par le peuple de ses propres martyrs et champions, et leurs portraits conservés dans les plus humbles masures. Tandis que les figures des réactionnaires, même les plus célèbres, ne font plus recette. Mais cet hommage peut prendre des allures extravagantes d’idolâtrie, ou d’autocélébration, particulièrement lorsqu’il résulte de quelque ambition personnelle.

« Moins de trois mois plus tard, au mois d'août 1971, je reprenais l'avion, en compagnie de Castan et Druesnes, pour me rendre une fois de plus à Pékin …
Ce voyage était le sixième que j'effectuai en Chine populaire. Je n'entends pas en relater le contenu politique qui fait désormais partie intégrante de l'histoire du mouvement communiste international, si mouvementée et multiple. Je préfère indiquer quelles en furent les étapes et l'ambiance générale.
Nous étions encore en pleine Révolution culturelle prolétarienne. Cependant je suppose qu'il y avait sinon une accalmie, du moins une période de pause. Peut-être les dirigeants chinois dressaient ils un premier bilan, tout en poursuivant leurs luttes contre le révisionnisme moderne. La suite devait d'ailleurs témoigner que le calme relatif que je constatais alors n'était nullement définitif….

A Moukden, les gardes rouges avaient édifié une statue du Président Mao d'une hauteur considérable, sur un socle tout aussi élevé. Je crois me souvenir que le personnage sculpté tendait un bras et une main soit pour désigner l'ennemi à vaincre, soit pour indiquer la voie juste à prendre, soit pour toute autre raison que mon esprit d'occidental ne pouvait probablement pas imaginer.
Mais ce que je désire rapporter de cette approche d'un monument que l'on aurait pu créditer du fameux crime de «culte de la personnalité » consiste justement à révéler ce qu'indiquèrent alors les officiels chinois qui nous accompagnaient.
Ils nous expliquèrent que le Président Mao était opposé à l'édification de tels monuments, qu'il avait demandé qu'ils soient démolis partout où ils étaient apparus. Il n'en acceptait pas le principe et récusait catégoriquement toute initiative visant à faire de lui un héros exceptionnel. Déjà par le passé il avait fait interdire que son patronyme soit attribué à des villes, à des communes populaires, à des rues, à des monuments, à des universités, à des unités civiles ou militaires. Il est évident que ces assurances étaient en complète contradiction avec les accusations portées en Occident par les bourgeoisies anticommunistes comme par les partis révisionnistes. »

[J. Jurquet A contre-courant]

En janvier de cette année, une statue géante de Mao Tsé-toung a été détruite par les autorités, démontrant simultanément le charisme toujours vivant de Mao Tsé-toung en Chine et le refus des commémorations démesurées.

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Faire la révolution et promouvoir la production


Le "socialisme de la pauvreté", une conception étrangère au Parti communiste chinois
[Le Quotidien du Peuple n° 813 Organe central du PCRml 16, 17, 18 décembre 1978]

« Profitant du débat qui se déroule actuellement en Chine, nombre de commentateurs occidentaux opposent la lutte pour les "quatre modernisations" (industrie, agriculture, sciences et techniques, défense nationale) à la Révolution culturelle, à sa cible, que les quatre ont cherché à déformer. Ces commentateurs prétendent que la lutte pour la production aurait été absente des préoccupations du parti communiste chinois dans la période de la révolution culturelle, et absente des motivations de cette grande lutte politique.
Là-dessus, Alain Jacob, dans ses spéculations du Monde, a largement donné le ton. Beaucoup d'autres ne se sont pas privés non plus. Tels Jacqueline Dubois, qui affirmait en substance dans l'émission "L'Evénement" de TF1 : "Après la période de lutte politique de la Révolution culturelle, il s'agit maintenant de produire" ou Leclerc du Sablon qui écrit dans Le Matin: "La politique des quatre modernisations s'oppose à celle des trois différences (entre travail manuel et intellectuel, entre ville et campagne, entre industrie et agriculture) que Mao avait voulu rayer de l'histoire humaine."

Opposer systématiquement révolution et production dans la lutte d'un peuple pour le socialisme, c'est faire preuve d'un point de vue assez singulier. Comme si construire le socialisme était une abstraction, comme s'il s'agissait de se "révolutionnariser" comme ça, dans l'abstrait, alors qu'il s'agit bien de construire une économie, une société différentes, concrètement ; matériellement jour après jour. La lutte politique, le débat d'idées, au sein de la société socialiste, concernent donc forcément, et dans le détail, cette édification du socialisme.
d'autre part, la poursuite de la production, de l'effort pour l'améliorer alors même que le débat politique peut être intense, est un enjeu important. En effet, pourrait-on révolutionnariser la société, en négligeant voir : en sapant sa base matérielle ?

Dans le cas de la Chine, l'urgence de faire avancer l'édification des bases matérielles du socialisme est particulièrement manifeste. Dans ce pays du Tiers Monde, qui a commencé voici seulement trente ans à s'arracher à la misère et à l'ignorance, un grand nombre de tâches sont encore accomplies à la main ou par des moyens rudimentaires. Par exemple, à l'heure actuelle, les conditions de vie et de travail du paysan chinois restent profondément différentes de celles des ouvriers des grandes villes. Aujourd'hui, mécaniser l'agriculture, c'est pour la Chine, assurer un meilleur niveau de vie à tous, mais aussi consolider le socialisme en réduisant les écarts des revenus et de mode de vie entre la ville et la campagne, réduction qui conditionne le renforcement de l'alliance des ouvriers et des paysans.

Certains donneurs de leçons, partant de la réalité des pays capitalistes industrialisées, ne sont pas loin d'estimer que l'industrialisation entraînerait forcément l'exploitation de l'homme par l'homme. Ce faisant, ils "oublient" que le Parti communiste chinois n'a jamais envisagé le développement des rapports sociaux socialistes, la formation d'un homme nouveau sur la base d'une économie arriérée. Il n'a jamais été partisan d'un "socialisme de la pauvreté" où il y aurait d'autant plus d'égalité qu'on n'aurait pas grand chose à partager. Au contraire, comme le déclare au sujet de la répartition des revenus, Chen Yong-kouei dirigeant de la célèbre brigade de production agricole de Tatchaï, et élu membre du bureau politique du PCC, lors de son 9e Congrès : "Quand on s'appuie sur la collectivité, les bonnes récoltes ne tardent pas à venir. Et quand le volume à partager est plus grand, il est plus facile de se mettre d'accord sur les mérites de chacun et de s'estimer soi- même"

Après la période qui a vu s'accomplir la socialisation de la propriété des moyens de production, dès 1956, le Parti communiste chinois, fixe clairement ce but au peuple chinois : édifier un Etat socialiste industrialisé puissant. A ce sujet Mao Tsé-toung indique dans Renforcer l'unité du Parti: "Notre construction fera de notre pays un grand Etat socialiste; la Chine arriérée, méprisée et plongée dans le malheur pendant plus de cent ans changera totalement d'aspect et, par surcroît, rattrapera le plus puissant Etat capitaliste du monde, les Etats-Unis... telle est la responsabilité qui nous incombe. Vous avez une population si nombreuse, un territoire aussi vaste et des richesses naturelles aussi abondantes, et vous édifiez dit-on le socialisme, régime qualifié de supérieur; si vous n'arrivez pas à dépasser les Etats-Unis après cinquante ou soixante ans, quelle figure ferez-vous ? Il faudrait, dans ce cas, vous expulser du globe ! C'est pourquoi dépasser les Etats-Unis n'est pas seulement une possibilité, mais une nécessité, un devoir à accomplir absolument. Sinon, la nation chinoise décevrait l'espoir que les autres nations ont mis en elle et son apport à l'humanité serait bien mince".
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Dès le début des années 60, le peuple chinois se lance dans ce mouvement pour l'édification d'un Etat socialiste puissant, en même temps qu'il édifie des réalités sociales nouvelles et originales, comme la Commune populaire: c'est le Grand bond en Avant. C'est à partir du débat commencé dès cette époque sur le type de développement à choisir pour la Chine, sur les lois de la lutte de classes pendant la période du socialisme que va être impulsée quelques années plus tard la Révolution culturelle, qui va répercuter ce débat dans le tout le pays, pour tout le peuple. La Révolution culturelle, dans son principe, de par ses causes et sa cible, n'est pas une lutte d'idées, abstraite, qui appartiendrait à une sphère indépendante des problèmes que les masses ont à résoudre. La lutte politique engagée, dans le cadre de la Révolution culturelle concerne l'orientation d'ensemble de la construction du socialisme, et donc l'activité quotidienne des travailleurs. C'est ainsi, par exemple que la question complexe du mode de répartition des revenus dans les communes populaires, sera l'objet de larges discussions.
"Faire la révolution et promouvoir la production" : ce mot d'ordre est notamment le titre de la "Décision du Comité central" du 8 août 1966 qui déclarait : "La grande révolution culturelle prolétarienne a pour but la révolutionnarisation de la pensée de l'homme, afin que, dans tous les domaines du travail, on puisse obtenir des résultats meilleurs quant à la quantité, la rapidité, la qualité et l'économie." Dans sa directive du 7 mai 1966, le président Mao critiquait les conceptions erronées visant à interrompre et désorganiser la production sous prétexte de mener à bien la lutte politique. Il affirmait : "Les ouvriers se consacreront principalement à la production industrielle, tout en s'instruisant dans tous les domaines militaire, politique et culturel. Ils doivent également participer au mouvement d'éducation socialiste et critiquer la bourgeoisie..."
La nécessité de réaliser l'édification d'un État socialiste puissant est largement présente par ailleurs dans les textes du 9e congrès du PCC, en 1969 ; elle est dès cette époque mise en relation avec le danger de guerre: "Nous devons faire la révolution et promouvoir la production, améliorer notre travail et nous préparer activement en prévision d'une guerre pour édifier de manière encore plus remarquable notre industrie et notre agriculture socialistes, accomplir mieux encore toute notre œuvre socialiste. ".

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Durant la période de la Révolution culturelle, et par la suite, les conceptions défendues par Lin Piao et la bande des Quatre, qui aboutissaient à un véritable sabotage de la production, ont assurément entraîné de graves retards dans la réalisation des objectifs d'édification du socialisme, fixés pour la période. Les travailleurs chinois, sous la direction du Parti communiste, n'en ont pas moins poursuivi, dans cette période, la lutte pour le développement de la base matérielle du socialisme. Ceci s'est manifesté par exemple dans les multiples réalisations, des milliers d'innovations techniques dans les usines, des travaux d'infrastructure et d'irrigation très importants dans les campagnes. Ceci s'est manifesté aussi dans la poursuite d'expériences d'avant-garde telles que celles de la brigade de production agricole de Tatchaï et de l'exploitation pétrolifère de Taking, mises en avant comme exemples à suivre dans la lutte pour les "quatre modernisations". Ces expériences qui ont vu le jour avant la Révolution culturelle, ont continué, allant de l'avant, et ont fréquemment servi de points de référence, pour la mise en œuvre effective du mot d'ordre : "Faire la révolution et promouvoir la production". Nous reviendrons prochainement sur ces expériences et leur signification.

Ainsi, cette réalité de la lutte menée en Chine sur les divers fronts, depuis trois décennies, pour édifier le socialisme, est sciemment ignorée par les commentateurs de la presse bourgeoise. Pour la plupart d'entre eux, la Chine, serait placée devant un choix dramatique: soit faire la révolution, soit développer son économie. Comme l'ont montré de récents articles d'Alain Jacob, dont celui présentant le point de vue de Bettelheim, il y a finalement, à la base d'une telle appréciation "pessimiste", la volonté de ne retenir comme image du maoïsme, que ses déformations, inscrites dans des conceptions comme celles dont les Quatre étaient porteurs. »



Edité le 27-05-2016 à 14:50:32 par Xuan




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La révolution culturelle paravent à l’anticommunisme


Sous l’étiquette de ‘maoïsme’, à cause de l’écho favorable qu’avait rencontré la révolution culturelle dans la jeunesse, un certain nombre d’intellectuels en France en firent une interprétation qui leur convenait et aux antipodes du communisme : jouir sans entraves et s’opposer à toute autorité.
De 1968 à 1973 les dirigeants de la Gauche Prolétarienne, dont Serge July et André Glucksmann, se présentèrent comme des représentants du maoïsme, arborant le portrait de Mao mais foncièrement hostiles au marxisme-léninisme et libertaires.


Le groupe maospontex ‘vive la révolution’ (alias ‘vive le communisme’) publiait « Tout ! – ce que nous voulons : tout » revendiquant la plus grande liberté sexuelle et « le droit des mineurs à la liberté du désir et à son accomplissement » . Parmi ses animateurs, Stéphane Courtois auteur du « livre noir du communisme » et Jean-Paul Ribes président du Comité de soutien au peuple tibétain.


Philippe Sollers et Tel Quel voulaient importer la révolution culturelle en France contre toute forme de bureaucratisation .

« La révolution culturelle prolétarienne en Chine avait vraiment ouvert très largement les écluses des débordements d'une quantité de petits Lénine et de petits Mao. Il s'agissait en réalité d'un courant libertaire, dans lequel pouvaient s'exprimer et exploser l'individualisme et l'égocentrisme de nombreux jeunes gens issus de familles conservatrices et anticommunistes, antisoviétiques essentiellement. Cette situation ne laissait pas de m'inquiéter. Comment parvenir à édifier un véritable parti communiste en dépassant toutes ces fantaisies néfastes et sans nul rapport avec l'idéologie de classe du prolétariat ? » [J. Jurquet – A contre-courant]

Très rapidement ils comprirent que ni la direction du parti communiste ni la dictature du prolétariat n’avait été abattues en Chine. Comme Philippe Sollers ou Maria-Antonietta Macciocchi, ils se déchainèrent contre l’une et l’autre, et mirent leurs pamphlets au service de la classe dominante.
Les uns et les autres retournèrent dans le giron de la classe qu’ils n’avaient jamais fondamentalement quittée, certains se faisant décorer de la légion d’honneur.
Cet aspect a déjà été développé par ailleurs, par exemple « Du col mao au Rotary » ; d’autres études continueront de l’approfondir. La révolution culturelle ne fut qu’un prétexte pour ces idéologues fondamentalement anticommunistes.


Edité le 27-05-2016 à 14:49:00 par Xuan




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Le bilan du Parti Communiste Chinois


Jacques Jurquet retourna en Chine en octobre 1980, peu avant que le bilan officiel de la GRCP fût rendu public :
« L'orateur du côté chinois fut Chou Ta chen, qui reprit dans le détail l'exposé qu'avait déjà amorcé Chi Peng fei sur la situation immédiate et l'histoire ancienne de la révolution en Chine. En fait, il avait mission de nous expliquer les critiques que son Parti adressait à certaines directives et initiatives de Mao Zedong. Son intervention porta sur « le grand bond en avant », sur « l'élargissement erroné de la cible dans la lutte antidroitière », notamment contre Peng Teh huai, et enfin, point le plus important et le plus récent, sur la « Révolution culturelle » qui avait « sévi » de 1966 à 1976.
Mais il consacra l'essentiel de ses propos à un bilan des 31 années passées depuis la victoire de la Révolution chinoise en 1949. Il développa son analyse historique en distinguant quatre périodes : du début de 1949 à 1957, de juillet 1957 à 1965, de 1966 à 1976, et enfin d'octobre 1976 à maintenant c'est-à-dire octobre 1980. Je détiens les notes précieuses que je pris en l'écoutant, et je projette de les remettre avec une foule d'autres documents un jour futur à la Grande Bibliothèque de France.
Du bilan essentiel de ces quatre périodes historiques, Chou Ta chen dégagea deux enseignements : le premier concernait le fait qu'après la prise du pouvoir révolutionnaire, le Parti n'avait pas bien su régler le rapport entre les luttes de classes et l'édification économique.
La lutte de classes contre les ennemis présumés s'était trouvée élargie, surtout entre 1957 et 1976. Même au niveau du Comité central, le centralisme démocratique avait été mal appliqué.
Les masses populaires n'avaient pas bénéficié de suffisamment de droits démocratiques.
Le système socialiste, système nouveau, n'avait pas été la perfection.
À partir de là, Chou Ta-chen s'engagea dans un débat sur la démocratie prolétarienne et la démocratie bourgeoise, expliquant qu'il ne fallait pas rejeter la seconde en bloc, mais retenir de son fonctionnement tout ce qui pouvait contribuer au développement de la première.
Il convenait de mieux régler les questions des rapports entre Parti et État, entre Parti et Gouvernement, entre Parti et masses.
Il conclut que toutes ces difficultés devraient être solutionnées dans une amélioration constante de la pratique.
Il évoqua aussi le « culte de la personnalité « dans le Parti, le pouvoir trop concentré en un seul individu. Les erreurs dans ces domaines entraînaient des aspects négatifs du système socialiste, ce qui ne mettait pas en cause ce système en lui-même.
Il en vint à énoncer deux objectifs :
1° ) la nécessité de soutenir de grands efforts pour une productivité socialiste, il était indispensable d'enrichir la société socialiste pour que les masses populaires bénéficient de conditions d'existence plus aisées. En Chine, une priorité devait être accordée à l'élimination de la pauvreté.
2° ) il était nécessaire de parfaire la vie politique de l'État en élargissant la démocratie socialiste, en renforçant la législation socialiste. Dans une vie démocratique large, il serait plus facile d'élever la conscience politique du prolétariat et des masses.
Je retins aussi un passage clef de son exposé :
« La démocratie bourgeoise a permis d'effectuer un grand pas en avant par rapport à la dictature féodale. Le socialisme ne doit pas faire un pas en arrière par rapport à la démocratie bourgeoise. Aussi le problème de la démocratie prolétarienne doit être réglé en largeur et en profondeur. Le Parti doit donner le pouvoir de gestion à l'ensemble des travailleurs. Il importe de refuser l'égalitarisme sur la base de la pauvreté ancienne. C'est là une paupérisation qu'il importe de refuser. »
II ajouta « Après trente ans d'expérience, nous constatons que l'économie socialiste reste une économie de marchandises. Il faut étudier la loi et le rôle de la valeur. Il nous faut attacher une grande importance à l'étude et à la compréhension de la production sociale de l'Occident. Lénine lui-même avait indiqué que le socialisme devait partir des progrès capitalistes et non de la situation du féodalisme... Il nous faut tirer les leçons des expériences passées, parfaire le système socialiste lui même et développer sa supériorité. Les communistes chinois ont une grande confiance dans le socialisme. »
Je compris que ces derniers se trouvaient à un nouveau tournant de l'histoire de leur Parti, de leur peuple, de leur pays. Je fis quelques réflexions dubitatives et posais quelques questions auxquelles le chef de la délégation chinoise répondit en substance, avec beaucoup de chaleur :
« Camarades, faites-nous confiance ! Actuellement nos forces demeurent insuffisantes pour que nous puissions aider efficacement tous les peuples du Tiers monde à se libérer définitivement de la domination impérialiste, actuellement nous ne sommes pas encore en état d'aider les prolétariats et les peuples du monde entier à réaliser victorieusement leurs révolutions. Mais faites nous confiance. Nous allons accumuler toutes les forces nécessaires pour que demain la Chine socialiste soit une puissance ou le peuple aura vaincu la pauvreté... Nous nous en tenons au principe suivant lequel chaque Parti communiste doit appliquer le marxisme-léninisme à la pratique concrète de la Révolution dans son propre pays. »


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La résolution de 1981


Le 6 juillet 1981, la sixième session plénière du Comité central issu du XIe congrès du Parti communiste chinois présentait la Résolution sur quelques questions de l'histoire de notre parti depuis la fondation de la République populaire.
Ce long et très important document (qu’il est impossible de citer ici entièrement mais mérite une étude approfondie) fait un bilan historique et autocritique du PCC et de son principal dirigeant Mao Tsé-toung, distinguant les aspects positifs et négatifs de la ligne du parti et de sa propre direction sur toute cette période.

En voici quelques extraits significatifs.
Sur la période qui a précédé la fondation de la république populaire il est dit :
« De même que le P.C.C. est reconnu comme le noyau dirigeant de notre peuple multinational, de même le camarade Mao Zedong est reconnu comme le grand dirigeant du P.C.C. et du peuple chinois multinational; et la pensée-maozedong, formée au cours des luttes menées collectivement par notre parti et notre peuple, est reconnue elle-même comme la pensée directrice de notre parti. »

Sur les dix années suivantes :
« Pendant ces dix années, le Parti a accumulé d'importantes expériences dans la direction de l'édification socialiste. Le camarade Mao Zedong indiqua au printemps de 1957 qu'il fallait distinguer et régler correctement les deux types de contradictions sociales de caractère différent existant dans la société socialiste, et il fit de la juste solution des contradictions au sein du peuple le thème principal de la vie politique du pays.
… En 1958, il proposa que l'activité du Parti et de l'Etat soit désormais centrée sur la révolution technique et l'édification socialiste.
… Pour redresser les erreurs commises durant le «grand bond en avant» et le mouvement pour l'établissement des communes populaires, le camarade Mao Zedong indiqua qu'on ne devait pas exproprier les paysans ni brûler les étapes du développement social, et qu'il fallait s'opposer à l'égalitarisme; il souligna l'importance qu'il y avait de développer la production marchande, d'observer la loi de la valeur et d'assurer un équilibre d'ensemble dans la planification économique; enfin, il préconisa d'organiser le plan de l'économie nationale selon l'ordre de priorité suivant: agriculture, industrie légère, industrie lourde. »


Concernant les critiques adressées à Mao Tsé-toung :
« A la 10e session plénière du C.C. issu du 8e congrès du Parti tenue en septembre 1962, le camarade Mao Zedong donna à la lutte de classes, qui existe en société socialiste dans un cadre déterminé, une ampleur exagérée et lui attribua un rôle absolu, développant ainsi le point de vue qu'il avait avancé en 1957 à la suite de la lutte contre les droitiers, selon lequel la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie demeurerait la contradiction principale de notre société; il affirma même que, durant toute la période historique du socialisme, la bourgeoisie existerait et tenterait de restaurer son pouvoir, et que cela constituait l'origine du révisionnisme au sein du Parti. »

La «révolution culturelle», qui se déroula de mai 1966 à octobre 1976, a fait subir au Parti, à l'Etat et au peuple les revers et les pertes les plus graves depuis la fondation de la R.P.C. Elle fut déclenchée et dirigée par le camarade Mao Zedong, dont les thèses principales étaient les suivantes :
un grand nombre de représentants de la bourgeoisie, de révisionnistes contre-révolutionnaires se sont infiltrés dans le Parti, le gouvernement, l'armée et les milieux culturels; la direction d'un assez grand nombre d'unités ne se trouve plus aux mains des marxistes et des masses populaires. Des responsables du Parti engagés dans la voie capitaliste ont formé au sein du C.C. un quartier général bourgeois; celui-ci a une ligne politique et organisationnelle révisionniste, et des agents dans toutes les provinces, municipalités et régions autonomes, ainsi que dans les divers départements de l'échelon central. Les luttes menées sous différentes formes dans le passé n'ont pu résoudre le problème, seul le recours à la révolution culturelle, c'est-à-dire à la mobilisation ouverte et générale à partir de la base, afin que les masses populaires puissent dénoncer les sombres aspects susmentionnés, peut nous permettre de reprendre cette partie du pouvoir usurpée par les responsables engagés dans la voie capitaliste. Il s'agit, au fond, d'une grande révolution politique par laquelle une classe en renverse une autre, d'une révolution qui devra encore être menée à maintes reprises dans l'avenir.

Ces thèses sont essentiellement contenues dans la «Circulaire du 16 Mai», considérée comme un document-programme de la «révolution culturelle», et dans le rapport politique au 9e congrès du Parti; elles avaient, en outre, été résumées en une brève formule, à savoir la soi-disant «théorie de la continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat», donnant à cette formulation: «continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat» une signification spécifique. Ces thèses erronées, déviationnistes «de gauche», du camarade Mao Zedong concernant le déclenchement de la «révolution culturelle» s'écartaient manifestement de l'orbite de la pensée-maozedong, fruit de l'union des principes généraux du marxisme-léninisme et de la pratique concrète de la révolution chinoise; nous devons bien distinguer ces erreurs de la pensée-maozedong elle-même.

Dans les conditions du socialisme, il n'existe pas de base économique ni de base politique pour mener une grande révolution politique par laquelle «une classe en renverse une autre».

La responsabilité principale de cette grave erreur gauchiste que fut la «révolution culturelle» — une erreur aux dimensions nationales et de longue durée — doit être assumée par le camarade Mao Zedong. Toutefois, cette erreur a été commise par un grand révolutionnaire prolétarien.

On soutenait que le droit égal, selon lequel une même quantité de travail sous une forme s'échange contre une même quantité de travail sous une autre forme, qui se pratique dans le partage des objets de consommation en société socialiste, c'est-à-dire le «droit bourgeois» énoncé par Marx, devait être limité et critiqué, et, partant, que le principe de rémunération selon le travail et le principe de l'intérêt matériel devaient être aussi limités et critiqués; on prétendait aussi que la petite production continuerait à engendrer le capitalisme et la bourgeoisie chaque jour, à chaque heure et dans de vastes proportions après que la transformation socialiste eût été pratiquement achevée

Le camarade Mao Zedong fut un grand marxiste, un grand révolutionnaire, un grand stratège et un grand théoricien prolétarien. Certes, il a commis de graves erreurs au cours de la «révolution culturelle», mais si l'on considère sa vie dans son ensemble, sa contribution à la révolution chinoise dépasse de loin ses erreurs. Son mérite occupe la première place, tandis que ses erreurs n'occupent qu'une place secondaire. Il a accompli des exploits impérissables en contribuant à la fondation et au développement de notre parti et de l'Armée populaire de libération de Chine, à la victoire de la cause de libération de nos différentes nationalités, à la fondation de la R.P.C. et au développement de notre œuvre socialiste. Il a apporté une importante contribution à l'émancipation des nations opprimées et au progrès de l'humanité. »


On note cette phrase :
« on prétendait aussi que la petite production continuerait à engendrer le capitalisme et la bourgeoisie chaque jour, à chaque heure et dans de vastes proportions après que la transformation socialiste eût été pratiquement achevée »
qui va à l’encontre du texte déjà cité de Staline (« qui l’emportera ? »), sur l’aggravation de la lutte de classes:
« …la petite bourgeoisie urbaine et rurale, comme l'a dit Lénine, engendre dans son sein chaque jour et à chaque heure, capitalistes et tout petits capitalistes, et ceux-ci - ces éléments capitalistes - prennent toutes les mesures pour sauvegarder leur existence » . [J. Staline – les questions du léninisme – de la déviation de droite dans le PC(b) de l’URSS]
Nous avons vu que cette observation datée de 1931 avait déjà fait l’objet d’une discussion contradictoire. La notion de transformation socialiste pratiquement achevée apporte donc un élément nouveau.

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Le 50e anniversaire de la GRCP


Global Times publie à l’occasion du 50e anniversaire de la révolution culturelle :


Les vendeurs à un marché de bibelot lundi à Beijing déploient une banderole de 1969 représentant l'ancien dirigeant chinois Mao Zedong "inspection de la grande armée de la Révolution culturelle."
La révolution culturelle commença en Chine il y a exactement 50 ans - une décennie de tumulte lancée par Mao pour appliquer un égalitarisme radical (voir l’éditorial de la page 14). Photo: AP


La révolution culturelle ne se reproduira pas
Par Kou Jie - Source: Global Times Publié: 12/05/2016 00:43:01
Le cinquantième anniversaire de cette période déclenche un débat houleux
A l’approche du 50e anniversaire de la Révolution culturelle (1966-76), les réflexions sur cette période tumultueuse ont pris de l’ampleur tandis qu'une minorité de gauche radicale organise des événements commémoratifs pour contester le jugement officiel qui a défini depuis longtemps le mouvement comme "une décennie catastrophique ", une dizaine d'années qui ne sera pas répétée en Chine selon les experts.
Le 16 mai 1966, une circulaire a été adoptée lors d'une conférence du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois, dans lequel le chef du Parti Mao Zedong a estimé que le pouvoir usurpé par les tenants du capitalisme ne pourrait être repris que par le moyen d'une grande révolution culturelle. La nouvelle marque le début d'une campagne de dix ans qui ont jeté la Chine dans l'abîme du chaos et de l’anarchie selon certains historiens. Des livres illustrant la Révolution culturelle ont été publiés cette année, dont la version anglaise de The Cowshed : ‘Souvenirs de la Révolution culturelle chinoise’, un livre écrit par Ji Xianlin, un prestigieux professeur de l'Université de Pékin, dans laquelle il a raconté sa vie comme prisonnier des gardes rouges pendant la Révolution culturelle, selon le site d’informations thepaper.cn.
Beaucoup, en particulier ceux qui maltraitaient les autres pendant la Révolution culturelle, ont présenté des excuses publiques aux victimes. Après Chen Xiaolu, un ancien garde rouge et fils de Chen Yi, un maréchal qui était parmi ceux qui ont mené la révolution, a fait en 2013 des excuses publiques à ses professeurs du secondaire pour les avoir attaqués pendant la révolution culturelle, d’autres qui ont participé à la révolution ont manifesté des remords publics.
Au cours de la sixième session plénière du Comité central issu du XIe congrès du Parti communiste chinois en 1981, une résolution sur «certaines questions sur l'histoire de notre Parti depuis la fondation de la République populaire de République de Chine » a été adoptée, dans laquelle la Révolution culturelle a été complètement reniée et critiqué comme « une grave erreur prolongée sur une longue durée. »

Une période controversée
Malgré le bilan établi par le gouvernement, la Révolution culturelle reste controversée. Le sujet est même devenu un thème du débat actuel, où les gauchistes et droitistes se sont longtemps affrontés sur la voie politique de la Chine. Certains, comme Xia Guozan, 40 ans, admirateur de Mao de Jingzhou dans la province du Hubei de la Chine centrale, a dit que le désaveu de la Révolution culturelle par la société chinoise a en partie conduit à certains problèmes sociaux d'aujourd'hui, y compris le «conflit entre le citoyen moyen et ceux qui ont des droits acquis." Ceux qui partagent les vues de Xia ont commémoré la période à Xi'an, province du Shaanxi, le 8 mai, promettant de soutenir la Révolution culturelle jusqu’au bout, glorifiant par des chants l’hommage au président disparu Mao Zedong, selon le site de gauche zgsddh.com basé à Shaanxi, qui est devenu indisponible lors de sa publication.
D’autres ont reproché que les problèmes sociaux actuels proviennent de l'absence d'une réflexion complète et approfondie sur la Révolution culturelle.
« Les gauchistes considèrent la Révolution culturelle comme un mouvement populaire contre la bureaucratie et aspirent à son retour. D’autres remettent en question la direction du Parti en appelant à une réflexion dite radicale. Tous deux ont dévié de la définition officielle de la Révolution culturelle et ne devraient pas être encouragés » , a déclaré au Global Times Su Wei, professeur à l'Ecole du Parti du Parti communiste du Comité Chongqing en Chine. « Tant que le [pays] confirme la justesse de la direction du Parti et qu’il adhère à la ligne de base du Parti, la Révolution culturelle ne peut pas être restaurée » , a déclaré Su, ajoutant que nier totalement la Révolution culturelle est un principe inébranlable. « d'une manière générale, la réforme et l’ouverture politique de la Chine est couronnée de succès, et elle a conduit à l'augmentation de l'économie d'énergie et au plein essor du pays » , a confié à global Times Zhuang Deshui, directeur adjoint du Centre de recherche pour le gouvernement de l’intégrité des capacités à l’Université de Pékin. Zhuang a ajouté qu'il n'y a pas « d’espace économique et politique pour la Révolution Culturelle » .


Edité le 27-05-2016 à 14:45:46 par Xuan




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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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   Posté le 27-05-2016 à 14:44:51   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La Chine est-elle restée socialiste ?


Après la fin de la Révolution Culturelle, et la campagne de réforme et d’ouverture lancée par Ten Siao ping, l’opinion a prévalu que la Chine n’était plus socialiste mais capitaliste. La presse et les médias occidentaux se sont largement employés à présenter la Chine comme un pays capitaliste, voire encore plus capitaliste que les autres, et concentrant tous les vices de ce système à cause de son régime dictatorial.

La révolte réprimée place Tien An men, puis les troubles provoqués au Tibet par le Dalaï Lama ont été utilisés dans ce sens, quoique la première ait visé une orientation libérale et les seconds une partition de la Chine.

Dans une interview aux Editions Prolétariennes en 2004, Jacques Jurquet disait ceci :
« Je reste persuadé que tous les conseils de Mao pour résoudre les contradictions entre camarades et pour condamner les vrais ennemis restent toujours valables et d'actualité.
Le concept de lutte de classes vient de loin. Je suis entrain de lire les ouvrages de Marat (1770-1792). Il voyait déjà juste et en parlait de manière juste.
Je m'intéresse beaucoup à la politique actuelle du Parti Communiste Chinois. Ici on la présente comme capitaliste -la bourgeoisie de tous les pays ne peut pas accepter de reconnaître que l'essor de la Chine s'effectue sous la direction du PCC, alors elle dit " c'est le capitalisme ! "- mais c'est une manière de contester ses résultats spectaculaires. Le premier rôle de la chine reste de sortir de la précarité des centaines de millions de chinois(e)s. Le socialisme doit-il perpétuer la pauvreté ou la combattre ? Bien sûr que non.
Mao a parlé de la probabilité de socialisme pour une époque assez lointaine : 2 ou 3 siècles ( ?!). Je pense qu'il avait raison ( ?!) mais le capitalisme mondial, l'hégémonisme USA font de plus en plus l'unanimité des peuples contre eux. Je reste confiant pour l'avenir mais ce sera encore très dur pour les peuples et l'on ne peut rien prédire à l'avance. Les communistes sont des adeptes du matérialisme dialectique, mais n'ont rien à voir avec la lecture du futur dans le marc de café. »



De fait la réforme a bien favorisé le développement d’une part privée dans l’économie et les capitalistes font toujours des profits en Chine. Certains sont richissimes.
Il faut néanmoins rappeler que ni les capitalistes ni les profits capitalistes n’avaient disparu en 1949 et que plusieurs formes de propriété des moyens de production coexistent depuis :
Propriété privée, mixte, collective et publique, mais celle-ci est dominante.

Car la révolution chinoise s’est faite contre le féodalisme et le colonialisme, instaurant une dictature conjointe avec la bourgeoisie nationale dans le cadre de la Démocratie Nouvelle. Celle alliance stratégique a été maintenue dans la société socialiste, parce que la lutte anti impérialiste est toujours d’actualité et dans la mesure où les capitalistes acceptent les règles de la nouvelle société.
Dans ce cas, selon les communistes chinois, la bourgeoisie capitaliste nationale est encore capable de favoriser le développement des forces productives, alors qu’elle s’y oppose dans les vieux pays impérialistes et favorise le capital parasitaire financier.
Suivant l’indication de Marx :
« Une formation sociale ne meurt jamais avant que soient développées toutes les forces productives auxquelles elle peut donner libre cours ; de nouveaux rapports de production, supérieurs aux anciens, n'apparaissent jamais avant que leurs conditions matérielles d'existence n'aient mûri au sein de la vieille société. C'est pourquoi l'humanité ne se pose jamais que des problèmes qu'elle peut résoudre ; car, à mieux considérer les choses, il s'avérera toujours que le problème lui-même ne surgit que lorsque les conditions matérielles de sa solution existent déjà ou tout au moins sont en formation. » [Marx - Contribution à la critique de l'économie politique (1859)]

Les rapports entre socialisme et capitalisme sous dictature du prolétariat en Chine
Dans une « Annotation écrite par le camarade Mao Tsé-toung sur un document de la Conférence nationale sur le Travail des Finances et de l'Economie, tenue dans l'été 1953 », on lisait :
Sur le capitalisme d'état (9 juillet 1953)
L'économie capitaliste telle qu'elle existe actuellement en Chine est, pour la plus grande partie, une économie capitaliste, placée sous le contrôle du gouvernement populaire, liée sous diverses formes avec l'économie socialiste que représente le secteur d'Etat et soumise à la surveillance des ouvriers. Ce n'est donc plus une économie capitaliste ordinaire, mais une économie capitaliste particulière, une économie capitaliste d'Etat d'un type nouveau. Si elle existe, c'est surtout pour satisfaire les besoins du peuple et de l'Etat, et non pas pour permettre aux capitalistes de réaliser des bénéfices. Certes, le travail des ouvriers procure encore une part de profit aux capitalistes, mais cette part est faible et ne représente qu’environ le quart du profit global ; les trois quarts restants sont destinés aux ouvriers (fonds de bien-être), à l'Etat (impôt sur le revenu) ainsi qu'à l'accroissement des équipements de production (une petite partie du profit qu'ils rapportent revient aux capitalistes). Ainsi, cette économie capitaliste d'Etat d'un type nouveau revêt, dans une très grande mesure, un caractère socialiste et offre des avantages aux ouvriers et à l’Etat
.

Dans « de la juste solution de contradictions au sein du peuple » Mao Tsé-toung écrivait :
« IV. Les industriels et les commerçants
Dans le domaine de la réforme de notre régime social, on a achevé en 1956, outre l'organisation des coopératives dans l'agriculture et l'artisanat, la transformation des entreprises de l'industrie et du commerce privés en entreprises mixtes, à capital privé et d'Etat. L'accomplissement rapide et sans à-coups de cette tâche est étroitement lié au fait que la contradiction entre la classe ouvrière et la bourgeoisie nationale a été traitée par nous comme une contradiction au sein du peuple. Cette contradiction de classes est-elle entièrement résolue? Non, elle ne l'est pas encore ; il faudra une très longue période pour qu'elle le soit tout à fait. »


Le document de 1981 cité plus haut (résolution sur quelques questions…) indique à ce sujet :
« Pendant cette période de transition, notre parti a, dans un esprit créateur, frayé la voie à une transformation socialiste adaptée aux conditions spécifiques de la Chine. Pour l'industrie et le commerce capitalistes, nous avons créé différentes formes de transition du capitalisme d'Etat, allant du degré inférieur au degré supérieur : exécution ou opérations de transformation et d'usinage au profit de l'Etat, exécution de commandes selon les plans d'Etat, unification des achats et garantie de l'écoulement de la production par les soins de l'Etat, vente en gros ou au détail assurée par des commerçants privés pour le compte de l'Etat, création d'entreprises mixtes à capital d'Etat et privé et extension de ces entreprises par branches et professions entières. Ces formes de transition devaient permettre finalement de réaliser vis-à-vis de la bourgeoisie une politique de rachat par voie pacifique, selon l'idée conçue par Marx et Lénine. »

Deux voies dans la réforme et deux formes de la lutte des classes en Chine
Dans « plusieurs questions de la penséemaotesétoung », Qiushi écrit :
« …la réforme est l'auto-amélioration du système socialiste, dont le principe du maintien du système socialiste de base, ajustant les rapports de production aux besoins de développement des secteurs productifs, et la superstructure à la base économique. L'autre type de modèle veut que l'ensemble de la réforme soit le renversement complet du système socialiste, nie l'histoire de base du parti et la pratique socialiste, préconise la restauration complète du système capitaliste, c’est la voie capitaliste. »
… « Mao Zedong a souligné que les contradictions dans la société socialiste par rapport aux anciennes contradictions sociales, telles que la contradiction dans la société capitaliste, sont fondamentalement différentes. Les contradictions de la société capitaliste sont antagonistes, elles se manifestent par des confrontations sévères et des conflits, la lutte des classes est sévère. Les contradictions de la société capitaliste, comme celle entre le caractère social de la production et le caractère privé de la propriété des moyens de production, la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie, la contradiction entre l’anarchie créée par les entreprises individuelles et la société dans son ensemble, sont impossibles à résoudre dans le cadre du système capitaliste, mais seule la révolution socialiste renversant le système capitaliste, la mise en place du système socialiste peuvent être en mesure de des résoudre.
Les contradictions dans la société socialiste sont une autre affaire. Avec la mise en place du système de base du socialisme, la lutte des classes à grande échelle est terminée, la plupart des contradictions de la société socialiste relèvent de contradictions au sein du peuple »


Cependant la réforme va plus loin dans la privatisation des entreprises et la place de l’économie privée est une question toujours en débat.
En 2014 l’organe théorique Qiushi rappelle la « théorie de base du PCC sur le capitalisme de propriété mixte et le socialisme »
Récemment l’UE a refusé le statut d’économie de marché à l’économie chinoise, en affirmant qu’elle ne répondait pas aux critères libéraux. De fait cette notion prend une acception particulière dans le cas de l’« économie de marché socialiste » en Chine.

L’étude du marxisme et de la pensée maotsétoung
Sur le plan théorique l’étude du marxisme connaît un regain significatif, conséquence de la crise mondiale du capitalisme et de la remise en question des théories économiques occidentales introduites dans le cadre de l’ouverture.
Le 21 mai Xinhua annonce la publication du discours de Xi Jinping sur la philosophie et les sciences sociales, appelant à l’adhésion au marxisme dans ces domaines.
Les grandes lignes de la pensée maotsétoung (dont le site Qiushi présente toujours les cinq tomes des œuvres choisies) figurent toujours dans les documents théoriques du PCC : la dictature du prolétariat, partir des faits, la ligne de masse*, servir le peuple, notamment.
[*La ligne de masse signifie que tout doit être fait pour les masses, qu'on doit s'appuyer en tout sur elles et qu'on doit partir des masses pour retourner aux masses.]
Dans son discours du 1er mai 2015 Xi Jinping dit notamment ;
« Dans cette voie, nous devons poursuivre la réalisation, la sauvegarde, et le développement des intérêts fondamentaux de l'écrasante majorité de la population, pour assurer que tous peuvent bénéficier plus équitablement et à fond des fruits du développement. Les masses aspirent à une vie meilleure, et notre objectif est de les aider à y parvenir. Travailler sans réserve à servir les intérêts de la classe ouvrière et des travailleurs est l'exigence fondamentale du système socialiste de notre pays, une obligation sacrée du Parti et de l'Etat, et l’initiative fondamentale dans l’exercice du rôle dirigeant de la classe ouvrière et des travailleurs.»

Les « sangsues du peuple » dénoncées et sanctionnées
Les comportements « extravagants » de certains fonctionnaires sévèrement critiqués de 2013 à 2015, comme la lutte contre la corruption visant à la fois les mouches et les tigres s’est poursuivie et accentuée depuis plusieurs années, faisant appel aux critiques émanant des masses. Il s’agit d’une lutte de classe contre l’idéologie bourgeoise dans le comportement des communistes.
Evidemment ceci ne plait pas à la presse bourgeoise comme ‘Marianne’ s’inquiétant que « Mao bouge encore », ou ‘le Monde’ qui connaît sur le bout des doigts les sentiments profonds du peuple chinois, assurant à propos de la « rectification des cadres » et de la critique de l’hédonisme « il y a des nostalgies dont le spectacle, même en Chine, fait grincer des dents la majorité silencieuse.» [En Chine, "rectification des cadres" et retour à Mao]
Il n’y a en fait aucun retour à Mao dans la mesure où la penséemaotsétoung n’a jamais été rejetée par le parti communiste chinois.

Si la révolution culturelle n’a « plus d’avenir » et si les nostalgiques de la révolution culturelle sont une minorité, la dictature du prolétariat n’a pas été abandonnée, la lutte idéologique pour que la Chine reste rouge n’a pas cessé, mais sous la direction du parti communiste cette fois.

Il y a un non-dit dans les interrogations du sinologue Bonnin, comme dans tous les commentaires de la presse occidentale, et y compris dans l'Humanité :

quand Mao Tsé toung sera-t-il déstalinisé ?

Depuis la fin de la révolution culturelle ils s'obstinent à poser cette question, en insinuant qu'ils pourraient peut-être, on ne sait jamais, donner un petit coup de pouce, appuyer quelque révolution colorée , subvertir la Chine en soutenant quelque groupe d'opposants. Et ils posent toujours cette question avec obstination, parce que la réponse est non...

Mao n'a jamais été déstalinisé.


Edité le 03-06-2016 à 22:38:44 par Xuan




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