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 2018 : congrès extraordinaire du pcf

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Xuan
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   Posté le 11-01-2018 à 19:00:26   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Voir : Le PCF tiendra un Congrès extraordinaire du 23 au 26 novembre 2018


La direction révisionniste enregistre l'échec de sa ligne :

"Le parti communiste tiendra son Congrès extraordinaire du 24 au 26 novembre 2018, pour y "repenser" son "action" et ses "ambitions", alors qu'il connaît de plus en plus en difficultés, a annoncé samedi le parti."

La leçon qui en est tirée se traduit par "les nouveaux modèles d'organisation dont nous avons besoin" en mettant l'accent sur les élections européennes.

A l'évidence les dirigeants révisionnistes font les canards sur l'électoralisme. Leur projet de dissolution du pcf dans un mouvement comparable à celui des Insoumis montre le bout du nez au moment où le groupe de Mélenchon commence à révéler les inconvénients d'un groupe informel. Enfin ils voient la solution des contradictions françaises en Europe.

Il sera intéressant de suivre l'opposition à cette ligne vouée d'avance à l'échec, son ampleur et ses orientations. Nous ne devons pas rester à l'écart comme des observateurs indifférents, mais contribuer à cette opposition, dans l'objectif de reconstituer le parti communiste.

Ci-dessous un texte mis en ligne sur le réseau fairevivre Pierre Laurent et Octobre 1917... un enjeu essentiel du congrès du PCF...

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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   Posté le 11-01-2018 à 19:15:29   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Contribution au débat préparatoire du Congrès extraordinaire du PCF

Pierre Laurent et Octobre 1917... un enjeu essentiel du congrès du PCF...


Le discours de Pierre Laurent le 4 novembre 2017 pour le 100eme anniversaire de la révolution d’octobre a été peu discuté par les communistes. Pour la première fois depuis la mutation, il situe de nouveau le point de vue communiste du PCF de 2017 dans l’histoire communiste marquée par les "dix jours qui ébranlèrent le monde" , celle de 1917. Le "nouveau communisme" proposé par la mutation et ses suites, était construit d’abord sur la mise en cause de 1920, conduisant à de multiples reprises à des propositions de changement de nom du parti. En célébrant la promesse de la révolution d’octobre , en situant notre projet aujourd’hui dans le fil de l’histoire des révolutions dont la révolution russe, Pierre Laurent cherche à refonder le projet communiste sur son origine. C’est un enjeu considérable pour le congrès prochain du parti communiste.

Oui, nous sommes le parti né en 1920, né de l’énorme impact de cette révolution des soviets qui ouvraient la voie à des sociétés dirigées par les travailleurs.

Pierre Laurent veut concilier cet ancrage révolutionnaire d’octobre avec les conséquences de la mutation engagée il y a bientôt 20 ans après des décennies de stratégie d’union de la gauche en échec. Il considère que les leçons de l’histoire ont été tirées il y a longtemps, mais en faisant abstraction des luttes de classes d’aujourd’hui, de la violence du capitalisme mondialisé, et des expériences réelles de la guerre que le capitalisme impose à toute expérience d’une autre société, il y a un siècle comme aujourd’hui. Pierre Laurent ne peut ainsi aller au bout de sa démarche d’ancrage dans la promesse d’octobre. Il faut absolument prolonger ce débat en grand.

La promesse d’octobre
Pierre Laurent introduit son discours en célébrant la « promesse d’octobre » qui conduit à « à réfléchir à l’actualité de l’idée de révolution aujourd’hui »

« En plein conflit mondial, il y a cent ans, le 20ème siècle s’est ouvert par une immense promesse : la Révolution d’Octobre. Une révolution qui revendique « le pain, la paix, la dignité »

Il place Octobre dans le temps long de l’histoire des révolutions, du mouvement ouvrier et du marxisme, des canuts à la commune de Paris et à la naissance du 1er mai à Fourmies. Il considère avec justesse que la révolution « n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein » , mais une accélération qui « plonge ses racines dans le développement du mouvement ouvrier et de la pensée de Marx, tout au long du 19ème siècle et dans celle de Lénine au début du 20ème »

« Les journées d’octobre 1917 en Russie, ou celles de juillet 1789 en France, cristallisent des processus profonds, au cours desquelles se renforce et s’exprime la conscience populaire et politique de la nécessité de bouleverser les rapports sociaux »

Il souligne la force d’octobre, qui
« ébranle jusqu’au tréfonds les logiques impérialistes d’asservissement des peuples et, par là même, les fondements du colonialisme comme instrument de domination des plus grandes puissances. »
et qui
doit, dès sa naissance, faire face à une lutte des classes internationale féroce. Tout est fait pour écraser ce spectre rouge qui hante l’Europe

Mais pour lui, la promesse d’octobre s’est enlisée pour devenir un paradoxe...
« Bien sûr, aujourd’hui nous connaissons la suite, la logique de guerre imposée par les forces impérialistes coalisées, les tentatives de réforme de la Nouvelle Politique Economique (NEP) pour sortir de la crise et de la famine, la mort de Lénine, les promesses non abouties et puis, malgré l’essor économique, le processus émancipateur qui s’enlise dans un système contre-révolutionnaire, répressif, dictatorial et inhumain : le stalinisme. C’est le paradoxe du grand souffle de 1917. »

En quelques mots, il réduit ce qu’a été l’URSS a un système contre-révolutionnaire inhumain... et lui donne un nom bien connu : le stalinisme. comment affirmer « bien sûr, nous connaissons la suite » ? Car que connaissons-nous vraiment de l’URSS en-dehors du discours des contrerévolutionnaires, ceux qui ont imposé la guerre à la jeune révolution, qui ont tout fait pour en saper le développement, ceux qui en France criait "plutôt Hitler que le Front Populaire" et ailleurs "plutôt Hitler que l’URSS"... ceux qui ont mené la guerre froide imposant au pays qui avait le plus contribué à la victoire contre le nazisme une course aux armements suicidaire... Ce discours du "stalinisme" est celui du célèbre livre des 100 millions de morts du communisme, et ceux qui le tiennent ne font pas la différence entre octobre et le stalinisme !

Face à cette bataille de diabolisation du socialisme, nous avons été en difficulté entre des décennies de solidarité sans faille avec l’URSS et les contradictions, les hésitations dans la recherche de voies nationales au socialisme, face aux difficultés même du socialisme soviétique, de la démocratie socialiste, des contradictions entre socialismes avec le conflit sino-soviétique. Nous avons été constamment, acteurs, parties et parfois un peu rapidement juges, ce qui nous a alors privé du recul nécessaire, recul que nous avons aujourd’hui, car nous avons vécu et nous vivons des expériences diverses d’édification du socialisme.

Le stalinisme ?
Nous avons un urgent besoin de proposer notre propre analyse de ce qui s’est construit sous Staline, que nous ne pouvons résumer à un système inhumain :
> Que dire de Gagarine et des réussites technologiques de l’URSS ?
> Que dire du développement de l’espérance de vie de tous les soviétiques jusqu’en 1963, (voir cette petite comparaison du socialisme et du capitalisme ?
> Que dire des expériences soviétiques sur la biodiversité qu’on redécouvre aujourd’hui avec les jardins Vavilov ?
> Que dire de l’apport des conquêtes soviétiques aux conquêtes sociales dans le capitalisme occidental ?
> Que dire de l’apport de l’URSS aux luttes de décolonisation, malgré les débats nécessaires sur ses contradictions ?
> Que dire des conquêtes pour l’égalité des femmes, qui n’ont été remise en cause que par la restauration capitaliste !?
> Que dire de la construction d’une citoyenneté multi-nationale qui a fait vivre une incroyable diversité de peuples, de cultures, de nationalités, de religions et avait une telle force que 70% des soviétiques ont voté en 1990 pour le maintien de l’URSS... référendum violé par leurs dirigeants comme celui de 2005 en France !
> Qui a lu le livre « sovietica » de Irina Malenko qui nous parle de son pays comme d’un lieu de sécurité et de liberté, et qui témoigne des mensonges qu’elle découvrait en venant étudier à l’ouest ?
> Qui a lu l’étude de la polonaise Dorota Dakowska, qui révèle ce qu’était l’intervention occidentale au sein du socialisme pendant la guerre froide ?
> Qui a vu l’incroyable pièce de théâtre « je n’ai pas honte de mon passé communiste » de deux acteurs yougoslaves qui parlent du socialisme comme une incroyable liberté ?

Depuis des décennies, le capitalisme mondialisé a construit un discours totalitaire sur les expériences socialistes, dont la plus importante, la soviétique, mais aussi sur la yougoslave, la cubaine, la chinoise. Cette diabolisation du socialisme est faite pour nous interdire de penser aussi bien le socialisme, que ses déformations, et sa destruction.. Il est urgent de sortir de ce discours du « stalinisme inhumain » .

Il suffit d’ailleurs de discuter avec les militants communistes, avec les forces de gauche en Russie, comme avec les communistes cubains ou chinois, pour réaliser que ce discours est totalement occidental ! La délégation de communistes Français qui s’est rendue à Moscou pour le 100eme anniversaire de la révolution d’octobrepeut en témoigner, et invite à découvrir en urgence le livre de Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop « Staline, héros national ou tyran sanguinaire » .

Nous savons que le "stalinisme" a conduit à un échec, ne serait-ce que parce-que les dirigeants qu’il a mis au pouvoir après Staline, sont trop souvent devenus des gestionnaires corrompus d’un capitalisme revanchard et destructeur ! Cet échec a sans doute des dimensions économiques et sociales, mais il a évidemment des raisons politiques majeures, et il a produit au final la négation de la démocratie avec le non respect du référendum de 1991 !

Mais nous ne pouvons rien comprendre sans travailler une analyse marxiste réelle fondée non sur les discours médiatiques dominants, mais sur les faits. Cela suppose la coopération avec ceux qui ont vécu, construit, défendu le socialisme, ceux qui le 7 novembre 1991 manifestait sur la place rouge contre le capitalisme, découvrant que leurs dirigeants, et leur parti, les avaient trahis !

La leçon d’octobre ?
Sans ce travail sur l’histoire du socialisme, Pierre Laurent ne peut que produire une analyse ancienne, citant Georges Marchais qui évoquait en 1973 dans le défi démocratique, « la démocratie comme but et comme moyen de la révolution » , et il considère, bien vite, que la leçon a été tirée...
Pour nous, communistes français, la leçon a été longue et douloureuse à tirer. Mais elle est tirée définitivement. Il n’y a pas de processus révolutionnaire abouti sans un développement ininterrompu de la démocratie, dans tous les domaines. Aussi âpre soit le chemin, la démocratie, l’action et la maîtrise consciente du processus politique par le peuple n’est pas négociable. C’est la condition de la réussite.

Or, Georges Marchais cherchait à juste raison une voie française au socialisme. A l’époque, il pouvait mettre de coté le coup d’état au Chili comme une "anomalie" historique dans le grand mouvement de progrès démocratique lié à l’alliance entre pays socialistes, non alignés, et luttes sociales des pays capitalistes, progrès historique qui allait connaitre son apogée avec la grande défaite des USA au Vietnam en 1975. Mais près de 50 ans après, nous savons que la contre offensive du capitalisme mondialisé était en route et nous constatons que la violence de la bourgeoisie contre toute expérience démocratique, loin d’être un cas particulier chilien, est au contraire une loi générale. Une voie démocratique au socialisme ne peut donc être seulement électorale.

Pour les communistes, il n’y a pas de démocratie véritable dans le capitalisme, et à l’inverse, le communisme est nécessairement une démocratie réelle, concrète, qui va jusqu’au dépérissement de l’état comme instrument de domination d’une classe sociale. Mais si la démocratie est le but, peutelle résumer le chemin ? Et de quelle démocratie parle-t-on ? de la démocratie électorale ? Maduro au Vénézuela tente de reconstruire une démocratie populaire. Il doit le faire en défendant les acquis de la révolution bolivarienne contre des milices fascisantes instrumentalisées par une bourgeoisie ayant le soutien total des USA. Maduro et le peuple bolivarien ont un besoin crucial d’armée et de police ! Pour retrouver la démocratie, il doit rompre avec les formes existantes de la démocratie vénézuélienne et réinventer sa constitution !

La démocratie dans un monde sans classes sociales marque la sortie de la préhistoire de l’humanité , mais dans une société de luttes de classe, la démocratie sans rapports de forces, sans mobilisation militante capable d’imposer des reculs à la bourgeoisie par la rue, par le blocage de la production des profits, jusqu’à, contrairement à ce que dit Pierre Laurent, « prendre le palais d’hiver » au moment où c’est nécessaire, c’est un renoncement à la révolution et un renoncement à la démocratie ! C’est un vieux sujet déjà pointé par celui qui allait porter la révolution Française jusqu’au bout, Robespierre, celui qui avait proposé l’abolition de la peine de mort mais qui, pour défendre la révolution contre les affairistes, disait « la terreur sans laquelle la vertu est impuissante, la vertu sans laquelle la terreur est funeste » .

On ne peut rien comprendre à l’échec démocratique du stalinisme sans le situer dans les conditions concrètes de la guerre dont la qualification de " froide " masque sans doute aujourd’hui son ampleur et sa force... On ne peut plus parler de révolution si on réduit la bataille démocratique à la bataille électorale. C’est une des grandes leçons d’octobre « tout le pouvoir aux soviets », et tant pis pour une assemblée constituante incapable de répondre aux exigences populaires !

Il faut donc approfondir les conditions de « l’action et la maîtrise consciente du processus politique par le peuple » dont Pierre Laurent dit qu’elle « n’est pas négociable ». Mais c’est bien cette maitrise consciente qui nous fait défaut depuis des décennies, et que toutes les stratégies du PCF n’ont pas réussi à construire. Nous avons un urgent besoin de tirer cette leçon là, celle de l’échec de l’union de la gauche, de l’échec du Front de Gauche, et plus globalement, de la réussite des opérations successives de reconstitution de sa domination par la bourgeoisie Française, de Mitterrand assumant le tournant de 1983, jusqu’à Macron en marche...

Alors aujourd’hui ?
En venant à notre projet actuel, Pierre Laurent le construit en opposition à un capitalisme mondialisé qui « n’est plus capable de porter les promesses d’épanouissement et d’émancipation humaine. »
Nous vivons une telle période, où se cherchent les voies de nouvelles révolutions des rapports sociaux-... Le capitalisme mondialisé est à la fois hyper puissant et dominateur, mais désormais miné par des contradictions dont l’ampleur le rende incapable d’assurer l’avenir et même à terme la survie de l’Humanité.

Il en conclut que « l’heure est venue d’œuvrer concrètement au dépassement de ce système » . Le capitalisme serait-il à bout de souffle ? Dans quel état était-il en 1917 miné par la guerre ? L’heure était-elle déjà venue ? Est-ce que chaque crise périodique du capitalisme sonne l’heure des révolutions ? Mais alors, qu’est-ce qui produit son incroyable capacité de se reconstruire ?

De fait, le capitalisme bouscule toujours l’ordre des choses sans autre souci que le profit permettant sa reproduction et sa domination. Pierre Laurent note qu’il ne répond à aucun des « grands enjeux du dépassement de ce système, le réchauffement climatique(...), le terrorisme(...), les trafics(...), la privatisation des richesses du travail(...) » et en déduit que « nous vivons bien le temps des révolutions. »
« Les savoirs explosent, la productivité du travail est exponentielle et la révolution numérique bouleverse la donne. L’ordre ancien craque car il paraît fou de n’utiliser ces immenses potentiels qu’au service d’une minorité mondiale de plus en plus restreinte mais de plus en plus indécemment riche et puissante. »


Cette affirmation d’un capitalisme dépassé, "fou" , est pourtant le contraire de la citation de Marx que Pierre Laurent propose très justement...
« Le capital [...] est en fait, dans son mouvement pratique, aussi peu déterminé par la perspective d’un pourrissement futur de l’humanité [...] que par l’éventuelle chute de la Terre sur le soleil. Dans toute escroquerie financière, chaque actionnaire sait que la tempête arrivera un jour, mais chacun espère qu’elle tombera sur la tête de son voisin après que lui-même aura recueilli la pluie d’or et l’aura mise en sécurité. Après moi, le déluge : telle est la devise de tout capitaliste » .

Autrement dit, le capitalisme est un système qui ne cherche JAMAIS à répondre aux enjeux humains, ni au 21ème siècle, ni au 19ème ! Il ne connait qu’une loi, la sienne, celle du profit et de l’accumulation, peu importe les conséquences humaines ou écologiques.

L’expérience récente, notamment après la crise de 2008, puis violente économiquement que celle de 1929, montre que ce système a toujours la capacité de se réinventer, d’ouvrir de nouveaux marchés permettant de relancer le cycle de l’accumulation, de détruire aussi toujours plus de capital, la guerre n’en étant qu’un des moyens.

Le monde n’est pas au bord de l’abime, au contraire, comme le montre un test très utile sur la représentation du monde tel qu’il est au 21ème siècle avec le questionnaire du site gapminder.com, site d’un géographe fort utile pour connaitre et comprendre le monde et son histoire. Résumons ce qu’il nous révèle et dont en général, nous n’avons pas conscience :
La proportion de personnes vivant en très grand pauvreté a été divisée par deux depuis 20 ans, 80% des enfants de moins de 1 an sont vaccinés, le nombre de morts de catastrophes naturelles a été divisé par deux, la majorité des humains vivent dans des pays aux revenus moyens, les femmes de 30 ans ont eu 9 ans de scolarité en moyenne, presque autant que les 10 des hommes de 30 ans, 60% des filles des pays pauvres sont scolarisées, 80% des humains ont accès à l’électricité, l’espérance de vie moyenne d’un humain est aujourd’hui de 70 ans...

Ces données décrivent un monde qui s’est fortement amélioré socialement depuis 20 ans. Elles sont énormément dues à la Chine et donc au socialisme, mais pas seulement. Et pourtant, il est vrai que les pauvres des pays riches, comme les victimes des guerres de l’OTAN, comme la majorité des habitants de l’ex-URSS, ont connu eux une dégradation de leurs conditions de vie, depuis que la destruction de l’URSS a libéré le capitalisme mondialisé.

Non seulement le capitalisme n’est pas à bout de souffle, mais ce que perçoivent les militants en France dans les luttes sociales, dans les actions de solidarité, dans les efforts pour renforcer une organisation communiste, ce sont au contraire les difficultés de la période, les divisions qui affaiblissent le monde du travail, le succès des idées du capitalisme mondialisé du chacun pour soi, de la réussite individuelle, d’une charité qu’il faut limiter car "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde". La révolution russe, comme toutes les révolutions, a été d’abord un immense soulèvement populaire, des soldats contre la guerre, des paysans pour la terre, des ouvriers pour leur dignité. Si la colère et des luttes existent bien en France, sont-elles à ce niveau d’ensemble de mise en mouvement de millions de gens dans toute la France ? un niveau qui permettrait de dire que nous connaissons "l’heure des révolutions" ? Les communistes devraient être honnêtes avec eux-mêmes et surtout avec le peuple. Nous en sommes loin.

La révolution ou les révolutions ?
Pierre Laurent n’évoque d’ailleurs pas le rapport des forces au plan social, mais reconnait la bataille idéologique conduite par la bourgeoisie.
« La révolution, les révolutions deviennent dès lors l’objet d’une bataille d’idées intense et renouvelée. Macron et les siens en ont conscience. Les révolutions, leur sens, se gagnent dans les têtes, dans la conscience politique de tout un chacun. »

Pourtant, il reste un mot absent de son discours alors même qu’il est au cœur de la bataille idéologique sur ce qui au fonds différencie une société capitaliste d’une autre forme de société...
« Qui décide ce que l’entreprise doit produire, où elle doit produire, de quelle façon, par quelles méthodes, en utilisant quelles matières premières, quelles énergies ? De nouvelles formes de démocratie et d’appropriation sociale, participatives, coopératives, délibératives, doivent étendre considérablement le champ actuel des pouvoirs populaires. »

Mais comment poser la question de la démocratie dans la vie économique sans poser la question de la propriété des grands moyens de production et d’échange... ? Comment ne pas voir que ce qui freine l’appropriation sociale même dans l’économie sociale et solidaire, c’est bien justement d’être dans une société ou l’intérêt privé domine parce-que l’économie est principalement privée, et de plus en plus avec les privatisations accumulées par les gouvernements de gauche et de droite, parfois même avec des ministres communistes !

Pourquoi alors ne pas dire clairement qu’au cœur de notre projet de société, il y a les nationalisations qui exproprient les grands intérêts privés du cœur de l’économie et qui créent les conditions nouvelles d’une réelle appropriation sociale ? Ce mot absent du discours de Pierre Laurent est pourtant dans toutes les têtes quand une restructuration violente détruit un site industriel en France, quand le grand monopoly du capitalisme mondialisé brade de grands groupes construits autour des grands services publics de transport ou d’énergie... Ce mot nationalisation caractérise historiquement le socialisme comme phase de transition. Il ne dit pas tout, mais sans lui, comment parler de révolution, comment parler d’une autre société, si la grande bourgeoisie a conservé tous ses pouvoirs économiques ?

Cela rejoint la question démocratique. Une démocratie véritable est-elle possible si les détenteurs de capitaux restent dominants dans l’économie ?

Cela rejoint aussi la question de la nature de la révolution. Pierre Laurent joue beaucoup sur le terme, parlant d’évolution, de révolutions au pluriel, mêlant ainsi la révolution au sens de la promesse d’octobre avec les révolutions dont les médias nous parlent, numérique, écologique, humaine...
La révolution aujourd’hui est multiforme et elle ne se résume pas à la seule conquête du pouvoir d’Etat, aussi important soit cet enjeu, à la condition de repenser ainsi très profondément la formation de l’Etat. En construisant des services publics, en créant la Sécurité sociale, les colonies de vacances, le tourisme social, la politique du logement social…, les communistes ont œuvré à la révolution contre les pouvoirs du capital.

Il est d’ailleurs étonnant de ne pas inclure dans cette liste les nationalisations de l’énergie, des usines Renault, du rail...? Pourquoi les oublier ?

Le manque d’analyse des obstacles sur lesquels ont butté les communistes soviétiques conduit à ne pas étudier les obstacles sur lesquels nous buttons dans un pays capitaliste mondialisé dominant, et conduit à exclure la question clé du pouvoir, et notamment du pouvoir sur l’économie, le système bancaire, la monnaie.
Pierre Laurent n’analyse ainsi jamais l’affrontement nécessaire pour savoir qui dirige la société, appelle aux initiatives à tous les niveaux, mais sans aider à comprendre comment arracher réellement des pouvoirs à une bourgeoisie qui les défendra becs et ongles.
«Nous voulons, en multipliant les initiatives de solidarités concrètes, les espaces citoyens de délibérations, les fabriques solidaires, libérer toutes les énergies démocratiques, leur donner sens et possibilité de s’associer.
Faire révolution aujourd’hui, c’est donc pousser en avant tous les potentiels émancipateurs dans la société, dans le travail, dans l’affirmation des individus, dans le recul des processus de confiscation des richesses, dans la démocratie. »


Ce serait un
« processus de long terme qui se développera probablement de manière inégale et diverse à l’échelle de la planète, mais avec des dimensions internationalistes et mondiales de plus en plus fortes. »

Oui, comme il le faisait remarquer en introduction, une révolution s’inscrit toujours dans un processus de long terme, mais en est ce moment d’accélération ou le pouvoir dominant bascule, d’une classe sociale à une autre, de la féodalité à la bourgeoisie, de la bourgeoisie à la classe des travailleurs. Et ce moment d’accélération doit nécessairement faire face à la violence de cette bourgeoisie, du capitalisme mondialisé dominé par l’OTAN, ses services secrets, ses géants du numérique qui nous connaissent jusqu’à nos vie privées...

On ne peut penser la révolution dans les conditions de la France sans prendre à bras le corps toutes ces questions concrètes, en tirant les leçons de l’échec de décennies d’électoralisme à gauche, en reconstruisant le lien entre luttes sociales partout et projet de changement de société. On ne peut penser à la révolution dans les conditions de la France aujourd’hui sans souligner le caractère spécifique du niveau national. Pierre Laurent dit que dans « ce monde interdépendant qui est le nôtre, cette bataille des pouvoirs se mène à toutes les échelles, locale, nationale, européenne, mondiale.! » . Certes, mais le 20ème siècle a appris aux communistes qu’il est une échelle spécifique aux révolutions, le cadre national dans lequel s’organise, encore aujourd’hui, la domination de la bourgeoisie, niveau où sa domination doit être mise en cause. Car chacun comprend bien qu’au niveau local, on ne peut que résister, et qu’au niveau européen ou mondial, que peser pour les coopérations et la solidarité. Mais ce n’est pas pour rien que Macron aggrave les attaques contre les droits des travailleurs, des locataires, des collectivités, en défaisant des lois nationales et non pas des directives européennes ! L’objectif de la révolution doit être de disputer à la bourgeoisie le pouvoir d’état, pour permettre de lui disputer son pouvoir économique, local comme mondial...

Il faut alors proposer une autre conclusion au discours de Pierre Laurent qui écrit :
« En 2017, face aux défis gigantesques qui s’additionnent, il est temps qu’une implication populaire durable, et non seulement insurrectionnelle, pousse et prolonge dans tous les domaines, par la conquête citoyenne permanente, les processus révolutionnaires qui cheminent et se cherchent.
Cette implication, c’est ce que nous nommons « Le communisme de nouvelle génération »... »


Voila ce que nous pourrions proposer :

En 2017, face aux défis gigantesques qui s’additionnent, il est temps qu’une mobilisation populaire organisée durablement, pas seulement électorale, mais citoyenne, sociale, économique, politique, pousse et prolonge dans tous les domaines les processus révolutionnaires qui cheminent et se cherchent dans les contradictions du capitalisme, jusqu’à conquérir le pouvoir d’état.
Ce mouvement doit construire la capacité du peuple à s’organiser pour diriger, de l’atelier et du quartier jusqu’au sommet de l’état, et imposer ses propres intérêts, contre les intérêts des bourgeoisies, du capitalisme mondialisé, contre tous les corporatismes et bureaucraties et leurs intérêts privés venant mettre en cause l’intérêt général.
Ce mouvement que nous appelons communisme, doit faire grandir l’exigence d’une autre société, d’une société socialiste aux couleurs de la France, internationaliste, démocratique, imposant un autre monde dans la coopération et le développement commun.

Pierre Laurent appelle à « La ré-invention du Parti communiste, pour en faire une force capable d’affronter ces défis, (...) condition de sa fidélité à son idéal révolutionnaire. » .

Pour être cet évènement, ouvrir en grand ce chantier historique, le prochain congrès réinventer les repères de notre idéal révolutionnaire : enracinement dans les entreprises au coeur des contradictions entre travail et capital, choix de classe affirmé pour construire le rassemblement populaire, nécessité d’un parti organisation de terrain, tourné vers l’action et l’éducation populaire, réaffirmation de notre ancrage internationaliste, contre les institutions du capitalisme mondialisé, y compris européenne, contre l’OTAN, affirmant le projet d’une France souveraine ouverte au monde multipolaire et s’appuyant sur les succès des socialismes existants pour faire reculer les forces militaristes, et imposer la paix.

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Xuan
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   Posté le 12-01-2018 à 08:10:34   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Lettre à une cellule du pcf :

Merci chères et chers camarades pour ces textes importants,

je renouvelle mes meilleurs vœux de bonne année en vous souhaitant une excellente santé, bon moral et bon allant. Au mois cette fois ce qui est en face n’est pas maquillé.
Vous avez raison de commenter le discours de Pierre Laurent et d’en tirer des indications pour la préparation du congrès, ce discours donne le ton.

A propos de ton je trouve plutôt roublard « seul le prononcé fait foi » en exergue de ce document, tandis que le titre écrit « Rêvolution - discours de clôture de Pierre Laurent » .
C’est bien ce qu’on appelle jouer avec les non dits : d’un côté P. Laurent parle de révolution, de l’autre il écrit du rêve, et la parole ici se veut plus chère que l’écrit.
Mais à y bien regarder le fond correspond à la syntaxe et pas à sa prononciation.

La critique que fait Pam de l’antistalinisme forcené de P. Laurent est tout-à-fait pertinente. Il ne s’agit pas pour lui de faire le bilan du socialisme soviétique et la part des erreurs et des succès, mais de rejeter la notion de dictature du prolétariat, exactement à la manière de Robert Hue à la « marche du siècle » en 1997, qui se déclarait « antistalinien jusqu’au bout des ongles » tandis que Stéphane Courtois exigeait l’interdiction du livre « un autre regard sur Staline » aux stands de la fête de l’Humanité. C’est plus qu’une critique excessive : une garantie envers la bourgeoisie que la dictature capitaliste ne sera pas remplacée par son exact opposé, celle de l’immense majorité sur une infime minorité d’exploiteurs.

Pam a entièrement raison aussi de relever le glissement subtil entre révolution et rêvolutions.
P. Laurent parle de « maîtriser les lieux du pouvoir » comme si le pouvoir était éparpillé. Il n’y a qu’un lieu du pouvoir c’est l’Etat et la théorie du pouvoir en petits morceaux revient à promouvoir des îlots de pouvoir, dont on connaît la précarité tant que le pouvoir d’Etat reste à la bourgeoisie.

Je note aussi « Ces décisions sont aujourd’hui aux mains des seuls actionnaires » …Faut-il entendre que demain ils ne seront pas « seuls » à prendre les décisions ? Que nous souhaitons partager ces décisions avec eux ?
C’est exactement l’inverse de ce que fut la révolution d’Octobre, et la raison pour laquelle les gouvernements bourgeois mirent fin si rapidement à la guerre impérialiste et envoyèrent leurs armées au secours des russes blancs. (De Gaulle à peine rétabli proposa alors ses services et partit former les cadres de l’armée de Pilsudski contre l’armée rouge).

De même avec le « contrôle ouvrier de la production » . P. Laurent présente ce mot d’ordre comme l’alpha et l’oméga du programme communiste alors qu’il ne s’agissait que d’un objectif partiel, au regard du célèbre « tout le pouvoir aux Soviets ! »
Pas si célèbre que ça semble-t-il pour Pierre Laurent puisqu’on ne le trouve nulle part dans son discours.
Quant à la production, notre objectif n’est pas de la contrôler – ça ne coûte rien au patron de laisser les délégués au CE contrôler la production - mais d’en exclure les capitalistes, de nous emparer des grands moyens sociaux de production, dont le CAC 40, pour socialiser leur propriété sous forme de propriété d’Etat ou collective.

Enfin à propos de la boucherie impérialiste de 14, que Pierre Laurent cite pourtant abondamment, un « oubli » remarquable sur un des fondements de la guerre et à l’origine même de la création du PCF au congrès de Tours : pas un mot de la trahison social-démocrate, lorsque les socialistes votèrent les crédits de guerre le 4 août 1914, jour-même de l’enterrement de Jaurès, une semaine à peine après avoir manifesté aux cris de « À bas la guerre ! Vive la république sociale ! Vive le socialisme international ! »
Or s’il y a un sujet d’actualité dans le prochain congrès n’est-ce pas le bilan des décennies passées à coller des affiches pour pousser aux fesses les réactionnaires socialos. Mais on dirait que la leçon des dernières élections et de leur déculottée historique a déjà été oubliée. Et ne parlons même pas des 21 conditions d’adhésion à la troisième Internationale.

Mon sentiment est que P. Laurent parle beaucoup de révolutions et de rêvolutions parce qu’il a bien compris que les communistes ne veulent plus entendre parler de la voie électorale au dépassement du capitalisme. Par conséquent il parle le langage qu’on voudrait entendre. Ce n’est pas pour faire la promotion d’aucune révolution mais, comme un certain Mélenchon prétendant « renverser la table », pour se préserver lui-même et ne rien altérer à sa ligne révisionniste.

Le concept de révolution a été suffisamment galvaudé pour que nous ne laissions pas appâter si facilement. Pour ne citer qu’un exemple après mai 68 parut « vive le communisme », dirigé entre autres par un certain « maoïste » Stéphane Courtois (encore lui).

Rapidement le canard devint « vive la révolution ! – ce que nous voulons tout !» , puis « Tout ! » : changements pas très innocents qui ont viré rapidement à l’anticommunisme le plus violent. Je ne veux pas me livrer à un amalgame facile, mais simplement rappeler qu’il faut se défier des faux semblants et trancher franchement avec une voie définitivement sans issue.

Fraternellement,

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Xuan
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Le discours de P. Laurent :



Rêvolution - discours de clôture de Pierre Laurent

04/11/2017 - PCF


Révolution - 4 novembre 2017

Pierre Laurent
Seul le prononcé fait foi

Chers amis, chers camarades,

En plein conflit mondial, il y a cent ans, le 20ème siècle s'est ouvert par une immense promesse : la Révolution d’Octobre.
Une révolution qui revendique « le pain, la paix, la dignité », dans une Russie tsariste en pleine décrépitude, qui tente de faire triompher l'appropriation sociale des travailleurs dans un monde capitaliste et impérialiste en pleine expansion et en pleine guerre.
Cette promesse d'octobre 1917, la magnifique exposition d'affiches disponible en cet Espace Niemeyer, les nombreuses conférences et débats qui se sont tenus, l'ont à la fois illustrée et fait revivre, en ont éclairé la portée.

- Je remercie Alain Gesgon, Lydia Samarbakhsh, Frédéric Genevée, Corentin Lahu, Marie-Pierre Boursier, l'ensemble des camarades bénévoles du PCF, etc... qui, par leur présence et leur engagement ont assuré le succès de ce mois d'initiatives-
Ces 3 semaines autour de la Révolution russe de 1917 ont permis de réévaluer ce moment de l'histoire et de l'aventure révolutionnaire humaine. Elles nous conduisent depuis deux jours à réfléchir à l'actualité de l'idée de révolution aujourd'hui, pour mieux repenser les chemins de nouvelles révolutions.

On appelle souvent révolution en politique des moments d'accélération, de précipitation de l'histoire.
Ces trois semaines de réflexion nous auront aussi servi à prendre conscience des temps longs dans lesquels elles s'inscrivent.

Les journées d'octobre 1917 en Russie, ou celles de juillet 1789 en France, cristallisent des processus profonds, au cours desquelles se renforce et s'exprime la conscience populaire et politique de la nécessité de bouleverser les rapports sociaux.

Nous vivons une telle période, où se cherchent les voies de nouvelles révolutions des rapports sociaux.

C'est pourquoi, pour nous communistes et révolutionnaires du 21èmesiècle, ces 3 semaines furent aussi une invitation à réinventer, dans les conditions et les rapports de force d'aujourd'hui, les transformations révolutionnaires dont la France, mais aussi notre monde ont besoin.
Le capitalisme mondialisé est à la fois hyper puissant et dominateur, mais désormais miné par des contradictions dont l'ampleur le rende incapable d'assurer l'avenir et même à terme la survie de l'Humanité.

La révolution russe, son accélération en octobre 1917, ne nait pas de rien ; elle n'est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Elle plonge ses racines dans le développement du mouvement ouvrier et de la pensée de Marx, tout au long du 19ème siècle et dans celle de Lénine au début du 20ème.

Pour retrouver la portée qu'elle eut en France et en Europe, il faut entendre les âpres luttes de classes du 19ème siècle, les révoltes ouvrières si durement réprimées. Il faut entendre la révolte des canuts à Lyon, leur chanson « c'est nous les canuts, nous sommes tout nus... ».

Il faut entendre les prolétaires français partant « à l’assaut du ciel » selon la formule de Marx, à deux pas d’ici, avec la Commune de Paris.
72 jours d’héroïsme éblouissants .
72 jours conclus par la semaine sanglante avec l’écrasement de la Commune et près de 10 000 morts.

Dix semaines dont les révolutionnaires de toute l'Europe tireront beaucoup de leçons.
Pour entendre 1917, il faut avoir en tête Fourmies, ce 1er Mai 1891, sa manifestation pacifique pour demander la journée de 8 heures et la réponse implacable de la bourgeoisie qui voit là une insupportable atteinte à sa domination rapace, jusqu'à tuer de nombreux manifestants dont le plus jeune avait 11 ans et le plus âgé 30.

C’est dans ce monde-là que surgit 1917, dans ce monde où la machine de guerre des rivalités impérialistes se déploie à toute force, indifférente à la boucherie humaine qu'elle déchaîne, broyant les hommes et la nature et où, en 3 ans, plus de deux millions d'hommes trouvent la mort sur le seul Front oriental.
Face à ce système, l'idée socialiste que Balzac, déjà, avant Marx, nommait « communisme », progresse. Mais nulle part, à l'échelle nationale, elle ne parvient à l’emporter depuis la glorieuse mais si cruellement éphémère Commune de Paris.

Et surgit 1917.
En février, le peuple russe balaie le tricentenaire tsariste et, en octobre, en quelques jours, il fait basculer l’histoire du monde.

« La cause pour laquelle le peuple a lutté : proposition immédiate de paix démocratique, abolition du droit de propriété sur la terre des propriétaires fonciers, contrôle ouvrier de la production, création d’un gouvernement des Soviets, cette cause est assurée » dira le Comité Révolutionnaire dans sa déclaration du 25 octobre à 10 heures.
Dès le 26, c’est le Décret sur la paix face à la boucherie impérialiste de la Première Guerre mondiale .

Puis le 27, un projet de règlement sur le contrôle ouvrier qui donne aux ouvriers la maîtrise de l’entreprise.
La révolution s’étend dès lors tous azimuts.
Elle ébranle jusqu’au tréfonds les logiques impérialistes d'asservissement des peuples et, par là même, les fondements du colonialisme comme instrument de domination des plus grandes puissances.
Le décret sur la paix est plus clair que jamais :
« Si une nation est maintenue par la force dans les frontières d’un État donné, si, malgré le désir exprimé de sa part [...], on ne lui accorde pas le droit de trancher par un vote libre, sans la moindre contrainte, après l’évacuation totale de l’armée de la nation à laquelle elle est rattachée [...] la question des formes de son existence politique, alors son rattachement est une annexion, c’est-à-dire une conquête et un acte de violence »

Et bientôt, librement, la Finlande devient indépendante. Faut-il rappeler qu’au même moment, on razziait dans l’Empire français pour envoyer en première ligne les troupes coloniales ?
La Révolution d’Octobre, parce qu’elle touche au cœur du capital, parce qu’elle s’attaque en même temps à mille dimensions de l’aliénation et de l’exploitation, doit, dès sa naissance, faire face à une lutte des classes internationale féroce.
Tout est fait pour écraser ce spectre rouge qui hante l'Europe, annoncé par le « Manifeste du parti communiste » de Marx et Engels et qui cherche alors les voies de son incarnation mondiale dans le chaos de la guerre mondiale et d’un capitalisme éruptif.
Comment Octobre, malgré la propagande de guerre, aurait-il pu, dès lors, échouer à trouver le large écho mondial qu’il rencontra effectivement ?

Comment Marcel Cachin, directeur de L’Humanité, qui avait 2 ans au moment de l’écrasement de la Commune et 22 au moment de Fourmies, pouvait-il ne pas applaudir devant la jeune République des Soviets défrichant des territoires nouveaux dans l’histoire de l’humanité ?
Comment ne pas soutenir de toutes ses forces la promesse généreuse et fougueuse de ce « pays adolescent » pour citer Maïakovski ?
Ce pays qui semble donner des contours de chair à ce qui n’était qu’une sorte de rêve...
Bien sûr, aujourd'hui nous connaissons la suite, la logique de guerre imposée par les forces impérialistes coalisées, les tentatives de réforme de la Nouvelle Politique Economique (NEP) pour sortir de la crise et de la famine, la mort de Lénine, les promesses non abouties et puis, malgré l'essor économique, le processus émancipateur qui s'enlise dans un système contre- révolutionnaire, répressif, dictatorial et inhumain : le stalinisme.

C'est le paradoxe du grand souffle de 1917.
Il aura généré des processus révolutionnaires et anti-colonialistes qui auront balayé tout le siècle.
Il placera encore l'Union Soviétique, pourtant déjà saignée par les purges staliniennes, à la tête de la lutte contre le nazisme, prolongeant un temps son prestige de la libération.
Mais il aura inexorablement dégénéré vers un système stalinien monstrueux dont l'URSS ne se relèvera finalement jamais.

Nous n'oublions rien de cette histoire, ni le souffle de 1917, ni la puissance irrésistible d’un peuple qui décide de prendre en mains son destin ; ni l'impasse d'un système qui nie le pouvoir démocratique de ce peuple.
Pour nous, communistes français, la leçon a été longue et douloureuse à tirer. Mais elle est tirée définitivement.

Il n'y a pas de processus révolutionnaire abouti sans un développement ininterrompu de la démocratie, dans tous les domaines. Aussi âpre soit le chemin, la démocratie, l’action et la maîtrise consciente du processus politique par le peuple n’est pas négociable .
C'est la condition de la réussite.
Là est un fondement et une condition de notre projet politique.

En 1973, Georges Marchais (dont une exposition, qui succédera à celle-ci et sera inaugurée le 27 novembre, rappellera l’apport qui fut le sien, à l'occasion du 20ème anniversaire de sa disparition), publia un essai, « Le Défi démocratique » qui agira ensuite telle une onde de choc pour le PCF.

Ce défi démocratique était lancé, expliquait-il, tout à la fois à la société et au Parti communiste.
Il s’agissait de trouver une réponse neuve à une situation elle-même inédite, celle d’une crise globale et durable qui ne faisait que commencer.

Sa conviction était que cette réponse serait un progrès continu de la démocratie. La démocratie comme but et comme moyen de la révolution.

Cette réponse, nous la faisons nôtre aujourd'hui, avec une force renouvelée.

Nous la faisons nôtre dans l’échange et le travail commun avec chacune et chacun de ceux qui ne se résignent pas à un monde et à une société de plus en plus injustes et inégaux, avec chacune et chacun de ceux qui veulent décider de leur propre destin pour que les solutions à ce monde en crise soient imaginées, construites, réalisées par eux, dans le partage et la démocratie.

Oui, nous l'affirmons plus fort que jamais :
Nous ne combattrons jusqu'à la racine ce système capitaliste, où les richesses et les pouvoirs sont concentrés comme jamais. Nous ne le dépasserons pour une nouvelle logique de développement humain que si la démocratisation, la diffusion et l'extension des pouvoirs dans les mains du plus grand nombre est continue, que si se substituent aux logiques actuelles une utilisation solidaire et partagée des immenses richesses créées aujourd'hui par le travail et les savoirs.
Le capitalisme n'étendra plus les droits humains.
Il tente chaque jour désormais de les restreindre pour perpétuer sa domination.

L'émancipation humaine sera désormais indissociablement sociale, féministe, démocratique, écologiste et pacifiste.
Tel est donc notre cap : l'extension continue et planétaire des droits humains par la démocratie, pour le progrès social solidaire, l'avenir écologique, la liberté féministe, le refus de tout racisme, pour la maîtrise partagée des richesses et des savoirs et le droit à la paix.

Le 21ème siècle est le siècle qui, le premier, va se confronter, à l'échelle de la planète toute entière, à la question du post-capitalisme.

Le système capitaliste s’est mondialisé et a acquis, à la fin du 20èmesiècle, une hégémonie politique provisoire.

Mais on sent bien qu’il se montre de plus en plus incapable de répondre aux nombreux défis contemporains, qu’il s’agisse de la justice et de l’égalité dans la mondialisation, des enjeux écologiques, de la nécessité d’un usage collaboratif du numérique ou encore de la qualité du travail avec des salariés qui sont de plus en plus formés grâce au progrès de l’éducation.
Le système capitaliste mondialisé n’est plus capable de porter les promesses d’épanouissement et d’émancipation humaine.
Le monde craque et le monde souffre. Il est entravé, dans ses développements, par les logiques de la rentabilité financière à outrance et par l’exacerbation de la concurrence alors qu’il faudrait développer la coopération et le partage.
L'heure est venue d’œuvrer concrètement au dépassement de ce système.
A l’heure du réchauffement climatique et des dégradations environnementales menaçant l’espèce humaine tout entière, qui ne voit que le capitalisme freine avec toute son énergie les révolutions écologiques nécessaires, comme l'atteste encore ces jours-ci l'affaire du glyphosate ?

A l'heure de la prolifération du terrorisme, né dans les plaies de la guerre, des inégalités, des prédations néo-coloniales, qui ose nommer la racine du mal, ce monde déréglementé, brutal, foncièrement inégal ?

A l’heure des trafics en tous genres, touchant tous les continents, qui est prêt à s’attaquer aux spéculations et spoliations financières qui nourrissent ces trafics au lieu de permettre le développement de l’humanité ?
Qui est décidé à s’attaquer à la privatisation des richesses du travail humain par le système bancaire et financier, aux 80 milliards d'€uros d’évasion fiscale soustraits à la France, aux 1 000 milliards d'€uros soustraits de l’UE (3 fois le budget de la France !), aux 14 000 milliards d'€uros (près de 50 fois le budget de la France, la 6epuissance mondiale !) qui grenouillent dans les paradis fiscaux ?
Cette terrible contradiction entre des possibilités inouïes de répondre aux besoins humains et un monde tiré en arrière par la rapacité des multinationales et l'obésité de la finance génère désormais un chaos et une instabilité politiques chroniques.
Les crises politiques frappent, presque successivement, tous les pays d'Europe, comme on l'on voit dernièrement en Espagne, avec aussi un sinistre retour au premier plan des extrêmes droites, notamment en Allemagne avec l'entrée au Bundestag des néo-nazis.

Ceux qui tiennent le manche l’ont bien compris, à commencer par le Président Macron qui n’a pas intitulé par hasard son livre de campagne « Révolution », et parle à propos de l'Europe d'une nécessaire « refondation ».

Les tenants de la classe possédante savent que le statu quo est impossible.
Mais leur révolution, c'est celle du Guépard de Visconti : « il faut que quelque chose change pour que tout continue comme avant ».
En réalité, nous vivons bien le temps des révolutions.
Les savoirs explosent, la productivité du travail est exponentielle et la révolution numérique bouleverse la donne.
L'ordre ancien craque car il paraît fou de n'utiliser ces immenses potentiels qu'au service d'une minorité mondiale de plus en plus restreinte mais de plus en plus indécemment riche et puissante.

Enfermé dans les logiques capitalistes, le monde, avec les immenses pouvoirs que donnent à ceux qui les détiennent les possibilités créatrices du 21ème siècle, devient dangereux.

Tout appelle à de nouveaux rapports sociaux et c'est cette révolution contre laquelle les tenants du système capitaliste s'arc-boutent.

La révolution, les révolutions deviennent dès lors l'objet d'une bataille d'idées intense et renouvelée.
Macron et les siens en ont conscience. Les révolutions, leur sens, se gagnent dans les têtes, dans la conscience politique de tout un chacun.

Cette conscience, ils la travaillent, là aussi avec une puissance médiatique qui a changé d'échelle. Ils essaient de la modeler pour leurs propres objectifs. Il leur faut imposer à tout prix l'idée que l'organisation normale de toute société suppose « des premiers de cordée » et l'immense masse des autres, « ceux qui ne sont rien » qui sont donc destinés à suivre les premiers.

Mais Monsieur Macron, qui étaient les premiers de cordée dans la Russie de septembre 1917 ?
Qui d'autres, sinon les oligarques tsaristes, les propriétaires des terres qui exploitaient les moujiks !

Karl Marx, dans cette extraordinaire anticipation, avait une fois de plus vu juste :
« Le capital [...] est en fait, dans son mouvement pratique, aussi peu déterminé par la perspective d’un pourrissement futur de l’humanité [...] que par l’éventuelle chute de la Terre sur le soleil. Dans toute escroquerie financière, chaque actionnaire sait que la tempête arrivera un jour, mais chacun espère qu’elle tombera sur la tête de son voisin après que lui-même aura recueilli la pluie d’or et l’aura mise en sécurité. Après moi, le déluge : telle est la devise de tout capitaliste ».
Alors, pour éviter le déluge, nous sommes devant un choix.

Car si la révolution qui pourrait libérer la société de ces entraves est vraiment à l’ordre du jour du 21ème siècle, cela ne veut pas dire qu’elle adviendra.
Si cette révolution des rapports sociaux ne se produit pas, nous pouvons au contraire aller vers un monde de plus en plus brutal, violent et inégalitaire, un monde où la domination de puissances multinationales risque de devenir extrêmement pesante, s'insinuant dans tous les choix de nos vies quotidiennes et dans le contrôle de nos libertés.

Une chose est sûre, les choses ne resteront plus en l’état.
Le monde est entré dans une instabilité très profonde.
A nous d'en faire émerger le meilleur et non le pire.
Le Parti communiste aborde ces défis de manière offensive.
Plus que jamais, nous n'entendons pas rester spectateurs des évolutions et révolutions en cours.

Nous entendons être des acteurs utiles à notre peuple pour qu'il prenne en main son destin.
L’humanité a les moyens à peu près de tout faire mais elle ne peut pas tout se permettre.

Mais qui alors va choisir ?
Qui se donnera les moyens de choisir ?
Qui décide ce que l’entreprise doit produire, où elle doit produire, de quelle façon, par quelles méthodes, en utilisant quelles matières premières, quelles énergies ?
Ces décisions sont aujourd’hui aux mains des seuls représentants des actionnaires. Et on sait qu’ils n’ont qu’un cap : les dividendes.
Est-ce raisonnable ? Est-ce humainement tenable ?

Un immense mouvement pour la démocratie doit permettre aux salariés, aux chercheurs, aux agriculteurs, aux citoyens, aux habitants de quartiers, aux locataires, aux jeunes, aux étudiants et lycéens, aux usagers des services publics… de maîtriser les lieux de pouvoir ou d’en créer de nouveaux.

De nouvelles formes de démocratie et d'appropriation sociale, participatives, coopératives, délibératives, doivent étendre considérablement le champ actuel des pouvoirs populaires.
Comment travailler, au service de quels objectifs, dans l'intérêt de qui ?
Comment produire, consommer, faire société dans la ville et sur tout le territoire ?
Comment s'émanciper individuellement dans la solidarité du développement de tous ?
Chacune de ces questions a droit à une réponse démocratique à mille lieux de la confiscation et de l'opacité de la plupart des pouvoirs aujourd'hui.

Le communisme, pour nous, c'est précisément le mouvement continu de cette émancipation humaine contre toutes les dominations, toutes les aliénations.
C'est un mouvement continu de conquête démocratique.

Le communisme est avant tout un processus pour une mise en commun des capacités humaines et des ressources naturelles démocratiquement décidée, progressivement construite et sans cesse renouvelée.

L'invention d'une nouvelle République, d'un nouvel âge de la démocratie est au cœur de notre projet communiste.

Dans le monde interdépendant qui est le nôtre, cette bataille des pouvoirs se mène à toutes les échelles, locale, nationale, européenne, mondiale.

La révolution aujourd'hui est multiforme et elle ne se résume pas à la seule conquête du pouvoir d'Etat, aussi important soit cet enjeu, à la condition de repenser ainsi très profondément la formation de l'état.
Nous voulons, partout et en toutes circonstances, susciter, encourager les mouvements pour des conquêtes citoyennes, concrètes, immédiates.

En construisant des services publics, en créant la Sécurité sociale, les colonies de vacances, le tourisme social, la politique du logement social…, les communistes ont œuvré à la révolution contre les pouvoirs du capital.

Aujourd'hui, ce sont toutes les pratiques et les expérimentations sociales, démocratiques, écologiques qui sont les terrains de ces luttes.
Nous voulons rendre notre communisme plus quotidien, plus concret, mieux ancré dans les contradictions de l'époque.
Nous devons nous-mêmes construire des pouvoirs sur les moyens considérables que nous offrent les technologies numériques.

Nous voulons, en multipliant les initiatives de solidarités concrètes, les espaces citoyens de délibérations, les fabriques solidaires, libérer toutes les énergies démocratiques, leur donner sens et possibilité de s’associer.
En un mot, nous voulons faire le pari d'un nouveau progrès humain en chemin contre les logiques qui en entravent le développement.

Pour plagier Saint Just, nous affirmons que le progrès social et écologique est une idée neuve en France et en Europe !!!

C'est pourquoi, par exemple, nous venons de décider de tenir, face à l'offensive anti-sociale de Macron, des Etats Généraux du progrès social, le 3 février 2018.
Car notre résistance n'est pas défensive, elle est porteuse de projet.

Nous allons, dans les jours qui viennent, mettre à disposition des Cahiers du progrès social pour soumettre nos propositions, recueillir celles des citoyen-ne-s, des
salarié-e-s, acteurs associatifs, culturels, économiques…

Ensuite, nous organiserons une première étape nationale de cette campagne, le 3 février prochain, par la tenue d'états généraux du progrès social, ouverts à tous les citoyen-ne-s et à toutes les forces qui partagent cette démarche.
Ils seront un lieu où se mêleront les témoignages des luttes, l’expression des revendications, mais aussi et surtout les propositions et la construction de solutions.
Un lieu aussi où d'autres étapes de cette campagne pourront être proposées pour porter, par la mobilisation populaire, les mesures indispensables à une révolution sociale.
Faire révolution aujourd'hui, c’est donc pousser en avant tous les potentiels émancipateurs dans la société, dans le travail, dans l’affirmation des individus, dans le recul des processus de confiscation des richesses, dans la démocratie.
La révolution du 21ème siècle, nous la concevons comme un processus de long terme qui se développera probablement de manière inégale et diverse à l’échelle de la planète, mais avec des dimensions internationalistes et mondiales de plus en plus fortes.

En effet, quelle que soit la poussée révolutionnaire, émancipatrice ou démocratique, où qu'elle se produise, elle a besoin d'une dimension internationale pour tenir dans la durée.
Sinon, les logiques de la mondialisation et la puissance de concentration du capital financier deviennent des obstacles difficilement surmontables. Voilà pourquoi, nous nous attelons à la construction de convergences des luttes solides et durables entre forces européennes comme nous le ferons les 10, 11 novembre lors du Forum européen de Marseille.

La question écologique, la question de la paix, oui une nouvelle fois de la paix quand tant de menaces pèsent à nouveau, la lutte contre le pouvoir des transnationales sont des enjeux majeurs de cette lutte mondiale.

Le combat féministe, la conquête d’une égalité pleine et entière des femmes est assurément aussi l’un des chemins les plus puissants de la nécessaire révolution des rapports sociaux au 21ème siècle.

Nous n'oublions pas qu'en Octobre 1917, lorsque le « gouvernement ouvrier et paysan » est mis en place, Alexandra Kollontaï fait partie de ce gouvernement.
C’est la première femme ministre au monde.

En France, à cette époque, les femmes n’ont même pas le droit d’avoir un compte bancaire à leur nom !
Et le PCF, près de 10 ans plus tard, sera poursuivi en justice pour avoir présenté des femmes aux élections municipales !

Ce combat, les femmes qui prennent aujourd'hui la parole contre les violences sexuelles nous le rappellent avec force, est très largement devant nous.
C’est la conjugaison de tous ces mouvements, leur capacité à trouver du sens en commun qui feront ou non un processus révolutionnaire.

C’est pour mener ce combat avec une efficacité repensée que le Parti communiste veut changer, mener à bien le processus de sa propre révolution.
Les communistes fixeront dans quelques jours l'ordre du jour de leur Congrès, lors de l'assemblée des animatrices et animateurs de section qui se tiendra à la Cité des Sciences de la Villette, le 18 novembre prochain.
La ré-invention du Parti communiste, pour en faire une force capable d'affronter ces défis, est la condition de sa fidélité à son idéal révolutionnaire.
Ce chantier, ces chantiers, nous allons les engager avec confiance et détermination.
Chers amis, chers camarades,

Cent ans après 1917, nous n'irons pas prendre d’assaut ce soir le central téléphonique et le Palais de l’Élysée.
Après 1789, 1871, 1917, 1945 puis 1968, c'est une autre révolution qui est à l'ordre du jour de l'humanité, de nouveaux chemins de révolution que nous avons à ouvrir ensemble.
En 2017, face aux défis gigantesques qui s'additionnent, il est temps qu'une implication populaire durable, et non seulement insurrectionnelle, pousse et prolonge dans tous les domaines, par la conquête citoyenne permanente, les processus révolutionnaires qui cheminent et se cherchent.
Cette implication, c'est ce que nous nommons « Le communisme de nouvelle génération ». et c'est à la penser que nous aurons consacrés avec bonheur ce mois de débats.

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Xuan
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   Posté le 16-01-2018 à 23:01:42   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Guillaume Sayon : le PCF et son congrès : et si nous vivions ensemble une épopée héroïque ?


16
JAN sur Histoire et Société

PUBLIÉ LE 29 octobre 2017


Cela fait maintenant douze ans que je milite au Parti Communiste Français après avoir fait mes armes au Mouvement Jeunes Communistes de France. Issu d’un territoire complexe, totalement abandonné par la force publique, dans un état de précarité et de misère très avancé, j’ai maintenant l’intime conviction, par l’expérience de mon militantisme quotidien, par les lectures et échanges que je peux avoir avec d’anciens ou contemporains acteurs – intellectuels et militants – du mouvement communiste et révolutionnaire, l’idée que le socialisme est non seulement d’une actualité évidente, mais qu’il est un horizon vital pour l’humanité tant le capitalisme l’entraîne vers une inéluctable fin prochaine. Le capitalisme, inscrit dans une logique d’accumulation et une perpétuelle poussée productiviste, est en effet par essence contraire au principe premier de la philosophie humaine, perpétuer la vie en garantissant les équilibres environnementaux, politiques, sociaux, économiques nécessaires à cette visée. Si l’on regarde objectivement les faits, en bons marxistes que nous sommes, il n’est pas déraisonnable voire totalement fou d’affirmer que le capitalisme est le coupable des coupables lorsqu’on cause sérieusement de destruction de notre éco-système, mettant ainsi en péril le devenir de notre civilisation. Si de nombreux et éminents spécialistes ont dit leurs réserves prononcées sur les engagements pris sur le climat lors de la COP 21, c’est bien parce que les enjeux économiques ont primé sur le reste. Sauver le climat sans remettre en cause le modèle économique dominant, c’est comme vouloir être communiste sans remettre en cause la propriété privée des moyens de production.

Nous sommes de plus en plus nombreux à faire le bilan implacable d’un PCF qui ne joue plus son rôle, dénommant l’ennemi par voie de circonvolutions complexes et alambiquées, ne portant plus l’envie, l’enthousiasme, la dynamique de changer radicalement la vie. Pour le dire ou l’écrire plus simplement, le PCF travaille depuis des années à se renier. Paralysé par une vision étriquée et schizophrénique de son histoire, de ses liens avec les expériences du socialisme réel, il s’est pensé comme un adolescent colérique qui doit faire sa mue pour pouvoir être respectable et respecté. Le résultat, c’est un parti à la remorque d’une social-démocratie – peu importe sa forme – spécialisée dans la compromission de classe, qui n’arrive plus à percer les masses et à jouer un rôle d’avant-garde. D’ailleurs, depuis des années, ces concepts fondateurs sont passés à la moulinette de congrès mutagènes jusqu’à recracher une coquille vide qui survit grâce à l’engagement viscéral de militantes et militants sincères et fidèles à l’engagement d’une vie. Des militants qui, malgré toutes les difficultés et couleuvres avalées, croient toujours en l’étincelle.

C’est ainsi que nous vivons une époque étrange où nous avons le sentiment d’un retour en arrière de deux siècles. Alors que le mouvement ouvrier organisé a réussi, non sans mal, à bâtir une doctrine et un mode d’action politique globaux et révolutionnaires, nous revoilà plongés dans des débats qui se tenaient clandestinement aux premières heures de l’ère industrielle. Peuple ou classe ouvrière ? Organisation de masse ou mouvement ? Révolution ou activisme ? C’est bien la faiblesse actuelle du mouvement communiste qui a rendu possible la résurgence de mouvements et pensées qui dressent des leurres sur le chemin de l’émancipation de la classe ouvrière. Ne nous y trompons pas, l’idée du peuple ou des 99 % est la négation même d’une vision classe contre classe qui est pourtant la conclusion évidente qui saute aux yeux pour qui analyse les mécanismes socio-économiques en action sous notre nez. J’invite les camarades qui cherchent à comprendre avec sérieux et méthode cette question politique qui cristallise les oppositions dans notre camp à lire l’excellent entretien (ici) dans le média alternatif “Le vent se lève” de Guillaume Roubaud-Quashie, jeune historien qui dirige la revue scientifique et intellectuelle du Parti, “Cause Commune”. S’il fallait retenir une phrase de ce riche échange, sans doute serait-elle celle-ci : “[ … ]L’horizon des communistes reste un horizon universaliste qui pose le communisme comme objectif. Cet horizon est complètement absent chez Mouffe pour qui il faut trouver une manière de gérer les dérives du capitalisme et les antagonismes dans ce qu’elle appelle un cadre « agonistique » (un cadre de combats, de tensions, de conflits – agôn, en grec). Puisque pour elle, les conflits sont inépuisables et penser les abolir serait contraire à l’anthropologie profonde, selon sa lecture de la « nature humaine » qui se revendique de Freud. Tout cela me semble poser plus de problèmes que cela n’en résout… Dire qu’on renonce à l’objectif de dépassement des conflits de classe, au moment où le capitalisme est de plus en plus inefficient et criminel, me paraît être inopérant et négatif. Donc même si la proposition théorique de Mouffe est intéressante – au sein de la social-démocratie, elle refuse la capitulation pure et simple façon Blair et Schröder et permet ainsi que se mènent bien des combats communs –, elle débouche sur un horizon limité. Il s’agirait de renoncer au communisme au moment même où le capitalisme ne parvient clairement plus à répondre aux possibilités de développement de l’humanité. »

Notre époque fait la démonstration de l’urgence de porter un discours marxiste clair et surtout de l’idée que le capitalisme n’est pas aménageable, on le subit ou on le détruit.

Il est évident que notre entrée dans un nouveau siècle s’est accompagnée de changements profonds avec le développement rapide et incroyablement stimulant des nouvelles technologies, que nos sociétés ont évolué, que la classe ouvrière elle-même s’est fortement transformée et complexifiée. La jeunesse aussi a fortement changé avec de nouveaux codes, une approche militante d’un nouveau genre. Le modèle fordiste a laissé place à un capitalisme des petites unités de production, des filiales et autres trusts astucieusement complexes du point de vue du droit. Il est évident que la globalisation née à l’époque médiévale a connu une ascension spectaculaire depuis l’après-guerre, que la financiarisation de l’économie a radicalement transformé le modèle économique accouchant de crises de plus en plus violentes. Pour autant, les logiques intrinsèques au capitalisme n’ont guère changé. Il est toujours question de contrer la baisse tendancielle du taux de profit, de préférer le capital mort au capital vivant, de pousser les gains de productivité jusqu’à la limite du supportable.

Alors même que la sortie d’un film sur le jeune Karl Marx nous rappelle à quel point la pensée marxiste est d’une grande vitalité, nous souhaitons, nombreuses et nombreux, que le congrès à venir de notre parti soit à la hauteur de tous ces enjeux, que nous ne prenions pas le chemin craint par un certain nombre d’entre-nous, celui d’un faux bilan partiellement complaisant avec nous-mêmes. Nous pensons que le PCF est aujourd’hui en grande difficulté parce qu’il se refuse à revenir sur plus de 20 années de mutation qui sonnent comme autant de renoncements. La jeunesse de notre engagement s’inscrit dans la volonté qui a prévalu lors du congrès de Tours. Une clarification politique essentielle avec un objectif : armer les exploités dans une visée transformatrice. Créer les condition de l’unité et du combat, bâtir un grand et populaire parti politique à l’avant-garde des luttes libératrices.

La difficulté de cette tâche que nous devons impérativement nous assigner, relève quasiment de la psychanalyse. Penser les actes manqués, les frustrations, les mécanismes d’une forme d’aliénation entre une caste dirigeante aux origines sociales nouvelles et une base militante qui se mue dans une discipline de parti autrement nommée légitimisme, qui se refuse à remettre en cause un processus historique interne tant finalement cela s’apparenterait à une mise en cause personnelle. Une forme de contradiction avec la philosophie matérialiste qui est la nôtre, l’idée d’une non responsabilité dans les événements eux-mêmes. On comprend donc pourquoi, en quoi, ce travail si nécessaire est dans le même temps terriblement difficile voire même douloureux. Un questionnaire insignifiant et faussement ouvert n’y changera rien.

Pourtant, j’ai la conviction profonde, pour l’entendre et le vivre depuis des années, que l’immense masse des nôtres à un attachement presque mystique au communisme, à l’identité qui se cache derrière cette vitrine impressionnante, lourde de sens d’un point de vue historique, de l’héritage même. Le parti du colonel Fabien, des fusillés, des brigades rouges, de la décolonisation, de la culture, des arts et de l’éducation populaire, du Front Populaire, de la Sécurité sociale … Pourtant, il y a aussi l’idée d’une déchirure avec cette histoire, comme si pour mieux s’éloigner d’un patrimoine qui tombe avec le mur de Berlin, il fallait vider de toute substance la doctrine révolutionnaire qui donne sens à notre engagement. Ce communisme du XXIe siècle, pour beaucoup, il devrait être celui qui pense le citoyen, l’individu et plus les structures collectives, l’articulation entre classe en soi et pour soi. On voudrait, pour certains encore, pouvoir se délester de bagages encombrants. L’idée d’une purification. Une purification objectivement voisine du néant, me semble t-il …

Ce congrès doit donc nous permettre de réaffirmer notre identité communiste, non pas par fétichisme ou nostalgie, mais bel et bien parce que le communisme est la seule et réelle alternative à notre monde, le chemin à la hauteur des enjeux de civilisation qui se dessinent devant nous. Il n’est pas pour nous question de mener à bien le procès de tel ou tel, de montrer d’un doigt accusateur où sont les coupables et les victimes. Ce que nous voulons, c’est un vrai congrès extraordinaire comme cela nous l’a été promis. Extraordinaire parce que faisant preuve d’audace, parce que sincère et collectif, parce que mettant sur la table un bilan complet et objectif de ce que nous avons décidé ces 20 dernières années. Un congrès qui sort avec une feuille de route totalement limpide. Une clarification stratégique quant aux alliances, une ligne politique renouant avec une grille de lecture marxiste sans ambiguïté, une série de propositions capables de lancer partout en France de grandes campagnes populaires, une direction collégiale en phase avec les réalités de terrain, représentative de l’immense diversité de nos territoires qui sont autant de réalités distinctes. Une communication renouvelée et moderne, la promesse d’un débat national franc et sans tabous sur l’Europe et le PGE, un travail prioritaire sur le renforcement de nos liens avec les organisations politiques communistes d’Europe et d’ailleurs.

Nous ne partageons pas toutes et tous forcément les mêmes points de vue, nous ne sommes pas d’accord sur tout mais nous avons la volonté commune d’inscrire notre parti dans une dynamique enthousiasmante et collective au fond de nous même. Pourquoi donc s’en priver, vivre recroquevillés dans l’amertume et une forme d’attente, comme si les choses allaient s’arranger dans un élan héroïque, à la fois cause et conséquence. L’héroïsme requiert des héros, des héros le courage. La lucidité en est sans doute une étape préliminaire. Il est difficile de faire le bilan de nos pertes, de nos errements et autres erreurs et de voir que congrès après congrès rien ne change. Nous voulons un parti à l’offensive, fier de ce qu’il porte et capable de recréer de l’espoir là où la souffrance sévit durement. Chez les jeunes, chez les travailleurs, chez les retraités, chez celles et ceux qui vivent l’ostracisation, la violence au quotidien pour raisons identitaires, sexuelles, d’origine ou de genre. Nous voulons un parti à l’avant poste de la lutte, capable de regarder droit devant et de tenir tête à la bourgeoisie particulièrement organisée et conquérante.

Avant donc que ne s’enclenchent les différentes étapes du processus congressiste, je voulais lancer ces quelques idées et principes pour nourrir la réflexion de ces innombrables camarades qui s’interrogent sur le sens de leur engagement. Nous voulons un congrès qui réussisse, un congrès qui donne réellement la parole aux militants. « Pas de mannequins dans le parti » disait Thorez. Alors que les bouches s’ouvrent enfin …

G.S

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